Frédéric Desmons

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Frédéric Desmons

Frédéric Desmons, né le 14 octobre 1832, à Brignon, et mort le 4 janvier 1910, à Paris, est un pasteur, franc-maçon et homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il est né en 1832 à Brignon, petite commune du département du Gard, entre Nîmes et Alès. Il fait ses études au collège d’Alès, puis à la pension Lavondès à Nîmes.

Il suit ensuite les cours de la Faculté de théologie de Genève, fief du protestantisme calviniste, où il se prépare à embrasser le ministère pastoral. Il est reçu docteur en théologie en 1855.

Pasteur[modifier | modifier le code]

De retour en France, Frédéric Desmons devient successivement pasteur de l’Église Réformée de 1856 à 1881, à Ners dans le Gard, puis à Vals-les-Bains en Ardèche, et enfin à Saint Géniès de Malgoirès dans le Gard, à quelques kilomètres à peine de Brignon.

Franc-maçon[modifier | modifier le code]

Frédéric Desmons est initié le 18 janvier 1863 à la Franc maçonnerie au sein de la Loge L'Echo du Grand Orient de France fondée à Nîmes quelques années plus tôt en 1857 par un certain Firmin Fatalot, cadre aux chemins de fer. Il y obtient tout à fait régulièrement les trois degrés symboliques.

En 1867, Frédéric Desmons quitte sa Loge-mère pour fonder, à Saint-Géniès de Malgoirès, un autre atelier sous le nom distinctif de Le Progrès.

Dès 1873, il entre au Conseil de l'Ordre du GODF. Il reste vigilant à tous les vœux des Loges concernant la suppression des références à l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'âme et s'oppose de nombreuses reprises aux "conservateurs" de l'Obédience.

Lors du Convent de 1877, Frédéric Desmons est nommé rapporteur du vœu n°IX émanant de la Loge La Fraternité progressive de Villefranche-sur-Saône visant la révision de l'article 1er de la constitution du Grand Orient de France.

À cette occasion, devant les représentants des Loges, Desmons prononce un discours au sujet de la formule de l'article 1 de la constitution de 1849, qui va passer à la postérité et emporter l'adhésion enthousiaste d'une majorité de Vénérables :

« (...) Nous demandons la suppression de cette formule parce que, embarrassante pour les Vénérables et les Loges, elle ne l'est pas moins pour bien des profanes qui, animés du sincère désir de faire partie de notre grande et belle Institution qu'on leur a dépeinte, à bon droit, comme une Institution large et progressive, se voient tout à coup arrêtés par cette barrière dogmatique que leur conscience ne leur permet pas de franchir.

Nous demandons la suppression de cette formule parce qu'elle nous paraît tout à fait inutile et étrangère au but de la Maçonnerie. - Quand une société de savants se réunit pour étudier une question scientifique, se sent-elle obligée de mettre à la base de ses statuts une formule théologique quelconque ? - Non n'est-ce pas ? - Ils étudient la science indépendamment de toute idée dogmatique ou religieuse. - Ne doit-il pas en être de même de la Maçonnerie ? Son champ n'est-il pas assez vaste, son domaine assez étendu, pour qu'il ne lui soit point nécessaire de mettre le pied sur un terrain qui n'est point le sien.

Non. Laissons aux théologiens le soin de discuter des dogmes. Laissons aux Églises autoritaires le soin de formuler leur syllabus. - Mais que la Maçonnerie reste ce qu'elle doit être, c'est-à-dire une institution ouverte à tous les progrès, à toutes les idées morales et élevées, à toutes les aspirations larges et libérales (...) »

En 1877, le Grand Orient de France rejoint donc les Grands Orients de Belgique et d'Italie, la Grande Loge de Buenos-Aires et la Grande Loge de Hongrie qui avaient adopté la même résolution quelques années auparavant[réf. souhaitée]. Depuis, le Grand Orient de France fait l'objet d'une mesure d'ostracisme de la part de la Maçonnerie anglo-saxonne.

Devenu un personnage de premier plan, Frédéric Desmons est élu Président du Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France à cinq reprises : de 1889 à 1891, de 1896 à 1898, de 1900 à 1902, de 1905 à 1907, et en 1909... jusqu'à son décès en 1910.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Marqué par ses rencontres avec des exilés durant son séjour en Suisse et par sa "culture protestante", Frédéric Desmons démarre une carrière politique sous les couleurs républicaines à partir de 1877, date à laquelle il est élu conseiller général du canton de Vézénobres (Gard), après le décès d'Étienne Ducamp. Cependant, cette campagne, qui oppose deux listes républicaines, est très dure. Desmons fait l'objet d'attaques venant aussi bien des conservateurs que de son propre camp politique sur l'apparente contradiction entre sa charge de pasteur et les projets de laïcisation de l'État. Conscient du problème que cela posait à long terme, il choisit de démissionner, à regrets, de son ministère pastoral en 1881.

Il rend sa décision publique, dans sa profession de foi de candidat à la députation, en ces termes:

« Bien que je sois convaincu que cette question de robe qu'on a si souvent agitée n'est pour beaucoup qu'un vain et futile prétexte, périodiquement agité par des habiles.

Bien que je prévoie que bon nombre de ceux qui hier attaquaient ma candidature à cause de mes fonctions l'attaqueront demain peut-être parce que j'aurai cessé de les exercer.

Bien que ma robe de pasteur, et c'est pour moi un devoir de le proclamer ici, ne m'ait jamais empêché de remplir mes devoirs de citoyen et ne m'ait dans aucune circonstance obligé à une capitulation de conscience.

Bien que, au contraire, grâce à cette robe, pendant que sous l'Empire, toutes les bouches étaient muettes et les cœurs découragés, il m'ait été permis de répandre autour de moi, non pas comme une plume amie et beaucoup trop bienveillante d'ailleurs l'a dit tout récemment, des sentiments d'athéisme et de matérialisme, mais bien des sentiments d'espérance, de justice et de liberté.

Bien que j'eusse désiré, puisque cette robe avait été à la peine, de la voir également à l'honneur.

Du moment que par un scrupule de conscience que je respecte entièrement sans le partager toutefois, certains électeurs sincères et convaincus croiraient transgresser les principes républicains en donnant leur voix au ministre d'un culte.

...à partir de ce jour, je cesse d'être pasteur... »

Cette profession de foi témoigne tout autant de la rudesse du combat politique à cette époque y compris au sein même du camp républicain que de l'attachement de Desmons à sa fonction de ministre du culte. Elle permet aussi de comprendre que son engagement politique est antérieur à la chute du Second Empire.

De 1881 à 1894, Frédéric Desmons est député du Gard.

De 1894 à 1909, il est sénateur Radical du Gard. Desmons entre dans le combat républicain avec passion et détermination aux côtés de Léon Bourgeois et d'Emile Combes, notamment pour la défense de la laïcité des institutions et la séparation de l'Église et de l'État, les lois sur les associations. Il est vice-président du Sénat de 1902 à 1905. En cette qualité de Vice-Président, il représenta la France, en compagnie de Ferdinand de Lesseps à l'inauguration de la statue de la Liberté à New-York en 1886. Les Francs-maçons et le Grand-Orient de France avaient activement participé au financement de cette statue représentant la liberté et l'idéal républicain.

Opposé au cumul des mandats, il ne fut jamais maire de Brignon.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cédric Bompard, Un maçon "exemplaire" : Frédéric Desmons - La Franc-Maçonnerie sous la IIIe République, Mémoire en histoire contemporaine, Université d'Avignon, 1998, 122 pages.
  • Daniel Ligou, Frédéric Desmons et la Franc-Maçonnerie sous la IIIe République, Paris, Geldage, 1966, 277 pages. Ouvrage réédité en 2013 par Théolib.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]