Maurice Audin
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Maurice Audin, né le 14 février 1932 à Béja (Tunisie) et décédé en 1957, est un assistant de mathématiques français à l’université d’Alger, membre du Parti communiste algérien (PCA) et militant de la cause anticolonialiste. Il fut torturé et tué par les services français[1], car il était militant de la cause de l'indépendance algérienne.
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[modifier] L'affaire Audin
Membre de la cellule Langevin des Etudiants communistes, Maurice Audin fréquentait aussi l'association des étudiants musulmans, l'AEMAN (devenue en 1955 l'UGEMA) [2]. Le PCA est interdit le 13 septembre 1955 [2]. Père de plusieurs enfants, il organise, avec sa sœur et son beau-frère, l'exfiltration clandestine à l'étranger de Larbi Bouhali, premier secrétaire du PCA, en septembre 1956 [2].
Près de deux ans plus tard, lors de la « bataille d'Alger », Maurice Audin est arrêté à son domicile, le 11 juin 1957, par le capitaine Devis, le lieutenant Philippe Erulin et plusieurs militaires du 1er régiment étranger de parachutistes, pour être transféré vers une destination où il est assigné à résidence. Une souricière étant installée dans l'appartement de la famille Audin, Henri Alleg, ancien directeur du journal Alger Républicain et auteur de La Question, y est arrêté le lendemain. À l'exception des militaires, il est le dernier à l'avoir vu vivant [3]. La trace de Maurice Audin est dès lors perdue pour son épouse Josette et leurs trois enfants.
Selon l'armée française, Maurice Audin se serait évadé en sautant de la jeep qui le transférait de son lieu de détention. Mais selon les membres de sa famille politique et une enquête de l'historien Pierre Vidal-Naquet qui écrit, en mai 1958, dans la première édition de L'affaire Audin, que l'évasion était impossible, Maurice Audin est mort au cours d'une séance de torture, assassiné le 21 juin 1957 par le lieutenant Charbonnier, officier de renseignement servant sous les ordres du général Massu.
Dès juillet 1957, certains journaux commencent à évoquer « l'affaire Audin » et, le 2 décembre 1957, la soutenance in absentia de la thèse de doctorat d'État de mathématiques de Maurice Audin, « sur les équations linéaires dans un espace vectoriel », sous la présidence de Laurent Schwartz, provoque l'indignation de certains universitaires contre la situation en Algérie. Des « comités Audin » sont créés pour faire la lumière sur l'affaire et sensibiliser l'opinion sur la pratique de la torture en Algérie. Une enquête judiciaire est menée suite à la plainte contre X pour homicide déposée par sa femme le 4 juillet 1957.
Par ailleurs, celle-ci milite contre les disparitions avec d'autres familles de victimes, dont Djamila Briki [2].
À la demande des avocats de madame Audin, l'instruction est transférée à Rennes en avril 1959 et se prolonge jusqu'en 1962. Un non-lieu est prononcé, en avril de la même année, pour insuffisance de charges. De plus, le décret du 22 mars 1959 amnistie « les faits commis dans le cadre des opérations de maintien de l'ordre dirigées contre l'insurrection algérienne ». Les avocats font appel puis saisissent la Cour de cassation. Leur pourvoi est rejeté en 1966. Le corps de Maurice Audin n'ayant pas été retrouvé, un acte de décès est établi par le tribunal d’Alger, le 1er juin 1963, le jugement devenant exécutoire en France le 27 mai 1966. Un nouveau non-lieu sera prononcé en juillet 2002 suite à une nouvelle plainte de son épouse pour séquestration et crime contre l'humanité déposée le 16 mai 2001, après que le général Aussaresses ait avoué avoir ordonné au lieutenant Charbonnier d'interroger Maurice Audin[4].
En juin 2007, sa veuve, Josette Audin, écrit au président de la République récemment élu pour lui demander que soit éclairci le mystère de la disparition de son mari et pour que la France assume sa responsabilité dans cette affaire. Le 1er janvier 2009, sa fille, Michèle Audin, refuse le grade de chevalier de la Légion d'honneur au motif que le président n'avait pas donné suite à la demande de sa mère ni même répondu à sa lettre[5]
[modifier] Hommages
- L'« Association Maurice Audin » organise un prix de mathématiques décerné chaque année à deux lauréats, un mathématicien exerçant en Algérie, un mathématicien exerçant en France. Le prix a été remis entre 1957 et 1963, puis de nouveau dans les années 2000 [3]. Les présidents en exercice des deux principales sociétés savantes de mathématiques, la Société mathématique de France (SMF) et la Société de mathématiques appliquées et industrielles (SMAI) sont membres du jury ; les deux autres membres sont des mathématiciens algériens.
- En 1960, le peintre Mohammed Khadda a intitulé l'une de ses toiles : « Hommage à Maurice Audin. » Elle est conservée depuis 1991 au musée national des Beaux-Arts d'Alger.
- Le poète Messaour Boulanouar a dédié à sa mémoire l'un de ses longs poèmes.
- Ernest Pignon-Ernest a réalisé, en 2003, une « intervention urbaine » à Alger, intitulé « Parcours Maurice Audin ».
- La mathématicienne Michèle Audin, connue pour son livre Géométrie, est la fille de Maurice Audin.
- Une place « Maurice Audin » est inaugurée en 2004 à Paris par le maire de la capitale, Bertrand Delanoë, dans le 5e arrondissement, au croisement de la rue des Écoles et de la rue Saint-Victor.
- À Vaulx en Velin (France), la rue Maurice Audin accueille l'École Nationale des Travaux Publics de l'État et l'École d'Architecture de Lyon.
- À Alger, une place du centre-ville, à proximité de l'Université, porte son nom. Sur cette « place Maurice Audin » se trouve, notamment, le siège d'Air Algérie. Par extension tout le quartier de allant de la Grande Poste à l'avenue Didouche Mourad est désormais appelé « Audin » par les jeunes algérois.
[modifier] Notes
- ↑ Le Parti communiste français dans la lutte contre le colonialisme. Par Monique Lafon. Publié par Éditions sociales, 1962. page 140
- ↑ a b c d Maurice Audin, la torture et les deux rives, par Sadek Hadjerès in L'Humanité, 27 mai 2004
- ↑ a b Maurice Audin, cinquante ans de silence in Le Monde Diplomatique, 20 juin 2007
- ↑ Maurice Audin. Le fantôme de la torture, Le Monde 2 n°279 du samedi 20 juin 2009, page 59
- ↑ Lettre de Michèle Audin à Nicolas Sarkozy, Mediapart, 2 janvier 2009
[modifier] Annexes
[modifier] Bibliographie
- Pierre Vidal-Naquet, L'Affaire Audin, 1957-1978, éditions de Minuit, 1989 [nouvelle édition augmentée] (ISBN 2707313173)
- Laurent Schwartz, Un mathématicien aux prises avec le siècle (ISBN 2738104622)
- Henri Alleg, La question (ISBN 2707301758)
- Jean-Charles Deniau et Madeleine Sultan, Général Aussaresses : "Je n'ai pas tout dit", Éditions du Rocher (ISBN 978 2 268 06514).
Les auteurs révèlent à mot couvert le nom de l'officier responsable de la mort d'Audin en exposant une hypothèse du déroulement des faits. Aussaresses, toujours muet à ce sujet, déclarera que cette hypothèse "se tient et que rien n'est faux" dans ce que les auteurs lui ont exposé.

