Denis Decrès

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Denis Decrès
Vice-amiral Denis, duc Decrés (1761-1820), ministre de la Marine en 1801 - Par René Théodore Berthon
Vice-amiral Denis, duc Decrés (1761-1820), ministre de la Marine en 1801 - Par René Théodore Berthon

Naissance
à Chaumont (Haute-Marne)
Décès (à 59 ans)
à Paris
Origine Français
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau français Royaume de France
Drapeau français République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Royaume de France Royaume de France
Drapeau français Empire français (Cent-Jours)
Arme Pavillon de la marine royale française Marine royale française
Pavillon de la Marine de la République française Marine de la République
Pavillon de la Marine du Premier Empire Marine impériale française
Grade vice-amiral
Années de service 17791815
Conflits Guerre d'indépendance des États-Unis
Guerres de la Révolution et de l'Empire
Faits d'armes Bataille des Saintes
Expédition d'Irlande
Expédition d'Égypte
Bataille d'Aboukir
Distinctions Légion d'honneur
Hommages Nom gravé sous l’arc de triomphe
Autres fonctions Ministre de la Marine

Denis Decrès, né le à Chaumont (Haute-Marne), décédé le à Paris, est un officier de marine et homme politique du Consulat et du Premier Empire.

Préfet maritime à Lorient, il devient ministre de la Marine de 1801 à 1814, vice-amiral, sénateur, grand officier et chef de la 10e cohorte de la Légion d'Honneur en 1804, inspecteur général des côtes de la Méditerranée, grand cordon de la Légion d'honneur en 1805, grand officier de l'Empire en 1806, comte puis duc en 1813. Il décède à Paris, le , des suites des blessures reçues lors de l'incendie criminel de son domicile.

Le marin combattant[modifier | modifier le code]

Avant la Révolution française[modifier | modifier le code]

Des traditions de famille, des études spéciales, un goût prononcé pour le service de la marine, le déterminent, bien jeune encore, à suivre cette carrière. Il y est admis comme aspirant, le  ; son zèle, son intelligence précoce le font nommer Garde-marine en 1780.

Embarqué sur la frégate le Richemond, qui faisait partie de l'escadre aux ordres du comte de Grasse, il se signale dans les divers combats que cette armée navale eut à soutenir dans la mer des Antilles.

Il donne surtout des preuves d'une rare intrépidité le , à la bataille des Saintes[1].

L'année suivante, le 17 février 1783, il se fait remarquer au combat où deux frégates s'emparèrent du vaisseau britannique HMS Argo. Ses talents, ses services, les missions dont il s'était acquitté avec autant de zèle que de succès, lui valurent, le , le grade de lieutenant de vaisseau.

Embarqué bientôt après sous les ordres de M. Kersaint, pour aller constater la réalité des lacs de bitume de la Trinité espagnole, Decrès envoya au maréchal de Castries, alors ministre de la marine, le journal des opérations relatives à cette expédition.

De retour en France, au moment où la Révolution française venait d'éclater, il reçut presque aussitôt l'ordre de se rendre à Brest, où il passa sur La Cybèle comme major de la division que M. de Saint-Félix conduisait dans les mers de l'Inde.

Sous la Révolution française (1789-1799)[modifier | modifier le code]

Le 6 février 1792, l'escadre, croisant en vue de la côte de Malabar, s'aperçoit qu'un bâtiment de commerce français, capturé par les Marathes, est amariné sous la protection du fort Coulabo. Decrès propose à l'amiral de l'enlever à l'abordage[2].

En 1793, alors que la guerre vient d'éclater, que les colonies sont en proie à toutes les convulsions de la métropole, l'amiral Saint-Félix charge Decrès d'aller en France pour rendre compte au gouvernement de leur situation, pour solliciter et amener promptement des secours. Il arrive le 10 février 1794 à Lorient, où il apprend tout à la fois que, promu au grade de capitaine au mois de janvier 1793, il avait été destitué par mesure générale. Il est arrêté immédiatement comme noble.

On le conduit à Paris, où il est assez heureux pour échapper à la présomption dont il était menacé. Il se rend ensuite au sein de sa famille, où il vit dans l'isolement jusqu'au mois de juin 1795, époque à laquelle il est réintégré dans son grade de capitaine de vaisseau et nommé au commandement du Formidable, qui devait faire partie de l'expédition d'Irlande.

Il assiste en tant que chef de division à l'échec de cette expédition d'Irlande en 1796. Cette tentative n'ayant pas réussi, on désarme l'armée navale, et Decrès reste dans l'inaction jusqu'au moment où les préparatifs d'une expédition lui offrent l'occasion de s'associer aux conquérants de l'Égypte.

Le Combat du Guillaume Tell au large de Malte, le 30 mars 1800, représenté sur la tombe de Decrès au Père-Lachaise.

C'est de cette époque que date sa nomination au grade de contre-amiral en 1798. Commandant en cette qualité de l'escadre légère de l'armée navale de l'Expédition d'Égypte aux ordres de Brueys, il est chargé, à l'attaque de Malte, de protéger le débarquement des troupes et de soutenir un engagement avec les galères de l'île[3].

À la bataille d'Aboukir sur le Guillaume Tell, il ne montre pas moins de dévouement et d'intrépidité[4]. Il parvient à se réfugier à Malte.

Les forces britanniques ne tardent pas à se réunir devant ce port pour en former le blocus. Decrès prend le commandement des avant-postes. Pendant dix-sept mois, les troupes françaises doivent soutenir les assauts réitérés de l'ennemi. Mais chaque jour, la position française devient plus critique. Une partie de l'île étant tombée au pouvoir des Britanniques, les subsistances deviennent très rares, et le nombre des malades se multiplie avec une effrayante rapidité.

Attaqué par trois vaisseaux britanniques alors qu'il essaie de forcer le blocus, ayant à son bord 200 malades et 1 000 soldats, il est obligé de se rendre après avoir mis deux de ses adversaires hors de combat et perdu la moitié de son équipage. Échangé, il est honoré d'un sabre que lui remet personnellement le Premier consul[5].

Le ministre de la marine et des colonies[modifier | modifier le code]

Frédéric Christophe d'Houdetot (1778–1859) : Mlle Anthoine aînée : Rosine (1788-1864), duchesse de San-Germano puis duchesse Decrès.

À son retour en France, Bonaparte le nomme préfet maritime de Lorient, et lui confie bientôt après le commandement de l'escadre de Rochefort. L'habileté avec laquelle le contre-amiral s'acquitte de ses diverses fonctions le fait nommer par Bonaparte Ministre de la marine et des colonies le 3 octobre 1801[6]. Ce poste était difficile dans la situation déplorable où se trouvaient les forces navales Françaises[7].

Il joue un rôle considérable dans l'organisation de la marine mais sa jalousie l'aurait fait choisir des collaborateurs médiocres. Le nouveau ministre embrasse d'un coup d'œil toutes les calamités qui pèsent sur la marine française[8].

Le premier Consul, satisfait de la vigilance, de l'activité de Decrès, le stimule, l'encourage, et le rassure sur les machinations dont il craint de devenir la victime[9].

Cet homme, dont les conceptions hardies commençaient déjà à étonner le monde, fait rassembler des troupes considérables sur les côtes de l'Océan pour tenter une invasion en Grande-Bretagne.

Decrès se met à l'œuvre avec activité[10]. Mais l'invasion n'a pas lieu, d'une part parce que les flottes françaises, au lieu de venir la protéger, se rendent à Cadix, d'autre part parce que les escadres britanniques, qui étaient dans les Indes, arrivèrent inopinément dans cette conjoncture.

Villeneuve, malgré les ordres du ministre de la marine, ne craignit pas d'affronter les Britanniques, et une partie de la marine française périt à la bataille de Trafalgar. Decrès fut profondément affecté de cette catastrophe, mais son courage n'en fut point ébranlé[11].

Decrès est aussi connu pour les immenses travaux qu'il a sinon conçus, du moins fait exécuter à Venise, à Niewdep, à Flessingue, à Anvers, et surtout à Cherbourg. Il croyait qu'il était possible de former les marins malgré le blocus des ports militaires français par la Royal Navy. Ainsi, il incita Napoléon à envoyer un grand nombre de frégates en croisière. Réticent, l'Empereur se laissa finalement convaincre par son ministre, qui fit valoir la victoire du capitaine Bouvet sur une frégate anglaise. Ainsi, dans les derniers mois de l'existence de l'Empire, une vingtaine de frégates furent envoyées en croisière dans la mer du Nord et l'Atlantique, naviguant en moyenne trois mois.A peu près 4000 marins rentrèrent dans les ports après s'être entraînés dans des conditions difficiles. Mais une dizaine de frégates furent prises par les Anglais[12].

Son poste ministériel prit fin le 3 avril 1814, lors de la première abdication de Napoléon.

L'espoir de venger la France de l'humiliation de 1814, de lui faire recouvrer ces anciens monuments de sa puissance, fut sans doute le motif qui le décida à accepter de nouveau le ministère lors du retour de Napoléon en 1815.

Après les Cent jours, il se retira de toute activité publique.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Tombeau au cimetière du Père Lachaise (division 39).

Il meurt des suites d'un incendie allumé par un domestique ayant voulu le tuer pour le voler[13].

Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 39). La date gravée pour son décès sur la base de son monument funéraire est erronée (1821 au lieu de 1820)[14].

Hommages posthumes[modifier | modifier le code]

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
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Blason Denis Decrès (1766-1820) Comte.svg
Armes du Comte Decrès et de l'Empire (), contre-amiral (), vice-amiral (), préfet maritime de Lorient ( - ), Ministre de la marine (1801-1814, - (Cent-Jours)), Grand officier (, et chef de la 10e cohorte), puis Grand aigle de la Légion d'honneur (),

D'azur, à trois croissants d'argent, à une ancre d'or brochante, au canton des Comtes Ministres brochant.[15]

Orn ext Duc de l'Empire GCLH.svg
Blason Denis Decrès (1766-1820).svg
Armes du Duc Decrès et de l'Empire (), Chevalier de Saint-Louis (), Pair de France ( (Cent-Jours)),

D'azur, à trois croissants d'argent, et une ancre d'or, brochant sur le croissant en pointe, au chef de gueules, semé d'étoiles d'argent.[16],[15],[17]

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Plusieurs des vaisseaux français étaient déjà devenus la proie de l'ennemi, d'autres étaient désemparés; il ne restait plus de chances de salut, les Français allaient s'éloigner de ce lieu de désastre, lorsqu'une bordée brise les mâts du Glorieux et l'expose aux plus grands périls. À l'aspect de l'état de détresse de ce bâtiment, Decrès jure de le sauver. Il s'élance dans un canot, porte la remorque d'une frégate au Glorieux, et le préserve ainsi d'une ruine inévitable. Le jeune aspirant fut immédiatement promu au grade d'enseigne.
  2. Il arme trois canots de la frégates, part à la nuit tombante, se dirige vers le bâtiment, s'élance à bord avec ses marins, tue ou jette à la mer 150 Marattes qui veulent le défendre, et le ramène en triomphe au milieu des acclamations de l'escadre
  3. Il paraît qu'ayant serré de trop près la côte, il est un instant compromis sous le feu des batteries du fort La Valette ; mais il parvient bientôt, avec autant d'habileté que de bonheur, se soustraire aux dangers qui le menaçaient.
  4. De l'arrière-garde où il se trouve, il passe successivement sur deux vaisseaux du centre, et ne revient au sien que lorsqu'il le voit aux prises avec l'ennemi. Il lutte pendant deux heures et demie avec un acharnement inouï ; ses mâts étaient brisés, ses ancres perdues ; mais son ardeur, son courage, sa prodigieuse activité ne se démentent pas un instant au milieu des périls qui l'environnaient ; il se répare tout en combattant, et parvient enfin, à force de sang-froid, d'habileté, de persévérance, à rallier à son pavillon les débris de l'escadre dont il protège la retraite jusqu'à Malte.
  5. Le contre-amiral, pour soulager la détresse de la garnison, fait embarquer 1 000 combattants et 200 malades à bord du Guillaume Tell, et appareille sous le feu des batteries qui hérissaient la côte orientale de l'île. Il était désemparé avant d'avoir quitté le port. Les vaisseaux britanniques, prévenus de son départ, l'attendaient dans leurs positions respectives. Leurs forces réunies étaient triples de celles que commandait Decrès ; mais le moment décisif était arrivé, et l'on ne pouvait se sauver que par une vigoureuse résolution. La Pénélope se présente la première au combat ; Decrès l'élude, fond avec impétuosité sur le Lion, le démâte, l'oblige de fuir vent en arrière, lorsque le Foudroyant arrive pour soutenir le bâtiment avarié ; l'action dure pendant une heure avec le plus grand acharnement. La Pénélope et le Lion, ayant réparé leurs avaries, reviennent à la charge avec une nouvelle opiniâtreté. Le Guillaume Tell est environné d'une ceinture de feu, ses mâts sont successivement abattus, la moitié de l'équipage est hors de combat. Une explosion de gargousses, qui a lieu au même moment sur la dunette, renverse le contre-amiral du banc de quart sur lequel il était monté. Après neuf heures et demie du plus terrible combat, Decrès, tout criblé de blessures, et cédant à la nécessité qui l'accable, amène enfin avec la conscience d'avoir tout sacrifié à la gloire de son pavillon. Les vaisseaux ennemis furent extrêmement maltraités dans cette lutte sanglante, et ne purent atteindre qu'à grand peine Minorque, où ils relâchèrent en faisant eau de toutes parts. Cette résistance valut à Decrès un sabre d'honneur des mains du premier Consul.
  6. Voir l'article Consulat Bonaparte, Sieyès, Roger-Ducos.
  7. Le désordre s'était introduit dans toutes les branches de l'administration ; les employés qui en faisaient partie étaient ou des hommes incapables ou d'une profonde incurie. Les arsenaux manquaient d'armes, les magasins n'avaient ni approvisionnements, ni agrès. Tout, en un mot, se ressentait de l'instabilité des événements et de la désunion des hommes qui avaient longtemps présidé à nos destinées.
  8. C. Mullié indique que les produits affluent dans les ports de mer français, les services s'organisent avec célérité ; des chantiers, des arsenaux, se construisent comme par enchantement, enfin le nombre des bâtiments français s'accroît dans une proportion imposante.
  9. «La confiance, lui écrit-il (25 pluviôse an xi), que je vous ai témoignée en vous appelant au ministère, n'a pas été légèrement donnée; elle ne peut être légèrement atténuée. C'est la marine qu'il faut rétablir. La première année d'un ministère est un apprentissage. La seconde du vôtre ne fait que commencer. Dans la force de l'âge, vous avez, il me semble, une belle carrière devant vous, d'autant plus belle que nos malheurs passés ont été plus en évidence : réparez-les sans relâche. Les heures perdues dans l'époque où nous vivons sont irréparables. » Cette lettre produisit le résultat que Bonaparte en attendait. Le ministre, heureux de la confiance du premier Consul, dédaigna les obscures menées de l'intrigue, et s'efforça, par un redoublement de zèle, de constance, de dévouement, de réaliser les espérances que ses talents avaient fait concevoir au chef de l'État.
  10. Il créa de nombreuses compagnies d'ouvriers, multiplia les ateliers sur le littoral, s'occupa des munitions, des approvisionnements, satisfit à toutes les exigences, et bientôt des milliers de navires armés, équipés, pourvus de tout ce qui leur était nécessaire, furent prêts à mettre à la voile.
  11. Il communiqua son ardeur, son héroïque constance aux marins français. Malgré la perte de plusieurs batailles navales, la prise de quelques-unes des colonies françaises, l'insuccès de diverses expéditions, la marine française prit, sous son ministère, un rapide accroissement de forces. Pour en donner une idée avantageuse, il suffira de dire que de 55 vaisseaux dont elle se composait, en 1805 elle avait été portée à 103, et que le nombre des frégates était presque doublé. Le personnel des équipages présentait un effectif de 60 000 hommes sans les garnisons.
  12. Nicolas Todorov, Le redressement naval napoléonien de 1810 à 1813 et la géographie maritime de l'Europe, Les Cahiers du Centre d'études d'histoire de la défense, no 36, 2008, p. 137-170, p. 167-168.
  13. Après lui avoir volé des sommes assez considérables, son valet de chambre résolut de le faire périr. Le , il plaça des paquets de poudre sous les matelas de son maître, et, vers minuit, ayant allumé la mèche qu'il avait préparée à cet effet, l'explosion jeta le duc hors de son lit, tout couvert de contusions et de blessures. Son assassin, dont il invoqua d'abord le secours, ne lui répondit que par un cri d'effroi, et se précipita de la croisée dans une cour, où la violence de sa chute le fit expirer quelques heures après. Le duc Decrès fut si profondément affecté de cette catastrophe, qu'il mourut lui-même le .
  14. Comme le montre la photographie de son monument : MDCCCXXI au lieu de MDCCCXX
  15. a et b Source : www.heraldique-europeenne.org
  16. Armorial de J.B. RIETSTAP - et ses Compléments
  17. La noblesse d'Empire sur http://thierry.pouliquen.free.fr

Article connexe[modifier | modifier le code]

Source partielle[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Chronologies[modifier | modifier le code]

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