Rite écossais rectifié

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le Rite écossais rectifié ou encore Régime[n 1] écossais rectifié appelé aussi R∴ E∴ R∴ en abrégé et typologie maçonnique, est un rite maçonnique d'essence chrétienne. Il fut fondé lors du convent général de Wilhelmsbad en 1782. Le RER impose à ses membres d'être « fidèles à la religion chrétienne » et comporte six grades dont les deux derniers dépendent de prieurés. Comme tous les rites traditionnels dits « des Modernes »[n 2], le port de l’épée en loge est l'un des attributs de l'initié, tout comme le chapeau pour celui élevé au grade de maître ; constituant par conséquent des caractéristiques notoires du Rite écossais rectifié. De nos jours, le rite n'a connu que peu de modifications et est toujours actif, essentiellement en France dans des obédiences datant du XXe siècle.

Tablier contemporain au grade de maître du Rite écossais rectifié.

Histoire[modifier | modifier le code]

Codification et genèse idéologique[modifier | modifier le code]

Le Régime écossais rectifié est codifié lors du convent général de Wilhelmsbad en 1782 sous la présidence du duc Ferdinand de Brunswick-Lunebourg qui devient grand maître de l'ordre à l'issue de ce convent[1]. Trente six franc-maçons dûment mandatés venant de toute l'Europe y travaillent du 16 juillet au 1er septembre[2]. Les travaux se tenant en français et en allemand, deux secrétaires sont désignés pour acter tous les documents et décisions. Le secrétaire francophone désigné est Jean-Baptiste Willermoz. Ce convent général est précédé de douze convents nationaux ou régionaux préparatoires tels que le convent de Kolho de 1772 en Lusace[3], le convent de Brunswick de 1775 ou encore le convent des Gaules à Lyon de 1778[2].

Lors de ce convent général, les conventuels rectifient la structure géographique (utilisée jusqu'alors et issue de la Stricte observance templière[n 3]) en neuf provinces. Chaque province ayant à son sommet une préfecture, nommée « Grand Prieuré ». Ils y décidèrent aussi l'abandon de toute filiation avec l'héritage templier. Lors de ce convent ils rédigent in extenso les rituels des trois premiers grades symboliques et l'articulation du 4e grade, y intégrant notamment des éléments de l'Ordre des Élus Coëns. Néanmoins, nombre de décisions prises n'ont pu être transcrites dans les faits sur place. Notamment, et en particulier, la réforme du « Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées de France » (dit « Code de Lyon »)[4] et celle du « Code Général des règlements de l’Ordre des C.B.C.S. »

[5] issus du convent des Gaules. Ces deux réformes se servent donc de base et sont amendées au cours d'une dizaine de séances de travail. La codification de ces changements en vue de former le « Code Maçonnique des Loges Réunies sous le Régime Écossais Rectifié » (dit « Code de Wilhelmsbad ») et « Le Code Général des règlements de l’Ordre des C.B.C.S. » est laissée à la charge des secrétaires. Leurs travaux devant être validés lors d'un convent général ultérieur qui ne se réunit jamais à cause de la Révolution française.

Jean-Baptiste Willermoz s’attache donc à finaliser le travail qui lui est confié. On considère cet ensemble rédigé comme la première version des rituels[6]. Dans les années qui suivent, il rencontre diverses personnes qui ont une influence sur son travail. En 1787, il rencontre une partisane de Mesmer et du spiritisme, madame de Vallière[7]. Son influence lui fait modifier les rituels, ce qui créé un second ensemble de rituels vers 1788. Après la révolution française, en 1808, à l'occasion de la « rectification » de la loge « le centre des amis » à Lyon[8], un troisième ensemble de rituels est rédigé, incluant des éléments faisant référence à l'alchimie[réf. souhaitée]. Enfin, à la fin de sa vie, il révise une fois encore l'ensemble des rituels pour faire un quatrième ensemble vers 1820.

La préfecture de Zurich, constituée le 14 août 1779 et représentée au convent par Rodolphe Salztmann (Eq. À Hedera), se voit élevé à cette occasion au rang de « Grand Prieuré d'Helvétie ». Ce dernier veillera à la conservation du Régime rectifié après son extinction en France au XIXe siècle[9].

XXe siècle, réveil du rite[modifier | modifier le code]

Camille Savoire, héritier du Rite écossais rectifié.

Après une éclipse de plusieurs décennies, le Grand Prieuré d’Helvétie contribue au réveil du Rite écossais rectifié au début du XXe siècle, en transmettant en 1910 à Camille Savoire et Pierre de Ribaucourt[10] les premiers éléments permettant le retour du rite en France. Il faudra attendre 1935, pour que le Grand Prieuré d'Helvétie, réveille entièrement le régime, les 20 et 23 mars 1935, lors d'une tenue de la Préfecture de Genève au temple de l’impasse d’Argenson à Neuilly-sur-Seine, Villa de l’Acacia avec la constitution du Grand Directoire des Gaules avec à sa tête Camille Savoire[11].

Période contemporaine[modifier | modifier le code]

Cependant au cours du temps, suite à diverses divergences de vues - au sujet des rituels à pratiquer, de l'interprétation des mots employés, ainsi que de la structure administrative à adopter - le R.E.R. se divise en plus d'une quinzaine de structures. Certaines d'entre elles s'organisent au sein d'obédiences tandis que d'autres poursuivent leurs travaux via des structures de régime. Certaines structures issues de cette réédification en France ont même fait des convents particuliers afin d'adapter les rituels à l'actualité de leur temps (éléments de textes, mixité, etc.)[n 4]. C'est ainsi que l'on voit actuellement se côtoyer plusieurs structures nationales mais aussi plusieurs « Provinces de Bourgogne » ou « Provinces d'Auvergne ». Souvent issus des mêmes loges initiales, les organismes de la hiérarchie de chaque province se connaissent mais ne se reconnaissent pas pour autant[12]. Un début de processus de reconnaissance mutuelle est pourtant observé entre quelques structures. Cela s'officialise par la signature le d'un protocole de bonne conduite ainsi qu'une charte commune, rédigés par quelques Grands Prieurés en France[n 5],[13] et signés en la salle du Conclave du Palais des papes en Avignon.

Par ailleurs, des francs-maçons de loges belges, organisés en structure de régime, ont réitéré le travail de codification sur base des décisions du convent de Wilhelmsbad afin de « retrouver » en 2009 le « Code de Wilhelmsbad » et de l'appliquer à leur structure[14].

Essence du rite[modifier | modifier le code]

Le Rite écossais rectifié est un rite maçonnique et chevaleresque d'essence chrétienne[15],[16] dont le christianisme est dit « transcendant[n 6] » et non dogmatique[17]. Certains auteurs le qualifient de « christianisme primitif[n 7],[18] », qualification donnant lieu à diverses interprétations de ce que la « sainte religion chrétienne » que l'ordre dit professer[19]. Le christianisme peut aller selon les structures qui pratiquent le Régime rectifié, d'une religion admise en un strict sens de respect des dogmes conciliaires[20], ou bien faisant simplement référence à la Sainte trinité, à l'Incarnation du Verbe et à la double nature du « Divin Réparateur »[21],[19].

Cachet de Martinès de Pasqually au XVIIIe siècle.

Le rite se compose, selon les structures, d'un ensemble de rituels pour chaque grade - datant de 1782, 1788, 1808, 1820, ou adapté - et d'un « code » : le « Code de Lyon » ou le « Code de Wilhelmsbad » et d'une règle maçonnique dite « en neuf points»[22].

Divers historiens notent que le convent de Wilhelmsbad s'est donc inspiré de plusieurs systèmes initiatiques existants à l'époque :

  • L'Ordre des Chevaliers maçons Élus Coëns de l'Univers de Martinès de Pasqually, dont Jean-Baptiste Willermoz était membre, ordonnée par le Traité de la réintégration des êtres, de Martinès de Pasqually et par les Leçons de Lyon, qui se déroulèrent de 1774 à 1776.
  • La Stricte observance templière du baron von Hund (présent à divers convents et avec qui Jean-Baptiste Willermoz correspondait[15]), maçonnerie chevaleresque initialement établie en Allemagne milieu du XVIIIe siècle puis étendue au reste de l'Europe dans ses Provinces templières [n 8].
  • L'Écossisme maçonnique (à la mode en France à l'époque), les divers hauts grades maçonniques dont l'organisation n'est pas encore formalisée ;
  • La maçonnerie bleue en trois grades (apprenti, compagnon, maître) telle que pratiquée par la franc-maçonnerie française (GODF) à cette époque-là et qui est devenue le Rite français.
  • Les rituels maçonniques tels que pratiquée par la franc-maçonnerie suédoise[23].
  • Les rituels maçonniques tels que pratiquée par la franc-maçonnerie du Grand-Orient de Hollande[23].
  • Les rituels maçonniques tels que pratiquée par la franc-maçonnerie allemande[23].

Structure des grades[modifier | modifier le code]

La structure est divisée en quatre classes maçonniques[24], d'une double classe chevaleresque et de deux classes dites « secrètes ».

Le Rite écossais rectifié s'articule de la manière suivante :

Sautoir maçonnique de maître écossais.

Loges de Saint Jean (bleues) :

  • Apprenti
  • Compagnon
  • Maître

Loges de Saint André (vertes) :

  • Maître écossais.

Le convent des Gaules prit la décision sur suggestion de Willermoz, lors de sa 8e séance le 5 décembre 1778, de nommer le 4e grade – c’est-à-dire l’ancien Écossais vert de la Stricte observance - « maître écossais » et de l’intégrer au sein des loges de la classe symboliques.

Charles de Hesse-Darmstadt en 1909, membre de la « classe secrète ».

Ordre intérieur :

Classe secrète[n 9] :

  • Profès
  • Grand profès.

En France, Italie et Allemagne, dans l’ensemble des provinces de l’ordre, la classe secrète comptait plus de soixante membres en 1782, profès et grands profès confondus, à qui il faut également adjoindre les réceptions effectuées par Sébastien Giraud à Chambéry le 24 mai 1779, par François Henry de Virieu à Montpellier le 15 octobre 1779, par Savaron à Grenoble le 3 avril 1780 ainsi que par Pierre Paul Alexandre de Monspey à Autun le 21 septembre 1780. Par conséquent, la classe existait et fonctionnait parfaitement, possédant des collèges actifs dans toutes les préfectures de l’ordre des IIe, IIIe et Ve provinces. Plusieurs grands dignitaires siégeant à Wilhelmsbad en étaient membres, dont Charles de Hesse et bien évidemment le duc Ferdinand de Brunswick[25].

Structure administrative[modifier | modifier le code]

La structure administrative est, selon le convent général à Wilhelmsbad[26], divisée en neuf provinces, à savoir :

  1. La basse Allemagne
  2. L'Auvergne
  3. L'Occitanie
  4. La Bourgogne
  5. L'Italie
  6. La haute Allemagne
  7. L'Autriche[n 10]
  8. La Russie
  9. La Suède

Ces provinces sont elles-mêmes divisées en départements, puis en arrondissements[n 11],[26].

Le convent général décida également que de nouvelles provinces pouvaient à l'avenir s'y ajouter étant donné la vacance des représentants des anciennes provinces d'Aragon, de Leon et de Grande-Bretagne.

Structures actuelles pratiquant le R.E.R.[modifier | modifier le code]

Le Rite écossais rectifié se pratique au sein de loges appartenant à des structures indépendantes et dans la plupart des obédiences maçonniques en France et en Europe. On le trouve également dans certains pays du continent américain. Créé sous forme exclusivement masculine à l'instar de tous les rites maçonniques, il est pratiqué de nos jours sous forme mixte ou féminine par certaines obédiences ou structures de par le monde.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Un Régime se caractérise par le fait qu'il ne sépare pas les « hauts grades » des grades des trois premiers degrés
  2. Appellation datant de 1751, alors péjorative, destinée aux membres de la première Grande Loge de Londres, en opposition aux « Anciens », qui se revendiquent gardiens des Landmarks.
  3. Certaines étant aussi des pays tel la province d'Italie ou la province d'Helvétie, mais pas toujours : les provinces de Bourgogne, d'Auvergne et d'Occitanie se partageant la géographie française par exemple.
  4. Convents particuliers et quelquefois annuels des différentes structures obédientielles tels GLTSO, GPDG...
  5. il s'agit des Grand Prieuré indépendant de France, Province d’Auvergne (GPDP, GPDF, GPDLA, GPDOMTOM), Grands Prieurés unis des trois provinces, Grand Prieuré écossais réformé et rectifié d’Occitanie.
  6. Réunification à l'Unité par un chemin christique.
  7. Par « primitif », il faut entendre le christianisme comme chemin d'éveil, tel que pratiqué avant le Concile de Nicée, notamment aussi par les « pères du désert ».
  8. Les neuf Provinces de la Stricte Observance étaient les suivantes : I. Aragonia (Aragon) II. Alburnia ( Auvergne ) III. Occitania ( Occitanie ) IV. Legio (Léon) V. Burgundia ( Bourgogne ) VI. Britannia (Grande-Bretagne) VII. Germania Inferior ad Albim et Oderam (Basse-Allemagne) VIII. Germania Superior as Danubam Padum et Tiberim (Haute-Allemagne) IX. Graecia et Archipelagus (Grèce et archipel).
  9. La classe secrète n'est pas pratiquée dans toute les structures.
  10. Y inclus Vienne, Hongrie, Transylvanie, Prague, Galicie, Lodomérie, Lombardie autrichienne et Flandre autrichienne.
  11. Bibliothèque de Lyon, Fond Wilermoz, Recès du Convent, point 7.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Ursin 1994, p. 114 et suivantes.
  2. a et b Jacques Hélaine 2014, p. 23.
  3. « Le Convent de Kohlo (1772) et les « Clercs du Temple » », sur http://www.directoirerectifiedefrance.org
  4. Jean Tourniac 1990, p. annexe n°2 page 283 et suivantes.
  5. Jean Tourniac 1990, p. annexe n°3 page 313 et suivantes.
  6. Dachez et Pétillot 2010, p. 50.
  7. Jean Ursin 1994, p. 156-157.
  8. Jean Ursin 1994, p. 164 et 166.
  9. Dachez et Pétillot 2010, p. 67.
  10. Jean Ursin 1994, p. 169.
  11. Dachez et Petillot 2010, p. 73.
  12. « Heurs et malheurs du Rite Ecossais Rectifié en France au XXe siècle » [PDF], sur gpsdf.org (consulté le 12 décembre 2014).
  13. « Charte de 2008 », sur www.fm-fr.org (consulté le 25 juillet 2014).
  14. Jacques Hélaine 2014, p. 34
  15. a et b Jean Ursin 1994, p. 173.
  16. Jean Tourniac 1990, p. 21 et 127 & suivantes.
  17. Jean Tourniac 1990, p. 127 à 144.
  18. Paul Naudon 1970.
  19. a et b Jean Tourniac 1993.
  20. Jean-François Var 2013.
  21. Paul Naudon 1970, p. 14.
  22. Jean Tourniac 1990, p. annexe n°1 page 273 et suivantes.
  23. a, b et c Jacques Hélaine 2014, p. 25.
  24. Jean Tourniac 1990, p. 68 § 2.
  25. (Cf. Steel-Maret, op. cit., Archives secrètes de la Franc-Maçonnerie, Collège métropolitain de France à Lyon, IIe province dite d'Auvergne 1765-1852, op. cit., p. 16-29).
  26. a et b « Recès du Convent de Wilhelmsbad » [PDF], sur www.gpsdf.org (consulté le 17 décembre 2014).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Maharba (pseud. de Robert Amadou, « A propos du R.E.R. et de la Grande Profession », Le Symbolisme, no 391,‎ , p. 63-67.
  • Jean Baylot, Histoire du R.E.R. en France au XXe siècle, Paris, Villard de Honnecourt,‎ .
  • Roger Dachez et Jean-Marc Pétillot, Le Rite Écossais Rectifié, PUF, coll. « Que sais-je ? »,‎ (ISBN 9782130581963).
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Jacques Hélaine, Aperçus sur l'initiation maçonnique et le régime écossais rectifié, L'Harmattan,‎ (ISBN 978-2-34304-276-3).
  • Alice Joly, Un mystique lyonnais et les secrets de la Franc-Maçonnerie : Jean-Baptiste Willermoz 1730-1824, Demeter,‎ .
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Paul Naudon, La franc-maçonnerie chrétienne, Dervy,‎ .
  • Pierre Noël, « Heurs et Malheurs du Rite Écossais Rectifié en France au XXe siècle », Acta Macionica,‎ (lire en ligne [PDF]).
  • Pierre Noël, « La Profession », Renaissance traditionnelle, no 168,‎ , p. 231-267.
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Jean Tourniac, Symbolisme maçonnique et tradition chrétienne, un itinéraire spirituel, Dervy,‎ (ISBN 2-85076-565-1).
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Jean Tourniac, Principes et problèmes spirituels du Rite Ecossais Rectifié et de sa chevalerie templière, Dervy,‎ (ISBN 2-85076-186-9).
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Jean-François Var, La franc-maçonnerie à la lumière du Verbe : Le Régime Écossais Rectifié, Dervy,‎ (ISBN 978-2-84454-968-6).
  • Jean-Marc Vivenza, Histoire du Grand Prieuré des Gaules, Le Régime Écossais Rectifié du XVIIIe siècle à nos jours,‎
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Jean Ursin, Création et histoire du rite écossais rectifié, Dervy,‎ (ISBN 2-85076-575-9).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]