Édit de tolérance

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Un édit de tolérance est une déclaration faite par un gouvernement ou un chef d'État selon laquelle les membres d'une religion donnée ne seront pas persécutés pour leur engagement dans la pratique et les traditions rattachés à cette religion. L'édit officialise l'acceptation d'une religion par l'État mais non l'adhésion à celle-ci du pouvoir politique en place.

Quelques édits de tolérance[modifier | modifier le code]

L'édit de Sardique (311) dit de Galère[modifier | modifier le code]

Le 30 avril 311, Galère, grand persécuteur des chrétiens sa vie durant, publie le jour de sa mort, un édit de tolérance reconnaissant l'existence de la religion chrétienne. Cet édit, appelé édit de Sardique, met fin à toutes les mesures antichrétiennes encore en vigueur sur le territoire de l'Empire. Atteint de maladie douloureuse et craignant une vengeance du Dieu des chrétiens, Galère admet les conclusions connues de Constantin, reconnaissant l'échec des politiques de persécutions contre cette religion depuis Néron. Pressé par sa fin, Galère, habitué des coups de force, publie et promulgue son édit sans consultation de ses pairs de la Tétrarchie, non seulement en son nom propre mais encore en celui de ses trois collègues tétrarques – à savoir Constantin, Licinius et Maximin Daïa[1]. Par cet édit de Sardique, Rome reconnaît la religion chrétienne comme religion admise dans l'Empire. L'édit de Milan de juin 313 officialisera l'agrément apporté par les Tétrarques Licinius et Constantin – qui n'avaient pas été consultés en 311 – à l'édit de Galère, et ajoutera une disposition essentielle : les citoyens de l'Empire sont dorénavant dispensés de vénération divine de l'Empereur romain.

Édit de Constantin (313)[modifier | modifier le code]

C'est l'édit par lequel toutes les religions, dont la religion chrétienne, sont admises dans l'Empire romain.

Édit de Julien (361)[modifier | modifier le code]

Devenu maître de l'empire romain, Julien autorise toutes les religions et abroge les mesures prises non seulement contre le paganisme, mais aussi contre les Juifs et contre les chrétiens qui ne suivent pas le credo d'inspiration arienne qui avait la faveur de son prédécesseur Constance.

Édit de Saint-Germain (1562)[modifier | modifier le code]

C'est un édit proposant une politique d'apaisement des conflits religieux en France, proposé par le roi mais rejeté par le Parlement de Paris.

Édit de Nantes (1598)[modifier | modifier le code]

C'est l'édit par lequel Henri IV de France fait accepter la religion réformée en France.

Édit de tolérance de Joseph II (1781)[modifier | modifier le code]

Un édit de tolérance est promulgué le 12 novembre 1781 par l'empereur Joseph II. Plus large que celui plus tardif de Louis XVI, il garantit la liberté de culte et le libre accès de tous les citoyens, quelle que soit leur confession, à la vie publique (emplois publics, université, corps de métier…). Il s'adresse aux protestants mais pas aux juifs à qui un autre édit autorisera la pratique des métiers manuels, la fréquentation des universités, l'accès aux entreprises industrielles mais pas l'entrée dans l'administration[2] et s'appliquait dans toutes les possessions héréditaires des Habsbourg : Autriche, Hongrie, Pays-Bas autrichiens. Cet édit s'est heurté à de vives résistances de la part de la hiérarchie catholique.

« Chers et bien aimés, quoique l'Empereur soit dans la ferme intention de protéger et de soutenir invariablement Notre Sainte Religion catholique, Sa Majesté a jugé néanmoins qu'il était de sa charité d'étendre à l'égard des personnes comprises sous la dénomination de protestants, les effets de la tolérance civile, qui, sans examiner la croyance, ne considèrent dans l'homme que la qualité de citoyen; et d'ajouter de nouvelles facilités à cette tolérance dans les emplacements au choix desquels les Magistrats ou Gens de Loi vue, Sa Majesté a résolu les points et articles suivants :

1. La religion catholique demeurera la dominante, et son culte pourra seul être exercé publiquement sur le pied qui se pratique et qui a lieu actuellement.

2. Dans toutes les villes, bourgs et autres lieux où il y aura un nombre suffisant de sujets, pour fournir à la dépense du culte de l'une des deux Religions, connues sous le nom des Protestants, leur exercice privé sera libre.

3. En conséquence, il est permis aux protestants de bâtir des églises dans les emplacements au choix desquels les Magistrats ou Gens de Loi auront donné leur approbation, à condition, néanmoins que ces édifices n'aient aucune apparence extérieure d'église,... et qu'il n'y ait ni clocher, ni cloches, ni sonneries en manière quelconque...

4. Les Protestants jouiront tranquillement dans ces édifices de l'exercice privé de leur culte, et leurs Ministres pourront librement se transporter chez les malades de leur communion, pour les consoler et assister pendant leurs maladies.

5. Les Protestants seront admis désormais à la Bourgeoisie de toutes les villes, ainsi qu'aux corps des Métiers ; et enfin aux grades académiques des Arts, du Droit et de la Médecine dans l'Université de Louvain, sur le même pied que les autres sujets de Sa Majesté à l'effet de quoi les Magistrats, ainsi que les différentes facultés de l'Université, sont autorisés à accorder pour chaque cas, les dispenses requises.

6. Dans tous les cas rappelés à l'article précédent, les Protestants ne seront pas astreints à d'autre formule de serment, qu'à celle qui peut se concilier avec les principes fondamentaux de leur communion.

7. Ils ne seront pas tenus d'assister à aucune procession, ni à d'autres fonctions d'Église quelconques, qui pourraient ne pas s'accorder non plus avec les pratiques de leur communion.

8. Finalement, l'Empereur se réserve d'admettre, par voie de dispense, à la possession d'emplois civils, ceux de ses sujets protestants en qui on aura reconnu une conduite chrétienne et morale, ainsi que la capacité, l'aptitude et les qualités requises pour en remplir les fonctions.

En vous informant de ces résolutions de Sa Majesté, qui tendent directement au bien public en général, à l'avantage du commerce en particulier et surtout à étendre les limites de la charité chrétienne ; nous nous assurons que vous contribuerez à leur accomplissement par toutes les voies qui seront en votre pouvoir et que nous ne verrons que dans tous les sujets de Sa Majesté tant Ecclésiastiques que laïcs, qu'un concours unanime à seconder Ses intentions. De Bruxelles, le 12 novembre 1781 »

Édit de Versailles (1787)[modifier | modifier le code]

Cet édit préparé par Malesherbes apporte la liberté de culte aux protestants et aux Juifs du sud-ouest de la France.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. L'édit de tolérance de Milan (13 juin 313)
  2. Jean Bérenger, « Joseph II et la tolérance confessionnelle in Échecs et réussites du joséphisme », Lumières, no 9,‎ 2007, p. 39-40 (ISSN 978-2-86781-475-4)

Lien externe[modifier | modifier le code]