Donation de Constantin

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Fresque anonyme du XIIe siècle représentant la Donation de Constantin (Rome, Basilique des Quatre-Saints-Couronnés).

La donation de Constantin (en latin : Donatio Constantini) est l'acte, qui se révéla être un faux, mais entérinant a posteriori une possession déjà ancienne et légitime, par lequel l'empereur Constantin Ier donnait au pape Sylvestre l’imperium sur l'Occident. La démonstration de sa fausseté en 1440 par l'humaniste Lorenzo Valla est généralement considérée comme l'acte fondateur de la critique textuelle (herméneutique).

Bien que les motivations de la supercherie demeurent sujettes à spéculations, force est de constater qu'elle servait les intérêts carolingiens et pontificaux. En effet, le Pape souhaitait conserver le territoire que Pépin le Bref lui avait donné après avoir chassé le peuple germain qui l'occupait. L'exarchat de Ravenne était revendiqué par les Byzantins qui le possédaient avant que les Lombards ne réussissent à le reconquérir. Avec la donation de Constantin, le Pape avait théoriquement le droit de conserver ce territoire.

Contenu[modifier | modifier le code]

Il comprend deux parties, la première (confessio) faussement datée du quatrième consulat de Constantin (315) et la seconde (donatio) faussement datée aussi du consulat de Ouinius Gallicanus (317).

La confessio fait état de la foi qui a été transmise à Constantin par le pape Sylvestre Ier. Elle décrit également comment ce dernier l'a guéri de la lèpre (épisode repris aux Acta Silvestri du Ve siècle) avant qu'il ne se convertisse.

La donatio est une énumération de territoires et de privilèges que Constantin donne au Pape :

Elle se conclut par une déclaration de retrait de l'Empereur vers l'Orient, laissant ainsi l'Occident au pouvoir (potestas) du Pape.

L'existence du texte n'est pas attestée avant le milieu du IXe siècle. Il est intégré aux Décrétales pseudo-isidoriennes et se répand d'abord en Gaule carolingienne. Curieusement à Rome même, sa vogue est plus tardive. La donation est citée pour la première fois dans un acte pontifical en 979. Elle n'est pas utilisée comme argument avant 1053, dans un texte du cardinal Humbert de Silva Candida. Il est ensuite intégré au Decretum de Gratien.

Mise au jour de la supercherie[modifier | modifier le code]

Dès le XIIe siècle, les critiques se font jour. Dans l'Église orthodoxe, la Donation est traduite en grec et critiquée par le théologien Jean Kinnamos, secrétaire de l'empereur byzantin, Manuel Ier Comnène. L'argumentation est juridique : selon Kinnamos, Constantin a donné l’imperium au Pape, lequel l'a donné à Charlemagne, considéré comme un imposteur. Or, pour Kinnamos, le Pape n'avait pas le droit de se défaire de son pouvoir. Un peu plus tard, cette thèse est reprise par Théodore Balsamon, patriarche d'Antioche et protégé de l'empereur Isaac II Ange. Dans une lettre adressée à Innocent III, Balsamon explique que le transfert de l'Empire de Rome à Constantinople signe la déchéance de la première.

En Occident, Arnaud de Brescia voit dans la Donation la main de l'Antéchrist, motif que reprendra Luther par la suite : selon lui, seuls les laïcs peuvent posséder des biens. Il remet donc en cause la Donation en même temps qu'il remet en cause toute possession ecclésiastique. Au XIVe siècle, Marsile de Padoue renverse le sens du texte : si l'Empereur a accordé au pape des pouvoirs temporels, cela prouve bien la supériorité du premier sur le second. Guillaume d'Occam met quant à lui en doute l'authenticité du texte.

En 1440, l'humaniste Lorenzo Valla entreprend un travail de critique textuelle du document. D'abord destiné au concile de Florence, son texte est imprimé en 1506. Il prouve la fausseté du document, dont il situe la rédaction au VIIIe siècle. Cependant, il ne remet pas en cause le contenu de la Donation, ce qui incite la polémique protestante à l'attaquer violemment pendant la Réforme.

Interprétation[modifier | modifier le code]

L'origine exacte de la donation est sujette à controverse.

La distorsion évidente entre la publicité du texte en Gaule carolingienne et l'obscurité de son statut à Rome peut plaider en la faveur d'un faux carolingien. De fait, les rois puis empereurs francs se voient volontiers en « héritiers spirituels » de Constantin lorsqu'ils accordent ou confirment des privilèges à la papauté :

Cependant, le ton, le vocabulaire et l'objectif du texte renvoient plutôt à la papauté du VIIIe siècle : la Donation entend alimenter la revendication de l'évêque de Rome au moment où il construit un pouvoir pontifical destiné à supplanter les autres patriarcats.

Sources[modifier | modifier le code]

Éditions du texte 
  • Horst Fuhrmann, Das Constitutum Contantini, MGH, Fontes juris, 10, Hanovre, 1968 ;
  • Karl Zeumer, Der älteste Text des Constitutum Constantini. Festgabe für R. von Gneist, 1888 ;
L'analyse critique de Valla

Annexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • O. Guyotjeannin, Philippe Levillain (dir.), Dictionnaire historique de la papauté, Paris, Fayard,‎ 2003 (ISBN 2-213-618577) ;
  • N. Huyghebaert, « Une légende de fondation : le Constitutum Constantini », Le Moyen Âge, 85 (1979).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]