Joseph-François Michaud

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Joseph-François Michaud

Joseph-François Michaud, né à la Biolle (Savoie) au hameau de la Vilette, le 19 juin 1767 et mort à Passy (Seine) le 30 septembre 1839, est un historien et pamphlétaire français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naît dans le royaume de Sardaigne d'un père notaire et est élevé au château de Richemont[1]. Un ancêtre, Hugues Michaud de Corcelles, aurait été anobli par Charles-Quint, mais aurait dû se réfugier en France. Son grand-père avait obtenu la patente de bourgeois de Chambéry le 18 juillet 1721.

Il fait ses études au collège ecclésiastique de Bourg-en-Bresse. À dix-neuf ans, il devient commis en librairie à Lyon. L'année suivante, il écrit son premier ouvrage, Voyage littéraire au Mont-Blanc. Présenté à Fanny de Beauharnais qui lui promet sa protection, il se rend à Paris. Disciple de Rousseau et Voltaire, il prend pourtant parti pour la cour et collabore avec Antoine-Marie Cerisier à la Gazette universelle et avec Joseph-Alphonse Esménard au Postillon de la guerre. Il devient ensuite républicain et publie en 1794 son poème L'immortalité de l'âme où il écrit : « Ah ! si jamais des rois et de la tyrannie, Mon cœur subit le joug impie... ». Après le 9-Thermidor il redevient royaliste et collabore à La Quotidienne.

Le 13 vendémiaire, il marche contre la Convention avec les Royalistes. Il doit prendre la fuite et se réfugie près de Chartres, où il est arrêté par Bourdon de l'Oise. Emprisonné, il parvient, d'après Jean-Joseph-François Poujoulat, à s'échapper en offrant aux gendarmes chargés de l'escorter au tribunal un repas bien arrosé. Le tribunal militaire le condamne à mort par contumace le 27 octobre 1795. Réfugié en Suisse, puis dans l'Aisne chez des parents, il fait des vers et publie Ermenonville, ou le tombeau de Jean-Jacques, œuvre assez dans le style de l'époque.

Il fonde avec son frère cadet Louis-Gabriel en 1797 une imprimerie spécialisée dans l'impression d'ouvrages religieux et monarchistes. En 1799, il est emprisonné plusieurs mois pour avoir imprimé un écrit anti bonapartiste. Il publie en 1803 son poème Le Printemps d'un proscrit. Rallié à l'Empire par raison, il donne des gages en publiant en 1810 le Treizième chant de l'Énéide ou le Mariage d'Énée et de Lavinie, qui célèbre le mariage de l'Empereur, ainsi que des vers dithyrambiques sur la naissance du roi de Rome.

Il découvre les croisades lors qu'il lui est demandé en 1805 de préfacer Mathilde ou Mémoires tirés de l'histoire des croisades de Mme Cottin. Il donne alors son Tableau historique des trois premières croisades, prélude à son œuvre monumentale, Histoire des Croisades, parue en sept volumes entre 1812 et 1822 et dont une édition est illustrée par Gustave Doré.

À partir de 1806, il publie avec son frère la Biographie universelle, rééditée en 45 volumes de 1845 à 1862. Il est décoré de la légion d'honneur en 1812 et il est élu membre de l'Académie française le 5 août 1813. Au retour des Bourbons, il redevient royaliste et obtient le poste de lecteur du Roi avec un traitement de 1 000 livres. Pendant les Cent-Jours, il s'oppose à Napoléon et écrit le pamphlet Histoire des quinze semaines ou le dernier séjour de Bonaparte.

Il est élu le 22 mai 1815 député de l'Ain et siège dans la majorité ultra-royaliste jusqu'en 1816. Ses opinions politiques n'évolueront plus. Il défendra le cumul des traitements au moins pour les gens de lettres. En 1817, il devient rédacteur en chef de La Quotidienne et le reste jusqu'à sa mort. Il y engage Pierre-Sébastien Laurentie et aura une grande influence sur sa pensée. En 1820, il engage comme collaborateur Jean-Joseph-François Poujoulat pour l'aider à la rédaction de la bibliothèque des Croisades. La même année, il est élu membre effectif résidant de l'Académie de Savoie, lors de sa création. En 1827, sous le ministère Villèle, il perd son poste de lecteur du Roi pour avoir défendu la liberté de la presse dans son journal et à l'Académie.

En mai 1830, à 63 ans, il entreprend avec Poujoulat un voyage en Orient qui les mène en Grèce, Constantinople et à Jérusalem. Poujoulat rentre seul à Paris par la Syrie et Michaud se rend en Égypte. En mai 1831, ils publient ensemble l'échange de leurs lettres dans Correspondance d'Orient (7 volumes). Rentré en France, il s'installe à Passy, où il est très entouré et exerce une influence intellectuelle importante sur les auteurs de l'époque, dont Sainte-Beuve qui dit de lui : « Ceux qui l'ont vu à Passy, dans ses dernières années, savent combien il était resté aimable, indulgent, bon et malin, accueillant pour l'esprit de quelque part qu'il vînt. Dès qu'il en reconnaissait dans quelqu'un, fût-ce d'un bord même opposé, l'épigramme cessait à l'instant sur ses lèvres ; il avait de l'amitié pour l'esprit. S'il avait de l'amitié de l'esprit c'est qu'il en avait lui-même à revendre. »

Homme aux opinions politiques fluctuantes, ce qui fit le bonheur de ses détracteurs, il prétendait avoir été emprisonné onze fois et condamné à mort deux fois. Son esprit a été célébré tant par Pierre Flourens, son successeur à l'Académie française, que par François-Auguste Mignet qui le reçut. Henry Bordeaux a dit de lui : « Cet homme de courage et d'esprit n'est ennuyeux qu'en vers. » Les femmes jouèrent aussi un grand rôle dans sa vie, et lorsqu'il s'embarqua pour son voyage en Orient, pour le dissuader, on lui fit remarquer outre son âge qu'il était marié, il répondit : « Si peu ! » mais il fut toujours galant.

Citations[2][modifier | modifier le code]

  • « Lorsqu'on a combattu longtemps un ennemi que l'on ne peut vaincre ni détruire, il faut faire la paix et s'arranger pour vivre avec lui ».
  • « Mon esprit est comme mon amitié je n'en ai pas pour tout le monde »
  • À Madame de Staël qu'il avait vivement attaquée : « La mêlée est toujours confuse et comme Diomède, j'ai eu le malheur dans la nuit de blesser une déesse ».
  • Invité à présenter au roi, le dernier volume de son Histoire des Croisades, il fut questionné sur la manière dont cela s'était passé, il répondit : « Il m'a presque parlé ».

Principales publications[modifier | modifier le code]

  • Histoire des progrès et de la chute de l'empire de Mysore, sous les règnes d'Hyder-Aly et Tippoo-Saïb (2 volumes, 1801)
  • Le Printemps d'un proscrit, poème en 3 chants, suivi de plusieurs lettres à M. Delille sur la pitié (1803) Texte en ligne
  • Biographie moderne, ou Dictionnaire biographique de tous les hommes morts et vivants qui ont marqué à la fin du XVIIIe siècle et au commencement de celui-ci (4 volumes, en collaboration, 1806)
  • Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes - 1811, 1ère édition, en 85 volumes, 52 de biographies, 3 de mythologie, 30 suppléments de biographies publiés plus tard. 2e édition à partir de 1843, en 45 volumes, qui reprend et complète la première édition et ses suppléments. sur Wikisource.
  • Histoire des Croisades (7 volumes, 1812-22) Texte en ligne 1 2 3
  • Histoire des quinze semaines, ou le Dernier règne de Bonaparte (1815)
  • Bibliothèque des croisades (4 volumes, 1829)
  • Correspondance d'Orient, 1830-1831 (7 volumes, en collaboration avec Poujoulat, 1833-35) Texte en ligne 1 2 3 4 5 6 7
  • Nouvelle Collection de Mémoires pour servir à l'histoire de France depuis le XIIIe siècle jusqu'à nos jours (32 volumes, en collaboration, 1836-39)
  • Veillées de famille, contes instructifs et proverbes moraux en français, en italien, en anglais, et en allemand. Ouvrage nouveau à l'usage de l'enfance et de la jeunesse de tous les pays (avec Charles Nodier, 1837)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-Claude Guigue, Topographie historique du département de l'Ain,‎ Bourg-en-Bresse et Lyon, A. Brun, 1873, p. 318 disponible en ligne sur Gallica.
  2. Citées par Henry Bordeaux dans Savoie, Arthème Fayard, 1943 p. 417 et seq. Michaud, historien des Croisades.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]