Laurent Joffrin

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Laurent Joffrin
Image illustrative de l'article Laurent Joffrin
Laurent Joffrin en juin 2013.

Naissance 30 juin 1952 (62 ans)
France, Vincennes, Seine
Profession Journaliste
Médias
Pays Drapeau de la France France
Presse écrite Libération
Fonction Directeur de la rédaction
Autres médias Le Nouvel Observateur (éditorialiste)

Laurent Joffrin, de son vrai nom Laurent (André Marie Paul) Mouchard[1],[2], né le 30 juin 1952 à Vincennes, est un journaliste français. Il collabore notamment à l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur, dont il a été directeur de la rédaction de mars 2011 à mars 2014, et est actuellement directeur de la rédaction du quotidien Libération en tandem avec Johan Hufnagel[3],[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Laurent Joffrin est le fils de Jean-Pierre Mouchard, éditeur, propriétaire des Éditions François Beauval, devenu homme d'affaires, puis gestionnaire de fortune, aujourd'hui à la retraite, et de Chantal Michelet, décédée en 1955[5]. Il a passé une partie de sa jeunesse dans le château de Moncé que sa famille possédait, à Saint-Firmin-des-Prés, dans le Vendômois. Son père était proche de Jean-Marie Le Pen[6],[7]. Il a été élève au Collège Stanislas de Paris[8].

Jeunesse militante[modifier | modifier le code]

Diplômé de l’institut d’études politiques de Paris et licencié en sciences économiques, il milite aux Jeunesses socialistes, alors sous le contrôle du CERES. Membre du courant de Jean-Pierre Chevènement, il siège à la direction des MJS dans l'équipe de Jean-Marie Pernot. Il constitue le club « Socialisme et Université » avec des étudiants du CERES comme Denis Olivennes et ses amis du groupe ES du Panthéon (Patrick Weil, Éric Dupinetc.).

Membre du comité de rédaction de son organe, Le Crayon entre les dents (janvier 1976 - novembre 1978), il publie alors des articles sous le pseudonyme Laurent André (ses deux prénoms) ou de Paul Helleme (pour L.M.). C'est sous ce dernier qu'il écrit en novembre 1976 un article sur la presse et la politique (La droite, la presse, le PS[9].) qui, publié aussi dans Presse-Actualité (le journal du milieu journalistique) comprend une analyse critique du Nouvel Observateur et de ses relations ambivalentes avec le PS. Cet article soulève l'indignation de Philippe Viannay, à la fois administrateur du Nouvel Observateur et dirigeant le Centre de formation des journalistes.

Journaliste[modifier | modifier le code]

Devenu journaliste, il prend ses distances avec le militantisme.

Diplômé du CFJ en 1977, il entre à l'Agence France-Presse qu'il quitte pour participer à la création d'un nouveau quotidien, Forum international.

En 1981, il intègre la rédaction de Libération. À l'origine du service économique avec Pierre Briançon, il incarne l'aile « moderniste » du journal. Il a ensuite dirigé le service Société avant de devenir éditorialiste et responsable de la page Rebonds du journal, avec Serge Daney, Gérard Dupuy et Alexandre Adler.

Patron de presse[modifier | modifier le code]

En 1988, c'est à Laurent Joffrin, journaliste de tendance sociale-démocrate, que Claude Perdriel fait appel pour succéder à Franz-Olivier Giesbert à la tête de la rédaction du Nouvel Observateur.

Il fait plusieurs passages d'un journal à l'autre : en 1996, il revient à Libération comme directeur de la rédaction, jusqu'en 1999 où il en part appelé par Claude Perdriel pour reprendre la direction du Nouvel Observateur. Le 20 novembre 2006, il est nommé directeur de publication de Libération dans le cadre du plan de relance du journal proposé par ses actionnaires, dont Édouard de Rothschild, actionnaire de référence. Le journal est recapitalisé, avec l'entrée au capital de Carlo Caracciolo, fondateur de La Repubblica et son déficit est réduit[10]. À partir de 2009, il codirige le journal avec Nathalie Collin. Le journal retrouve l'équilibre puis les profits en 2009, et 2010. Le 1er mars 2011[11], il quitte Libération et prend pour la troisième fois la tête de la rédaction du Nouvel Observateur[12], en plus de cette fonction, il codirige Le Nouvel Observateur à nouveau avec Nathalie Collin qui le rejoint courant 2011, ils succèdent à Denis Olivennes, parti à Europe 1.

À la suite du désengagement partiel de Claude Perdriel[13], [14] et de l'entrée au capital du Nouvel Observateur de trois nouveaux actionnaires majoritaires, Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse en décembre 2013, il publie un éditorial faisant le point de la situation[15]. Étant confronté à une baisse des ventes du Nouvel Observateur, « parfois critiqué en interne » et en désaccord avec le nouveaux actionnaires du titre — selon Le Point —, il démissionne du journal en mars 2014 tout en restant éditorialiste[16]. Sa démission ainsi que celle de Nathalie Collin[17],[18] est actée par un communiqué officiel du journal[19].

Outre la presse et la littérature, Laurent Joffrin est régulièrement présent sur des médias tels que la radio ou la télévision. Il a participé en 1984 à la réalisation de l'émission Vive la Crise, produite par Pascale Breugnot, écrite par Jean-Claude Guillebaud et présentée par Yves Montand. Il a été chroniqueur sur France Inter pour un duel hebdomadaire avec Philippe Tesson, puis producteur, responsable de l'émission culturelle Diagonales. Il anime Les détectives de l'Histoire sur France 5, une émission d'enquête sur des faits marquants de l'histoire récente. À la radio, le rédacteur en chef de Libération intervient régulièrement sur l'actualité politique, notamment sur l'antenne de France Info où il débat à h 50 le lundi et le jeudi[20] avec Sylvie Pierre-Brossolette du Point[21] qui a pris la suite de Nicolas Beytout du Figaro depuis la campagne électorale de 2007.

Le 12 juin 2014 Laurent Joffrin est nommé directeur de la rédaction du journal Libération[22].

Autres activités[modifier | modifier le code]

Il est membre du conseil d'administration de l'association En temps réel[23], une association pour le débat et la recherche. Il anime, par ailleurs, un club de réflexion politique Danton et était membre du club Le Siècle, avant de démissionner en mai 2011 et de l'accuser d'être une nouvelle oligarchie[24]. Ses positions en faveur de la Taxe Google depuis avril 2010 et d'Hadopi, lui attirent les critiques de certains médias tels que Numerama[25] ou Acrimed[26].

Altercation avec Nicolas Sarkozy[modifier | modifier le code]

Le 8 janvier 2008, lors de la présentation des vœux à la presse du président de la République, retransmis en direct sur plusieurs chaînes de télévision, Nicolas Sarkozy prend longuement à partie Laurent Joffrin, en répondant à sa question sur la « monarchie élective »[27]. Le directeur de Libération répond dans un éditorial[28],[29]. Le président est revenu sur cette interview dans un entretien accordé au Nouvel Observateur, en juillet 2009, en déclarant qu'il n'aurait plus ce genre de réaction aujourd'hui ; Laurent Joffrin qualifie cette intervention de « geste républicain », tout en précisant qu'il n'a jamais demandé d'excuses[30].

Critiques[modifier | modifier le code]

En mars 1995, le journal satirique Le Canard enchaîné révèle que Jacques Chirac (alors maire de Paris et candidat à l’élection présidentielle française de 1995) est locataire à des conditions très avantageuses d’un logement dans le 7e arrondissement, alors un des quartiers les plus chers de la capitale. En avril 1995, Laurent Joffrin interroge Jacques Chirac sur le plateau de France 2 à ce sujet[31]. Sa question est longue de plus d'une minute[31]. Dans Les Nouveaux Chiens de garde (1997), son essai sur les collusions entre pouvoirs médiatique, politique et économique, Serge Halimi indique ironiquement qu'« il est arrivé que des candidats soient interpellés de façon plus rude[32] ». Le narrateur du documentaire Les Nouveaux Chiens de garde, sorti en 2012, se basant sur l'essai de Serge Halimi, ajoute que « Jacques Chirac est K-O debout ».

Dans ce même essai, Serge Halimi met en évidence un conflit d'intérêt concernant Laurent Joffrin, annoncé le 29 janvier 2005, « avec sans doute un zeste d’ironie[33] » par Le Figaro : « Le neuvième prix de la une de presse a été décerné au Nouvel Observateur [...]. Le jury, présidé par Laurent Joffrin, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, a examiné plus de quatre cents unes avant de faire son choix[33]. »

Toujours dans le documentaire des Nouveaux Chiens de garde, il lui est reproché de faire partie d’« une poignée de journalistes interchangeables, qui sont chez eux partout[34]. »

Laurent Joffrin est une cible récurrente de l'association française de critique des médias, proche de la gauche antilibérale, Acrimed[35],[36],[37].

En 2012, le documentaire DSK, Hollande, etc. réalisé par Pierre Carles, Julien Brygo, Nina Faure et Aurore Van Opstal, retrace la manière dont « la presse habituellement classée à gauche ou au centre-gauche[38] » a successivement soutenu les candidatures de Dominique Strauss-Kahn et François Hollande lors de l'élection présidentielle française de la même année. Le film montre notamment la réaction de certains journalistes et patrons de presse, tels que Laurent Joffrin, face à leurs contradictions[38].

Publications[modifier | modifier le code]

Laurent Joffrin à la foire du livre 2010 de Brive-la-Gaillarde.

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Henri Maler, Philippe Monti, « Le Premier pouvoir » : Analyse d’un non passage à l’antenne (2) », sur acrimed.org, Acrimed,‎ 12 novembre 2004.
  2. « Communiqué de l’Internationale sardonique « L'offensive d'hiver du parti de la presse et de l'argent », sur acrimed.org, Acrimed,‎ 31 décembre 2003.
  3. Johan Hufnagel et Laurent Joffrin : ils vont diriger “Libé” ensemble, mais tout les oppose, Télérama.fr, 3 juillet 2014
  4. La nomination de Laurent Joffrin approuvée par l'équipe de « Libération », Libération.fr le 2 juillet 2014
  5. « Bibliographie/ Biographie. Qui est Laurent Joffrin ? » La République des Lettres, 27 janvier 2009, sur republique-des-lettres.fr.
  6. Ian Hamel, « L’entourage de Le Pen anime une discrète société, basée à Genève », sur swissinfo.ch,‎ 28 octobre 2000.
  7. Jean-Arnault Dérens, « TPI : le général croate fugitif Ante Gotovina est un citoyen français », sur monde-diplomatique.fr, Le Monde diplomatique,‎ 1er mars 2005.
  8. Fiche du Collège sur le site d'Aujourd'hui en France.
  9. Le Crayon entre les dents, no 6, 25 novembre 1976.
  10. Sandrine Bajos, « Laurent Joffrin, le nouveau timonier de Libération », La Tribune, 9 janvier 2007.
  11. Nicolas Demorand élu directeur de la rédaction de Libération, sur le site du quotidien Libération, 7 février 2011.
  12. « Laurent Joffrin adoubé par les journalistes du Nouvel Obs », sur lepoint.fr (consulté le 24 juillet 2011).
  13. Alexandre Debouté et Enguérand Renault, « Claude Perdriel prêt à céder le contrôle du Nouvel Obs », sur lefigaro.fr, Le Figaro,‎ 8 décembre 2013 (consulté le 13 mars 2014).
  14. Julien Bellver, « Claude Perdriel (Nouvel Observateur) : « Niel, Pigasse et Bergé ont les mêmes idées politiques que les miennes », sur ozap.com, PureMédias,‎ 24 janvier 2014 (consulté le 13 mars 2014).
  15. Laurent Joffrin, « À nos lecteurs (éditorial du 30 janvier 2014) », sur tempsreel.nouvelobs.com, Le Nouvel Observateur,‎ 11 février 2014 (consulté le 13 mars 2014).
  16. « Laurent Joffrin démissionne du Nouvel Observateur », sur lepoint.fr, Le Point,‎ 12 mars 2014 (consulté le 12 mars 2014).
  17. Julien Bellver, « Laurent Joffrin et Nathalie Collin quittent Le Nouvel Observateur », sur ozap.com, PureMédias,‎ 12 mars 2014 (consulté le 13 mars 2014).
  18. « Nouvel Obs : Laurent Joffrin quitte la direction », sur huffingtonpost.fr, Le Huffington Post,‎ 12 mars 2014 (consulté le 13 mars 2014).
  19. « Laurent Joffrin et Nathalie Collin quittent le directoire du Nouvel Observateur», sur tempsreel.nouvelobs.com, Le Nouvel Observateur,‎ 12 mars 2014 (consulté le 13 mars 2014).
  20. « Le Duel Libé-Le Point », sur le site liberation.fr, consulté le 29 avril 2010.
  21. Libelabo.
  22. Laurent Joffrin nommé directeur de la rédaction de Libération, Challenges, 12 juin 2014
  23. Composition de l'équipe de En temps réel.
  24. « Argent, pouvoir, privilèges... Ils ont tout ! », 14 mai 2011, sur Le Nouvel Observateur.
  25. Guillaume Champeau, « Après les FAI, le directeur de Libération veut maintenant faire payer Google », sur numerama.com, Numerama,‎ 2 avril 2010.
  26. Henri Maler, « Laurent Joffrin ne se contrôle plus : il contrôle le Net et la critique des médias », sur acrimed.org, Acrimed,‎ 5 septembre 2012.
  27. « Conférence de presse de Nicolas Sarkozy, le 8 janvier 2008 », sur videos.nouvelobs.com.
  28. « Sarkozy allume le patron de Libé. - L. Joffrin lui répond ! », sur jeanmarcmorandini.com.
  29. « Monarchie élective : la passe d'arme entre Nicolas Sarkozy et le directeur de Libération », 8 janvier 2008, sur politique.net.
  30. « Interview de Sarkozy : Joffrin salue un « geste républicain », 2 juillet 2009, sur liberation.fr.
  31. a et b Emmanuelle Anizon, Richard Sénéjoux, « Six extraits commentés des Nouveaux Chiens de garde – Les Nouveaux chiens de garde, extrait 1 – Laurent Joffrin pose une question à Jacques Chirac, vidéo commentée par Yannick Kergoat et Gilles Balbastre », sur telerama.fr, Télérama,‎ 6 janvier 2012, mis à jour le 29 mars 2012 (consulté le 16 septembre 2013).
  32. Sébastien Fontenelle, « Une Leçon d'irrespect de Laurent Joffrin », sur politis.fr, Politis,‎ 29 octobre 2011.
  33. a et b Serge Halimi, « Gloire à nouzautres, par les héros du Nouvel Observateur (2001-2005) », sur acrimed.org, Acrimed,‎ 30 juin 2006 (consulté le 15 septembre 2013).
  34. Emmanuelle Anizon, Richard Sénéjoux, « Six extraits commentés des Nouveaux Chiens de garde – Les Nouveaux chiens de garde, extrait 5 – Le mercato, vidéo commentée par Yannick Kergoat et Gilles Balbastre », sur telerama.fr, Télérama,‎ 6 janvier 2012, mis à jour le 29 mars 2012 (consulté le 19 octobre 2013).
  35. « Laurent Joffrin, modernisateur de la gauche », sur acrimed.org, Acrimed.
  36. « Laurent Joffrin », sur acrimed.org, Acrimed.
  37. « Le mercato des médiacrates, ou le ballet des interchangeables », sur acrimed.org, Acrimed,‎ 11 avril 2011.
  38. a et b Mathias Reymond, « Médias en campagne : à propos du documentaire « DSK, Hollande, etc. », sur acrimed.org, Acrimed,‎ 2 mai 2012 (consulté le 24 juillet 2013).