Style Louis XV

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Salon Louis XV au château de Talcy

Le style Louis XV est initialement un style caractéristique de sièges, qui a ensuite influencé tous les arts de son époque.

Ce style fut une pure création des ébénistes et plus particulièrement le résultat d'une avancée technique majeure dans la fabrication des sièges. C'est la maîtrise parfaite des assemblages et de la résistance du bois qui permet de supprimer les lourdes entretoises, d'alléger les carcasses et d'oser les pieds galbés[1].

C'est presque toujours une innovation technique qui met fin à la répétition des styles classiques, qui permet d'explorer de nouvelles formes et qui déclenche l'apparition d'un renouveau stylistique. Cela est particulièrement vrai pour le style gothique, le style Louis XV et l'Art nouveau. Trois courants caractérisés par leurs lignes courbes et par l'acquisition de la maîtrise d'un matériau : la pierre pour le premier, le bois pour le deuxième, le métal pour le troisième.

Les inventeurs du style Louis XV sont de véritables créateurs au sens moderne du terme, qui révolutionnent la façon d'envisager le mobilier et la décoration intérieure.

De nombreux ouvrages font référence à ce style sous le nom de rocaille ou rococo, surtout quand il s'agit de projets complets de décoration intérieure faits par des ornemanistes.

Le style Pompadour, style de transition entre 1750 et 1774, s'inspire de celui de Louis XV, mais s'écarte des caprices de la rocaille et prélude au renouveau classique de l'époque Louis XVI.

Période[modifier | modifier le code]

Le style Louis XV se développe essentiellement dans le deuxième quart du XVIIIe siècle (1723-1750). Il s'annonce déjà dans le style Régence et se prolonge dans les périodes suivantes, surtout en province. Il ne coïncide que très approximativement avec le long règne du monarque : 1715-1774. Très audacieux à son époque, il connaît un regain de succès dans les meubles produits à la fin du XIXe siècle.

La marquise de Pompadour, par Maurice Quentin de La Tour, 1755, Louvre, Paris.

L'ondoiement du style Louis XV fait place peu à peu à la majesté rigide du style Louis XVI au cours de la période suivante où l'on parle de style Transition.

Styles précédents ou préexistants[modifier | modifier le code]

Le style Louis XV succède au style Régence qui en est une ébauche par l'abandon progressif de l'inspiration classique qui prévalait depuis la Renaissance, et qui se laisse tenter par le baroque.

Situation politique et culturelle[modifier | modifier le code]

Louis XV, monté sur le trône à 5 ans en 1715 à la mort de son arrière-grand-père Louis XIV, est déclaré majeur au seuil de sa quatorzième année en 1723, mettant fin à la régence de son grand-oncle Philippe, duc d'Orléans. Le roi et surtout son épouse Marie Leszczyńska se doivent d'entretenir une cour fournie et s'entourent d'artistes et d'artisans. Ce faste durera jusque dans les années 1760, date qui marque la fin du style avant les nombreux deuils attristant les dernières années du monarque (1752 et 1759, ses filles aînées,Henriette-Anne et Louise-Elisabeth, duchesse de Parme; 1761 le duc de Bourgogne, son petit-fils et héritier en second Louis âgé de 10 ans,1763, sa petite-fille, épouse du futur empereur Marie-Isabelle de Bourbon-Parme, 1764, la marquise de Pompadour, sa favorite, 1765 son gendre le Philippe Ier, duc de Parme et son fils le dauphin Louis-Ferdinand, 1766, son beau-père Stanislas Leszczynski, duc viager de Lorraine et de Bar; 1767, la dauphine Marie-Josèphe de Saxe, 1768, la reine Marie Lesczynska).

Esthétique[modifier | modifier le code]

Principales caractéristiques[modifier | modifier le code]

Fauteuil d'époque Louis XV, Fauteuil à la reine, recouvert d'une tapisserie de Beauvais inspirée des Fables de La Fontaine.

Le style Louis XV est un style que l'on pourrait qualifier de féminin :

  • il se caractérise par sa légèreté, en réaction au style Louis XIV où le mobilier devait dégager de la puissance et imposer le respect au point d'en devenir écrasant : le mobilier Louis XV est charmant, élégant, léger et invite plus à la détente et aux futilités de la cour qu'à la solennité.
  • c'est un mobilier commandé le plus souvent par ou pour les femmes : celles-ci, en effet, prennent une place importante à la cour, et font autorité en matière de décoration.

Ce style se caractérise par une recherche d'intimité et de confort. Les pièces se font plus petites et plus chaleureuses, les plafonds moins hauts, les boiseries sont peintes en tons doux (rose, crème, couleurs pastel).

C'est un style d'invention :

  • On voit ainsi apparaître le pied galbé (dit "pied Louis XV") qui est une évolution des pieds en forme de pattes animales, mais ici ce sont les pattes de biche, et non plus de lion, qui sont prises comme modèle.
  • Pour la première fois depuis le Moyen Âge, on voit réapparaître l'asymétrie. Les petites commodes sont souvent asymétriques, mais toujours équilibrées ; il en résulte une impression de fantaisie, sans pouvoir dire pourquoi au premier coup d'œil.
  • On donne priorité au décor plus qu'à la forme utile, par exemple sur les commodes, les décors en bronze se prolongent d'un tiroir à l'autre, jusqu'à faire disparaître l’intersection entre eux.
  • Le mobilier est repensé pour occuper tout l'espace des pièces, et non plus seulement la périphérie comme on peut le voir encore de nos jours au Château de Versailles. C'est ainsi que l'envers des dossiers est plus travaillé.
  • La ceinture des sièges devient galbée en plan, mais aussi pour la première fois en élévation.
  • C'est l'apparition du dossier violoné et du dossier cabriolet (courbe en plan), pour les sièges qui sont au milieu de la pièce, bien qu’on utilise toujours le dossier à la reine (droit en plan), violoné ou non, pour les sièges destinés à rester le long des murs.

Ornementation[modifier | modifier le code]

C’est le règne des ornemanistes, nouvelle profession ancêtre des décorateurs : ils s'intéressent à un projet de décoration intérieure dans son intégralité, depuis les lambris, stucs et peintures jusqu'aux meubles et aux lustres.

Les meubles Louis XV sont souvent ornés de motifs en bronze dans le style rococo.

La marqueterie est d'abord abandonnée au profit du frisage où la beauté de l'essence (amarante, satiné, bois de rose et de violette…) prévaut ; puis elle revient à la mode à partir de 1745 avec des représentations de bouquets de fleurs et/ou d'instruments de musique (sur le mobilier de cour), très fournies et colorées.

Des éléments de bronzes souvent finement ciselés et dorés au mercure rappelant les décors des boiseries (présents au niveau du tablier, chutes, poignées ou baguettes d'encadrement) laissent apparaître tout le répertoire du monde aquatique (rocailles, éléments feuillagés, feuilles d'acanthe, joncs) alors que les coquilles issues de la régence deviennent échancrées, gaudronnées...

Les sièges sont garnis de soieries fleuries, et sont souvent entièrement dorés.

Les meubles sont souvent garnis de panneaux de laques d'Extrême-Orient. Les recherches visant à imiter ces laques stimulent l'essor des laques européennes (vernis Martin).

Mobilier[modifier | modifier le code]

Meubles emblématiques du style Louis XV[modifier | modifier le code]

Le mobilier se compose essentiellement de petits meubles.

Les meubles les plus fabriqués sont :

Nouveaux meubles[modifier | modifier le code]

Canapé
  • Dans le domaine du siège apparaît le dossier droit dit "à la reine" et le dossier concave dit "en cabriolet" à différentes échancrures
  • Le canapé (l'ottomane)
  • La bergère, fauteuil de dame large et bas pour accueillir les robes à panier, garni d'un coussin et de riches soieries à motif de fleurs et chinoiserie
  • Le bureau de pente, qui cède bientôt la place au secrétaire à rouleaux
  • La bibliothèque
  • La coiffeuse
  • Les lits : d'alcôve : le lit à la polonaise : à deux dossiers d'où jaillissent quatre rideaux relevés aux angles. Et le lit à la turque : à trois dossiers dont un appliqué au mur.

Matériaux[modifier | modifier le code]

En ce qui concerne le bâti du meuble, le chêne commence à se généraliser et à supplanter le sapin très utilisé sous Louis XIV.

Les placages se diversifient pour étendre la gamme de couleurs. On abandonne l'ébène au profit d'essences plus chatoyantes : bois de rose et de violette (les meubles plaqués de ces essences nous paraissent ternes aujourd'hui, à cause des effets du temps, mais leur couleur originelle était très prononcée), palissandre, buis, poirier (teinté ou naturel), prunier.

Quant aux sièges, ils sont souvent en bois massif, notamment en hêtre, noyer, merisier, et acajou (même si celui-ci se prête assez mal au siège, car il est cassant). Ils sont souvent peints ou entièrement dorés.

Techniques et outillage[modifier | modifier le code]

Les nouvelles formes ont nécessité un nouvel outillage : on invente notamment le wastringue pour réaliser les pieds et les panneaux galbés (cet outil est le dernier outil d'ébénisterie à avoir été inventé).

De nouvelles techniques sont imaginées pour plaquer les panneaux galbés qui, rappelons-le, ont une courbure dans deux plans ce qui empêche de préparer la marqueterie à plat.

Dans le domaine du siège, le cannage reste la technique qui apporte le plus de confort, mais pour des raisons esthétiques on lui préfère souvent une assise de crin et de laine tendue de brocart (le ressort n’apparaîtra dans les garnitures de siège qu’à partir du début du XIXe siècle).

Les ébénistes et menuisiers[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste Gourdin, Nicolas Heurtaut, Lebas, Potier, Nadal, Pluvinet, les Foliot, Claude Séné, Jean-Baptiste Tilliard, Louis Delanois comptent parmi les menuisiers les plus représentatifs de l'époque.

Si, parmi les ébénistes, Cressent poursuit une carrière commencée sous la Régence, de nouveaux noms apparaissent : Jacques Dubois, Garnier, Nicolas Petit, Adrien Delorme. Il faut aussi noter les nombreux ébénistes étrangers installés en France, parmi lesquels les plus célèbres du siècle : Œben (créateur du bureau de Louis XV), B.V.R.B. (Bernard Van Riesenburgh), Lacroix (Roger Vandercruse), Kemp, Baumbauer.

Des exemples[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://pagespro-orange.fr/nunes.antiquites/le_style_louis_xv.htm