Martin Michel Charles Gaudin

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Martin-Michel-Charles Gaudin.
Gravure de Jules Porreau (1833).

Martin Michel Charles Gaudin, duc de Gaëte, né le 16 janvier 1756 à Saint-Denis près de Paris et mort le 5 novembre 1841 au château de Gennevilliers, est un homme politique français qui débuta sa carrière sous la Révolution avant d'être le ministre des Finances du Consulat et de l'Empire.

Martin Gaudin était le fils de Charles Gaudin, avocat au Parlement de Paris et de Louise-Suzanne Ragot, son épouse, fille d'un subdélégué aux finances. Avant la Révolution, il fut directeur dans l'administration générale des contributions.

Biographie[modifier | modifier le code]

En 1773, après ses études au collège Louis-le-Grand, Gaudin entra au cabinet de d'Ailly, un ami de sa famille, premier commis de Henri d'Ormesson, l’intendant des finances placé par Necker, directeur général du Département des impositions. En 1777, D'Ailly confia au jeune Gaudin une division en chef. Gaudin écrit dans ses Mémoires : « Ce fut là le commencement de ma fortune politique. La Révolution a fait le reste ... ».

En 1789, Gaudin devint membre influent du Comité des finances de la Constituante.

Sous la Révolution[modifier | modifier le code]

En 1791, Louis XVI, sur proposition du ministre Tarbé, le nomma commissaire de la trésorerie nationale, responsable de la Recette lors de sa création, et il y remplit sa tâche avec beaucoup de talent et de courage, dans une période particulièrement difficile.

Gaudin fut l'homme qui fit la jonction entre l'ancien système de collecte des impôts directs avec 24 recettes générales et le nouveau système avec 544 receveurs de district élus. Pierre Joseph Cambon était le nouveau ministre des Finances dans ces temps troublés, où ces postes étaient à risques.

À partir de cette époque, il fut en butte à de continuelles dénonciations, auxquelles il échappa par sa stricte probité et son entente des affaires. Le 10 août 1792, il fut accusé d'avoir avancé au roi sa liste civile.

Cambon et Saint-Just le défendirent toujours et l'écoutèrent parfois, notamment lorsqu'il n'hésita pas à s'opposer au paiement de traites frauduleuses émises par le général Dumouriez, alors tout-puissant. Avec l'aide de Cambon, s'opposant à Robespierre, il parvint à sauver la vie des 48 receveurs généraux des Finances, que la Convention voulait conduire à l'échafaud, dans la même charrette que celle des fermiers généraux.

Néanmoins la situation n'était pas tenable : l'hôtel de la Trésorerie est constamment envahi par la foule, et Gaudin dut plus d'une fois avoir recours à la ruse pour se débarrasser de ses visiteurs. Un décret ayant accordé une paie journalière aux femmes des citoyens qui combattaient pour la patrie, une bande de femmes envahit ses bureaux. Il reçut les plus exaltées, leur dit qu'il était prêt à les payer, mais que, les choses devant être faites régulièrement, elles devaient au préalable lui montrer leur certificat de mariage. Bien peu d'entre elles pouvant sans doute produire cette pièce, elles partirent sans rien réclamer.

Maintes fois dénoncé, il réussit miraculeusement à conserver son poste jusqu'en l'an III (1795), date à laquelle il démissionna « ... au milieu d'inquiétudes de tous genres, excédé de fatigue ... » et se retira à Vic-sur-Aisne, près de Soissons, où il resta trois ans en retraite. Il avait 39 ans et déjà 20 ans de carrière.

Sous le Directoire[modifier | modifier le code]

En l'an IV (1798), un courrier du président du Directoire le rappela pour remplacer Dominique-Vincent Ramel-Nogaret aux ministère des Finances. Il refusa, puis accepta, en floréal de la même année, d'être commissaire général de l'Administration des Postes, fonction importante malgré tout, en raison du « cabinet noir ». C'était l'ancienne place « d'intendant général des postes aux lettres et aux chevaux ».

Sous le Consulat et le Premier Empire[modifier | modifier le code]

Napoléon Ier le nomma ministre des Finances au lendemain du coup d'État du 18 brumaire.

Gaudin raconte ainsi leur rencontre :

« Il donnait, lorsque j’entrai, des ordres au commandant de la Garde. Il vint à moi de l’air le plus gracieux :
- Vous avez longtemps travaillé dans les finances ?
- Pendant 20 ans, général !
- Nous avons grand besoin de votre secours et j’y compte. Allons, prêtez serment, nous sommes pressés... »

Gaudin s’attela à la réorganisation financière, en créant un corps de fonctionnaires dépendant directement du ministre et dont l’efficacité était immédiate : un receveur par arrondissement et un receveur général par département. Le ministre Gaudin imposa le cautionnement à tous les fonctionnaires et notamment aux percepteurs.

Il rétablit en même temps les impôts indirects comme les octrois, puis les taxes sur le tabac, les boissons et même le sel, sans oublier la loterie.

Gaudin introduisit de grandes réformes dans l'administration financière, supprima les marchés et les délégations, rétablit les contributions directes, fit confectionner les rôles et exigea les paiements par douzièmes et à l'avance des impôts de l'année courante. Il organisa la hiérarchie du percepteur au receveur particulier. Enfin, à l'aide de la caisse d'amortissement où étaient déposés les cautionnements de ces fonctionnaires, il put créer la Banque de France. Gaudin emprunta l'idée du cadastre, qui fut sa grande préoccupation, à la Constitution de 1791. Mais nul n'en avait comme lui compris l'importance, pour établir d'une manière équitable la contribution foncière.

Gaudin fut l’un des pères du franc germinal, créé le 7 germinal an XI (1803) et resté en vigueur jusqu’en 1928, dont la valeur par rapport à l’or demeura immuable jusqu’en 1914.

Il présenta en l'an X le premier budget vraiment digne de ce nom. Toutes ces réformes ne s'accomplirent pas sans luttes, aussi Gaudin crut-il devoir envoyer à Bonaparte sa démission le 28 floréal an XII, que celui-ci refusa. Gaudin resta donc ministre des Finances jusqu'au 30 mars 1814.

Nommé membre de la Légion d'honneur le 9 vendémiaire an XII, il fut promu grand officier le 25 prairial suivant, puis grand aigle le 13 pluviôse an XIII. Il fut créé comte Gaudin et de l'Empire le 26 avril 1808 et duc de Gaëte le 15 août 1809.

En 1805, Gaudin organisa les finances de la Ligurie, puis en 1811 celles de la Hollande.

Du 21 mars au 8 juillet 1815, pendant les Cent-Jours, il fut ministre des Finances pour la troisième fois, et, le 2 juin de la même année, nommé pair des Cent-Jours. Il demeura toujours fidèle à Napoléon Ier, et ; dans les chambres de la Restauration française où il siègeait, quand les royalistes attaquèrent la mémoire de l'Empereur, il ne manqua jamais de la défendre.

Sous la Restauration et la Monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

Il est, en effet, élu député constitutionnel à la Chambre des députés, le 22 août 1815, par le collège de département de l'Aisne, avec 68 voix sur 135 votants et 266 inscrits, et réélu, le 4 octobre 1816, par 119 voix sur 180 votants et 293 inscrits. Il siège dans la majorité, et, en 1820, est nommé, en remplacement de Jacques Laffitte, gouverneur de la Banque de France, fonction qu'il conserve jusqu'en 1834.

Il ne se marie qu’en 1822 à l'âge de 70 ans. Son épouse, Marie-Anne Summaripa, divorcée d’un homonyme, Émile Gaudin de Feurs, est une Grecque de Naxos. Il adopte sa fille qui épousera plus tard le marquis de Girardin.

Son portrait, celui de son épouse et le mobilier complet de leur chambre à coucher, magnifique ensemble de style Empire, sont exposés au musée Carnavalet. Le portrait de Gaudin en costume officiel de ministre a été peint par Joseph-Marie Vien en 1806 (Carnavalet, p. 2553).

Gaudin meurt en novembre 1841 à Gennevilliers. Il est inhumé au cimetière de l'Est, dit « du Père-Lachaise », 27e division[1].

Les papiers personnels de Martin Michel Charles Gaudin sont conservés aux Archives nationales sous la cote 188AP[2].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Il est l'auteur de Mémoires, souvenirs et opinions de M. Gaudin, duc de Gaëte (1826), Notice historique sur les finances de la France depuis 1800 jusqu'au 1er avril 1814 (1818), etc.

Décorations[modifier | modifier le code]

Chronologie[modifier | modifier le code]

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
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Blason Martin Michel Charles Gaudin (1756-1841) comte.svg
Armes du comte Gaudin et de l'Empire

Franc-quartier de comte ministre ; champ d'or au pal d'azur, chevronné d'or, bordure d'azur semée de besans d'or et d'argent alternatifs.[3],[4]

Orn ext Duc de l'Empire GCLH.svg
Blason Martin Michel Charles Gaudin (1756-1841) Duc de Gaëte.svg
Armes du duc de Gaëte et de l'Empire

D'or au pal d'azur chevronné de trois pièces d'or à la bordure d'azur semée de besans d'or et d'argent alternatifs : franc-quartier des comtes ministres : chef des ducs d'Empire brochant sur le tout.[3],[5],[6],[7],[4]

  • Livrées : jaune, bleu et blanc[3].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Répertoire mondial des Souvenirs napoléoniens, éditions SPM, p. 301
  2. Archives nationales
  3. a, b, c et d « PLEADE CHAN », sur chan.archivesnationales.culture.gouv.fr (consulté le 29 avril 2011)
  4. a et b La noblesse d'Empire sur http://thierry.pouliquen.free.fr
  5. Armorial de J.B. RIETSTAP - et ses Compléments
  6. Nicolas Roret, Nouveau manuel complet du blason ou code héraldique, archéologique et historique : avec un armorial de l'Empire, une généalogie de la dynastie impériale des Bonaparte jusqu'à nos jours, etc..., Encyclopédie Roret,‎ 1854, 340 p. (lire en ligne)
  7. Gaudin sur www.genea-bdf.org

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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