Charles Nicolle

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Charles Nicolle

Description de cette image, également commentée ci-après

Charles Nicolle dans son laboratoire (novembre 1911).

Naissance
Rouen (France)
Décès (à 69 ans)
Tunis (Tunisie)
Nationalité Drapeau : France française
Champs Médecine, microbiologie
Institutions Institut Pasteur de Tunis, Collège de France
Diplôme Institut Pasteur
Renommé pour Travaux sur le typhus , la leishmaniose
Distinctions Prix Nobel de physiologie ou médecine

Charles Jules Henri Nicolle ( à Rouen, France - à Tunis) est un médecin et microbiologiste français. Il est lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine de 1928[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Charles Nicolle est né à Rouen où il a passé son enfance. Il est le fils de Eugène Nicolle[2](1832-1884), médecin des hôpitaux de Rouen, et d'Aline Louvrier (1839-1925). Il est le frère du microbiologiste Maurice Nicolle (1862-1932) et du critique d'art Marcel Nicolle (1871-1934).

Il fréquente brillamment le lycée Corneille de Rouen comme son père et ses frères. Il s'engage dans la voie médicale en novembre 1884 après avoir été tenté par des études d'histoire. Il suit son frère aîné Maurice à Paris et devient interne dès 1888. Il se forme à la Faculté de Médecine de Paris (auprès d'Albert Gombault[3]) puis à l’Institut Pasteur où il suit les cours d'Emile Roux et d'Élie Metchnikoff. Il obtient le titre de Docteur en médecine en juillet 1893 en soutenant une thèse intitulée: Recherches sur le chancre mou. Revenu à Rouen, il travaille à l’Hôpital et à l’École de Médecine et se consacre principalement à la dermatologie et à la syphiligraphie. Chef du laboratoire de bactériologie et de sérothérapie à la Faculté de médecine en 1896, il tente vainement d'ouvrir un centre d'enseignement de la microbiologie. En 1898, il fonde un sanatorium avec ses amis André Halipré[4] et Joseph Cotoni[5] à Oissel. Son activité essentielle reste cependant la lutte contre les maladies vénériennes.

Bientôt, son acuité auditive commence à décliner, ce qui l’empêche de pratiquer l'auscultation de ses patients. Cette infirmité l’oriente définitivement vers les travaux en laboratoire.

En 1903, succédant à Adrien Loir, il prend la direction de l’Institut Pasteur de Tunis, qu’il dirige jusqu’à sa mort. Sa démission de son poste de professeur suppléant à Rouen et son départ pour Tunis sont motivés par de continuelles tensions avec l'Ecole de médecine (dont dépend son laboratoire) et de son directeur Raoul Brunon[6] . Il arrive en Afrique du Nord à un moment propice: le rôle pathogène des agents infectieux est de mieux en mieux cerné. Et il se retrouve confronté, dans ce lieu d'échanges entre populations, à de nombreuses maladies africaines peu étudiées en Europe. Il choisit le cobaye comme animal de laboratoire mais il utilise aussi l'expérimentation humaine[7]. Il mène des recherches sur diverses maladies infectieuses, dont le typhus , la brucellose , la leishmaniose , le paludisme , le kala azar ou encore le trachome. Il décrit le rôle vecteur des animaux dans leur mode de propagation et insiste sur l'existence d'"infection inapparente" . Il travaille avec Ernest Conseil et Charles Comte sur une épidémie de typhus exanthématique qui sévit dans Tunis. L’équipe démontre en 1909 que l’agent vecteur de la maladie est le pou. En effet, les médecins notent qu’à l’hôpital Sadiki, le personnel ne contracte jamais le typhus, contrairement aux agents de l'hôpital qui reçoivent les patients et changent leurs vêtements (le règlement de cette institution imposait aux malades de ne porter que les vêtements de l’hôpital). L’hôpital Sadiki, ancienne caserne, avait un bain maure. Le malade y était rasé et débarrassé de ses poux ; il n’était plus contagieux. À partir de cette constatation, l’équipe conclut que des actes simples d’hygiène et la suppression du parasite suffisent à assurer la prophylaxie du fléau et à sauver des vies. Nicolle reçoit le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1928 « pour ses travaux sur le typhus[1] », et est élu membre de l’Académie des sciences en 1929.

Kyste du parasite Toxoplasma gondii dans le cerveau d'une souris.

En 1908[8], Nicolle décrit en compagnie de Louis Manceaux, Toxoplasma gondii, protozoaire parasite responsable de la toxoplasmose, à partir d'un Goundi de l'Atlas. On pense maintenant qu'un tiers de la population mondiale est infectée par ce parasite. Il a cette phrase prophétique concernant l’apparition de nouvelles maladies :

« Il y aura donc des maladies nouvelles. C’est un fait fatal. Un autre fait, aussi fatal, est que nous ne saurons jamais les dépister dès leur origine. Lorsque nous aurons notion de ces maladies, elles seront déjà toutes formées, adultes pourrait-on dire. Elles apparaîtront comme Athéna parut, sortant toute armée du cerveau de Zeus. Comment les reconnaîtrons-nous, ces maladies nouvelles, comment soupçonnerions-nous leur existence avant qu’elles n’aient revêtu leurs costumes de symptômes ? Il faut bien se résigner à l’ignorance des premiers cas évidents. Ils seront méconnus, confondus avec des maladies déjà existantes et ce n’est qu’après une longue période de tâtonnements que l’on dégagera le nouveau type pathologique du tableau des affections déjà classées. »

Charles Nicolle est resté très attaché à sa Normandie natale, mais il a aussi beaucoup aimé la Tunisie, qui l’a adopté.

Il est enterré à l’Institut Pasteur de Tunis. Sur sa tombe, on peut voir deux rameaux entrelacés, pommier et olivier, symboles de la Normandie et de la Tunisie. L’ancien hôpital civil français de Tunis porte son nom depuis 1946. En 1953, l’Hôpital général de Rouen décide également, en reconnaissance de ses travaux, de prendre son nom.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Œuvres et publications[modifier | modifier le code]

En plus de nombreux articles scientifiques, Charles Nicolle a écrit tout au long de sa vie des ouvrages de fiction et de philosophie.

Leçons au Collège de France
  • Introduction à la carrière de la médecine expérimentales, Félix Alcan, Paris, 1932.
  • Destin des maladies infectieuses, Félix Alcan, Paris, 1933 et Presses Universitaires de France (Paris), 1939 disponible sur Gallica.
  • L’Expérimentation en médecine, Félix Alcan, Paris, 1934.
  • Responsabilités de la médecine (1 et 2), Félix Alcan, Paris 1935 et 1936.
Œuvres de philosophie biologique et médicale
  • Naissance, vie et mort des maladies infectieuses, Félix Alcan (Paris), 1930,Texte intégral.
  • Biologie de l’invention, Félix Alcan, Paris, 1932.
  • La Nature, Félix Alcan, Paris, 1934.
Œuvres littéraires
  • La Chronique de Maitre Guillaume Heurtebise (signé C.A***) Imprimerie Lecerf Fils, Rouen, 1903.
  • Le Pâtissier de Bellone, Calmann-Lévy, Paris 1913.
  • Les Feuilles de la sagittaire, Calmann-Lévy, Paris 1920.
  • La Narquoise, Calmann-Lévy, Paris, 1922.
  • Les Menus Plaisirs de l’ennui, Rieder, Paris 1924.
  • Marmouse et ses hôtes, Rieder, Paris, 1927.
  • Les Deux Larrons, Calmann-Lévy, 1929.

Hommages[modifier | modifier le code]

Plusieurs voies et institutions portent son nom :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « for his work on typhus » in Personnel de rédaction, « The Nobel Prize in Physiology or Medicine 1928 », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 25 novembre 2010
  2. Il est l'auteur de: Le tabac, le haschisch, les fumeurs d'opium , impr. de Giroux (Rouen), 1869; disponible sur Gallica
  3. Albert Gombault (1844-1904)
  4. André Halipré
  5. Joseph Cotoni
  6. Raoul Brunon (1854-1929)
  7. Voir Maurice Huet: «L'expérimentation humaine au temps de Charles Nicolle»Texte intégral
  8. Karim Aoun: «Commémoration du centenaire de la découverte de Toxoplasma gondii par Charles Nicolle en 1908 à l'Institut Pasteur de Tunis», in: Rev Tun Infectiol, Janvier 09, Vol 3, N°1, 37-38Texte intégral
  9. « Notice no 19800035/99/12464 »
  10. Fondation Charles-Nicolle

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • «En l'honneur du 25e anniversaire de direction de l'Institut Pasteur de Tunis du Docteur Charles Nicolle : 1903-1927», [monographie imprimée], (Tunis) 1928, Texte intégral.
  • Pierre Nicolle: «Un événement historique dans la vie de Charles Nicolle: l'inauguration officielle, il y aura 70 ans cette année, de l'Institut Pasteur de Tunis (d'après des lettres de Charles Nicolle, retrouvées et commentées par Pierre Nicolle)», in: Bulletin de la Société d'Histoire de la médecine, 1975-76, 9 (3-4), pp. 193-202 Texte intégral.
  • G. D.: «Nécrologie. Charles Nicolle(1866-1936)», in: Paris médical : la semaine du clinicien, 1936, n° 100, p. 483-4, Texte intégral.
  • Kmar Ben Néfissa: «La théorie de Charles Nicolle sur l'histoire naturelle des maladies infectieuses»: in: Archives de l'Institu Pasteur de Tunis, 2006, Tome 83 (1-4), p. 5-12, Texte intégral.
  • Jacques Debray, Charles Nicolle. Enfant de Rouen. Médecin. Savant. Écrivain, Amis des monuments rouennais, Rouen, 1993.
  • Maurice Huet, Le Pommier et l’Olivier. Charles Nicolle. Une biographie. 1866-1936, Sauramps Médical, Montpellier, 1995.
  • Fernand Lot, Charles Nicolle : Un Grand Biologiste, Paris, éd. de la Liberté, 1946.
  • Germaine Lot, Charles Nicolle et la biologie conquérante, Seghers, Paris, 1961.
  • Mélanie Mataud et Pierre-Albert Martin, La Médecine rouennaise à l’époque de Charles Nicolle. De la fin du XIXe aux années 1930, Bertout, Luneray, 2003 (ISBN 2867434882).
  • (en) Ludwik Gross: «How Charles Nicolle of the Pasteur Institute discovered that epidemic typhus is transmitted by lice: reminiscences from my years at the Pasteur Institute in Paris», in: Proc Natl Acad Sci U S A. 1996 October 1; 93(20): 10539–10540.PMCID: PMC38186 , Texte intégral.
  • (en) Myron G. Schultz, David M. Morens: «Charles-Jules-Henri Nicolle», in: Emerging Infectious Diseases, Vol. 15, No. 9, September 2009, p. 1520-22, Texte intégral.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • (en) Charles Nicolle sur le site de la Fondation Nobel (la page propose plusieurs liens relatifs à la remise du prix, dont un document rédigé par le lauréat — le Nobel Lecture — qui détaille ses apports)