Ilya Ilitch Metchnikov

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Élie Metchnikov

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Ilya Ilitch Metchnikov dans son laboratoire en 1913

Naissance 15 mai 1845
Ivanovka, gouvernement de Kharkov (Empire russe)
Décès 15 juillet 1916 (à 71 ans)
Paris (France)
Nationalité Drapeau de la Russie Russie Russe Drapeau de la France France Naturalisé français
Champs Zoologiste et bactériologiste
Diplôme université de Kharkov
Renommé pour découverte des mécanismes de défense immunitaire contre les bactéries (Phagocytose)
Distinctions Lauréat du Prix Nobel de physiologie ou médecine en 1908

Ilya Ilitch Metchnikov, francisé en Élie Metchnikoff, (né le 15 mai 1845 à Ivanovka près de Kharkov, actuelle Ukraine et mort le 15 juillet 1916 à Paris) est un zoologiste et bactériologiste sujet de l'Empire russe, puis naturalisé citoyen français.

On doit à Metchnikov la découverte des mécanismes de défense immunitaire contre les bactéries au moyen des globules blancs: la phagocytose. Il est avec Paul Ehrlich co-lauréat du Prix Nobel de physiologie ou médecine en 1908[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Metchnikov était le fils d'un officier en retraite et de la fille d'un écrivain juif. Sa carrière comme naturaliste commença par un contre-temps. S'étant présenté un mois trop tôt à Wurtzbourg pour ses études de zoologie, il repartit découragé avant le début du semestre. Il s'inscrivit alors en 1862 à l'université de Kharkov, où il obtint deux ans plus tard son diplôme de zoologiste. Il retourna ensuite en Allemagne, aux universités de Giessen, Göttingen et Munich, où il s'occupait entre autres de la reproduction sexuée et non sexuée d’Ascaris nigrovenosa, le ténia de la grenouille.

Une bourse de son pays lui permit de travailler à l'Institut de biologie marine de Naples où, avec un collègue russe, il fit des recherches sur les éponges.

En 1867, on l'appela comme enseignant à l'université d'Odessa, où il ne resta que peu de temps. Saint-Pétersbourg lui offrait une chaire de professeur de zoologie et Metchnikoff y répondit, pour revenir encore à Naples peu après. À son retour à Saint-Pétersbourg, il tomba malade. Ludmilla Fedorovitch, la fille d'un ami, le soigna affectueusement et, après sa guérison, ils se fiancèrent. Le mariage en 1869 fut assombri par la grave tuberculose de Ludmilla et leurs deux premières années de mariage se passèrent à essayer de la guérir.

À La Spezia, Metchnikoff fit des recherches sur l'embryologie des étoiles de mer. Il passa ensuite quelques mois à Odessa. Sa femme et lui mettaient leur espoir dans l'efficacité d'une cure à Madère, mais en vain. Ludmilla mourut le 20 avril 1873, et Metchnikoff fut en proie à une crise de dépression. Sa tentative de suicide échoua en raison d'une dose de morphine trop faible.

Une fois guéri, il reprit ses recherches en sciences naturelles. En 1875, il travailla encore à l'université d'Odessa et épousa la jeune Olga Belokopitova. Des querelles avec ses collègues, la situation politique de son pays, des ennuis personnels et la maladie le conduisirent à une deuxième tentative de suicide. Metchnikoff se contamina avec le sang d'un de ses malades atteint de fièvre récurrente, dans l'idée que cette maladie serait mortelle. Mais après avoir présenté divers symptômes, il en réchappa encore et poursuivit à partir de 1882 ses recherches à Messine.

C'est là qu'il commença ses études sur les phagocytes. Dans le tissu de l'intestin de l'anémone de mer, il découvrit des cellules qui secrètent un colorant pendant qu'elles se placent en forme d'amibes autour de leur particule. Le savant se demanda si des processus semblables ne seraient pas associés à la lutte contre les agents pathogènes de maladie. Effectivement, du pus se formait autour des aiguilles d'un arbre de Noël quand il les piquait dans des larves d'étoile de mer. Metchnikoff développa la notion de « macrophages » pour de telles cellules, qui réduisent les corps étrangers qui ont pénétré le système, et il qualifia de « microphages » celles qui sont connues aujourd'hui sous le nom de granulocytes neutrophiles. Il est ainsi le premier qui ait saisi l'importance de ces cellules pour la défense immunitaire.

Metchnikoff à sa table de travail
photographié par Nadar

En 1887, Metchnikoff, dont la situation à Odessa était devenue difficile à cause de l'hostilité que lui avait valu sa pratique des vaccins contre la rage[2], rencontra Pasteur et lui demanda un poste de laboratoire à l'Institut Pasteur qui était en train de se créer. Un an plus tard, il s'installa à Paris, où il demeura jusqu'à la fin de ses jours, et devint en 1904 vice-directeur de l'Institut.

En 1908, il est co-lauréat avec Paul Ehrlich du prix Nobel de physiologie ou médecine « en reconnaissance de leurs travaux sur l'immunité[1] » (plus précisément, pour la découverte de la phagocytose). Parallèlement, il obtint une grande notoriété avec ses recherches dans le cadre de ses études sur les probiotiques : les bactéries qui produisent l'acide lactique, comme cela se passe dans le lait caillé et le yaourt, mais surtout dans le kéfir, servent d'après ses conceptions à prolonger la vie. En outre, il s'occupa de différentes maladies infectieuses, entre autres la syphilis qu'il transmit à des singes anthropoïdes afin d'avoir un modèle d'animal pour ses recherches. Contrairement à Pasteur, chrétien pratiquant, il était rationaliste et hostile aux religions.

En 1919 fut fondé à Moscou l'Institut Metchnikoff pour les maladies infectieuses.

Son frère Léon Metchnikov (1838-1888) est un géographe russe, secrétaire et ami d'Élisée Reclus.

Publications[modifier | modifier le code]

Monument Metchnikov à Kharkov .
  • Leçons sur la pathologie comparée de l'inflammation, G. Masson (Paris), 1892, disponible sur Gallica.
  • L'Immunité dans les maladies infectieuses, Masson & Cie (Paris), 1901, disponible sur Gallica.
  • Études sur la nature humaine : essai de philosophie optimiste[3], Masson (Paris), 1903, Texte intégral en ligne.
  • Essais optimistes, [deuxième édition revue et augmentée], A. Maloine (Paris), 1914.
  • Souvenirs. Recueil d'articles autobiographiques[4], Éditions en langues étrangères, Moscou, 1959.

Préface

  • Raymond Petit(Dr): Phagocytes en chirurgie, antisepsie, hémostase, régénération des tissus ; applications récentes en chirurgie de guerre, Masson (Paris), 1915, disponible sur Gallica.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « in recognition of their work on immunity » in Personnel de rédaction, « The Nobel Prize in Physiology or Medicine 1908 », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 21 novembre 2010
  2. « C'est au cours de cette période que Metchnikov fut nommé directeur d'un institut fondé en 1886 à Odessa pour appliquer le vaccin antirabique de Pasteur, mais il y avait sur place beaucoup d'hostilité contre ce traitement et Metchnikov se heurta à de telles difficultés, dues partiellement au fait qu'il n'était pas médecin, qu'en 1888 il quitta Odessa et se rendit à Paris pour demander à Pasteur ce qu'il devait faire. Pasteur lui fit obtenir un laboratoire et un poste à l'Institut Pasteur, où il resta jusqu'à la fin de sa vie. » Traduit de la Biographie Nobel en anglais de Ilya Metchnikov – (Dans Nobel Lectures, Physiology or Medicine 1901-1921, Elsevier Publishing Company, Amsterdam, 1967)
  3. Alfred Binet : « Élie Metchnikoff, Études sur la nature humaine. Essai de philosophie optimiste », in: L'année psychologique, 1903, vol. 10, n° 1, pp. 548-549, Texte intégral.
  4. J. Théodoridès: « E. Metchnikov, Souvenirs. Recueil d'articles autobiographiques »,in: Revue d'histoire des sciences et de leurs applications, 1960, vol. 13, n° 4, p. 366.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis de Casamajor: La science est-elle en faillite ? Des doctrines phagocytaires de M. Metchnikoff, J.-B. Baillière et fils (Paris), 1903, disponible sur Gallica.
  • Paul Acker : « Élie Metchnikoff » in: Petites confessions (visites et portraits), 1e sér., A. Fontemoing (Paris), 1905, disponible sur Gallica.
  • Olga Metchnikoff: Vie d'Élie Metchnikoff : 1845-1916, (Paris), 1920.
  • « Mémoires publiés à l'occasion du jubilé de Metchnikoff (16 mai 1915) », in : Annales de l'Institut Pasteur [collectif], L. Maretheux ; Masson et Cie (Paris) 1921, disponible sur Gallica.
  • (en) Paul DeKruif: Microbe Hunters, Blue Ribbon (New York), 1926.
  • (en) Vaughan R. B.: « The romantic rationalist. A study of Elie Metchnikoff », in: Medical history, 1965, 9(3), pp. 201-215, Texte intégral.
  • (en) Edward E. Slosson: Major Prophets of Today, Books for Libraries (Freeport, N. Y.), 1968.
  • Efremenko, A.: « Metchnikoff à Paris », in: Histoire des sciences médicales, 1968, 2 (3-4), pp. 165-170, Texte intégral.
  • Alain Lellouch: « Metchnikoff (1845-1916) et le vieillissement », in: Histoire des sciences médicales,1993, 27 (1), pp. 13-22, Texte intégral.
  • Jean Théodoridès : « Exposition sur E. Metchnikoff » (Institut Pasteur, juin 1983), in: Histoire des sciences médicales1983, 17 (3), p. 289, Texte intégral.
  • Anne-Marie Moulin : « De l'analyse au système : le développement de l'Immunologie. ». In: Revue d'histoire des sciences, 1983, Tome 36 n°1. pp. 49-67. doi : 10.3406/rhs.1983.1903 Texte intégral.
  • (en)Robert S. Desowitz: The Thorn in the Starfish : the Immune System and How it Works, W. W. Norton & Co.(New York), 1987.
  • (en) Richard M. Krause: « Metchnikoff and Syphilis Research during a decade of discovery » , ASM News, 1996, 62(6), pp. 307-312, Texte intégral.
  • (en) Arthur M. Silverstein: « Darwinism and immunology: from Metchnikoff to Burnet », in: Nature Immunology, 4, 3 - 6 (2003)

doi:10.1038/ni0103-3 .

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]