Solidus (monnaie)

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Monnaie d'un solidus et demi de Constantin, 327, Thessalonique

Le solidus (au pluriel solidi) est le nom que prend la monnaie romaine d'or au début du IVe siècle. Cette monnaie connut une exceptionnelle stabilité qu'elle conserva à Byzance jusqu'au XIe siècle et devint la base du système monétaire du Bas Empire puis de l'empire byzantin.

Origine du solidus[modifier | modifier le code]

Le solidus est émis par Constantin Ier pour financer son armée et ses guerres civiles, et remplace l'aureus frappé par l'empereur Dioclétien correspondant à 1/60e de livre romaine, soit 5,4 g. Cette monnaie est frappée pour la première fois à l'atelier de Trèves vers 309 ou 310 avec une première diminution de poids, puis après la victoire sur Maxence en 312 par les ateliers monétaires d'Italie, avec un poids de nouveau diminué à 1/72e de livre, soit 4,55 g, et parfois une marque LXXII précisant ce poids. En même temps, les émissions de l'aureus de 5,4 g cessent en 313[1],[2].

Par la suite Constantin put maintenir le poids du solidus à 1/72e de livre en récupérant en 324 le trésor de guerre de son adversaire Licinius[3], puis en 331 par les confiscations de métal précieux conservés dans les temples. Enfin, pour réalimenter son stock d'or de façon plus régulière et assurer ses dépenses considérables, Constantin dut créer de nouveaux impôts, payables pour la plupart en or[4] :

  • le chrysargyre (en grec, or et argent), levé tous les quatre ans sur les commerçants et les artisans
  • l'or coronaire (aurum coronarium), dû par les décurions des cités
  • l'or oblatice (aurum oblaticium, or offert), contribution imposée aux sénateurs

Outre l'émission régulière de solidus, des multiples d'un solidus et demi, deux solidi, voire plus, sont frappés en nombre limité pour commémorer des événements tels que les anniversaires impériaux, des nominations de hauts fonctionnaires, ou pour des cadeaux. Certaines frappes atteignent plusieurs centaines de grammes d'or, mais il ne s'agit alors plus de d'objets destinés à la circulation mais de médailles que l'on thésaurise[5].

Consolidation du solidus[modifier | modifier le code]

Solidus de Valens, revers avec la marque OB certifiant le titre en or pur

La production de solidi, ralentie après le recyclage des trésors de Licinius, reprend à partir de 340 grâce à un nouvel afflux d'or en provenance de nouveaux gisements caractérisés par leurs impuretés de platine, exploités jusque vers 390[6].

La garantie du poids du solidus est économiquement nécessaire, mais elle est menacée par l'usure naturelle des pièces causée par leur circulation, et aussi par les fraudes au limage ou au rognage, consistant à prélever un peu d'or sur chaque pièce. L'empereur Julien instaure en 363 des fonctionnaires contrôleurs dans chaque grande ville de l'Empire chargé de vérifier le poids des solidi et d'arbitrer les conflits entre vendeurs et acheteurs de solidi[7]. Les contrôleurs procédaient avec des poids ou des petites balances calibrés à 4,5 grammes. Cette mesure est maintenue par ses successeurs les Valentiniens[8].

En 368, Valentinien Ier et Valens renforcent la valeur du solidus en faisant passer le titre en métal précieux de 95 % à plus de 99 %, garanti par la marque OB (pour obryziacus, en or pur) au revers des monnaies[9].

Sous Théodose, la création du demi solidus dit semissis et surtout du tiers de solidus ou tremissis (1,5 gramme d'or), abondamment frappé, rend l'or plus accessible pour les particuliers et augmente encore sa diffusion dans les circuits économiques[10]

Prépondérance du solidus[modifier | modifier le code]

Unique monnaie stable d'un système monétaire où les poids des monnaies d'argent et de bronze fluctuaient fréquemment, généralement à la baisse, et diffusé dans tout l'Empire romain, le solidus est le seul moyen d'exprimer les dettes et les prix en se protégeant des dépréciations. Georges Depeyrot le résume ainsi « le sou d'or devient le pivot de l'économie et des échanges pour des siècles »[11].

L'or devient la référence pour le système fiscal et les dépenses impériales. Les taxes s'expriment en solidi, et parfois en fraction de solidus. Les amendes, connues par le Code Théodosien, ne s'expriment plus qu'en or à partir de 360 environ[12]. Les dépenses militaires, les soldes régulières et les gratifications exceptionnelles (donativa) se règlent en solidi.

Par le biais de l'impôt, les solidi revenaient dans les caisses de l’État, pour être refondus en lingots, ce qui permettait un comptage au poids, puis re-frappées. Les solidi émis servant à la solde de troupes, et partant de l'évaluation des effectifs de l'armée dans la seconde moitié du IVe siècle, la production annuelle de solidi est estimée à 1 à 2 millions de pièces, et vraisemblablement davantage lors des grandes mobilisations militaires lors des conflits[13].

Le solidus dans l'Antiquité tardive[modifier | modifier le code]

Solidus au nom de Libius Severus (461-466), frappe wisigothique, marque d'atelier R A COMOB. Ref RIC X 3755[14].

En 395, la dernière séparation de l'empire entre Occident et Orient ne change pas l'unité du système monétaire, les solidi frappés à Constantinople circulent en Occident. Dans l'empire d'Orient, le nom grec de la monnaie est dès son origine le nomisma, nom qui perdure tandis que l'usage officiel du latin disparait, mais les numismates continuent de désigner le type par le nom latin solidus pour ses productions jusqu'au Xe siècle, époque de sa dévaluation.

La situation est plus complexe dans l'empire d'Occident après les Grandes invasions : Dans le réduit romain les ateliers monétaires impériaux de Ravenne, de Milan, de Rome et parfois d'Arles continuent d'émettre des solidi à l'effigie des empereurs, jusqu'à Romulus Augustule en 476, tandis que les peuples germaniques installés comme fédérés dans les provinces périphériques frappent à leur tour des solidi, également au nom de l'empereur en titre, mais avec des marques d'ateliers fictives. Ainsi, à partir de la fin du règne de Valentinien III vers 450, le royaume wisigoth de Toulouse émet des solidi de poids moindre, l'éphémère royaume suève d'Espagne des tiers de solidi, puis les Burgondes font de même[15].

Après la fin politique de l'empire d'Occident, marquée par la destitution de Romulus Augustule en 476, le solidus a toujours cours. Il est imité par les rois barbares, en particulier les Mérovingiens[16], quoique le plus souvent sous forme de « tiers de sou » (tremissis)[17]. Il est employé comme unité de compte pour les amendes du wergeld, droit germanique qui établit les indemnités financières pour les atteintes à la personne.

Postérité du solidus[modifier | modifier le code]

Le nom est à l'origine des appellations Sol et, plus près de nous, sou, et également du solde et du soldat via l'italien soldo[18].

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (Depeyrot 2006, p. 167)
  2. (Depeyrot 1987, p. 102-103)
  3. (Depeyrot 1987, p. 104)
  4. (Petit 1974, p. 589)
  5. (Depeyrot 1987, p. 48)
  6. (Depeyrot 1987, p. 113-114)
  7. Code Théodosien, 12, 7, 2
  8. (Depeyrot 1987, p. 117-118)
  9. (Depeyrot 2006, p. 172)
  10. (Petit 1974, p. 671)
  11. (Depeyrot 2006, p. 168)
  12. (Depeyrot 1987, p. 113)
  13. (Depeyrot 1987, p. 47)
  14. Crédit : www.cngcoins.com.
  15. (Depeyrot 1987, p. 90-93)
  16. Un sou d'or mérovingien, à la tête de Magnence, datant du VIIe siècle sur Gallica.
  17. Les monnaies des rois Mérovingiens
  18. Dictionnaire de la langue française, Larousse-Bordas, 1999

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Alexander Kazhdan (dir.), The Oxford Dictionary of Byzantium, Oxford University Press,‎ 1991, 3 vols. (ISBN 0195046528), s. v. Solidus, vol. 3, 1924 ;
  • Michel Amandry (dir.), Dictionnaire de numismatique, Paris, 2001 (ISBN 2-03-505076-6).
  • Georges Depeyrot, Le bas empire romain, économie et numismatique, Paris, Edition Errance,‎ 1987, 140 p. (ISBN 978-2-903442-40-8)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Georges Depeyrot, La monnaie romaine : 211 av. J.-C. - 476 ap. J.-C., Paris, Edition Errance,‎ 2006, 212 p. (ISBN 978-2-87772-330-5, LCCN 2006490693)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Cohen Henry, Description Historique des monnaies frappées sous l'Empire Romain, deuxième édition, Paris, 1880-1892. Lien vers l'ouvrage
  • Mommsen Theodor, Histoire de la monnaie romaine, traduction par Le duc de Blacas, Tome I, II, III et IV. Tome I Tome III Tome IV
  • Paul Petit, Histoire générale de l'Empire romain, Paris, Seuil,‎ 1974, 800 p. (ISBN 978-2-02-002677-2)Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles[modifier | modifier le code]

  • Georges Depeyrot, « Le trésor de Dortmund et les solidi milanais COM et COMOB : l'apport de la mesure », Histoire & Mesure, 1986 volume 1 - n°3-4. Varia. pp. 229-238 [1]
  • Xavier Loriot, « Réflexions sur l'usage et les usagers de la monnaie d'or sous l'Empire romain », Revue numismatique, 6e série, t. 159,‎ 2003, p. 57-74 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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