Alfred Kastler

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Alfred Kastler

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Alfred Kastler en 1966

Naissance 3 mai 1902
Guebwiller (France)
Décès 7 janvier 1984 (à 81 ans)
Bandol (France)
Nationalité France Française
Champs Physique
Institutions Faculté des sciences de l'Université de Paris, Ecole normale supérieure, Académie des sciences
Diplôme Faculté des sciences de l'Université de Paris (Ecole normale supérieure)
Distinctions Prix Félix Robin en 1946
Prix Holweck en 1954
Médaille d'or du CNRS en 1966
Prix Nobel de physique 1966
Le professeur Alfred Kastler

Alfred Kastler, né le 3 mai 1902 à Guebwiller (Haut-Rhin, alors en Allemagne) et mort le 7 janvier 1984 à Bandol (Var), est un physicien français qui a reçu le prix Nobel de physique de 1966[1].

Il s'est aussi manifesté par des engagements politiques et moraux ; il était aussi partisan du bilinguisme et a laissé une oeuvre poétique en allemand, la langue de son enfance.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il naît en Alsace, annexée depuis 1871 à l'Empire d'Allemagne. Pendant la Première Guerre mondiale, sa famille l'envoie de Guebwiller, menacée par des bombardements[2], à Horbourg chez sa tante maternelle ; il est scolarisé à la Oberrealschule de Colmar.

Études : l'Ecole normale supérieure (1921-1926)[modifier | modifier le code]

L'Alsace étant redevenue française en 1918, il passe le baccalauréat en 1920, puis fait une année de mathématiques spéciales ; en 1921, il est reçu à l'École normale supérieure où il reste jusqu'en 1926. Il y suit les conférences de physique d'Henri Abraham et Eugène Bloch qui l'initie à la physique atomique, mais il est en même temps[3] étudiant à la faculté des sciences de l'université de Paris, où il suit les cours de physique de Charles Fabry, Aimé Cotton et Anatole Leduc ; il passe en 1923 les licences de physique et de mathématiques.

Durant l'année 1923-1924, il arrête momentanément ses études pour "surmenage et dépression"[2]. L'année suivante, il prépare le diplôme d'études supérieures de chimie sous la direction de Georges Urbain. En 1926, il est reçu premier à l'agrégation de physique[4].

Doctorat (1936)[modifier | modifier le code]

Il enseigne d'abord au lycée de Mulhouse (1926-1927), puis à Colmar (1927-1928) et à Bordeaux (1928-1931). Il entre alors dans l'enseignement supérieur comme assistant de Pierre Daure à l'Université de Bordeaux ; il dirige les travaux pratiques des étudiants des certificats de PCN (puis PCB) et de physique générale tout en préparant une thèse de doctorat qu'il soutient en 1936, devant la faculté des sciences de l'université de Paris.

Sa thèse principale porte sur la fluorescence de la vapeur de mercure. Eugène Bloch en est le rapporteur. Kastler y démontre que l'échange de moment cinétique entre atomes et lumière explique la polarisation des composantes Zeeman[5]. Il devient la même année maître de conférences à Clermont-Ferrand, chargé du cours de physique du certificat de PCB. Deux ans plus tard, en 1938, il est nommé professeur titulaire de la chaire de physique générale de Bordeaux en remplacement de Pierre Daure, nommé recteur de l'Académie de Caen.

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

À partir du 1er octobre 1941, sur la demande de Georges Bruhat, il est chargé de la suppléance de Pierre Auger, parti aux États-Unis, pour le service de la maîtrise de conférences de physique déléguée à l'École normale supérieure. Il est ensuite nommé à titre provisoire maître de conférences pour le certificat P.C.B. à la faculté des sciences de l'université de Paris (Paul Soleillet le remplace ensuite) puis, tout d'abord à titre provisoire, (arrêté du 19 septembre 1945), puis définitive, maître de conférences à la faculté des sciences de l'université de Paris délégué à l’École normale supérieure, Pierre Auger devenant à son retour en France directeur de l'Enseignement supérieur au Ministère, puis professeur titulaire de la chaire de physique quantique et relativité à la faculté des sciences de l'université de Paris. Auguste Rousset succède à Kastler à Bordeaux comme titulaire de la chaire de physique et Paul Soleillet comme maître de conférences au P.C.B. à Paris. À l'école normale supérieure, Kastler enseigne en 4e année pour la préparation au concours d'agrégation de physique. Il enseigne également jusqu'en 1951 la physique moléculaire dans le cadre du certificat d'études supérieures de physique supérieure à la faculté des sciences de l'université de Paris. En 1952, il est nommé professeur titulaire à titre personnel et fonde un groupe de recherche qui deviendra le laboratoire de spectroscopie hertzienne qu'il codirige avec Jean Brossel. Ce laboratoire prendra en 1994 le nom de ses deux fondateurs. Il a notamment dirigé les travaux de Claude Cohen-Tannoudji pour sa thèse de doctorat ès sciences de 1960 à 1962. En 1958 il prend également la direction du nouveau laboratoire de l'horloge atomique créé par le Centre national de la recherche scientifique sur son impulsion. À partir de 1955 Kastler prend en charge, à la suite d'Eugène Darmois, l'enseignement de la thermodynamique à la faculté des sciences de l'université de Paris, dans le cadre du certificat de physique générale, puis à partir de 1958 du certificat de thermodynamique et mécanique physique. En 1963 il devient professeur titulaire de chaire.

Il fut président de l'Institut d'optique théorique et appliquée à partir de 1962, succédant à Armand de Gramont. Il est élu à l'Académie des sciences en 1964. Il reçut le prix Nobel de physique de 1966 « pour la découverte et le développement de méthodes optiques servant à étudier la résonance hertzienne dans les atomes[1] », notamment la technique du « pompage optique », élaborée en 1950. Un grand nombre de physiciens français et étrangers ont travaillé sur les voies ouvertes par le pompage optique, et ont ainsi permis d'augmenter considérablement les connaissances en physique atomique.

En 1968, il devient directeur de recherches du CNRS. Il prend sa retraite en 1972.

Il présida le comité français d’optique de 1958 à 1972, succédant à Gustave Yvon.

Engagements[modifier | modifier le code]

Alfred Kastler était également un humaniste, profondément pacifiste, et hostile aux armes nucléaires. Pendant la guerre d'Algérie, il proteste contre les méthodes du Comité de salut public d'Alger en 1958, et son appartement est plastiqué par l'OAS en 1961[6]. Il fut aussi plusieurs années président de la Ligue Française des Droits de l'Animal, aujourd'hui dénommée "La fondation droit animal, éthique et sciences", qui attribue le Prix de biologie Alfred Kastler destiné à récompenser des méthodes alternatives à l'expérimentation animale[7]. En 1979, il co-fonda l'Association internationale contre la faim (AICF). En 1981, il cosigna, avec Michel Damien et Jean-Claude Nouet, Le grand massacre, une enquête critique sur l'élevage intensif.

Poésie[modifier | modifier le code]

Poète et fidèle à ses origines, il est l'auteur d'un recueil de poésies en allemand intitulé : « Europe ma patrie - Deutsche Lieder eines französischen Europäers » publié par Librairie Martin Flinker, Paris.

Il fut membre de l'association Cercle René Schickele Kreis, pour laquelle il préfaça le livre Notre avenir est bilingue - Zweisprachig: unsere Zukunft, en 1968.

Son épouse est décédée quelques mois après lui (29 septembre 1984).

Hommages[modifier | modifier le code]

Dès l'année de son décès, le lycée général de Guebwiller a reçu le nom de Lycée Alfred Kastler.

Depuis 1984, la Société française de physique décerne le prix Gentner-Kastler

Depuis 1996, une place de Paris, près de l’École normale supérieure, porte le nom de place Alfred-Kastler.

Une plaque commémorative a été posée au Lycée Michel-Montaigne à Bordeaux, en remerciement de ses années d'enseignement.

Distinctions et récompenses[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le Destin d'Alfred Kastler (1902-1984), lu à travers sa poésie, par le philosophe Jean-Paul Sorg, in Land un Sproch - Les Cahiers du Bilinguisme, n° 144, pages 14 à 19, 2002.
  • Bernard Cagnac, Alfred Kastler, Prix Nobel de physique 1966. Portrait d'un physicien engagé, Paris, Éditions Rue d'Ulm/Presses de l'École normale supérieure, 2013, 75 p.
  • Guy Perny, « Alfred Kastler », in Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 20, p. 1892

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « for the discovery and development of optical methods for studying Hertzian resonances in atoms » in Personnel de rédaction, « The Nobel Prize in Physics 1966 », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 18 juin 2010
  2. a et b Biographie
  3. Comme tous les normaliens, il doit passer les examens universitaires requis pour se présenter à l'agrégation.
  4. André Chervel, « Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1950 », sur Ressources numériques en histoire de l'éducation (consulté le 19 juin 2014).
  5. Alfred Kastler Recherches sur la fluorescence visible de la vapeur de mercure (thèse)
  6. Histoire des sciences, Alfred Kastler : des atomes et des hommes, 392, Pour la Science (juin 2010), 86-89
  7. Georges Chapouthier, Le prix Kastler de Biologie, Combat Nature, 1993, N° 103, p 49
  8. CNRS, « Liste des médaillés d'or du CNRS », sur http://www.cnrs.fr (consulté le 11 février 2014)