Volney

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Buste de Volney par David d'Angers (1825).

Constantin-François Chassebœuf de La Giraudais, comte Volney, dit Volney, né le 3 février 1757[1] à Craon en Anjou et mort le 25 avril 1820 à Paris, est un philosophe et orientaliste français.

Origine[modifier | modifier le code]

Constantin François Volney.jpg

Constantin-François Chassebœuf de La Giraudais est né dans une famille du Maine, connue depuis longtemps à Craon, dans les carrières libérales. Son bisaïeul, fils d'un huissier royal, était lui-même notaire et avait un frère chirurgien. Son grand-père, François Chasseboeuf, homme de loi, procureur-syndic des habitants faisait fonction de maire ; il en prit le titre en 1741. Il perdit sa mère, Jeanne Gigault, fille du sieur de la Giraudaie (Candé) à l'âge de deux ans et fut élevé loin de son père, Jacques-René Chasseboeuf, sénéchal du prieuré de Saint-Clément de Craon - qui mourut juge-président au district, le 25 avril 1796, âgé de 68 ans - avec qui il ne s'entendit jamais. Son père se remaria avec Marie-Renée Humfray, qui s'occupa de l'orphelin.

À sept ans, son père le mit au collège d'Ancenis. Il passa ensuite à l'Oratoire d'Angers, sous le nom de Boisgiret (ou encore Boisgirais). Il fut d'abord connu sous ce patronyme, jusqu'à son départ pour l'Orient, où il choisit de prendre celui de Volney, contraction de Voltaire et de Ferney par admiration pour ce philosophe.

Pensionnaire chez un libraire de la chaussée Saint-Pierre, il y rencontra avec M. Jeudry, d'Ernée, et Yves Besnard.

« D'un caractère froid, hautain, bizarre, écrit ce dernier, Volney était le seul qui ne prît pas part à nos jeux, quoiqu'il en restât volontiers le spectateur silencieux pendant des heures entières »

Un jour, il alla trouver Besnard pour lui demander s'il connaissait un professeur d'hébreu, voulant, disait-il, étudier cette langue pour signaler les erreurs dont fourmillaient, d'après lui, les traductions de la Bible. Il prépara en effet un travail sur ce sujet, mais qui ne trouva pas d'éditeur.

Début de carrière[modifier | modifier le code]

La montée à Paris[modifier | modifier le code]

Emancipé à l'âge de dix-neuf ans, et jouissant de onze cents livres de rente provenant de la succession de sa mère, Constantin-François Chassebœuf de La Giraudais se rend à Paris pour se livrer à l'étude des sciences : médecine, bien que la pratique ne l'intéresse pas, histoire et langues orientales. Bien qu'il ait commencé des études de droit, il ne souhaite pas devenir avocat, qui est souvent un titre plus qu'un métier au XVIIIe siècle.

L'athéisme matérialiste[modifier | modifier le code]

C'est sa santé fragile qui l'avait incité à étudier la médecine. Il se lie ainsi d'amitié avec Cabanis chez la veuve d'Helvétius à Auteuil, où il rencontre Condorcet et prend part à la réception de Benjamin Franklin, dont l'esprit, dégagé de préjugés et surtout de croyances exerça sur lui une profonde impression. Il se rend ensuite chez d’Holbach, où il voit Diderot. Tout ceci le confirme dans son athéisme matérialiste ; il est étranger à toute sensibilité religieuse[2]. Il fit à cette époque un voyage à Angers, visita Mademoiselle Vallée du Boisrenaud pour laquelle il se mit en frais d'esprit et d'amabilité, et qui le trouva souverainement déplaisant,gauche et impertinent.

Voyages[modifier | modifier le code]

L'Égypte et la Syrie[modifier | modifier le code]

Son Mémoire sur la Chronologie d’Hérodote soulève des discussions à l’Académie des inscriptions. Ayant hérité de six mille livres, il décide d'aller visiter l'Égypte et la Syrie, berceau des idées religieuses. La situation politique de l'empire ottoman lui paraît aussi un objet piquant de curiosité.

Prévoyant les fatigues et les dangers d'un tel voyage, il s'y prépare pendant une année entière, en habituant son corps aux plus violents exercices et aux plus rudes privations. Il séjourne plusieurs mois chez un oncle, à Angers, où il s'entraîne à la marche, s'endurcit à la fatigue et aux longs jeûnes. Il s'efforce aussi d'apprendre l'arabe au Collège de France[3]. Il se met enfin en route à pied dans les derniers mois de l'année 1782, avec un havresac sur le dos, un fusil sur l'épaule et six mille livres en or cachées dans une ceinture.

Lui-même, dans la préface de son Tableau du climat et du sol des États-Unis d'Amérique, rend compte des impressions qu'il éprouvait :

« Lorsqu'en 1783, dit-il, je partais de Marseille, c'était de plein gré, avec cette alacrité, cette confiance en autrui et en soi qu'inspire la jeunesse. Je quittais gaiement un pays d'abondance et de paix !, pour aller vivre dans un pays de barbarie et de misère, sans autre motif que d'employer le temps d'une jeunesse inquiète et active à me procurer des connaissances d'un genre neuf, et à embellir par elles le reste de ma vie d'une auréole de considération et d'estime. »

Arrivé en Égypte, il ne va guère plus loin que le Caire, où il séjourne sept mois, à l'exception d'un voyage à Suez (24-26 juillet), et de quelques visites aux Pyramides. Le 26 septembre 1783, il s'embarque au Caire pour la Syrie. Il s'enferme pendant huit mois au monastère copte de Mar-Hama-el-Chouair pour y apprendre l'arabe, et se renseigner sur les mœurs des tribus. Il se joint ensuite au cheik Almed, fils de Bahir, chef de la tribu des Ouaidié. Il gagne l'estime de ses hôtes, mais rebuté par leur extrême frugalité, refuse non seulement de se fixer parmi eux comme ils l'y invitent, mais même de les suivre au-delà de quelques étapes.

Le vengeur d'Hérodote[modifier | modifier le code]

Après une absence de près de quatre années, il revint en France, et publia sa relation sous le titre de Voyage en Égypte et en Syrie. Cet ouvrage, qui dès son apparition fit tomber les lettres moins véridiques de Claude-Étienne Savary sur l'Égypte, passa dès lors pour le chef-d'œuvre du genre[4]. On accueillit, grâce à une habile réclame, l'explorateur comme un nouveau Christophe Colomb.

Cette manière de voyager, et surtout de décrire ses voyages, était celle d'Hérodote, dont Volney avait si attentivement lu les ouvrages[5]

Quelques personnes cependant doutèrent de la fidélité de ses tableaux[6]. Dix ans après, lorsque les Français vinrent visiter en conquérants l'Égypte, ils reconnurent pour certains dans Volney un observateur exact, éclairé, un guide sûr et le seul qui ne les ait jamais trompés[7].

Néanmoins, le Voyage en Égypte et en Syrie avait valu à son auteur le suffrage de l'impératrice Catherine II de Russie, qui lui envoya une médaille d'or en témoignage de sa satisfaction ; c'était en 1787.

Le retour en Anjou[modifier | modifier le code]

Devenu hautain, quand ses compatriotes de Craon voulurent le fêter à son tour, il blessa tout le monde par son mutisme affecté et dédaigneux, répondit à Rangeard, qui voulait le présenter à l'Académie d'Angers, que les obligations qu'il prévoyait ne lui permettaient pas d'accepter ce titre[8], reprit sèchement ceux de ses amis qui continuaient de lui écrire sous le nom de Chasseboeuf, et riposta grossièrement à ceux qui contestaient le moindre détail de ses récits.

La Corse[modifier | modifier le code]

Depuis son retour en France, guidé par ce désir d'être utile qui fut le mobile de toute sa vie, Volney aperçut tout ce qu'on pouvait faire pour perfectionner l'agriculture dans l'île de Corse[9]. Il avait résolu d'acheter un domaine dans ce pays, et de s'y livrer à des expériences sur toutes les cultures qu'il croyait pouvoir y naturaliser[10]. L'utilité de ses vues engagea le gouvernement français à le nommer directeur de l'agriculture et du commerce de cette île ; mais d'autres fonctions le retinrent dans sa patrie.

La Turquie, la Russie[modifier | modifier le code]

En 1788, Volney fit paraître des Considérations sur la guerre des Turcs avec les Russes. Les connaissances positives qu'il avait acquises dans son voyage le servirent dans cet écrit politique[11] C'était pour certains, dix ans d'avance, faire l'histoire de l'expédition d'Égypte. Aussi quand Volney fit réimprimer ses Considérations, en 1808, cet écrit obtint le même succès que dans sa nouveauté.

On lui avait reproché vivement de n'avoir pas prévu le dangereux ascendant que l'expulsion des Turcs de l'Europe donnerait à la Russie. Ce fut là le principal argument que fit valoir contre lui le diplomate Charles de Peyssonnel dans son Examen critique des Considérations sur la guerre des Turcs. La diplomatie européenne savait fort mauvais gré à Volney de certaines révélations qui pouvaient passer alors pour indiscrètes ; aussi parodia-t-on le titre de sa brochure en l'appelant Inconsidérations.

La Révolution française[modifier | modifier le code]

La Révolution était dans l'air. Volney qui pronostiquait avec ses amis qu'elle parcourrait l'Europe, mais que l'Italie et l'Espagne auraient leur tour avant la France, se jeta ardemment dans la mêlée dès l'annonce de la convocation des États généraux de 1789, choisissant pour son terrain la Bretagne, où le mouvement révolutionnaire était plus accentué.

Le pamphlétaire en Bretagne[modifier | modifier le code]

Il publie à Rennes (1787-1788), en société avec M. de Monsodive[12], une feuille politique, intitulée La Sentinelle du peuple ; il est collaborateur du Magasin encyclopédique et de la Revue encyclopédique.

Du 10 novembre au 25 décembre 1788, en cinq pamphlets d'un style acéré, parut La Sentinelle du peuple et la brochure sur les Conditions nécessaires à la légalité des États généraux. Les derniers numéros de La Sentinelle s'occupaient de l'Anjou, ainsi que la Confession d'un pauvre roturier angevin, réponse aux Avis aux Tiers-État, de l'abbé Mongodin. Ces publications étaient anonymes. Mais en janvier ou février 1789, parut la Lettre de M. C.-F. de Volney à M. le comte de S...t (Walsh de Serrant[13]) qui, dénoncée par Bodard, procureur du roi, fut par ordre du parlement brûlée le 5 avril 1789.

Député du Tiers-État[modifier | modifier le code]

Il venait d'être élu député du tiers état de la sénéchaussée d'Anjou aux États généraux de 1789, sous le nom de C.-F. Chasseboeuf de Volney[14]

Sur une observation que fit Goupil de Préfeln, il s'empressa de donner sa démission de la place qu'il tenait du gouvernement (29 janvier 1790), professant cette maxime qu'on ne peut être mandataire de la nation et dépendant par un salaire de ceux qui l'administrent.

Le parlementaire[modifier | modifier le code]

À la tribune de l'assemblée constituante, Volney se montra ce qu'il avait paru dans ses ouvrages, ce qu'il devait être dans toutes les circonstances de sa vie politique, sous l'anarchie populaire, sous l'empire, comme après la Restauration : ami prononcé des libertés publiques, sectateur des idées nouvelles[15], ennemi de tous les cultes établis, mais ennemi des excès populaires[16].

Volney se montra, dans l'assemblée constituante, l'adversaire zélé de ce qui tenait à l'Ancien Régime[17]

On le voit tenter une transaction entre ceux qui voulaient attirer à eux les députés du clergé et de la noblesse et ceux qui persistaient à passer aux voix dans la vérification des pouvoirs et à s'insurger contre le huis-clos proposé par Pierre Victor Malouet[18].

Nommé membre de la commission d'étude de la Constitution, il ne s'inquiète pas de l'émeute, si même il ne compte pas sur son concours : il ne veut faire appel qu'aux gardes nationales et propose de soustraire les perturbateurs des tribunaux ordinaires pour les faire juger par un jury. Les pétitions, adresses, motions diverses doivent, selon lui, être renvoyées à une commission spéciale, pour ne pas entraver l'établissement de la Convention[19].

Il veut attribuer le pouvoir exécutif à l'Assemblée et régénérer par des nouvelles élections les assemblées secondaires[20]. Il partage l'enthousiasme des électeurs de Paris qui avaient exigé la mise en liberté du baron de Besenval ; il assiste à des réunions privées dans lesquelles on discute les sujets à l'ordre du jour, et donne à ses amis l'explication secrète ou l'annonce anticipée des évènements ou des votes.

Vous avez les officiers, mais nous avons les soldats avec lesquels nous buvons, riposte-t-il à un membre de la noblesse qui s'appuie sur le concours de l'armée. Nous sommes encore cinquante contre un, réplique-t-il à ceux qui lui opposaient l'union du clergé et de la noblesse.

Concernant la confiscation des biens du clergé et du domaine royal qu'il voulait faire vendre en quelques mois en les morcelant le plus possible afin de multiplier les petits propriétaires[21].

La suppression de toute formule religieuse dans la proclamation des Droits de l'homme rentrait dans son programme, ainsi que le système des engagements volontaires remplaçant la conscription. Il fut un des premiers à provoquer l'organisation des gardes nationales et la division de la France en communes et en départements.

Dans les débats qui s'élevèrent lorsqu'on agita la proposition d'accorder au roi l'exercice du droit de paix et de guerre, Volney se déclara pour la négative et finit par proposer l'article suivant, qui fut adopté :

« Jusqu'ici, vous avez délibéré pour la France, dans la France ; aujourd'hui vous délibérez dans l'univers pour l'univers. La nation française s'interdit dès ce moment d'entreprendre aucune guerre tendant à accroître son territoire. »

Son intime liaison avec Cabanis lui procurant des rapports fréquents avec Mirabeau, Volney fut l'un des pourvoyeurs de l'éloquence du tribun[22]

Il fut nommé secrétaire le 23 novembre 1790. Il protesta le 20 octobre 1790 contre l'interprétation donnée à son absence le jour où fut posée la question du blâme des ministres. Sa carrière législative se termina avec celle de l'Assemblée nationale.

Lettre du Baron de Grimm[modifier | modifier le code]

Après la clôture de la session, Volney fit une démarche qui lui attira les éloges du parti dominant et les sarcasmes du parti contraire. L'impératrice Catherine s'étant déclarée l'ennemie de la France, il renvoya à Melchior Grimm la médaille d'or qu'il avait reçue de cette princesse cinq ans auparavant.

« Si je l'obtins de son estime, je la lui rends pour la conserver, disait-il dans la lettre qui accompagnait le renvoi »

. Grimm lui adressa de Coblence (1er janvier 1792) une réponse toute remplie de sarcasmes et écrite d'un style tellement piquant qu'on a pu l'attribuer à Rivarol[23].

La Corse en 1792[modifier | modifier le code]

En 1792, il accompagna Carlo Andrea Pozzo di Borgo en Corse, où il était appelé par des habitants qui y exerçaient une grande influence, et qui invoquaient le secours de ses lumières. Il espérait y réaliser, comme simple particulier, les projets d'amélioration agricole que quatre ans auparavant il s'était flatté d'y opérer comme administrateur.

Il fit faire, à ses frais, des essais de culture dans le domaine de la Confina, domaine qu'il avait acheté nationalement, situé près d'Ajaccio, qu'il appelait ses Petites-Indes[24].

Tout promettait à ses efforts les plus heureux résultats, lorsque les troubles que Pascal Paoli suscita dans cette île obligèrent Volney à s'éloigner. Pour lui, au bout d'un an, ses illusions étaient tombées. Son domaine fut mis à l'encan par ce même Paoli[25], qui lui avait donne naguère les assurances de son amitié. Les tracasseries, les chicanes, les menaces, lui rendirent le séjour de l'île de plus en plus insupportable.

Pendant son séjour en Corse, Volney fit la connaissance de Napoléon Bonaparte, qui n'était encore qu'officier d'artillerie[26], et de Sémonville, alors ambassadeur à Constantinople[27].

À son retour à Paris, au mois de mars 1793, Volney eut à satisfaire aux questions du conseil exécutif et du comité de défense générale sur les moyens militaires et sur les dispositions politiques des habitants de la Corse[28] Il trouva en France la Terreur, et ne se prononça pour aucun parti. Il proposait aux Belges, aux Corses et autres peuples qui voudraient jouir des bienfaits de la Révolution, des fonctionnaires français. Il blâma le fédéralisme.

Catéchisme du citoyen français[modifier | modifier le code]

Il offrit aux Girondins, comme consolation à sa condamnation du fédéralisme, sa Loi naturelle, ou Catéchisme du citoyen français (in-16, 1793), un traité de morale. Dans la collection des œuvres de Volney, le second titre de cet ouvrage important, malgré son peu d'étendue, a fait place à celui-ci : Principes physiques de la morale. En effet, l'auteur a voulu démontrer que la morale est une science, pour ainsi dire physique et matérielle, soumise aux règles et aux calculs des sciences exactes, et qu'elle n'a d'autre but que la conservation et le perfectionnement de l'espèce humaine.

Un biographe a dit que ce fut pour prouver qu'il n'était point digne de la qualification d'hérétique que Volney, à son retour de Corse, publia ce petit ouvrage. Il est plus juste d'observer que cette production n'établit rien ni pour ni contre la catholicité de Volney ; mais elle prouve du moins qu'il n'était point athée, car le premier caractère qu'il reconnaît à la loi naturelle est d'être « l'ordre constant et régulier par lequel DIEU régit l'univers ».

Retour dans l'ouest[modifier | modifier le code]

Il partit pour l'ouest de la France avec mission de prendre des renseignements sur l'agriculture, le commerce et les arts, dans les départements de la Manche, l'Ille-et-Vilaine, la Loire-Inférieure, le Maine-et-Loire et la Mayenne. Il devait aussi s'occuper de rendre l'Oudon navigable jusqu'à Segré.

Occupations littéraires[modifier | modifier le code]

Au milieu de ses travaux législatifs, Volney concourut, en 1790, pour un prix qu'avait proposé l'Académie des inscriptions sur la Chronologie des douze siècles antérieurs au passage de Xerxès en Grèce ; et, quoique aucun autre ouvrage n'eût été envoyé, il n'obtint pas le prix[29].

Les Ruines, ou Méditations sur les révolutions des empires[modifier | modifier le code]

Le 13 septembre 1791, le Moniteur annonçait l'apparition d'un ouvrage intitulé les Ruines, ou Méditations sur les révolutions des empires, ouvrage bien propre à intéresser la curiosité, disait la réclame. Le 25 septembre, le volume placé sur le bureau de l'Assemblée nationale, était déposé aux archives, et le 12 octobre, le Moniteur insérait le chapitre des Ruines où, sous forme de vision, l'auteur prétend rendre compte des évènements contemporains.

L'idée première de cet ouvrage avait été conçue dans le cabinet de Benjamin Franklin. L'auteur se met en scène sur les ruines de Palmyre ; et là il se livre à de profondes méditations sur la destruction de tant d'empires à qui leur puissance colossale semblait promettre une éternelle durée, et qui n'en ont pas moins obéi à cette loi de la nature qui veut que tout périsse.

Dans ce même ouvrage, Volney établit la nécessité de la tolérance religieuse, reconnue aujourd'hui par tous les esprits éclairés. Lorsqu'il parle ensuite de la diversité des opinions religieuses, si opposées en apparence[30].

Enfin, l'on a reproché à l'auteur des Ruines d'avoir attribué aux différentes religions des caractères que leurs sectateurs ne reconnaîtraient pas toujours. Les Ruines n'en passent pas moins pour une des productions les plus remarquables de la littérature de la fin du XVIIIe siècle.

La Terreur de 1793[modifier | modifier le code]

Volney fut invariablement attaché aux doctrines qu'il avait émises en 1789, il aimait le régime républicain, il blâmait seulement la licence et les crimes de 1793. Il osa se prononcer contre les événements de mai. Incarcéré alors comme royaliste, lui que naguère on avait accusé d'être un jacobin, bien qu'ardent républicain, il est emprisonné à La Force pendant la Terreur. Il parvient à se faire transférer à la pension Belhomme sous prétexte de maladie, puis dans celle de Picpus, dont il est libéré en septembre 1794, au bout d'un an, à la suite de la chute de Robespierre.

L'École normale[modifier | modifier le code]

À cette époque fut instituée cette École normale destinée à former des professeurs, à établir les meilleures méthodes et l'unité des doctrines (1794).

Volney fut appelé à la chaire d'histoire, et ses leçons, qui attiraient de nombreux auditeurs, sont devenues un des plus beaux titres de sa gloire littéraire. Il professa que la certitude historique est presque impossible, même pour la réalité de l'existence de Jésus-Christ, et qu'en toute matière, il faut garder le chemin ouvert à un changement d'opinion. L'École fut éphémère.

L'Amérique[modifier | modifier le code]

Forcé d'interrompre son cours par la suppression de l'École normale (1795), Volney, trop jeune encore pour se condamner au repos (il avait à peine trente-huit ans), disciple de Franklin, résolut d'aller visiter les États-Unis, et d'y observer avant Tocqueville, une véritable expérience de la liberté[31]

Les Américains[modifier | modifier le code]

Washington le reçut avec honneur et donna publiquement à Volney d'honorables marques de sa confiance et de son amitié. Il eut également une querelle littéraire à son arrivée. Le docteur Joseph Priestley, qui était alors dans ce pays, avait publié un pamphlet[32] dans lequel il prend Volney à partie, le traitant d'athée, d'ignorant, de chinois, d'hottentot. Volney répondit avec une politesse ironique, rappelant les témoignages d'estime qu'il avait reçus de son contradicteur, et se gardant d'ailleurs de discuter aucun point de doctrine[33].

Il n'en fut pas de même pour John Adams qui fut élu, en 1797, président des États-Unis. L'auteur des Ruines avait critiqué franchement le livre de la Défense des constitutions des États-Unis, que ce magistrat avait publié quelques mois avant son élection[34]. Le président du congrès ne pardonna point à son détracteur. Volney, qui avait pris la résolution de se fixer aux États-Unis, se vit obligé de les quitter au printemps de 1798. Une épidémie d'animosité s'était élevée contre les Français, comme il le dit lui-même, et tout faisait prévoir une rupture ouverte entre les deux républiques[35].

II est à remarquer qu'alors même que Volney se trouvait en butte aux persécutions du congrès relativement à l'occupation de la Louisiane[36], il était exposé à la haine des diplomates français, qui lui reprochaient de professer l'opinion que la Louisiane ne convenait sous aucun rapport à la France.

Il ne donna qu'en 1803 son Tableau du climat et du sol des États-Unis d'Amérique, avouant qu'il n'osait publier l'étude des mœurs, de la législation et de la politique de ce pays qui aurait pu susciter la haine et la persécution[37].

Le retour en France[modifier | modifier le code]

À son retour en France avant le 17 juillet 1798, son père étant mort pendant son séjour en Amérique, il acheta une maison de campagne aux environs de Paris, avec le produit de la vente de ses biens hérités en Mayenne[38].

L'Institut[modifier | modifier le code]

En son absence, il avait été nommé par le Directoire le 6 décembre 1795 membre de l’Institut dans la classe des Sciences morales et politiques qui venait d'être formé ; et, jusqu'au rétablissement de l'Académie française, il se trouva associé à la classe des sciences morales et politiques, section de l'analyse des sensations et des idées. Il avait été aussi, élu par ses compatriotes de la Mayenne et de Maine-et-Loire aux élections de vendémiaire an IV, mais, avisé ou non de ce choix, il n'en tint aucun compte, soit pour l'accepter, soit pour le refuser. On lui donna un remplaçant le 10 avril 1797.

Napoléon Bonaparte[modifier | modifier le code]

Volney fit venir Napoléon Bonaparte (qu'il avait rencontré en Corse) à déjeuner chez lui avec Louis-Marie de La Révellière-Lépeaux : la conversation de Bonaparte frappa ce directeur, qui le présenta le lendemain au directeur Paul Barras, par la protection duquel l'officier destitué recouvra son grade.

Volney était celui qui, au commencement de l'année 1794, avait détourné le futur empereur, alors privé de son grade, d'aller chercher du service soit en Turquie, soit en Russie. Bonaparte avait tout tenté pour être réintégré : rien n'avait réussi. Lors de l'expédition d'Egypte, Volney dans un article du 26 brumaire an VI, devinant les projets du conquérant, prévoyait de sa part une marche à travers la Syrie sur Constantinople[39]. Il inséra même dans le Moniteur du 7 frimaire an VII, un article qui mystifia jusqu'à des historiens sérieux[40].

Le 18 brumaire[modifier | modifier le code]

Au 18 brumaire, il seconda de tous ses efforts les résultats de cette journée. On peut penser même qu'il fut du nombre des personnages qui préparèrent ce coup d'État ; il était alors fort lié avec le général Bonaparte.

Après le 18 brumaire, Bonaparte eut la pensée de se donner Volney comme troisième Consul, puis comme ministre de l'Intérieur. Volney refusa, et se laissa seulement nommer sénateur[41], mais il resta le confident, l'ami, et même le médecin du Premier Consul. Membre du sénat dès la création de ce corps, vice-président un peu plus tard, il fréquentait la Malmaison et les Tuileries.

La rupture avec Bonaparte[modifier | modifier le code]

La dissidence de leurs opinions éclata principalement à l'occasion du clergé, auquel le premier consul se préparait à rendre une partie de son influence. Quelque temps après, Volney, dans un conseil secret, ne se prononça pas moins fortement contre l'expédition de Saint-Domingue, dont il prévoyait tous les désastres. Il ne tarda point à s'apercevoir que sa franchise déplaisait et qu'on ne l'accueillait plus aux Tuileries avec la même cordialité ; mais il ne s'en inquiéta point. Enfin, lorsque Bonaparte voulut échanger la dignité consulaire contre la couronne impériale, l'austère sénateur se permit de lui dire que mieux vaudrait ramener les Bourbons.

Il envoya même sa démission de membre du sénat ; mais cette démission, qui fit tant de bruit en Europe, ne fut point acceptée. Cédant aux sollicitations affectueuses du nouveau souverain, obéissant d'ailleurs à un sénatus-consulte qui portait que le sénat ne recevrait la démission d'aucun de ses membres, Volney continua de siéger dans cette assemblée ; mais il fit constamment partie, avec Lanjuinais, Cabanis, Destutt de Tracy, Collaud, Garat, etc., de cette faible minorité qui s'opposait vainement.

L'Empire[modifier | modifier le code]

Volney.

Le Sénat conservateur[modifier | modifier le code]

Il est pour un temps vice-président du Sénat conservateur, où il s'oppose à la politique de Bonaparte et à son Concordat. Il forme avec d'autres « idéologues[42] » l'opposition à l'empereur. Il était du club des Encyclopédistes qui se réunissaient chez Madame Helvétius, puis chez Cabanis, faisant de l'opposition en chambre et des épigrammes[43].

L'empereur l'honore cependant et lui concède le titre de comte de l'Empire. Volney se laissa aussi décorer du titre de commandeur de la Légion d'honneur; mais, peu touché de tous ces honneurs, en quelque sorte obligés, il ne pardonna pas.

Les études[modifier | modifier le code]

II se tint le plus souvent étranger, sous l'Empire, au mouvement des affaires publiques et ne paraissait au sénat que très rarement. Il habitait à Paris, rue de la Rochefoucauld, une maison de style égyptien[44]. C'est là que Volney n'était plus qu'homme de lettres. Il passait ses journées livré à l'étude la plus opiniâtre. L'examen et la justification de la Chronologie d'Hérodote, de nombreuses et profondes recherches sur l'histoire des peuples les plus anciens, occupèrent alors ce savant, qui avait observé leurs monuments et leurs traces dans les pays qu'ils avaient habités[45].

Il donne sa démission de sénateur, et se retire de la scène politique sous l'Empire. Il est élu en 1803 à l'Académie française au quatorzième fauteuil précédemment occupé par l’abbé de Radonvilliers.

Un mariage tardif[modifier | modifier le code]

Guère porté sur le beau sexe, resté célibataire jusqu'en 1810, il épouse sur le tard une cousine, mademoiselle Gigault, avec qui il vivra « dans une entente polie[46] ». Depuis son mariage, il avait dû renoncer à son habitation de la rue de la Rochefoucauld. Il fit l'acquisition d'un hôtel situé rue de Vaugirard, remarquable surtout par l'agrément d'un jardin fort étendu[47]. Il restait bourru et maussade pour le reste du monde[48].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Tableau du climat et du sol des États-Unis d'Amérique[modifier | modifier le code]

En 1803, il publia le Tableau du climat et du sol des États-Unis d'Amérique[49]. L'étude que l'auteur avait faite de la médecine lui donne l'avantage de pouvoir, en observateur profond, juger du climat, analyser les propriétés de l'air et tracer en quelque sorte la statistique médicale de ce pays.

Ce n'est que dans quelques-unes de ses préfaces qu'il lui arrive parfois de parler de lui. Celle de son Tableau des États-Unis offre surtout des détails précieux sur la persécution qu'il avait éprouvée dans cette république[50]

La Chronologie[modifier | modifier le code]

Volney a développé ses idées en chronologie dans plusieurs écrits publiés à différentes époques. On a vu plus haut qu'il s'en était occupé en 1790 ; il donna une nouvelle forme à son ancien travail sous le titre de Supplément à l'Hérodote de Larcher, Paris, 1808, mémoire où beaucoup de choses sont rassemblées en quatre-vingts pages.

À l'aide des Tables chronologiques faites par Pingré, en faveur de l'Académie des inscriptions, pour dix siècles avant l'ère chrétienne, l'auteur fixe avec une précision rigoureuse à l'an 625 avant cette ère l'éclipse centrale de soleil qui, selon le récit d'Hérodote, fut autrefois prédite par Thalès[51].

L'analyse et le rapprochement de quelques passages de l'historien grec suffisent au critique pour désigner avec une égale certitude l'an 557 comme date précise de la prise de Sardes et de la chute de la monarchie lydienne. De ces deux dates bien constatées découle aisément toute la chronologie des rois mèdes et des rois lydiens. La démonstration paraît sans réplique, à en juger par là réponse même qu'y a faite Larcher.

Il continua le même travail sur l'ouvrage entier d'Hérodote ; et, l'année suivante (1809), il publia sur ce sujet une nouvelle dissertation ayant pour titre : Chronologie d'Hérodote. Ces deux ouvrages, réunis par l'auteur dans le second tome de ses Recherches nouvelles sur l'histoire /ancienne, furent réimprimés en 1814 (2 vol. in-8°), sans autre changement que la suppression de quelques personnalités contre Larcher, envers lequel Volney ne se montra pas plus juste que Larcher lui-même ne l'avait été envers lui.

Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne[modifier | modifier le code]

Les Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne se composent encore de l'examen des antiquités de la Perse, de la Judée, de la Babylonie, etc. Volney attaque ouvertement le témoignage des Livres saints, et les discute avec autant de liberté que les sources de l'histoire profane.

Le linguiste[modifier | modifier le code]

Lettres additionnelles pour la translittération de l’arabe, dans Simplification des langues orientales publié en 1795.

La même observation s'applique à ses immenses travaux sur la simplification des langues orientales, sujet important qui avait déjà occupé le génie de Leibniz. Partant de cette vérité, que les différents signes du langage doivent représenter les différents sons, Volney avait conçu le projet d'un alphabet unique[52]. Il prétendait, d'après les divers caractères de leurs idiomes, juger de leurs connaissances en morale, en législation, en littérature, car les signes qu'un peuple admet dans son langage sont nécessairement ceux de ses idées. Il n'appartient qu'aux personnes versées dans les langues orientales d'apprécier sous le rapport technique la possibilité et les avantages de ce système.

De graves objections ont été adressées à Volney par des orientalistes, tels que Louis-Mathieu Langlès et Antoine-Isaac Silvestre de Sacy. Il leur a répondu par des critiques assez vives, mais il a eu pour lui le suffrage peu équivoque de l'académie de Calcutta qui, laissant à part les passions des gouvernements, l'inscrivit au nombre de ses membres, en 1798, au plus fort de la lutte entre la France et l'Angleterre.

Volney a développé son système dans quatre ouvrages ; le premier, intitulé Simplification des langues orientales, ou Méthode nouvelle et facile d'apprendre les langues arabe, persane et turque avec des caractères européens, fut publié en 1795. L'épigraphe, tirée de la ­La Cité de Dieu de saint Augustin, donne une idée suffisante de l'objet du livre :

« La diversité des langues, a dit ce Père de l'Église, est un mur de séparation entre les hommes ; et tel est l'effet de cette diversité, qu'elle rend nulle la conformité parfaite d'organisation qu'ils tiennent de la nature. »

Le discours préliminaire passe pour un modèle de style. Volney, dont l'esprit étendu envisageait toutes les questions sous les rapports les plus élevés, y prédisait dès lors la subversion totale du système colonial de l'Europe, l'affranchissement de toute l'Amérique et la formation de nouveaux États destinés à rivaliser avec les anciens sur l'océan Atlantique.

Dix ans après, il fit paraître dans divers recueils un Rapport fait à l'académie celtique sur l'ouvrage russe de M. le professeur Pallas : Vocabulaires comparés des langues de toute la terre, Paris, 1805[53]. À ce rapport, Volney fit succéder, quatorze ans plus tard, un travail bien autrement important pour la simplification des langues : l' Alphabet européen appliqué aux langues asiatiques, ouvrage élémentaire utile à tout voyageur en Asie (Paris, 1819)[54] Enfin, il avait achevé de le développer dans un ouvrage qui parut en 1820, quelques mois après sa mort, mais dont il avait revu toutes les épreuves. Ce livre a pour titre l'Hébreu simplifié, un vol. in-8°.

Pour compléter la liste des différents écrits de Volney sur l'étude des langues, nous citerons encore :

  1. Vocabulaire de la langue des Miamis (peuple sauvage de l'Amérique), qui fait suite au Tableau du climat et du sol des États-Unis ;
  2. Discours sur l'étude philosophique des langues, lu à l'Académie française dans une séance particulière deux Lettres à M. le comte Lanjuinais sur l'antiquité de l'alphabet phénicien (1819) ;
  3. Vues nouvelles sur l'enseignement des langues orientales, imprimées pour la première fois en dans le huitième volume des œuvres complètes de Volney[55] ;
  4. Questions de statistique à l'usage des voyageurs, dressées en 1795, sous les auspices du gouvernement français, pour guider dans leurs observations les agents diplomatiques ; elles ont été réimprimées en 1813.

La Restauration[modifier | modifier le code]

Volney avait adhéré, le 1er avril 1814, à la déchéance de l'empereur, dont il prévoyait depuis longtemps la chute ; il se trouva, le 4 juin suivant, appelé à la pairie par Louis XVIII. Il eut quelques inquiétudes au retour du prisonnier de l'Ile d'Elbe et s'achemina à petites journées vers l'Anjou, mais, vite rassuré, revint dans la capitale.

Il ne fut point au nombre des pairs nommés par Napoléon Ier pendant les Cent-Jours ; aussi continua-t-il, après la seconde restauration, de siéger dans la chambre héréditaire. Il ne parut jamais à la tribune, la faiblesse de son organe ne le lui permettant pas ; mais, dans ses votes, il se montra fidèle aux principes qu'il avait professés toute sa vie.

Ses relations les plus fréquentes étaient avec La Mettrie, Lanjuinais dont il raillait la dévotion, Boissy d'Anglas, Daunou, de Broglie, Chaptal. Son intérieur était des plus modestes et ses goûts forts simples[56]. Il en était venu à détester presque également le gouvernement républicain, le gouvernement impérial et la royauté, mais avec modération.

Au reste, la dignité dont il était revêtu ne laissa pas de donner une importance toute particulière à un ouvrage qu'il publia en 1819, lorsqu'il fut un moment question du sacre de Louis XVIII. Ce livre avait pour titre : Histoire de Samuel, inventeur du sacre des rois, suivie d'une série de questions de droit public sur la cérémonie de l'onction royale[57].

Dans ses dernières années, un de ses amis le félicitait sur sa lettre à Catherine II :

« Et moi je m'en suis repenti, dit-il avec la sincérité d'un vrai philosophe. Si, au lieu d'irriter ceux des rois qui avaient montré des dispositions favorables à la philosophie, nous eussions maintenu ces dispositions par une politique plus sage et une conduite plus modérée, la liberté n'eût pas éprouvé tant d'obstacles, ni coûté tant de sang. »

La fin[modifier | modifier le code]

Tombeau de Volney, Père-Lachaise, Paris

Il avait à peine 63 ans lorsqu'il mourut, le 26 avril 1820 sans avoir demandé les derniers sacrements de la religion. Ses obsèques, qui eurent lieu à Saint-Sulpice, furent honorées des cérémonies de cette religion catholique dont il avait si souvent attaqué les dogmes et dont il ne réclama point les consolations, il fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise[58].

Hommages[modifier | modifier le code]

Laya, directeur de l'Académie, prononça sur le cercueil les paroles d'un sage. Trois mois après (20 août 1820), l'éloge de Volney fut fait devant l'Académie par Pastoret, son successeur. Pierre Daru, exécuteur testamentaire de Volney, avait prononcé son éloge le 20 juin précédent au sein de la chambre des pairs[59].

Son tombeau, une pyramide, se trouve au cimetière du Père-Lachaise (division 41) à Paris. Il a été gravé plusieurs portraits ressemblants de Volney ; le meilleur est celui d'Alexandre Tardieu, d'après un buste de David. Une statue de bronze a été dressée en 1898 à Craon, près de la gare.

Volney s’était fait un écusson : de sable aux ruines antiques d’argent surmontées d'une hirondelle de même, volant en bande ; et une devise : Posside animam tuam. Armoiries officielles : De sable, aux deux colonnes et fragmens en ruines, surmontés d'une hirondelle d'argent, franc-quartier de comte sénateur[60].

Le prix Volney est décerné par l’Institut de France sur proposition de l’Académie des inscriptions et belles-lettres à un ouvrage de philologie comparée.

Il existe depuis 1879 une rue Volney dans le 2e arrondissement de Paris.

La loge Volney est une loge maçonnique créée en 1911 à Laval (Mayenne).

Publications[modifier | modifier le code]

Divers[modifier | modifier le code]

Nous avons indiqué tous les ouvrages de Volney, à l'exception de l’État physique de la Corse, publié pour la première fois dans l'édition de 1826, et qui est tout à fait indépendant du Précis de l'état actuel de la Corse.

Volney était collaborateur de la Revue encyclopédique. Il avait inséré plusieurs articles dans le Moniteur pendant la Révolution française, entre autres le procès-verbal de la prétendue Entrevue de Bonaparte et de plusieurs muphtis et imans dans l'intérieur de la grande pyramide. Cette supposition, qui mystifia beaucoup le Directoire, a induit en erreur plus d'un biographe de Napoléon (Moniteur du 7 frimaire an 7).

En 1788, Volney avait publié à Rennes une feuille intitulée la Sentinelle.

Ses Ouvrages[modifier | modifier le code]

1781 - 1789[modifier | modifier le code]

  • 1781 : Mémoire sur la Chronologie d'Hérodote,
  • 1783 : Voyage en Syrie et en Égypte, pendant les années 1783, 1784 & 1785, Paris, 1785, 1787 (tome 1 et tome 2 en ligne)[61] ;
  • 1788 : Considérations sur la guerre actuelle des Turcs, Londres (en ligne)[62] ;
  • 1788 : Des Conditions nécessaires à la légalité des États généraux, Paris ;
  • 1788 : Lettre de M. C.-F. de Volney à M. le comte de S...t., Paris, 1788[63] ;
  • 1789 : Les ruines ou Meditation sur les révolutions des Empires. Précédé d'une notice par le comte Daru, Paris, 1826. Réédition (1789, édition princeps, voir supra)[64]

1790 - 1799[modifier | modifier le code]

  • 1790 : Chronologie des douze siècles antérieurs au passage de Xercès en Grèce ;
  • 1791 : Les Ruines Ou Méditations Sur Les Révolutions Des Empires, Par M.Volney, Député a L'Assemblée Nationale De 1789, Genève[65] ;
  • 1793 : La loi naturelle ou Catéchisme du Citoyen français, Grenoble[66] ;
  • 1793 : Précis de l'état actuel de la Corse (1793)[67] ;
  • 1795 : Simplification des langues orientales, ou méthode nouvelle et facile. D'apprendre les langues arabe, persane et turque, avec des caractères européens, Paris, in-8° ;
  • 1795 : Letter to Priestley[68] ;

1800 - 1815[modifier | modifier le code]

  • 1803 : Tableau du climat et du sol des États-Unis d'Amérique Suivi d'éclaircissements sur la Floride, sur la colonie Française au Scioto, sur quelques colonies Canadiennes et sur les Sauvages, Paris[69] ;
  • 1805 : Rapport fait à l'Académie Celtique sur l'ouvrage russe de M. le professeur Pallas. « Vocabulaires comparés des langues de toute la terre », Paris ;
  • 1808 Recherches nouvelles sur l'histoire ancienne, Paris[70] ;
  • 1808 Supplément à l'Hérodote de M. Larcher, Paris ;
  • 1809 : Chronologie de Hérodote, conforme à son texte, en réfutation des hypothèses de ses traducteurs et de ses commentateurs, Paris, 1809, Bossange, 1821 ;
  • 1813 : Questions de statistique à l'usage des Voyageurs, Paris ;

1816 - 1820[modifier | modifier le code]

  • 1819 : Histoire de Samuel, inventeur du sacre des rois ; fragment d'un voyageur américain. Paris, 1819, Bossange, 1820, 1822 ;
  • 1819 : L'alfabet européen appliqué aux langues asiatiques. Simplification des langues orientales. L'hébreu simplifié par le méthode alfabétique, Paris 1819, 1826 ;
  • 1820 : Discours sur l'étude philosophique des langues, lu à l'Académie des sciences, Paris 1820[71] ;
  • 1820 : L'Hebreu simplifié, contenant un premier essai de la grammaire, et un plan du Dictionnaire, écrit sans lettres hébraïques, et cependant conforme à l'hébreu, avec des vues nouvelles sur l'enseignement des langues orientales, Paris[72] ;
  • 1822 : Leçons d'histoire prononcées à l'École normale, en l'an III de la République française. Paris, 1799[73] ;
  • 1823 : Lettres de M. de Volney à M. le baron de Grimm, suivi de la réponse de ce dernier[74], Paris ;

1820 - 1899[modifier | modifier le code]

  • 1821 : Œuvres choisies, précédées d'une Notice sur la vie de l'auteur (par Adolphe Bossange). Les ruines. - La loi naturelle. - L'histoire de Samuel, Paris, 1821, Nouvelle édition, Lebigre Frères, 1836. Une Notice sur la vie et les écrits de G.-F. Volney, par Adolphe Bossange, se trouve en tête de l'édition des Œuvres complètes de Volney, publiée chez Bossange, 8 vol. in-8°, Paris, nouvelle édition, mais moins complète, Paris, 1837, grand in-8° ;

XXe ‑ XXIe siècle[modifier | modifier le code]

  • 1954 : Œuvres complètes. Précédées d'une Notice sur la Vie et les Écrits de l'Auteur, Firmin-Didot.
  • 2008 : Observations générales sur les Indiens ou sauvages d’Amérique du Nord, suivi de Les Ruines et de La Loi naturelle. Éditions CODA, ISBN 9782-84967-063-7

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Source partielle[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il est baptisé le même jour, nommé par son grand-père et par Jeanne Chasseboeuf, sa cousine.
  2. On a dit qu'il était un de ces « jansénistes laïques dont la France abonde. »
  3. Jean Lacouture, Champollion une vie de lumières, Grasset, 1988[réf. incomplète]
  4. Dans ses descriptions, dans ses récits, Volney s'éloigne des sentiers battus :

    « II ne dit point par où il a passé, ce qui lui est arrivé, quelles impressions il a éprouvées. Il évite avec soin de se mettre en scène ; c'est un habitant des lieux, qui les a longtemps et bien observés, qui vous décrit l'état physique, politique et moral. L'illusion serait complète, si on pouvait supposer dans un vieil Arabe toutes les connaissances, toute la philosophie des Européens qui se trouvent réunies à la maturité dans un voyageur de vingt-cinq ans. Notice sur Volney, par Pierre Daru. »

  5. Comme lui, il s'est attaché à joindre à la description des pays le récit des révolutions politiques qu'ils ont éprouvées.
  6. Pour l'abbé Angot par exemple, ce livre né de cette exploration est matériellement exact, d'une forme sobre jursqu'à l'aridité, mais ne contient aucune révélation qu'il n'ait été donnée plus amplement par les missionnaires français, italiens ou espagnols, que Volney trouva partout où il pénétra lui-même, et qui avaient vécu bien plus intimement que lui avec les indigènes.
  7. Relation de l'expédition d'Égypte, par le général Berthier.[réf. incomplète]
  8. Son nom figure quand même aux registres de 1788 à 1791.
  9. Mais il savait que chez les peuples dominés par d'anciennes habitudes il n'y a d'autre démonstration, d'autre moyen de persuader que l'exemple
  10. Telles que la canne à sucre, l'indigo, le coton, le café, etc
  11. Il y prouva que, s'il avait bien vu par lui-même l'empire ottoman, il avait eu de bons mémoires sur les ressources de la Russie. Les événements ont réalisé presque toutes ses prévisions sur les accroissements de cette puissance. Il parlait aussi de la réunion des États de Venise à l'empire d'Autriche. Il n'oubliait pas non plus les intérêts de la France dans cette grande querelle, et s'arrêtait surtout au projet de s'approprier l'Égypte pour contrebalancer l'agrandissement de la Russie et de l'Autriche ; mais il y voyait de nombreux obstacles

    « D'abord, dit-il, il faudra soutenir trois guerres ; la première, de la part de la Turquie.... la seconde, de la part des Anglais.... la troisième enfin, de la part des naturels de l'Égypte, et celle-là, quoiqu'en apparence la moins redoutable, serait en effet la plus dangereuse.... Si des Francs osaient y débarquer, Turcs, Arabes, paysans s'armeraient contre eux ; le fanatisme tiendrait lieu, d'art et de courage. »

  12. La Sentinelle du peuple sur BnF.fr
  13. (en) Walsh de Serrant, le raccordement français
  14. Milscent, qui avait été nommé le premier écrit au ministre que c'est

    « un particulier plein d'esprit et d'éloquence, mais qui pourra faire bien du bruit aux États. Cet homme, ajoute-t'il, a un talent extraordinaire pour se faire des partisans. Il restait dans sa chaise, immobile, et tous nos habitants des campagnes allaient lui demander mystérieusement qui ils devaient nommer. Il est en général adoré ou détesté. Les honnêtes gens gémiront d'un choix semblable, qu'on qualifie de scandale »

  15. Il était en relation avec Étienne-Louis Barré, prieur de l'abbaye de la Roë. Volney expose à l'Assemblée nationale, le 9 novembre 1790, que pour parer aux défauts des moulins à vent qui ne sont pas connus dans le Craonnais, et même des moulins à eau qui souvent ne peuvent pas marcher, il a déterminé Barré, curé de la Roë, ci-devant prieur de l'abbaye, à construire un moulin à bras, système Perier, mais que n'ayant point de local pour le placer, Barré demande à l'installer dans la grange de l'abbaye qui a 100 pieds de long, avec promesse qu'il ne sera pas vendu nationalement avec le fonds, mais qu'il pourra l'enlever (Archives nationales, Dxxix bis, 15). Les machines de Jacques-Constant Perier étant à vapeur et il serait curieux de savoir si le projet du curé de la Roë fut appliqué à cette époque.
  16. S'il maudit le despotisme

    « dans un seul, il ne lui fait pas plus de grâce lorsqu'il le signalé dans plusieurs. En cent endroits, il manifeste son aversion pour la licence et pour les excès des révolutionnaires, dont il fut aussi la victime. Nous le voyons, livrer différents genres de combats aux sanguinaires novateurs de 1793 : ici, avec l'arme du sarcasme et de l'ironie, il attaque ces insensés qui voulaient appliquer à une population de trente millions d'hommes les codes oligarchiques d'Athènes et de Lacédémone; là, il se contente de lancer sur eux ce trait original et pénétrant : modernes Lycurgues, vous parlez de pain et de fer : le fer des piques ne produit que du sang, on n'a de pain que par le fer des charrues. Discours de Laya, cité ci-après. »

  17. Pour les spirituels auteurs de la Galerie des états généraux (voir : Champcenetz).

    « II a les formes brusques, l'âme franche, la physionomie ouverte, le caractère décidé, le cœur sensible, disent-ils. 0 nature, pourquoi t'es-tu arrêtée en si beau chemin ? Pourquoi ne pas joindre à tant de bienfaits un coup d'œil plus sûr, un esprit plus juste ? »

  18. Celui-ci avait proposé de se former en comité secret, afin de ne point délibérer devant des étrangers. Volney releva cette expression d’« étrangers » comme injurieuse envers les citoyens, les frères qui les avaient nommés députés et en général il se prononça contre toute espèce de délibération secrète.
  19. « Placés sur le haut de la pyramide des intérêts, ce n'est pas à nous d'examiner les pierres et les angles qui la composent. Le bien général, la constitution, voilà notre travail. »

  20. À la fin d'une des séances les plus orageuses, il fit la motion de convoquer les assemblées électorales, afin qu'elles procédassent à une nouvelle nomination de députés. Il motiva cette proposition sur ce que les membres d'une autre assemblée, n'ayant point pris part aux premières discussions, seraient moins animés les uns contre les autres, et qu'il leur serait ainsi plus facile de ramener les Français à des sentiments d'union et de paix. Cette motion, d'abord accueillie avec enthousiasme, fut écartée par l'ordre du jour.
  21. Lors de la discussion sur la vente des domaines nationaux, Volney publia dans le Moniteur quelques réflexions dans lesquelles, envisageant la question sous le point de vue politique, il établissait les avantages de la division des propriétés
  22. Dans une discussion relative au clergé, Mirabeau dut à Volney son mouvement oratoire si fameux sur la fenêtre de Charles de Bourbon. Vingt députés assiégeaient la tribune ; de ce nombre était Volney, tenant un discours à la main :

    « Montrez-moi ce que vous avez à dire, dit Mirabeau.... Cela est beau, sublime, ajouta-t-il après avoir parcouru le manuscrit ; mais ce n'est pas avec une voix faible et une physionomie calme qu'on tire parti de ces choses-là ; donnez-les-moi. »

    . Volney y consentit, et Mirabeau fondit dans son éloquente improvisation le passage en question, qui produisit un si grand effet.
  23. C'est un point de fait que n'ose décider le savant bibliographe Barbier, dans l'avis qui précède la réimpression qu'il fit, en 1823 de cette réponse qui était devenue d'une extrême rareté. Il s'était abstenu de l'insérer dans le supplément qu'il avait donné de la Correspondance de Grimm.

    « Il répugnait à ma délicatesse, dit-il dans cet Avis, d'affliger un savant aussi recommandable que M. de Volney. Aujourd'hui qu'il n'est plus, je crois pouvoir compléter les opuscules de Grimm. M. de Volney laisse assez de titres à l'estime publique pour le venger des sarcasmes d'un ancien ami que les circonstances les plus extraordinaires avaient métamorphosé, en implacable ennemi. »

    Barbier a également réimprimé la lettre de Volney. Une autre réponse satirique à cette lettre fut faite dans le temps sous le nom de Petroskoi.
  24. Il devait trouver au pied, au milieu ou au sommet des montagnes un printemps perpétuel, et implanter le coton, le café, l'indigo, la canne à sucre. Il voulut y entraîner Yves Besnard, qui, plus prudent, attendit l'expérience.
  25. Un historien de Paoli nous apprend que la raison première du dissentiment provenait de ce que le patriote corse avait empêché l'élection à la convention de Volney.
  26. Il pressentit dès lors tout ce que pourrait devenir ce jeune ambitieux ; et, quelques années plus tard, ayant appris en Amérique que le commandement de l'armée d'Italie venait de lui être confié :

    « Pour peu que les circonstances le secondent, dit Volney en présence de plusieurs réfugiés français, ce sera la tête de César sur les épaules d'Alexandre. »

  27. Jean Gaulmier, L'idéologue Volney, Beyrouth, Imprimerie catholique,‎ 1951 (lire en ligne), p. 253-254
  28. Il méditait une description complète de cette portion, intéressante et trop peu connue de la France, et dès lors il publia dans le Moniteur du 20 et du 31 mars, un Précis de l'état de la Corse. Tout en faisant connaître la situation morale et politique de cette île ; il se plaignait, soit directement, soit par voie d'insinuation, de Paoli et de Christophe Saliceti, avec lesquels il ne s'était point trouvé d'accord pendant son séjour en Corse. Bien qu'il se défende dans cet écrit de tout sentiment d'humeur et d'ambition mécontente, cette humeur perce dans chaque phrase. Voici au reste comment il termine ce précis :

    « Quant à l'admission au conseil du département, où l'intérêt national m'ordonnait d'arriver, l'on croira difficilement en France que j'aie de l'humeur d'avoir été repoussé d'un pays où les motifs publics de ma défaveur ont été de passer pour un hérétique, comme auteur des Ruines, et pour observateur à titre de Français. »

  29. Mais son Mémoire fut inséré par Jacques André Naigeon dans le Dictionnaire d'antiquités de l'encyclopédie méthodique
  30. , quoiqu'elles semblent, selon lui, toutes dérivées d'une même source, on s'aperçoit que le livre de l'Origine des cultes, deCharles-François Dupuis, quoique encore inédit, était parfaitement connu de Volney, car il abonde dans les idées hiéro-astronomiques de cet écrivain qui n'a fait que renouveler, pour les ériger en système, des données qui se trouvent dans le livre des Saturnales de Macrobe
  31. Lui-même nous fait connaître dans quelle disposition d'esprit il entreprit ce grand voyage. Après avoir rappelé les sentiments de bonheur, d'espérance et de gloire qui l'animaient en 1783, lorsqu'il partit pour l'Orient. Il continue ainsi :

    « Dans l'an 3. au contraire (1795), lorsque je m'embarquais au Havre, c'était avec le dégoût et l'indifférence que donnent le spectacle et l'expérience de l'injustice et de la persécution. Triste du passé, soucieux de l'avenir, j'allais avec défiance chez un peuple libre, voir si un ami sincère de cette liberté profanée trouverait pour sa vieillesse un asile de paix dont l'Europe ne lui offrait plus l'espérance. »

  32. Intitulé Observations sur les progrès de l'infidélité, avec des remarques critiques sur les écrits de divers incrédules modernes, et particulièrement sur les Ruines de M. de Volney. Il avait même adressé à celui qu'il attaquait ainsi sa brochure, accompagnée d'un billet d'envoi ; procédé qui plaçait Volney dans la nécessité de répondre.
  33. « parce que, disait-il, personne au monde n'a le droit de me demander compte de mes opinions religieuses.... parce qu'en supposant que j'aie l'opinion que vous m'attribuez, je ne veux pas engager ma vanité à ne jamais s'en dédire, ni m'ôter la ressource de me convertir un jour sur un plus ample informé »

    . Cette lettre, datée de Philadelphie, 2 mars 1797, fut traduite en anglais sous les yeux de l'auteur et publiée dans cette ville la même année.
  34. « J'avais, dit Volney lui-même, adhéré au jugement de l'un des meilleurs reviseurs anglais, qui, traitant ce livre de compilation sans méthode, sans exactitude de faits et d'idées, ajoute qu'il la croirait même sans but, s'il n'en soupçonnait un secret, et relatif au pays apologisé, que le temps seul pourra dévoiler. Or, en interprétant mon auteur, je prétendais que ce but était de capter, par une flatterie nationale, la faveur populaire et les suffrages des électeurs ; quand le fait eut vérifié la prophétie, le prophète ne fut pas oublié. »

  35. « L'on me supposa, ajoute encore Volney, l'agent secret d'un gouvernement dont la hache n'avait cessé de frapper mes semblables ; l'on imagina une conspiration par laquelle j'aurais (moi seul Français) tramé, en Kentucky, de livrer la Louisiane au directoire qui naissait à peine), et cela quand des témoins nombreux et respectables.... pouvaient attester que mon opinion.... était que l'invasion de la Louisiane serait un faux calcul politique, etc. »

  36. Il se vit accuser à tort d'être un émissaire du gouvernement français qui complotait contre l'invasion de la Louisiane.
  37. Yves Besnard affirme avoir vu le manuscrit de cette partie de travail, qui ne se retrouva pas dans les papiers de l'auteur à son décès
  38. La version selon laquelle Volney se hâta, selon un de ses biographes, de renoncer à la succession de son père, qui venait de mourir pendant son séjour en Amérique, en faveur de sa belle-mère, pour laquelle il avait toujours eu les sentiments d'un fils est inexacte, sa belle-mère étant morte avant son mari.
  39. Où il espérait voir élever un obélisque avec cette dédicace : A l'armée française victorieuses de l'Italie, de l'Afrique et de l'Asie, à Bonaparte, membre de l'Institut national, pacificateur de l'Europe.
  40. Dans lequel il représentait Bonaparte dans l'intérieur de la pyramide de Khéops, assis sur le sarcophage du pharaon avec les muftis et les entretenants de ses projets dans la langue prophétique de Mahomet et du Coran. Le conquérant répondit à ces louanges par des compliments qu'enregistre le Moniteur.
  41. Partisan éprouvé d'une liberté sage, Volney ne se sentait pas disposé à devenir le second, encore moins l'instrument du nouveau dominateur.
  42. Napoléon affectait de parler avec dédain des sénateurs dissidents, et les appelait idéologues, hommes spéculatifs, sans aucune connaissance des affaires.
  43. « Que pensez-vous d'un homme qui dit qu'avec de l'argent on a des hommes et qu'avec des hommes on a de l'argent »

    Volney.
  44. Occupée encore en 1852 par M. Dureau de la Malle, avec cette inscription : En 1802, le voyageur Volney, devenu sénateur, peu confiant dans la fortune, a bâti cette petite maison plus grande que ses désirs. Il acheta aussi une ferme en Brie et une grande et belle habitation à Sarcelles, avec un parc de 33 arpents qu'il saccagea pour expérimenter ses utopies agricoles et pour excéuter les plans d'architectes et de jardiniers qui l'exploitaient.
  45. Notice sur Volney, par Daru...
  46. Cette union entre eux avait été projetée dès leur jeunesse ; mais la vie errante de Volney y avait mis obstacle, et mademoiselle de Chassebœuf avait contracté un autre mariage. Quand elle devint veuve, Volney offrit à sa cousine sa fortune et sa main. Pour Yves Besnard, Volney obéit à l'empereur qui voulait que ses hauts dignitaires fussent mariés.
  47. Il dépensa des sommes considérables à l'embellissement de ce séjour, non que l'état de sa santé lui promît d'en jouir longtemps, mais, comme il le disait à ses amis, c'était pour lui un bonheur de se donner des soins pour le plaisir d'une épouse destinée à lui survivre
  48. On n'entre pas dans mon antre, cria-t-il un jour à l'un de ses intimes qui s'était permis de pousser la porte entrebâillée de sa chambre
  49. Là se trouve tracé de main de maître le plan topographique de cette vaste région ; l'exposition du système des vents est admirable par la vérité originale des observations, comme sous le rapport du style. On peut en dire autant de la description du saut de Niagara.
  50. Rappelant le succès éclatant de son Voyage en Syrie, il ajoute qu'il eût peut-être été plus prudent, plus habile à son amour-propre d'écrivain, de ne plus écrire dû tout ;

    « mais, ajoute-t-il, il m'a semblé qu'avoir bien fait un jour n'était pas une raison de ne rien faire lé reste de la vie ; et comme j'ai dû la plupart des consolations de l'adversité au travail et à l'étude, comme je dois les avantages de ma situation présente aux lettres et à la considération des bons esprits, j'ai désiré de leur rendre un dernier tribut de gratitude, un dernier témoignage de zèle. »

  51. Voir l'article sur ce philosophe, par de Fortia, dont les idées en chronologie ont plus d'une fois modifié celles de Volney, avec lequel le voisinage et la Conformité d'études l'avaient mis en très fréquente relation depuis 1803.
  52. Le moyen consistait à ajouter un petit nombre de signes indispensables à l'alphabet romain et à lui assujettir les langues de l'Asie. Cette unité alphabétique était déjà, pour les étudier, une difficulté de moins : Volney voulait, en outre, appliquer aux idiomes orientaux une partie des notions grammaticales que nous avons acquises sur les langues européennes ; en facilitant ainsi l'étude des langues asiatiques, il avait en vue de faciliter les rapports commerciaux. C'était déjà une grande vue politique ; mais il cherchait encore dans l'étude analytique de ces langues un nouveau moyen pour remonter jusqu'à l'origine des peuples les plus anciens.
  53. Ce rapport a pour but de prouver que le Vocabularia totius orbis, composé par ce savant d'après l'ordre de l'impératrice Catherine, ne peut servir de vocabulaire universel, l'alphabet russe étant trop incomplet pour cet usage, et qu'un alphabet universel est encore à trouver.
  54. Dans son épître dédicatoire à l'académie de Calcutta, l'auteur entre dans des détails pleins d'intérêt sur les efforts qu'il lui a fallu faire et sur les obstacles qu'il a dû vaincre pour faire prévaloir son système.
  55. On voit par les dates de ces ouvrages que l'idée de rapprocher des nations séparées par des distances immenses et par des idiomes si divers n'avait pas cessé de l'occuper pendant vingt-cinq ans. Il a craint même que ses essais, dont il avait entrevu l'utilité, ne fussent interrompus après lui ; et, de la main glacée dont il corrigeait son dernier ouvrage, il a tracé le testament par lequel il fondait un prix annuel de douze cents francs pour la continuation de ses travaux.
  56. Le 5 janvier 1818, il écrit à Prosper Delauney, député de la Mayenne, en lui envoyant deux bouteilles de cidre de la récolte 1815, mis en bouteille au mois de juin 1816, fabriqué sans autre art que celui du soutirage et d'un mélange calculé de trois espèces de pommes pourqu'il se prononce, entre Madame Volney et lui, s'il se fait de meilleur cidre à Laval et à Craon.
  57. L'auteur, discutant le Livre de Samuel avec la plus grande liberté, représente Samuel comme un imposteur, Satil comme l'aveugle instrument de l'ambition d'un prêtre et David comme un ambitieux. L'Histoire de Samuel produisit une grande sensation, et l'on prétend que le monarque, à qui Volney avait voulu adresser une leçon indirecte, lut cet ouvrage avec plaisir.
  58. Sa femme, alors absente, croisa en rentrant le convoi qui accompagnait sa dépouille. Elle habita depuis à Dammartin-en-Goële et vendit la terre de la Giraudaie en Anjou qui était de son patrimoine.
  59. Cet éloge a été inséré dans le Moniteur, dans la Revue encyclopédique, puis réimprimé en tête de l'édition in-18 des Ruines, et traduit en anglais et en espagnol.
  60. Titres et armoiries du Premier Empire (1808-1815). Inventaire analytique des registres cotés, BB/29/1060 page 99. M. le comte Chassebeuf de Volney, sénateur.
  61. Cette étude documentée fut utilisée par Bonaparte au cours de son expédition. 3e éd. avec des considérations sur la guerre des Russes et des Turcs, Paris, 1799, 1807, 1822, 1830.
  62. Édition originale de ce texte qui sera repris en 1799 dans la 3e édition du Voyage en Syrie.
  63. On lit au bas de la première page la note suivante : « Pour l'intelligence de cette lettre, il faut être prévenu que l'auteur publia, au commencement de novembre, la brochure intitulée : Des Conditions nécessaires à la légalité des États généraux, et que M. le comte de S..., depuis quelques jours y a répondu par une analyse, où sans réfuter l'ouvrage, il diffame la personne. »
  64. Constantin-François Volney, Les ruines, ou, Méditation sur les révolutions des empires : XVIIe ‑ XIXe siècle : 1789-1826, Paris, Editions Desenne,‎ 1791. (notice BnF no FRBNF31601961g), Édition de 1822.
  65. Première édition française : Paris, 1792, 3e éd. augmentée avec Le Catéchisme du Citoyen français, Paris, 1799. 5e éd. avec La Loi naturelle, Paris, 1817, 1820, 1821, 1826; 1822. L'ouvrage a été traduit en espagnol, en anglais, et presque dans toutes les langues de l'Europe ; il en existe une version arabe.
  66. 2e éd., 1813. Petit manuel qui constitue un excellent traité de morale. À la suite, on trouve diverses chansons : hymne à la raison. Hymne patriotique (la Marseillaise). Chanson sur l'air de la carmagnole.
  67. Ce précis fait partie d'un plus grand ouvrage sur la Corse, non achevé, dont les fragments ont été recueillis dans ses Œuvres complètes.
  68. Imprimé aux États-Unis.
  69. 2e éd. Paris, 1822.
  70. 1813 et 1814. 2e éd. 1822. Il expose ses conceptions linguistiques et son idée d'appliquer un alphabet unique aux langues européennes et orientales.
  71. 2e édition revue et corrigée en 1820.
  72. Ouvrage posthume.
  73. 3e éd., 1822. Autre édition augmentée d'une leçon inédite, et suivie du Discours de Lucien sur la manière d'écrire l'histoire, Paris, 1826. Traduction en espagnol en 1827.
  74. Publié par Antoine Alexandre Barbier
  75. Qui regarde Volney comme l'homme le plus illustre qu'ait produit l'Anjou sous le rapport littéraire
  76. Mais il ne rendait pas la même justice à son caractère, ce qui donna lieu à une polémique dans le Journal des Débats, entre madame de Volney et M. Bodin, qui s'est pour ainsi dire rétracté en s'engageant à prendre de nouveaux renseignements (septembre 1823).