Marc-Antoine-Madeleine Désaugiers

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Désaugiers.
Marc-Antoine-Madeleine Désaugiers, portrait d'après Achille Devéria.
Marc-Antoine-Madeleine Désaugiers, portrait d'après Reisner.

Marc-Antoine-Madeleine Désaugiers, né à Fréjus le 17 novembre 1772 et mort à Paris le 9 août 1827, est un chansonnier, poète, goguettier et vaudevilliste français, fils du compositeur Marc-Antoine Désaugiers et frère du diplomate Auguste-Philippe Désaugiers.

Il fut jadis dans les goguettes aussi célèbre que Béranger.


Biographie[modifier | modifier le code]

Après avoir failli entrer dans les ordres, il se voue aux lettres et à la musique. Pendant la Révolution française, il s'exile d'abord à Saint-Domingue, où il manque d'être fusillé par les noirs révoltés, puis à Philadelphie, où il donne des leçons de clavecin.

De retour en France en 1797, il devient professeur de piano, chef d'orchestre, fournisseur attitré des petits théâtres à la mode, auxquels il donne toute une série de vaudevilles d'une allure franche et rapide. En 1802, il est un des 11 chansonniers nominalement cités, avec 3 musiciens, comme faisant partie de la goguette Les Déjeuners des Garçons de bonne humeur[1]. De 1806 à 1817, il est l'âme d'une autre goguette, célèbre société littéraire et chantante : Le Caveau moderne. Il encourage les débuts de Pierre-Jean de Béranger. Il est l'ami du célèbre chanteur des rues Aubert. En 1815, au retour des Bourbons, il devient directeur du Théâtre du Vaudeville.

En 1825, avec Pierre Capelle, il entreprend de faire renaître le Caveau moderne qui a fait naufrage en 1817. Cette nouvelle société s'appelle Le Réveil du Caveau. Le projet avorte avec la mort de Désaugiers, qui survient le 9 août 1827.

Son ami Nicolas Brazier publie un poème anniversaire le 9 août de l'année suivante L'Anniversaire, épître à Desaugiers[2], qui se termine par ces vers :

Et, puisque tu pris les devants,
Prouve, en dépit de nos savants,
Qu'avec les morts il vaut mieux rire
Que bâiller avec les vivants.

Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise (division 22)[3].

Chansons et vaudevilles[modifier | modifier le code]

Cet épicurien est plein d'obligeance et de générosité. On le dit gai ; d'une gaieté naturelle, intarissable et inoffensive. Ses chansons, parmi lesquelles L'Épicurien, Ma fortune est faite, Le panpan bachique, Le Délire bachique[4], les Cadet Buteux, dont Cadet Buteux à l'opéra de la Vestale, une parodie de La Vestale de Spontini, débordent d'une joie communicative ; une pointe de malice et de libertinage en relèvent la saveur. On y trouve parfois même une piquante observation des mœurs du temps, comme dans Souvenirs nocturnes de deux époux du XVIIème siècle[5], Tableau de Paris à cinq heures du matin, Tableau de Paris à cinq heures du soir, V'là c' que c'est que l' carnaval. Désaugiers représente le meilleur type du chansonnier français, malicieux, insouciant et gai.

Il est également l'auteur de nombreuses petites pièces, vaudevilles, comédies ou parodies, la plupart écrite en collaboration, dont quelques-unes, comme Les Petites Danaïdes, La Chatte merveilleuse, Le Vautour ou le Propriétaire sous le scellé, Je fais mes farces, ont eu une vogue prodigieuse.

Il déploie toujours une verve et une bonne humeur incomparables. Il a composé les quatre vers ci-dessous en guise d'épitaphe pour son tombeau, la veille de subir l'« opération de la pierre », dont il ne se releva pas :

Ci-gît, hélas! sous cette pierre,
Un bon vivant mort de la pierre.
Passant, que tu sois Paul ou Pierre,
Ne vas pas lui jeter la pierre.

Sa chanson connue sous le titre de Bon voyage Monsieur Dumollet issue du final de sa folie en un acte Le Départ pour Saint-Malo donnée pour la première fois le 25 juillet 1809 est restée célèbre jusqu'à nos jours. Ceux qui la connaissent à présent en ignorent souvent l'auteur. C'est sur son air qu'est chantée accompagnée aux fifres l'air du Carnaval inlassablement répété au cours du grand Carnaval de Dunkerque et des carnavals des villes aux alentours.

Dans la langue populaire son œuvre Le Vautour ou le Propriétaire sous le scellé a laissé l'expression un vautour pour désigner un propriétaire particulièrement sans pitié pour ses locataires.

Marc-Antoine-Madeleine Désaugiers, sa vie et son œuvre, vaudevilles et chansons, sont aujourd'hui oubliés par le grand public.

L'opportunisme politique de Désaugiers[modifier | modifier le code]

En 1811, à l'occasion de la naissance du fils de Napoléon 1er, le Caveau moderne publie un Hommage du Caveau moderne au roi de Rome, Extrait du Procès-Verbal de la 64e Séance du Caveau moderne, tenue le 20 Mars 1811[6].

Ce recueil auquel participe Désaugiers est tout entier consacré à louanger le pouvoir impérial,

Quatre ans après, en 1815, au moment de la Restauration, paraît à Paris, chez Rosa, Le Chansonnier des Bourbons : dédié à S. A. S. Madame la duchesse douairière d'Orléans ; rédigé par MM. J. A. Jacquelin et B. de Rougemont. 1re Année. Dans celui-ci les membres du Caveau moderne s'alignent bruyamment en faveur de la monarchie restaurée[7]. Même l'inspiration bachique est ici mise au service du roi, comme on le voit dans ce couplet de Désaugiers à la fin de sa chanson Ronde :

Moi, je jure de servir
Louis, mon prince et mon père,
Jusqu'à mon dernier soupir
Et jusqu'à mon dernier verre.
Français, qu'ici tous les cœurs
Se répondent,
Se confondent :
Gloire, amour, plaisirs, liqueurs,
Venez enivrer nos cœurs[8].

En 1818, chez les anciens du Caveau moderne, l'opportunisme se fait martial et guerrier, ce qui, en temps de paix, n'est pas trop risqué. Désaugiers, comme Gentil signent dans le petit recueil de chansons royalistes Les Anniversaires des trois mai et huit juillet[9]., qu'ils publient avec quelques autres, en suivant leurs noms de leur qualité de gardes nationaux : « Sous-Lieutenant de la 10e Légion[10] ».

Désaugiers et les juifs[modifier | modifier le code]

Le mépris des juifs apparaît dans deux chansons de Désaugiers. Au début du 5e couplet du Délire bachique, connue également sous le nom de Quand on est mort, c'est pour longtemps, on lit :

Au lit, à table
Aimons, rions,
Puis envoyons
Les affaires au diable.
Juge implacable
Sot chicaneur,
Juif intraitable,
Respectez mon bonheur.

Et le 9e couplet du Carillon bachique :

Vingt juifs, que le diable emporte !
Sont consignés à ma porte,
Peut-être à la vôtre aussi ;
Mais, morbleu ! je me résigne,
Et lèverai la consigne
Dès qu'ils sonneront ainsi :

Ces deux chansons, qui furent jadis célèbres, faisaient partie des plus connues parmi celles de Désaugiers.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Liste des membres de la goguette Les Déjeuners des Garçons de bonne humeur (1802).
  2. L'Anniversaire, épître à Desaugiers, par Brazier. Neuf août 1828.
  3. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents,‎ 2006 (ISBN 978-2914611480), p. 277-278
  4. Chanson également connue sous le titre de : Quand on est mort, c'est pour longtemps
  5. Appelée couramment : Monsieur et Madame Denis
  6. Hommage du Caveau moderne au roi de Rome, Extrait du Procès-Verbal de la 64e Séance du Caveau moderne, tenue le 20 Mars 1811.
  7. Le Chansonnier des Bourbons : dédié à S. A. S. Madame la duchesse douairière d'Orléans ; rédigé par MM. J. A. Jacquelin et B. de Rougemont. 1re Année.
  8. Désaugiers, Ronde.
  9. Le 3 mai et le 8 juillet sont les dates anniversaires du retour du roi Louis XVIII à Paris : le 3 mai 1814 et, après les Cent jours, le 8 juillet 1815.
  10. Voir la signature de Désaugiers et la signature de Gentil.

Sources[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]