Maurice Allais

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Maurice Félix Charles Allais

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Maurice Félix Charles Allais en 2001

Naissance 31 mai 1911
Paris (France)
Décès 9 octobre 2010 (à 99 ans)
Saint-Cloud, Hauts-de-Seine (France)
Nationalité Drapeau : France Française
Champs Économie, Histoire, Physique
Diplôme École polytechnique, École des mines de Paris, Faculté des sciences de Paris
Renommé pour Travaux économiques (théorie quantitative de la monnaie, équilibre général) et son hypothèse sur les oscillations pendulaires en physique (effet Allais)
Distinctions Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel 1988, Médaille d'or du CNRS 1978, Académie des sciences morales et politiques


Maurice Félix Charles Allais est un économiste français, né à Paris le 31 mai 1911 et mort le 9 octobre 2010 à Saint-Cloud[1]. Après Gérard Debreu en 1983[2], il est le second français à recevoir le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel en 1988. C'est un économiste libéral et protectionniste[3] : il est pour une économie de marché à l'intérieur de groupes d'états économiquement homogènes formant une même zone d'échange mais contre l'ouverture douanière vis à vis de pays présentant de fortes disparités économiques (niveau de développement, protection sociale, normes environnementales,...).[4] 

Issu d'un milieu modeste, il est major de sortie de sa promotion (1931) de l'École polytechnique. Ingénieur du Corps des Mines, il orienta sa carrière vers la recherche scientifique et l'enseignement.

Il est un de ceux qui voulurent apporter la rigueur mathématique des sciences dures à la science économique. Il devient titulaire de la chaire d'économie de l'École nationale supérieure des Mines de Paris en 1944 où il professera quarante ans. En 1946, il est nommé directeur de recherche au CNRS. Ses premiers ouvrages furent À la recherche d'une discipline économique (1943) et Économie et Intérêt (1947).

Ses travaux lui valent de nombreuses récompenses qui culminent avec l'attribution du « prix Nobel » d'économie en 1988. Cette reconnaissance internationale lui donne l'assise médiatique pour se projeter dans le débat sur l'ouverture financière et la mondialisation. Il développe pour le grand public des thèses qui sont celles de son enseignement depuis longtemps, mais qui contreviennent à l'esprit général des grandes réformes financières et douanières entreprises depuis 1973.

Il dénonce les changes flottants, la dérèglementation financière, et la suppression des protections douanières[5]. Il annonce que toutes ces nouveautés provoqueront en Europe le déclin de l'emploi et dans le monde le risque d'une nouvelle grande dépression. À l'occasion de la crise dite « des pays émergents », en 1998, il annonce dans un article au journal Le Monde : « Ce qui doit arriver arrive ! ». Ces positions, contraires aux grands consensus de l'époque, sont souvent exprimées de façon abrupte. La plupart ne seront généralement pas accueillies favorablement.

La crise économique sévère que connaît le monde depuis 2007, et dont il s'était fait inlassablement l'augure dans de nombreux ouvrages successifs[6], a fait renaître le débat autour de nombre de questions sur lesquelles Maurice Allais avait pris des positions marquées qu'il considérait comme prémonitoires.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Paris le 31 mai 1911 dans une famille modeste, il est rapidement orphelin : son père meurt en captivité en 1915. Il est dès lors élevé par sa mère, commerçante crémière, très attentive à ses études[7].

Élève brillant, au lycée Lakanal, puis au lycée Louis-le-Grand, à Paris, il passe son premier bac en 1928. En 1929, il passe le second à la fois en philosophie et mathématiques. Après une hypotaupe il est admis à Polytechnique. Mécontent de son rang, il refait une taupe[réf. nécessaire] mais rentre 53e[8] à Polytechnique, dont il sort major, ce qui lui permet de choisir un « grand corps ». Il opte pour le corps des Mines et il est élève de l'École des mines de Paris de 1934 à 1936.

Il fait son service militaire dans une batterie d’artillerie à Fontainebleau. Il sera mobilisé comme lieutenant et dirigera au front quelques semaines cette unité d'artillerie dans le corps des chasseurs alpins à la frontière italienne près de Briançon en 1939.

Carrière[9][modifier | modifier le code]

  • Ingénieur au service des Mines de Nantes de 1937 à 1943.
  • Directeur du Bureau de documentation et de statistique minière de 1943 à 1948
  • Directeur de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) à partir de 1946 jusqu'à sa retraite en 1980.
  • En 1944, il est nommé professeur d'économie à l'École nationale des mines de Paris, poste qu'il occupera jusqu'en 1988,
  • Directeur du Centre d'Analyse économique à partir de 1946
  • Directeur du Groupe de recherches économiques et sociales (1944-1970)
  • Professeur d'économie théorique à l'Institut de statistiques de l'Université de Paris (1947-1968).
  • 1958-1959 Distinguished Visiting Scolar au Centre Thomas Jefferson de l'Université de Virginie.
  • Professeur à l'Institut des Hautes études internationales de Genève (1967-1970).
  • À partir de 1970 et jusqu'en 1985, il dirige le Séminaire d'Analyse monétaire de l'Université de Paris-X.

Maurice Allais prend sa retraite en 1980 avec le titre d'ingénieur général honoraire au corps national des mines.

Principaux travaux économiques[modifier | modifier le code]

Le paradoxe d'Allais[modifier | modifier le code]

La plus célèbre intervention d'Allais est son paradoxe, mis en évidence à une conférence de l'American Economic Society qui s'est tenue à New York en 1953 et divers articles publiés dans les années 1950. Il mit en cause l'axiome d'indépendance forte dans la théorie « d'utilité espérée », axiome élaboré par Leonard Savage dans son maître ouvrage The Foundations of statistics à partir de la formalisation de la notion d'utilité par von Neumann et Morgenstern dans leur livre Theory of games and economic behavior.

La théorie de l’utilité espérée s’appuie sur une série d’axiomes concernant l’attitude d’un individu rationnel ayant à faire des choix en situation risquée. Allais a montré, par l’expérimentation, qu’un de ces axiomes était fréquemment violé par les individus : l’axiome d'indépendance. Cet axiome s’énonce de la façon suivante : « si la loterie A est préférée à la loterie B, alors, quelle que soit la loterie C et quelle que soit la probabilité p, la loterie [A (p) ; C (1-p)] est préférée à la loterie [B (p) ; C (1-p)] ». [A (p) ; C (1-p)] désigne une méta-loterie dans laquelle on joue la loterie A avec la probabilité p, et la loterie C avec la probabilité (1-p).

Cet axiome semble parfaitement naturel : quoi que pense l’individu de la loterie C, si on lui demande de la « mélanger » soit avec A soit avec B, avec une probabilité identique p dans les deux cas, on doit s’attendre à ce qu’il choisisse celle qu’il préfère, soit, par hypothèse, A. Pourtant, l’expérience montre que la présence d’un gain qui devient très incertain dans l'alternative proposée conduit un grand nombre de personnes à ne pas se conformer à cet axiome. Ce phénomène peut être illustré par l’exemple suivant. Il est demandé aux personnes interrogées, dans un premier temps, de choisir entre les deux loteries A et B suivantes :

A : [10 000 € (100 %)]
B : [15 000 € (90 %) ; 0 € (10 %)]

En règle générale, une majorité de personnes préfèrent la loterie A, qui procure un gain certain, même si l'espérance de la loterie B est supérieure : 13 500 €.

Dans un second temps, il leur est demandé de choisir entre les loteries C et D suivantes :

C : [10 000 € (10 %) ; 0 € (90 %)]
D : [15 000 € (9 %) ; 0 € (91 %)]

En règle générale, les mêmes personnes qui préfèrent A à B préfèrent aussi la loterie D à la loterie C, parce que D procure en cas un gain significativement plus important que C pour une probabilité de non-gain à peine plus forte.

Pourtant, on voit que

C : [A (10 %) ; Z (90 %)]
D : [B (10 %) ; Z (90 %)]

où Z est la loterie zéro, celle qui dans tous les cas ne rapporte ni ne coûte rien : Z : [0 € (100 %)]

La simultanéité de ces deux choix viole l’axiome d’indépendance, car selon cet axiome, si A est préféré à B, alors C devrait être préféré à D, ce qui n’est pas le cas en pratique.

Allais ne remet pas en cause la théorie de l'utilité comparée dans son ensemble : il démontre néanmoins expérimentalement que lorsque le risque est extrême, le joueur se focalise davantage sur la prime de risque. Les implications du paradoxe d'Allais donneront lieu à de multiples développements en théorie de la décision et en économie comportementale.

Les travaux sur la dynamique monétaire[modifier | modifier le code]

La monnaie est au cœur des travaux de recherches économiques de Maurice Allais. Elle traverse toute son œuvre depuis Économie et intérêt publié en 1947[10] jusqu'aux Fondements de la dynamique monétaire publiés en 1999 avec le soutien du Ministère de la Recherche[11].

Le noyau de ces recherches est la « formulation héréditaire et relativiste de la dynamique monétaire », un jeu d'équations mathématiques, sur le modèle des sciences physiques, permettant, moyennant l'emploi de diverses constantes, de rendre compte de phénomènes complexes. L'approche exige d'une part de constituer des séries chronologiques significatives et d'autre part de vérifier que les équations proposées rendent bien compte des données empiriques. Basée au départ sur trois constantes arbitraires, l'équation de la dynamique monétaire n'en comportera plus que deux lorsque Maurice Allais fera le postulat de l'équivalence entre l'oubli du passé et l'actualisation de l'avenir et vérifiera que les résultats demeuraient conformes à la réalité statistique.

La première formulation de l'équation de la dynamique monétaire a été présentée en 1953 : T D (t+T)= T D(t) + M(t) - Md(t)

où D, M et Md représentent respectivement la dépense globale, l'encaisse globale détenue et l'encaisse globale désirée. T, le temps de réaction est considéré comme constant. La formulation sera changée dans le mémoire de Paris de 1955 en considérant que T est une fonction du temps.

Au fur et à mesure de ses recherches, de nouvelles variables sont introduites comme l'appréciation psychologique de la conjoncture puis la considération du temps psychologique. Maurice Allais développe alors une fonction de la demande de monnaie et une fonction de l'offre de monnaie, qu'il modifie en introduisant la considération du taux d'intérêt psychologique, avec cette assertion novatrice que le taux d'intérêt est égal au taux d'oubli.

Ces théories proposent une théorie béhavioriste du comportement humain, qui implique des constantes de comportement dans des conditions très différentes. Par exemple l'étude des hyperinflations fait apparaître les mêmes constantes de comportement dans les cas allemand et soviétique du début des années 1920, malgré l'ampleur des différences de régimes politiques et économiques.

Ces théories où une mathématique poussée s'attaque à des domaines aussi fragiles que la psychologie et l'oubli, conduiront Maurice Allais à reformuler des aspects importants de la théorie économique, la théorie quantitative de la monnaie[12], la trappe monétaire de Keynes, la théorie des cycles[13], le lien entre croissance et inflation[14].

Sa reformulation du modèle de Walras sera la justification de son prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel (dit « prix Nobel »), qui rendra hommage, après le couronnement de son élève Gérard Debreu nommé au même prix quelques années auparavant, à la rigueur mathématique apportée par Maurice Allais à la discipline.

Difficiles d'accès du fait de leur formulation mathématique complexe, dans un milieu d'économistes pendant longtemps peu préparés à la manipulation de ce genre d'outils, non diffusées en langue anglaise, certaines de ses contributions majeures seront finalement connues du monde économique anglo-saxon mais sans lui être attribuées, parce qu'exposées ou redécouvertes par des économistes de langue anglaise. Par exemple la règle d'or d'une croissance optimale fut présentée par Edmund Phelps, et William Baumol popularisa des équations de la demande de monnaie fort proches de celles de Maurice Allais[15]. On attribue à Daniel Kahneman et Amos Tversky d'être à l'origine d'une théorie béhavioriste de l'économie qui datait en fait des premiers travaux de Maurice Allais[16].

Dans leur formulation en langue courante, bien des idées de Maurice Allais heurteront des pratiques couramment admises. Pour Maurice Allais, la clé d'une croissance sans cycle est la stabilité du rapport entre les encaisses désirées et les encaisses réelles. Il faut donc bannir tout ce qui vient troubler ce rapport : l'inflation, la création monétaire débridée et artificielle des banques, la spéculation, les changes flottants etc. Même le prestige du prix Nobel ne lui permettra pas de voir ces idées généralement acceptées.

Les idées clés de Maurice Allais contraires au Consensus de Washington[modifier | modifier le code]

Après avoir reçu son prix Nobel, Maurice Allais prit part au débat public sur l'organisation économique mondiale par de nombreux livres et articles. Certaines de ses suggestions ont été à l'encontre de toutes les pratiques qui se sont généralisées avec le flottement généralisé des monnaies, la dérégulation financière et l'abaissement général des frontières économiques dans l'esprit du consensus de Washington.

  • L'interdiction de la cotation boursière continue[17]

Interpellé par la crise boursière de 1987[18], provoquée largement par des ordres de ventes enchaînés de programmes informatiques, il dénonce la cotation continue comme contraire aux règles économiques qui veut qu'un prix soit d'autant plus significatif qu'il est formé par la rencontre du maximum d'offres et de demandes, et sans autre utilité que de permettre des gains spéculatifs sans cause réelle, au prix d'une volatilité aggravée des marchés financiers. L'accident du 6 mai 2010 à la bourse de New York où un ordre automatique a déclenché un krach technique massif, obligeant les autorités à annuler une séance de cotation[19], donne une actualité à cette prise de position très tranchée.

  • L'indexation généralisée des contrats sur l'inflation[20].

Maurice Allais considère que l'inflation est contraire à la vérité économique et fausse la bonne allocation des ressources. Afin de forcer la vérité économique des contrats, notamment des prêts, il demande l'indexation généralisée des contrats notamment des intérêts. Cette idée, refusée par le monde de la finance et de la banque va également à l'encontre de toutes les politiques de désindexation menées depuis les grandes crises pétrolières.

  • L'interdiction de la transformation bancaire et de la création de monnaie par les banques[21].

Les dépôts faits par les particuliers doivent être effectivement des dépôts, c'est-à-dire un bien appartenant au déposant et dont la banque ne puisse pas disposer à sa guise. Dans ces conditions, le secteur bancaire ne peut plus créer de monnaie de crédit. Les banques ne pourront faire de prêts qu'avec des ressources de durée d'immobilisation comparable à celle des prêts. La création monétaire est réservée à l'État et les gains correspondants viennent en diminution des charges fiscales générales. En contrepartie, l'activité de gestion des paiements des banques devient payante pour les usagers comme n'importe quel service. Toutes les grandes récessions étant provoquées, selon Maurice Allais, par les dérèglements des crédits, on obtiendrait ainsi une croissance plus régulière. Ces idées, déjà développées par Irving Fisher dans la foulée de la crise de 1929, ont été partiellement reprises au Royaume-Uni à la suite du sauvetage très coûteux du système bancaire britannique sous la forme du concept de « banque étroite » de l'économiste anglais John Kay[22]. Mais l'idée dominante reste celle de la « régulation » de la transformation bancaire et de la création de monnaie par les banques, plus que leur interdiction. Les phrases très dures qu'il a écrites sur le sujet comparant les banques à des faussaires lui ont valu l'appui de certains mouvements altermondialistes et le rejet par l'establishment politique et financier.

  • La critique de l'abandon du tarif commun européen.

Bien qu'ayant été un fervent européen à l'époque des grands fondateurs de la CEE[23], Maurice Allais n'a jamais admis la politique de suppression systématique des barrières douanières qui a été suivie depuis 1974 en Europe. Favorable au libre-échange[24], il considère néanmoins que lorsque les écarts de niveau de vie et de système de production sont trop grands, il devient contre-productif[25] et qu'il faut mettre des soupapes de sécurité afin d'éviter la perte de l'industrie et de l'agriculture des pays les plus développés. Le libre-échange doit être dosé[26],[27],[28],[29].

Ces positions contraires à la pratique généralisée des États occidentaux depuis 1974 ont peu à peu mis Maurice Allais dans la position d'un dissident. La crise en cours depuis 2007, la désindustrialisation en Europe et les délocalisations massives ont redonné une certaine actualité à ces positions longtemps contraires à l'esprit du temps.

La métaphore du voyageur de Calais[modifier | modifier le code]

Maurice Allais pose la question de savoir « combien coûte un passager monté à Calais dans le train pour Paris ? »

  • Un contrôleur estimera que la consommation de ressources supplémentaires n'est pas vraiment chiffrable, et sera tenté de répondre presque rien (coût marginal nul).
  • Le chef de train sera plus mesuré : si soixante passagers font comme lui, il faut ajouter une voiture au train. Il sera donc tenté d'imputer 1/60e du coût de la voiture pendant le temps du transport.
  • Le chef de ligne ne l'entend pas de cette oreille : on ne peut pas ajouter indéfiniment des voitures à un train, et au bout de 20 voitures il faut doubler celui-ci. Il souhaite donc imputer pour sa part, en plus du 1/60e de voiture précédent, 1/1 200e du prix de la motrice et du salaire de son conducteur.
  • Le chef de réseau n'est pas du tout d'accord : on ne peut pas multiplier ainsi les trains sans risque sur une même voie, et à partir de 50 trains par jour il est obligé de doubler la voie. Il ajoute donc pour sa part 1/120 000e du coût de la voie (toujours rapporté au temps du transport).

Maurice Allais montre ainsi que par approximations successives on arrive à ce que doit être le coût minimal du billet pour que la compagnie ferroviaire ne se retrouve jamais dans une impasse. Cet exemple lui est associé sous le nom de métaphore du voyageur de Calais, qui illustre qu'on ne peut jamais vraiment parler du coût d'un bien ou d'un service, mais qu'il est plus exact de parler de coût d'une décision en indiquant à quel niveau on la considère.

Les économistes reconnaissent depuis longtemps le caractère relatif de la notion de coût puisqu'ils disent que le coût n'est jamais qu'un « coût d'opportunité » : la valeur de ce à quoi on renonce au moment d'agir. Le paradoxe est que les économistes mathématiciens ne raisonnent pas en termes d'action mais en termes de situations, de sorte qu'ils ne sont pas les mieux placés pour en tirer les conséquences logiques. Maurice Allais a notamment compris que le coût dépend des conséquences de la décision ; se pose alors la question de savoir à qui la décision coûterait effectivement quelque chose, pourquoi c'est à lui qu'elle coûterait cela, comment celui qui subira le coût peut s'assurer que ses représentants (le contrôleur pour la SNCF, par exemple) prendront les bonnes décisions…

Les autres recherches[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Effet Allais.

Durant sa carrière, Maurice Allais s'est également intéressé à des problèmes de physique, notamment dans le domaine de la gravitation et de la relativité restreinte, en même temps qu'il s'intéressait à l'histoire de cette même théorie. Il affirme en particulier que l'espace est anisotrope, s'opposant par là à un pilier de la relativité.

Lors de l'éclipse solaire du 30 juin 1954, il a observé une perturbation du déplacement angulaire du plan d'oscillation d'un pendule, plus connu sous la dénomination d'effet Allais. Cette observation fait l'objet d'une controverse scientifique internationale.

Politique[modifier | modifier le code]

Engagement personnel[modifier | modifier le code]

Au cours de sa carrière d'enseignant, Allais a pris diverses positions politiques. En avril 1947, il participe aux côtés notamment des économistes libéraux Friedrich Hayek, Ludwig von Mises et Milton Friedman à la réunion de création de la Société du Mont Pèlerin, près de Vevey, en Suisse. Libéral utilitariste, il a cependant refusé de signer le texte constitutif de la Société à cause, selon lui, de l'importance excessive donnée aux droits de propriété. Dans ses Mémoires, George Stigler écrit que « Maurice Allais pensait que la possession privée de la terre était injustifiée », notamment parce qu'il croyait que les taux d'intérêt allaient tomber à zéro, ce qui donnerait une valeur infinie à la propriété immobilière[30]. Les membres de la Société du Mont Pèlerin souhaitaient lutter contre la montée de l'étatisme et restaurer la liberté des échanges telle qu'elle régnait avant 1914.

Il dénonce en mai 1962 dans le journal Combat, puis dans son ouvrage L'Algérie d'Évian, les accords d'Évian de mars 1962, qu'il considérait comme un « crime d'État » commis par le général de Gaulle envers les Français et les Algériens pro-français. En 1999, dans la seconde édition de son livre, il présente celui-ci comme « l'histoire d'un crime, d'un véritable génocide commis au nom de la France à l'égard de la minorité française et algérienne pro-française » et décrit l'abandon des harkis comme l'« une des plus grandes ignominies, l'une des plus grandes hontes de toute l'Histoire de France »[31]. Cette position lui valut ensuite une certaine hostilité des milieux intellectuels[réf. nécessaire].

À partir de 1994 (Combats pour l'Europe 1992 - 1994), Maurice Allais dénonce la politique de libre-échange, qu'il appelle « le libre-échangisme mondialiste »[32], approuvée par l'« Organisation de Bruxelles », en faisant apparaître sur les statistiques du chômage, du taux de croissance et du PIB par habitant, une nette cassure à partir de l'année 1974 au regard de l'évolution observée de 1950 à 1974. Cette politique en faveur du libre-échange est d'après lui — en l'absence de préférence communautaire — la cause de l'accroissement du chômage en France et plus généralement en Europe. Cette thèse est développée dans un ouvrage récent publié en juin 2007 : La Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance.

En 2009, dans une lettre adressée à Jacques Cheminade, Maurice Allais déclare s'associer à « l’appel de l’Institut Schiller et de M. Lyndon LaRouche en vue du sauvetage de l’économie mondiale »[33]. Il dénonce une nouvelle fois ce qu'il appelle « l'aveuglement de la logique néolibérale et de la libéralisation totale du commerce international » en plaidant pour un « protectionnisme éclairé[34] ». Son engagement politique contre la mondialisation et pour le protectionnisme lui vaudra de perdre sa visibilité médiatique, et malgré son prix de la Banque de Suède en économie très peu de journaux ont publié des entretiens de Maurice Allais depuis 1988: L'Humanité, Fakir, Marianne[35]..

Bien qu'il fût un fédéraliste européen convaincu[36], il a toujours rejeté l'idée d'une Europe libérale notamment en prenant publiquement position contre le traité constitutionnel européen[37]. Il s'est également exprimé sur l'Europe dans l'ouvrage paru en décembre 1995 L'Europe en crise. Que faire ?.

Distinctions[modifier | modifier le code]

  • Grand-croix de la Légion d'honneur (2010)
  • Grand-croix de l'ordre national du Mérite
  • Grand officier de la Légion d'honneur (2005)
  • Officier des Palmes académiques (1949)
  • Chevalier de l'Économie nationale (1962)
  • « Prix Nobel » d'économie 1988
  • Membre de l'Institut - Académie des sciences morales et politiques ; il y est élu le 25 juin 1990, au fauteuil de Guillaume Guindey, dans la section d'économie politique, statistique et finances.
  • Membre du Comité national du CNRS (1947-1980)
  • Membre de la commission de l'énergie du Conseil économique et social (1960-1961)
  • Président du Comité d'experts pour l'étude des options de la politique tarifaire dans les transports, Communauté économique européenne (1963-1964)
  • Membre de la Société internationale d'économétrie (1949-1980)
  • Membre de l'Institut international de statistique (1951-1980)
  • Fellow of the New York Academy of Sciences (1956-1970)
  • Fellow of the Operations Research Society of America (1958-1970)
  • Fellow of Council of the Econometric Society (1960-1965)
  • Président de l'Association française de science économique
  • Honorary member of the American Economic Association (1976)
  • Membre étranger associé de l'US National Academy of Sciences (1989)
  • Membre étranger associé de l'Accademia Nationale dei Lincei (1991)
  • Membre étranger associé de l'Académie des Sciences de Russie (1999)
  • Docteur Honoris causa de l'université de Groningue (1964), de l'université de Mons (1992), de The American University of Paris (1992), de l'université de Lisbonne (1993)
  • Diplôme d'honneur de l'École des hautes études commerciales de Paris (HEC), 1993
  • Grande médaille vermeil de la ville de Paris (1989)
  • Grande médaille d'or de la ville de Nice (1989)
  • Grande médaille d'or de la ville de Nancy (1990)
  • Médaille d'or de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale (1970)
  • Médaille d'or du CNRS (1978)[38]
  • Médaille d'or de l'université de Paris-X Nanterre (1989)
  • Médaille d'or de l'Étoile civique (1990),


Hommages[modifier | modifier le code]

  • La salle de conférence du lycée Lakanal a été baptisée Salle Maurice Allais
  • À l'occasion du 100e anniversaire de sa naissance, l'École des Mines a organisé une journée à la mémoire de Maurice Allais[39]
  • Une fondation sera consacrée à l'œuvre de Maurice Allais [ http://www.fondationmauriceallais.org]
  • Pour ses obsèques en l'Église Saint-Louis-des-Invalides, une délégation d'élèves de l'École Polytechnique a tenu à lui rendre hommage en portant son cercueil à la sortie de l'Église. [réf. nécessaire]
  • Un hommage lui a été rendu lors d'une conférence sur ses travaux le 30 janvier 2014 à l'université Paris X en présence de sa fille Christine Allais, et le plus grand amphithéâtre du bâtiment d'économie porte depuis son nom [1]

Prix[modifier | modifier le code]

Économie[modifier | modifier le code]

  • Prix Laplace 1933 et prix Rivot de l'Académie des Sciences pour son rang de sortie (no 1) de l'École polytechnique.
  • Prix Charles Dupin, 1954 de l'Académie des Sciences Morales et Politiques
  • Lanchester Prize of the Johns Hopkins University and the Operations Research Society of America (1958)
  • Prix Joseph Dutens, 1959 de l'Académie des Sciences Morales et Politiques
  • Prix Robert Blanché (1983) de l'Académie des Sciences Morales et Politiques
  • Grand prix Guido Zerilli Marimo de l'Académie des Sciences Morales et Politiques (1984)
  • Prix spécial du jury, à l'occasion de la création du prix Dupuit-de-Lesseps (1987)
  • Prix Nobel d'économie (1988)

Physique[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Livres et articles (Ce sont les éditions Clément Juglar qui éditent la majorité des livres de Maurice Allais)

  • « Les Lignes directrices de mon œuvre, Conférence Nobel prononcée devant l'Académie royale des Sciences de Suède »,‎ 1988.
  • À la recherche d'une discipline économique (1943).
  • Économie pure et rendement social (1945).
  • Abondance ou misère (1946).
  • Économie et intérêt, (1947).
  • La Gestion des houillères nationalisées et la théorie économique (1949).
  • Maurice Allais, « Le Comportement de l’homme rationnel devant le risque : critique des postulats et axiomes de l’école américaine », Econometrica, vol. 21,‎ 1953, p. 503-546.
  • Les Fondements comptables de la macro-économique (1954).
  • L'Europe unie, route de la prospérité (1959).
  • Le Tiers monde au carrefour (1961).
  • L'Algérie d'Évian, Les Éditions de l'Esprit nouveau, 1962[40].
  • The Role of Capital in Economic Development (Rôle du capital dans le développement économique) (1963).
  • Reformulation de la théorie quantitative de la monnaie (1965).
  • Growth Without Inflation (Croissance sans inflation) (1967).
  • La Libéralisation des relations économiques internationales - Accords commerciaux ou intégration économique (1970).
  • L'Inflation française et la croissance - Mythologies et réalité (1974).
  • L'Impôt sur le capital et la réforme monétaire (1976).
  • La Théorie générale des surplus, Presses Universitaires de Grenoble, (1978) (ISBN 9782706103272[à vérifier : isbn invalide]).
  • Les Conditions monétaires d'une économie de marchés (1987) .
  • Autoportrait (1989).
  • Pour l'indexation : condition majeure d'efficacité, équité et d'honnêteté, Paris, Clément Juglar,‎ 1990 (ISBN 2908735016).
  • Les Bouleversements à l’Est. Que faire? (1990).
  • La Théorie générale des surplus et l'économie de marchés" (1990 - trois mémoires de 1967, 1971, 1988).
  • Contributions à la théorie générale de l'efficacité maximale et des surplus (1990 - quatre mémoires de 1964,1965,1973 et 1975).
  • Pour la réforme de la fiscalité : repenser les vérités établies, Paris, Clément Juglar,‎ 1990 (ISBN 2908735008)[41] (1990).
  • L'Europe en crise, que faire ? : réponses à quelques questions, pour une autre Europe, Paris, Clément Juglar,‎ 2005 (ISBN 9782908735222);
  • Erreurs et impasses de la construction européenne (1992).
  • Maurice Allais, Combats pour l'Europe : 1992-1994, Paris, Clément Juglar,‎ 1994 (ISBN 9782908735079).
  • La crise mondiale d'aujourd'hui : pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires, Paris, C. Juglar,‎ 10 juin 1999 (ISBN 9782908735116);
  • Nouveaux combats pour l'Europe : 1995-2002, un aveuglement suicidaire : pour une autre Europe, Paris, Clément Juglar,‎ 1er septembre 2002, 502 p. (ISBN 9782908735161).
  • L'Europe en crise. Que faire? (2005).
  • La mondialisation : la destruction des emplois et de la croissance : l'évidence empirique, Paris, C. Juglar,‎ 1999 (ISBN 2908735121 et 978-2-908735-12-3).
  • Lettre aux Français - CONTRE LES TABOUS INDISCUTÉS (Marianne no 659, 5 décembre 2009).
  • L'effondrement de la théorie de la relativité : implication irréfragable des données de l'expérience, Paris, Clément Juglar,‎ décembre 2004, 292 p. (ISBN 9782908735185).
  • Albert Einstein : un extraordinaire paradoxe, Paris, Clément Juglar, coll. « Contributions de Maurice Allais à la physique expérimentale et théorique »,‎ 1er janvier 2005, 89 p. (ISBN 9782908735208).
  • De très remarquables régularités dans les distributions des planètes et des satellites des planètes, Paris, Clément Juglar,‎ 1er juillet 2005, 175 p. (ISBN 9782908735215).
  • Sur l'interprétation des observations interférométriques de Michelson les données de l'expérience, aucun vent d'Éther de 30 km/sec mais un vent d'Éther de 8 km/sec, une extraordinaire vérification, Paris, C. Juglar,‎ 2005 (ISBN 9782908735192).
  • La passion de la recherche : autoportraits d'un autodidacte, Paris, C. Juglar,‎ 2001 (ISBN 2908735148).
  • Traité d'économie pure, Paris, Clément Juglar éditions juridiques et économiques,‎ 1994 (ISBN 9782908735062).
  • Fondements de la dynamique monétaire, Paris, C. Juglar,‎ 2001 (ISBN 9782908735130).
  • L'Anisotropie de l'espace : la nécessaire révision de certains postulats des théories contemporaines, Paris, Clément Juglar éditions juridiques et économiques,‎ 1997 (ISBN 9782908735093).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henry Aujard, Un savant méconnu : portraits d'un autodidacte : sur l'œuvre de Maurice Allais, Prix Nobel de sciences économiques. Paris : C. Juglar, 2002. (ISBN 9782908735154)
  • Bertrand Munier, L'œuvre d'économiste de Maurice Allais : achèvements théoriques et germes de renouveau Aix-en-Provence : Université de droit d'économie et des Sciences d'Aix-Marseille, Faculté d'économie appliquée, 1984. (OCLC 77460483)
  • Jean-Michel Grandmont (de), « Rapport sur les travaux scientifiques de Maurice Allais », Annales d'Économie et de Statistique, 14, p. 25-38, 1989, lire en ligne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Le prix Nobel d'économie Maurice Allais est mort », Le Figaro, 10 octobre 2010.
  2. Qui a reçu ce prix et qui possède la double nationalité française et américaine.
  3. Maurice Allais, libéral protectionniste (Valeurs actuelles)
  4. La mondialisation : la destruction des emplois et de la croissance : l'évidence empirique, Paris, C. Juglar, 1999 page 233
  5. M; Allais, Contre les tabous indiscutés, Marianne
  6. Dès 1966 il identifie le surendettement des ménages américains comme le principal moteur des crises économiques.
  7. Yvon Gattaz, Hommage à Maurice Allais, de l’Académie des sciences morales et politiques, Prix Nobel d’économie, Canal Académie, 11 octobre 2010
  8. Fiche matricule de Maurice Allais sur le site de la bibliothèque de l'École Polytechnique
  9. Michel Gendrot, Biographie
  10. Première édition à l'Imprimerie nationale en deux volumes ; seconde édition chez Clément Juglar en 1998.
  11. Fondements de la dynamique monétaire, Clément Juglar
  12. Mémoire de Rome
  13. Mémoire de Paris 1955
  14. Mémoire de Dichley park
  15. « Maurice Félix Charles Allais, 1911- », site de la New School.
  16. John Kay, Financial Times, 25 août 2010, p. 9.
  17. La crise mondiale d'aujourd'hui, Clément Juglar, 1999.
  18. La nécessaire réforme de la bourse - La tribune de l'expansion 18 septembre 1991
  19. Pierre-Alexandre Sallier, « Quand un ordinateur du Kansas provoque un krach à Wall Street », Le Temps, 5 octobre 2010
  20. Pour l'indexation, Clément Juglar, 1990.
  21. « Les conditions monétaires d'une économie de marché » revue d'économie politique 1993
  22. John Kay, « Narrow banking: The reform of banking regulation », Centre for the Study of Financial Innovation, septembre 2009.
  23. L'Europe unie, route vers la prospérité, Paris, Calmann-Lévy, 1959.
  24. La libéralisation des relations économiques internationales, Gauthiers-Villars, Paris, 1971.
  25. L'Europe face à son avenir : que faire ?, Robert Laffont - Clément Juglar, 1991.
  26. Combats pour l'Europe, Clément Juglar, 1994.
  27. « La libération des échanges et l'expérience de la Communauté européenne », Revue des deux mondes, septembre 1997.
  28. L'Union européenne, la mondialisation et le chômage, Clément Juglar, 1999.
  29. La crise mondiale d'aujourd'hui, Clément Juglar.
  30. George Stigler : Memoirs of an Unregulated Economist, University of Chicago Press, 1985, ISBN 0-226-77440-6
  31. Maurice Allais, « Les Harkis, un impérieux devoir de mémoire », in L'Algérie d'Évian (1962), éd. Jeune Pied-Noir, 1999, p. 16-24
  32. http://www.fakirpresse.info/Maurice-Allais-Contre-le.html
  33. Cf. Solidarité et progrès, « Le professeur Maurice Allais s’associe à la démarche de Lyndon LaRouche »
  34. Marianne, no 659, 5 décembre 2009.
  35. Maurice Allais: "Contre les tabous indiscutés", Éric Conan: "Le prix Nobel iconoclaste… et bâilloné", dans Marianne, 5 au 11 décembre 2009, p. 82-85, http://lucadeparis.free.fr/docs/2009-12-05-Maurice_Allais-Marianne.pdf.
  36. http://esprit-europeen.fr/entretiens_allais.html
  37. http://www.observatoiredeleurope.com/Aveuglement-par-Maurice-Allais-Prix-nobel-d-economie_a242.html
  38. CNRS, « Liste des médaillés d'or du CNRS », sur http://www.cnrs.fr (consulté le 11 février 2014)
  39. http://colloque-31mai2011.mines-paristech.fr/
  40. Réédition avec une nouvelle préface de Maurice Allais et son discours du 6 mars 1999 : Les Harkis un impérieux devoir de mémoire
  41. André-Jacques Holbecq, Résumé synthétique de l'ouvrage « Pour la réforme de la fiscalité », societal, 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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