Jean Tirole

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Jean Tirole, né le 9 août 1953 à Troyes[2], dans l'Aube, est un économiste français. Il est président de la Fondation Jean-Jacques Laffont - Toulouse School of economics (TSE), directeur scientifique de l’Institut d'économie industrielle (IDEI) à Toulouse et membre fondateur de l'Institute for Advanced Study in Toulouse (IAST). Il est aussi professeur invité au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et membre de l'Académie des sciences morales et politiques depuis le 27 juin 2011. Depuis 1995, il est aussi directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Le 13 octobre 2014, il reçoit le prix Nobel d'économie pour son « analyse du pouvoir de marché et de la régulation »[3],[4].

Formation[modifier | modifier le code]

Ancien élève de l'École polytechnique (promotion X 1973), Jean Tirole est ingénieur général des Ponts, Eaux et Forêts. Il est titulaire d'un doctorat de 3e cycle en mathématiques de la décision à l'université Paris-Dauphine (1978).
Il est également titulaire d'un Ph.D. obtenu au Massachusetts Institute of Technology sous la direction d'Eric Maskin (prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel 2007).

Recherches[modifier | modifier le code]

Ses recherches portent sur l'économie industrielle, la régulation des industries de réseau (en collaboration avec Jean-Jacques Laffont) et du système bancaire, la finance d'entreprise, l’économie internationale, et les liens entre l’économie et la psychologie. Elles ont un thème unificateur : la méthodologie de la théorie des jeux et de la théorie de l’information.

Il s’est intéressé aux modèles d’affaire des entreprises dites « bifaces », c’est-à-dire qui s’adressent à deux catégories de clientèles distinctes[5] et a proposé des mesures de régulation face aux oligopoles et « gentils » monopoles qui jouissent d’une position dominante sans en apparence en profiter aux dépens de leurs clients[6],[7].

Il plaide pour que les économistes ne se cantonnent pas à leurs propres outils mais adoptent une attitude plus transverse, en s'appuyant sur les autres sciences sociales, notamment dans le cas de l'économie comportementale[8].

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Jean Tirole, ancien président de la Société d'économétrie et de l’European Economic Association, est docteur honoris causa de l’Université libre de Bruxelles (1989), de l'université de Montréal (HEC, 2007), de la London Business School (2007), de l'université de Mannheim (2011), de l’Athens University of Economics and Business (2012), de l'université de Rome « Tor Vergata » (2012), de l'université Hitotsubashi (2013), de l'université de Lausanne (2013). En 1993, il a reçu le prix Yrjö Jahnsson (qui récompense tous les deux ans un économiste de moins de quarante-cinq ans en Europe) et est nommé membre honoraire étranger de l’Académie américaine des arts et des sciences et de l’American Economic Association. Depuis 2011, il est membre de l'Académie des sciences morales et politiques. En 2012, il reçoit le grand prix de l'Académie d'Occitanie. Fait Honorary Fellow de la Royal Society of Edinburgh, 2013.

Récipiendaire de la médaille d'argent du CNRS en 2002[9], il reçoit en 2007 la médaille d'or du CNRS, ce qui en fait le second économiste après Maurice Allais à recevoir cette distinction[2],[10]. Il est le premier lauréat du prix BBVA Foundation Frontiers of Knowledge Awards en économie, finance et management (2008). Il obtient en 2010 le prix Claude Lévi-Strauss[11], qui vise à reconnaître et à valoriser l'excellence de l'œuvre d'un chercheur en sciences humaines ainsi que le prix en finance décerné conjointement par le Mathematical Sciences Research Institute (MSRI) de Berkeley et le Chicago Mercantile Exchange. Il a reçu le Ross Prize 2013 et le prix Erwin Plein Nemmers d'économie 2014[12].

En 2014, il est nommé membre du Conseil stratégique de la recherche[13]. Puis il devient le troisième français, après Gérard Debreu en 1983 et Maurice Allais en 1988, à recevoir le prix Nobel d'économie pour son « analyse du pouvoir de marché et de la régulation »[3],[4].

Prises de position dans le débat public[modifier | modifier le code]

Jean Tirole est membre du Conseil d’analyse économique depuis 1999. À ce titre, il a rédigé plusieurs rapports sur l’économie industrielle (rapport sur la grande distribution avec Patrick Rey ; rapport sur la propriété intellectuelle, avec Bernard Caillaud et Claude Henri). En 2003, il propose avec Olivier Blanchard une taxe sur les licenciements consistant à moduler les contributions des entreprises à l'assurance chômage en fonction du taux de licenciement, afin de responsabiliser les entreprises. Parallèlement, les auteurs suggèrent de remplacer le CDD et le CDI par un contrat de travail unique avec une augmentation progressive des droits des salariés en fonction de l'ancienneté[14].

Depuis 2008, il écrit régulièrement sur la crise financière et la régulation des banques.

Il est aussi l'auteur d'un rapport sur le réchauffement climatique ; il y exprime ses craintes vis-à-vis de l’issue des négociations à la conférence de Copenhague de 2009 sur le climat et préconise un cadre pour les négociations futures.

Les prises de position de Jean Tirole ont suscité des critiques, les mesures qu'il recommande étant jugées par les adversaires du libéralisme économique, comme le magazine Alternatives économiques, idéologiquement tendancieuses, car favorables à la privatisation du service public. Derrière la notion de « responsabilisation des entreprises » se cacheraient en réalité des mesures consistant à réduire, voire à supprimer le contrôle démocratique des marchés par l'État[15],[16].

Conférences internationales[modifier | modifier le code]

Jean Tirole a par ailleurs été invité à participer à plus de 75 grandes conférences.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Jean Tirole est l'auteur de plusieurs ouvrages de référence, d'environ deux cents articles publiés en anglais dans des revues internationales et de trente-deux publications en français.

  • Dynamic Models of Oligopoly (avec Drew Fudenberg, Harwood Academic Publishers GMbH, 1986.
  • The Theory of Industrial Organization, MIT Press, 1988.
  • Game Theory (avec Drew Fudenberg), MIT Press, 1991[17]
  • A Theory of Incentives in Regulation and Procurement (avec Jean-Jacques Laffont), MIT Press, 1993[18].
  • The Prudential Regulation of Banks (avec Mathias Dewatripont), MIT Press, 1994[19].
  • Competition in Telecommunications (avec Jean-Jacques Laffont) MIT Press, 1999[20].
  • Financial Crises, Liquidity and the International Monetary System, Princeton University Press, 2002[21].
  • The Theory of Corporate Finance, Princeton University Press, 2005[22].
  • Balancing the Banks (avec Mathias Dewatripont et Jean-Charles Rochet), Princeton University Press, 2010[23].

Co-auteur

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. «
  2. a et b « Jean Tirole, Le quotidien en équations », Le Monde du 21 septembre 2007.
  3. a et b (fr) « Le Prix Nobel d’économie attribué à un Français », Ijsberg Magazine, 13 octobre 2014
  4. a et b « Le Français Jean Tirole remporte le prix Nobel d'économie », sur Lefigaro.fr,‎ 13 octobre 2014 (consulté le 13 octobre 2014).
  5. (en) Jean-Charles Rochet et Jean Triole, « Platform Competition in Two Sided Markets », Financial markets group,‎ février 2002 (lire en ligne)
  6. Pascal Riché, « Pourquoi Google peut s’inquiéter de la nobélisation de Jean Tirole », rue 89,‎ 14 octobre 2014 (lire en ligne)
  7. Adrien de Tricornot, « Jean Tirole, un décrypteur des oligopoles », Le Monde,‎ 13 octobre 2014 (lire en ligne)
  8. Airy Routier,Pierre-Henri de Menthon, Théories du bordel économique, J.C. Lattès, chapitre 1, en ligne
  9. Voir la rubrique « Biographie » sur la page du CNRS consacré à Jean Tirole CNRS Dossier de Presse du 20 septembre 2007
  10. a et b Esther Duflo, « Un monde meilleur, selon Jean Tirole », Libération,‎ 24 décembre 2007 (lire en ligne)
  11. a et b « Le prix Claude Levi-Strauss attribué à l'économiste toulousain Jean Tirole ».
  12. (en) « French economist Jean Tirole recognized for contributions to economic theory », 27 février 2014, université Northwestern
  13. Décret du 3 février 2014 portant nomination au Conseil stratégique de la recherche
  14. Jean Tirole et Olivier Blanchard, Protection de l’emploi et procédures de licenciement, La Documentation Française,‎ 9 octobre 2003 (lire en ligne)
  15. http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2014/10/14/la-legitime-recompense-de-jean-tirole/
  16. http://modele-dac.net/jean-tirole-prix-nobel.html
  17. [1], sur le site du MIT
  18. [2], sur le site du MIT
  19. [3], sur le site du MIT
  20. [4], sur le site du MIT
  21. [5], sur le site de Princeton
  22. Description. Association of American Publishers 2006 Award for Excellence]
  23. [6].
    • Inside and Outside Liquidity (avec Bengt Holmström), MIT Press, 2011 [7], sur le site de Princeton
  24. « Le Toulousain Jean Tirole reçoit le prestigieux prix Nemmers en économie », ToulÉco,‎ 2 mars 2014 (lire en ligne)
  25. Hilary Hurd Anyaso, « Nemmers Economics Prize Announced : French economist Jean Tirole recognized for contributions to economic theory », sur northwestern.edu,‎ 27 février 2014

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]