Luc Montagnier
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| Luc Montagnier en 1995 | |
| Naissance | 18 août 1932) Chabris[1] (France) |
|---|---|
| Nationalité | |
| Champs | Virologie, Immunologie |
| Institution | CNRS, Institut Pasteur |
| Diplômé | Université de Paris |
| Célèbre pour | Travaux sur le virus de l'immunodéficience humaine |
| Distinctions | Prix Nobel de physiologie ou de médecine 2008 |
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Luc Montagnier (né le 18 août 1932 à Chabris dans l'Indre) est un virologue français. Il a été professeur à l'Institut Pasteur et directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique. Il est célèbre pour avoir été le directeur du laboratoire qui a découvert en 1983 le VIH, le virus responsable du SIDA. Avec son collègue italien Vittorio Colizzi, Luc Montagnier participe à plusieurs conférences, notamment en Afrique, pour lutter contre la propagation du VIH. Le 6 octobre 2008 il est corécipiendaire du Prix Nobel de physiologie ou médecine avec Françoise Barré-Sinoussi et Harald zur Hausen[2].
Sommaire |
[modifier] Biographie
Luc Montagnier a poursuivi de front des études de médecine et de sciences d'abord à Poitiers, puis à Paris et à 23 ans, il est assistant à la Faculté des sciences de Paris.
En 1960 il entre au CNRS puis effectue des stages en Grande-Bretagne, dans des laboratoires de virologie réputés.
En 1963 à Carshalton, dans le laboratoire de F.K. Sanders, il découvre le mécanisme de réplication des virus à ARN, en isolant une molécule infectieuse en double hélice d'ARN analogue à celle de l'ADN.
De retour en France, à l'Institut Curie, en collaboration avec P. Vigier, il étudie la réplication et la structure de l'ARN d'un rétrovirus, le virus du sarcome de Rous.
En 1972, à l'invitation de Jacques Monod, il crée l'Unité d'oncologie virale dans le nouveau département de virologie de l'Institut Pasteur. Ses recherches vont alors porter en partie sur l'interféron, tout en continuant à travailler sur le mécanisme de la cancérisation par les virus. En 1982, il découvre une nouvelle activité enzymatique associée aux mitochondries des cellules cancéreuses.
En 1983, c'est la découverte avec ses collaborateurs Jean-Claude Chermann et Françoise Barré-Sinoussi d'un nouveau rétrovirus humain, le Lymphadenopathy Associated Virus (LAV), maintenant reconnu comme le virus agent causal du SIDA. L'équipe qu'anime Luc Montagnier dès le début de cette découverte s'attache, dans des conditions difficiles, à caractériser ce nouveau virus et à démontrer son rôle dans le SIDA, notamment par l'étude de ses propriétés biologiques et la mise au point d'un test de diagnostic sérologique.
En 1986, le groupe de Luc Montagnier découvre à nouveau un second virus associé au SIDA en Afrique de l'Ouest, mais très différent du premier par ses séquences moléculaires.
Luc Montagnier a été le premier chef du nouveau Département « Sida et rétrovirus » de l'Institut Pasteur à Paris qu'il a dirigé de 1991 à 1997.
Par ailleurs, Luc Montagnier et ses collaborateurs démontrent que des mycoplasmes augmentent considérablement l'effet cytopathogène du virus. Cette observation est le point de départ d'une recherche encore en cours sur le rôle des co-facteurs infectieux dans la virulence et l'effet pathogène du virus, recherche pouvant conduire à de nouvelles approches thérapeutiques et vaccinales.
En 1993, il crée la Fondation mondiale prévention et recherche SIDA (FMPRS) sous l'égide de l'UNESCO. De 1997 à 2001, il a été professeur et directeur du Centre de biologie moléculaire et cellulaire au Queens College de l'Université de New York.
[modifier] Apport scientifique : découverte du virus du SIDA
En janvier 1983, Willy Rozenbaum, un infectiologue travaillant à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière, prélève un ganglion cervical chez un jeune homosexuel de 33 ans, « Bru », qui présentait des adénopathies suspectes depuis un mois. Il avait séjourné à New York en 1979 et avait eu de nombreux partenaires sexuels. Ce dernier mourut du SIDA en 1988.
Les lymphocytes du prélèvement furent mis en culture le jour même à l’Institut Pasteur par L. Montagnier en présence d’IL-2 et de sérum anti-interféron. Le 15 janvier 1983, Françoise Barré-Sinoussi détecta une faible activité transcriptase réverse qui persista jusqu’au 26 avant de disparaître parce que le virus détruisait les lymphocytes. On propagea alors le virus sur une culture de lymphocytes provenant d’un donneur de sang et l’activité enzymatique réapparut suite à l’infection de nouveaux lymphocytes. Il s’agissait donc bien d’un rétrovirus, mais différent des rétrovirus humains connus comme le HTLV-1 qui ne détruit pas les cellules infectées. D’ailleurs les anticorps anti-HTLV-1 fournis par Robert Gallo, le découvreur du rétrovirus, ne reconnaissaient pas le nouveau virus.
Le 4 février le virus est vu au microscope électronique à la surface des lymphocytes par Charles Dauguet à l’institut Pasteur. Il est entouré d’une enveloppe et ressemble davantage à un lentivirus qu’à un HTLV-1. Il fut appelé LAV pour Lymphadénopathy-Associated Virus après avoir été isolé chez d’autres patients atteints d’un SIDA avéré et que son tropisme pour les lymphocytes CD4 fut démontré.
La découverte fut publiée dans le numéro de Science du 20 mai, à coté d’un autre article de Gallo et Essex impliquant le HTLV-1 (renommé Human T-Leukémia virus) comme cause du SIDA.[3]
En septembre 1983, Montagnier présenta ses résultats à Long Island en apportant la preuve de l’existence d’anticorps anti-LAV détectés par un test ELISA mis au point à l’hôpital Claude-Bernard. Gallo contesta l’appartenance du LAV au groupe des rétrovirus, rapporta la présence du HTLV-1 ou d’anticorps anti-HTLV-1 chez des patients atteints du SIDA, et présenta pour la première fois le virus HTLV-III (Human T-Lymphotropic Virus). C’était le début de la controverse.
À partir du HTVL-III isolé par culture entre le 15 novembre 2003 et janvier 2004, l’équipe de Gallo mit au point un test sérologique positif chez 88% des malades du SIDA. Cette souche ne fut pas comparée au LAV mais en fait il s’agissait du même virus, qui fut appelé LAV/HTLV-III puis HIV (Human Immunodeficiency Virus) par une commission de nomenclature en 1986.
Le séquençage du génome de ce virus à ARN réalisée dès 1984 à l’institut Pasteur montra qu’il était très variable en raison des erreurs commises par la transcriptase reverse lors de la réplication, or la souche du LAV isolée par Montagnier et celle du HTLV-III de Gallo étaient pratiquement identiques. Montagnier avait envoyé son virus à Gallo (à la demande expresse de Mikulas Popovic son collaborateur) dès le 17 juillet 1983. Gallo n’admettra jamais avoir triché mais la polémique se termina par un compromis et le partage des droits sur la mise au point du test sérologique de dépistage[4]. Bien que les travaux ultérieurs de Gallo aient été essentiels pour la connaissance du virus, la paternité unique des Pasteuriens dans la découverte du virus fut en définitive, et après une longue controverse, entérinée par la communauté scientifique en attribuant le Prix Nobel de physiologie ou médecine le 6 octobre 2008 à Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, et en excluant de facto le groupe de Gallo de la découverte[5].
[modifier] Prix et distinctions
Luc Montagnier est lauréat de la Médaille d'argent du CNRS, il a reçu le prix Albert Lasker en 1986, les Prix Gallien, Jeantet, Korber. Le 6 octobre 2008, il est corécipiendaire du prix Nobel de médecine avec l'Allemand Harald zur Hausen et Françoise Barré-Sinoussi pour ses travaux sur le virus du SIDA, dont la « découverte a été essentielle à la compréhension actuelle de la biologie de cette maladie et à son traitement antirétroviral » selon le comité Nobel.
Il est Commandeur de la Légion d'Honneur et Commandeur de l'Ordre National du Mérite, Membre de l'Académie de Médecine et de l'Académie des Sciences. Il est directeur de recherche émérite au CNRS et Professeur émérite à l'institut Pasteur.
Il a été promu Grand officier de la Légion d'honneur le 1er janvier 2009[6].
[modifier] Notes et références de l'article
- ↑ Article du magazine Le Point sur Luc Montagnier
- ↑ Annonce des Prix Nobel sur le site officiel de la fondation Nobel
- ↑ (en) Barré-Sinoussi F, Chermann JC, Rey F, Nugeyre MT, Chamaret S, Gruest J, Dauguet C, Axler-Blin C, Vézinet-Brun F, Rouzioux C, Rozenbaum W, Montagnier L., « Isolation of a T-lymphotropic retrovirus from a patient at risk for acquired immune deficiency syndrome (AIDS) », dans Science, vol. 4599, no 220, 20 mai 1983, p. 868-71 [texte intégral]
- ↑ Berche P., Une histoire de microbe, John Libbey Eurotext, 2007, 300 p. (ISBN 2742006745)
- ↑ « Juste Nobel », dans Le Monde, 8 octobre 2008 [texte intégral]
- ↑ Le décret d'attribution
[modifier] Publications choisies
- Brule F, Khatissian E, Benani A, Bodeux A, Montagnier L, Piette J, Lauret E, Ravet E., « Inhibition of HIV replication: a powerful antiviral strategy by IFN-beta gene delivery in CD4+ cells. », dans Biochem Pharmacol, no 74, 15 Sep 2007, p. 898-910
- Ahuja SK, Aiuti F, Berkhout B, Biberfeld P, Burton DR, Colizzi V, Deeks SG, Desrosiers RC, Dierich MP, Doms RW, Emerman M, Gallo RC, Girard M, Greene WC, Hoxie JA, Hunter E, Klein G, Korber B, Kuritzkes DR, Lederman MM, Malim MH, Marx PA, McCune JM, McMichael A, Miller C, Miller V, Montagnier L, Montefiori DC, Moore JP, Nixon DF, Overbaugh J, Pauza CD, Richman DD, Saag MS, Sattentau Q, Schooley RT, Shattock R, Shaw GM, Stevenson M, Trkola A, Wainberg MA, Weiss RA, Wolinsky S, Zack JA., « A plea for justice for jailed medical workers », dans Science, vol. 5801, no 314, 10 Novembre 2006, p. 924-5
- Gallo RC, Montagnier L., « The discovery of HIV as the cause of AIDS », dans N Engl J Med, vol. 24, no 349, 11 Déc 2003, p. 2283-5
- Montagnier L., « Historical accuracy of HIV isolation », dans Nat Med., vol. 10, no 9, Oct 2003, p. 1235
- Gallo RC, Montagnier L., « Historical essay. Prospects for the future », dans Science, vol. 5599, no 298, 29 nov 2002, p. 1730-1
- Montagnier L., « Historical essay. A history of HIV discovery », dans Science, vol. 5599, no 298, 29 Nov 2002, p. 1727-8
- Salamon R, Marimoutou C, Ekra D, Minga A, Nerrienet E, Huët C, Gourvellec G, Bonard D, Coulibaly I, Combe P, Dabis F, Bondurand A, Montagnier L., « Clinical and biological evolution of HIV-1 seroconverters in Abidjan, Côte d'Ivoire, 1997-2000. », dans J Acquir Immune Defic Syndr., vol. 2, no 29, 1er février 2002, p. 149-57
- « Characterization of humoral and cellular immune responses in mice induced by immunization with HIV-1 Nef regulatory protein encapsulated in poly(DL-lactide-co-glycolide) microparticles. », dans Mol Immunol., vol. 8, no 38, Jan 2002, p. 607-18
[modifier] Bibliographie
- Luc Montagnier, Le Virus et les hommes, Odile Jacob, 1994, 300 p.
- Luc Montagnier, Sida et société française, La Documentation française, 1994
- Luc Montagnier, R.Daudel, Le Sida, Flammarion, 1994
- Maxime Schwartz, Jean Castex, La Découverte du virus du SIDA. La vérité sur « l’affaire Gallo/Montagnier », Éditions Odile Jacobs, Paris, 2009, 208 p. (ISBN 978-2-7381-2288-9)
[modifier] Articles connexes
[modifier] Lien externe
- Découverte du VIH, à l'Institut Pasteur
- La grande découverte sur le rétrovirus du Sida sur Canal Académie

