Mensonge

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Pinocchio, un symbole du mensonge.

Le mensonge (couramment menterie au Québec[1],[2],[3],[4]) est l'énoncé délibéré d'un fait contraire à la vérité, ou encore la dissimulation de la vérité (dans ce dernier cas on parle plus particulièrement de mensonge par omission). Il ne faut pas le confondre avec la contrevérité, qui désigne simplement une affirmation inexacte, sans préjuger du fait que son auteur le sache ou non. Le mensonge est une forme de manipulation qui vise à faire croire ou faire faire à l'autre ce qu'il n'aurait pas cru ou fait, s'il avait su la vérité. En général, le mensonge s'oppose à la véracité (le fait de dire le vrai), à la sincérité ou à la franchise.

Plus précisément, mentir consiste à déguiser sa pensée dans l'intention de tromper. Cette intention distingue le mensonge d'autres usages faux de la parole, admis dans le but de divertir ou par pur procédé rhétorique (comme dans le cas de la litote). À ce titre, il est considéré comme un vice ou un péché par la tradition morale philosophique et religieuse, même si certaines formes de mensonges sont légitimées par quelques philosophes – comme Benjamin Constant, dans son célèbre débat avec Emmanuel Kant sur le « droit de mentir ». Ainsi, certains mensonges sont punis par la loi, comme l'usage de faux, le non-respect des contrats dans le commerce, ou la fausse déclaration en justice.

Généralités[modifier | modifier le code]

L'opposition « vérité » et « mensonge » est courante. La vérité étant une notion parfois difficile à définir de manière absolue, la notion de mensonge est elle-même floue. Le dicton « toute vérité n'est pas bonne à dire » renvoie aussi à l'idée que, peut-être, « toute vérité n'est pas bonne à entendre » et entraîne ainsi un « bon » mensonge, au moins par omission[réf. souhaitée].

Morale et religion distinguent traditionnellement trois sortes de mensonges :

  • Le mensonge joyeux, énoncé pour plaisanter ou se moquer quelque peu. Il est distingué toutefois lui-même de la simple plaisanterie de circonstance où les deux parties sont de connivence sans ambiguïté sur le fait que l'information mentionnée est fictive : morale comme religion cessent dès lors d'être concernées.
  • Le mensonge officieux, que l’on énonce pour rendre service à autrui ou à soi-même. Ce mensonge est alors considéré comme plus ou moins grave, selon ce dont il s’agit et en fonction des circonstances qui l’accompagnent. « Quand le mensonge officieux ne contient aucun élément nuisible, le sage ne le blâme pas chez autrui ; mais il l'évite pour lui-même »[5].
  • Le mensonge pernicieux, qui a non seulement l'effet, mais le but de nuire à autrui. Ce mensonge parfois nommé par la littérature mensonge malicieux, est naturellement considéré tant par la morale que par la religion comme le plus grave des trois. Ce point est commun aux cultures occidentale et chinoise.

Causes[modifier | modifier le code]

Le mensonge peut être inspiré par des émotions ou par plusieurs autres facteurs psychologiques ou environnementaux. Les facteurs environnementaux incluent l'hypocrisie, l'amour de soi ou l'appât du gain. D'une manière négative, ils peuvent inclure mépris ou haine, solitude, jalousie et égoïsme ; dans un cas extrême, ils incluent le pouvoir (abus de pouvoir sur autrui) ou la recherche de déstabilisation (qui peut être à des fins dites joyeuses ou pernicieuses). Émotionnellement, ils incluent peur (dans les relations interpersonnelles, de l'inconnu ou d'une douleur enfouie), abandon, rejet, injustice, trahison ou humiliation, affection, honte ou gêne.

D'une manière sémantique, l'amour (pour protéger l'être aimé, également vrai pour l'amitié, ce qui revient alors à exercer un abus de pouvoir avec le risque d'abuser de l'ignorance ou de la faiblesse d’autrui qui ne pourrait pas supporter la vérité). C'est également un manque de courage pour mettre en œuvre les moyens de chercher ensemble le chemin qui conduit à permettre la vérité.

Vie sociale[modifier | modifier le code]

Le mensonge est typiquement présenté comme un mal. Dans une relation humaine libre, il n'a pas sa place. Par contre, son utilisation peut être reconnue dans le cas où un individu doit agir pour sa propre survie physique ou psychologique ou, à défaut d'autres moyens, pour s'adapter à un environnement donné. Tout dépend des situations, des forces en présence voire des cultures. Il ne faut pas non plus confondre mensonge et pudeur qui elle, a pour but de ne pas agresser son interlocuteur, de faire passer la parole avant les actes et de rechercher une communication harmonieuse plutôt qu'une victoire.

Bernard Stiegler, dans son livre Aimer, s'aimer, nous aimer — du 21 avril au 11 septembre, considère, lui, que le mensonge est la pierre fondatrice des sociétés. Par exemple, selon lui, l'adoption universelle du calendrier grégorien est un mensonge puisque les différents peuples feignent d'accepter la naissance du Christ comme élément initial, mais cela permet les échanges entre les peuples, la construction de conventions communes. On prête tantôt à Napoléon[6], tantôt à Winston Churchill la phrase : « L'histoire est un mensonge que personne ne conteste ».

Politesse, diplomatie et vie de couple[modifier | modifier le code]

La politesse peut toucher dans certains cas au mensonge, ou au moins à une certaine hypocrisie : le « bonjour-au revoir » accompagné parfois d'un sourire feint, les discussions entre voisins que l'on affecte de trouver passionnantes pour ne pas vexer, etc. L'étiquette, les règles de conduite en bonne société, relèvent de la même logique (voir aussi les notions japonaises omote et ura), ainsi que la diplomatie. Ces comportements à plus d'une occasion insincères ne reflètent pas une relation vraie, bien qu'ils soient utiles à la société, et parfois même — à condition qu'il s'agisse de l'exception et non de la règle — à l'intérieur d'un couple. Ils constituent comme un ciment de leur continuité. Pour Jacques de Bourbon Busset (L'amour durable), toute relation conjugale profonde doit comporter par respect de l'autre ce type de mensonge officieux : celui-ci loin de constituer une injure à l'autre, lui épargne au contraire les conséquences non signifiantes d'une baisse momentanée de ses propres sentiments; c'est pour lui l'expression de cette baisse, quand elle ne traduit pas une réalité durable et profonde, qui serait au contraire mensongère.

Éducation des enfants[modifier | modifier le code]

Les parents demandent souvent aux enfants de ne pas leur mentir. Quand les enfants pressentent que la vérité va attrister une personne, ils sont pourtant tentés de mentir pour lui éviter cette peine. Une attention particulière sera donc importante si on désire habituer ses enfants à des relations de sincérité. Alice Miller, docteur en philosophie et psychanalyste, a beaucoup écrit sur le sujet au cours de ses vingt années de recherche sur l'enfance.

Les enfants dès l'âge de trois ans développent des capacités cognitives leur permettant d'être menteurs d'occasion (avant cet âge, ils se montrent trop confiants) et dès l'âge de quatre ans savent maîtriser le sens de la tromperie pour devenir des menteurs plus systématiques (mensonge de politesse, pour ne pas être puni)[7].

Droit[modifier | modifier le code]

Le droit prévoit des sanctions envers le mensonge s'il est émis lors d'un témoignage sous serment. En droit français, le mensonge est condamné dans les cas suivants :

  • clause contractuelle,
  • but d'extorsion de faveurs
  • falsification d'un document officiel (faux et usage de faux)
  • diffamation
  • et, comme partout, témoignage devant un tribunal. Cependant, en droit français l'accusé, lui, n'est pas un témoin : il ne prête pas serment et, s'il ment pour sa défense, il appartient au juge seul d'en tenir compte ou non dans son verdict.

Le droit peut en revanche « condamner l'énoncé de la vérité », pour protéger la vie privée — toute vérité n'est pas publique — et lorsque l'opinion énoncée peut provoquer un trouble à l'ordre public. À noter qu'une vérité tronquée pour induire en erreur peut parfaitement constituer une diffamation. Cependant une vérité tronquée n'est précisément pas une vérité, mais un mensonge par omission.

Franchise absolue dans la littérature[modifier | modifier le code]

Deux pièces classiques illustrent les inconvénients que peut présenter une franchise sans compromis : Le Misanthrope, de Molière ; Les Sincères, de Marivaux. Un exemple peut également être trouvé dans un chapitre de Zadig de Voltaire, quoique Zadig doive surtout sa condamnation au fait qu'il énonce plusieurs vérités apparemment peu crédibles sans fournir d'informations permettant de résoudre la contradiction apparente (épisode du cheval du roi et du chien de la reine).

Problématique du mensonge officieux[modifier | modifier le code]

Paroles et action[modifier | modifier le code]

Le mensonge officieux semble parfois acceptable dans les cas où il peut, par exemple, sauver une vie (ou la qualité de la fin d'une vie). S'il est dans ce cas plus ou moins admis de faire un mensonge qui ne touche qu'aux faits, la recommandation morale est plutôt de garder le silence plutôt que de répondre de façon insincère.

Cas du mensonge par omission[modifier | modifier le code]

Cicéron recommande une morale bien plus stricte : dans Des devoirs, il n'autorise même pas le marchand à taire une situation qui, passée sous silence, lui permettrait de vendre à prix plus élevé. Il donne explicitement l'exemple du navire chargé de céréales qui arrive dans une ville où il y a famine et dont le capitaine ou l'armateur sait que d'autres le suivent en grand nombre. Cicéron déclare clairement qu'il est inacceptable sur le plan moral de cacher cette information aux habitants de la ville dans un but, par exemple, de vendre ses céréales plus cher en laissant perdurer la crainte de pénurie.

Analyse du mensonge par omission[8]

Le mensonge par omission consiste à diffuser ce qui, parmi le réel ou le probable, convient aux fins poursuivies, tout en omettant ce qui nuit à ces fins. Comme ce qui est affirmé est vrai, ou du moins pos­sible, son image est acceptée dans les croyances. Mais comme cette image manque de ce qu'on omet, les associations mentales de la cible remplis­sent les blancs, transforment les omissions en non-existence, et lient cette non-existence à la croyance, avec l'intensité de croyance en ce qui est accepté. Le mensonge par omission apporte donc double béné­fice à l'action de communication: une mémorisation de ce qui convient au communicateur, plus la négation de ce qu'il veut qu'on ignore. [...] Un avantage important du mensonge par omission est qu'il n'est pas facile à déceler.

En effet, le menteur par omission ne semble pas mentir, surtout si on croit naïvement que « mentir » se limite à affirmer ce qu'on sait faux, et n'inclut pas le refus d'énoncer ce qu'on sait vrai et im­por­tant. Or ce refus est difficile à prouver, car il ressemble à d'autres omis­sions de ce qui est vrai.

En effet : 1) On peut ignorer une partie du vrai, par malchance ou incompétence ; 2) On peut ignorer ou sous-estimer l'importance d'une partie du vrai, et donc préférer occuper le temps limité des messages à diffuser d'autres vérités. Alors, le mensonge par omission peut être accompli impunément : on ne pourra pas prouver que le communicateur savait ce qu'il n'a pas dit, ni surtout prouver qu'il savait important ce qu'il n'a pas dit ou ce qu'il a empêché de dire. Le mensonge par omission est donc un mode de communication favori des manipulateurs du public. La grande extension de cette pratique a d'ailleurs une conséquence souvent comique : la langue de bois des politiciens et journalistes. En effet, l'efficacité du mensonge par omission nécessite que ce qui a été omis reste omis durant toute l'action médiatique en cours. Et puisque ces actions poursuivent souvent des buts à long terme, les vérités à omettre s'accumulent : on arrive peu à peu à une situation déjà décrite dans Le Barbier de Séville, où les médias doivent omettre tant de sujets qu'ils se limitent à traiter de météo, de sport, de l'étranger, de l'huma­nitaire, et de toutes les demi-vérités qu'ils sont chargés d'imposer.

Problématique du mensonge joyeux[modifier | modifier le code]

Le sage est censé s'interdire le mensonge joyeux parce que celui-ci sacrifie à un jeu l'autorité de la parole qui, conservée, peut quelquefois être utile à autrui. Il ne s'interdit pas pour autant la fiction avouée et il lui arrive naturellement de citer des paraboles, des fables, des symboles ou des mythes en les rappelant tels. Le mensonge joyeux embarrasse cependant le moraliste, inquiet de laisser fléchir la règle de véracité. Il n'est certes pas inspiré par le motif de nuire, et celui de distraire et d'amuser un moment semble fort légitime. La frontière est parfois ténue entre badinage de bon aloi et mensonge joyeux proprement dit ; entre la « blague » et la « farce ».

  • La blague, annonce ses exagérations et ne cache pas son intention de simplement amuser. Elle n'a de contre-vérité que la forme. Le « blagueur » serait le premier ennuyé qu'on le prît au sérieux et que l'on fondât quelque décision grave sur sa fantaisie.
  • La farce cherche bien, fût-ce provisoirement, à tromper véritablement quelqu'un, en l'amenant, par exemple, à une démarche insolite. « Regardez, frère Thomas, il y a là un bœuf qui vole ! », dirent à Thomas d'Aquin deux novices, ravis de le voir se déplacer à la fenêtre pour observer un fait aussi inhabituel. L'intéressé se contenta de leur faire observer qu'il eût été « moins surpris de voir un bœuf voler qu'un religieux mentir ». L'expression est restée.

Bien qu'inoffensive dans son but, la farce devient parfois offensante. Si tous n'admettent pas d'en être victimes, cela laisse entendre qu'elle n'est point nécessairement sans reproche. Si une jeune femme annonce à sa famille l'arrivée de son premier enfant pour expliquer ensuite qu'il n'en est rien, son comportement sera considéré non seulement inhabituel, mais franchement indélicat. Le mensonge joyeux, pour léger qu'il soit, demeure un déguisement de la pensée, et — même anodin — déconcerte la sincérité. Il devient inacceptable s'il aboutit à la dérision inopportune de celui aux dépens duquel elle s'exerce. La farce répétitive finit d'ailleurs par lasser et ses auteurs finissent par provoquer une réaction de défiance même lorsqu'ils veulent parler sérieusement, méfiance reprise dans l'expression « crier au loup ».

Le roman d'Umberto Eco Le Nom de la rose présente le cas extrême du moine Jorge, s'opposant à Guillaume de Baskerville sur la distinction entre simple plaisanterie et mensonge joyeux, que Jorge refuse d'admettre. En conséquence, Jorge refuse toute forme de rire qu'il considère comme « non chrétienne », au motif qu'un homme bon ne devrait jamais se moquer. Guillaume de Baskerville lui explique qu'il trouve sa position excessive. Des disputes de cet ordre ont été monnaie courante au Moyen Âge en Europe (voir Disputatio). D'après Jean-François Revel[9], elles ont aidé peu à peu à la naissance de ce qui sera l'interrogation cartésienne.

Les traditions populaires sont également le cadre de mensonges délibérés, à vocation exutoire. On peut retenir à titre d'exemple Cansoun dei mensònegai (Chanson des mensonges) connue de l’Occitanie au Piémont[10].

Positions particulières[modifier | modifier le code]

Catholicisme[modifier | modifier le code]

Les mouvances catholiques citent volontiers une recommandation de l'évangile : « Que votre oui soit oui et que votre non soit non. Tout ce qui est rajouté vient du Démon ». (Matthieu 5, 37). En d'autres termes, jurer est inutile car un chrétien ne doit de toute façon pas mentir. Saint Augustin dénonce ainsi catégoriquement l'usage du mensonge (Du Mensonge). Néanmoins, une importante littérature jésuite développe une casuistique du mensonge, l'autorisant dans certains cas et sous certaines formes, ce qui fera l'objet de la critique acerbe de Pascal dans Les Provinciales.

La vérité est présentée comme un bien important dont chacun a besoin pour éclairer et régler, d’une façon juste, les jugements de son intelligence et pour guider, d’une façon sûre, la conduite de sa volonté[11]. L'aspect social, voire conjugal, est également mentionné : des relations correctes ont besoin de la franchise, de la confiance mutuelle et de la sincérité.

  • La notion de « pieux mensonge », pour utiliser la terminologie profane, n'est pas acceptée.
  • Les milieux traditionalistes se référent parfois à « La langue qui ment est abominable devant Dieu ! » (Proverbes 12,22), « Dieu hait les menteurs ! » (Psaumes) et, dans l’Apocalypse : « La place des menteurs est dans l’étang de soufre et de feu ! ».
  • La qualification de menteur est en quelque cas que ce soit considérée comme avilissante, contrairement :
  • l’hypocrisie est considérée comme du « mensonge en action » : elle consiste en effet à agir autrement qu’on ne pense, et constitue donc une fausseté. On rappellera le peu d'aménité de Jésus pour les Pharisiens qu'il traite même de « sépulcres blanchis » et de « loups ravisseurs ». (Matthieu 23,27 ; et 7,15.)
  • Les traditions du Midi de la France semblent également plus indulgentes. Dans la trilogie Marius, Fanny, César, de Marcel Pagnol, Panisse, que l'on croit à l'article de la mort et à qui son confesseur demande s'il lui est arrivé de mentir répond « Tout le temps ! », comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. « L'homme du Midi ne ment pas, il se trompe », dira également Alphonse Daudet dans Tartarin de Tarascon.

Dans sa Somme théologique, Thomas d'Aquin arrive à des conclusions sévères sur la jactance, ou vantardise, qui fait évidemment partie des mensonges : « La jactance est une sorte de mensonge. Or elle n'est pas un mensonge officieux, ni joyeux. On le voit d'après la fin poursuivie par le mensonge. Selon le Philosophe « le vantard se met au-dessus de la réalité, parfois sans aucun motif, parfois en vue de la gloire ou de l'honneur, parfois pour de l'argent ». Son mensonge n'est donc, évidemment, ni joyeux ni officieux. Il en reste qu'il est toujours pernicieux, et il apparaît donc qu'il est toujours péché mortel. »

Le catéchisme officiel de l'Eglise catholique entérine ces notions et les met en contexte[12].

Confucianisme[modifier | modifier le code]

  • Confucius réprouve le mensonge, mais estime qu'on devra le tolérer pour les marchands, sans quoi ceux-ci ne pourront gagner leur vie (!).
  • Lao-Tseu ayant professé que le jeune homme vertueux n'hésite jamais à dénoncer toute malversation, quand bien même son propre père la commettrait, Confucius s'inscrit en faux : Un fils n'a pas à dénoncer son père, le maximum qu'il puisse faire envers un parent qu'il désapprouve étant de ne pas suivre son exemple[13]. Remarquons qu'il s'agit dans ce cas précis d'un « simple » mensonge par omission.

Islam[modifier | modifier le code]

Dans l'islam, le mensonge est réprouvé. Mahomet aurait déclaré : « L’hypocrite possède trois caractéristiques : il ment, il ne tient pas ses promesses et il trahit la confiance » [Hadith rapporté par Al-Bukhârî et Muslim].

Cependant, contrairement au cas du christianisme, le mensonge du fidèle sur sa religion pour protéger sa propre vie est admis par l'islam (Taqiya) et en cas de guerre (contre l'ennemi)[réf. nécessaire]. Le mot martyr a pour cette raison un sens différent dans les deux religions.

Témoignage[modifier | modifier le code]

« Lorsque l'individu fait face à un événement qui l'amènera à témoigner, il sélectionne, construit ou reconstruit les différents éléments de la scène autant qu'il les emmagasine en mémoire », indiquent les psychologues sociaux Alain Bertone, Marc Mélen, Jacques Py et Alain Somat dans Témoins sous influences. Comparé à la réalité, ce que le témoin certifie être véridique aura ainsi été à son insu modifié, remodelé, rationalisé pour être rendu plus cohérent et plus acceptable.

Dans les cultures judaïque et chrétienne, le faux témoignage est interdit par le Décalogue. Ce type de mensonge possède des circonstances très aggravantes, puisqu’il est effectué devant un tribunal et après avoir prêté le serment de dire la vérité ! Religion, mœurs et Droit s'accordent ici à reconnaître que tout citoyen requis par un juge légitime est tenu, en conscience, de dire la vérité lorsqu’il est requis pour porter un témoignage à la Justice.

Toutefois, sont dispensés de ce témoignage :

  1. les professionnels, tenus au secret du même nom ; en termes de droit même son client ne peut délier un professionnel de son devoir de secret — sans quoi ne pas le faire aurait de sa part valeur d'aveu, et altérerait cette notion de secret (un patient ne demandant pas à son médecin de famille un dossier médical pour le communiquer à un employeur potentiel serait suspecté de cacher des éléments de santé, ruinant par le même coup toute possibilité de secret effectif) ;
  2. les confesseurs, à l’égard de leurs pénitents, sont tenus au même secret, mais sans couverture par le droit ; leur devoir professionnel est de se laisser condamner eux-mêmes s'il le faut plutôt que de révéler quoi que ce soit ; le cas s'est vu dans la deuxième moitié des années 1970 en France, et bien plus tôt avec Jean Chrysostome (« saint-Jean-bouche-d'or » dans le langage populaire) ;
  3. les proches parents de la personne accusée (voir également Confucius, opposé à Lao-Tseu sur la question : Lao-Tseu dit qu'un fils doit dénoncer jusqu'à son père si l'intérêt public l'exige, Confucius s'y oppose et fait passer l'humanité avant le devoir).

L'auteur d'un faux témoignage a l'obligation morale de :

  1. rétracter son témoignage devant les juges ;
  2. réparer les torts faits à l'accusé dans sa réputation et dans ses biens.

Psychologie[modifier | modifier le code]

Motivation[modifier | modifier le code]

La psychologie sociale retient quatre motivations au mensonge compris comme forme de dissimulation de sa pensée par un locuteur :

  • préserver ou valoriser son image ;
  • persuader pour obtenir un avantage ;
  • éviter les conflits (diplomatie) ;
  • ne pas peiner son interlocuteur, par sympathie ou tact ; on retrouve ici la catégorie évoquée plus haut du mensonge officieux.

La moyenne des « mensonges » dans cette acception serait, sur un échantillon interrogé, de deux par personne et par jour, avec une égalité entre hommes et femmes, celles-ci se distinguant par un plus grand nombre de mensonge altruiste, alias officieux. On se place dans l'hypothèse que les réponses au sondage aient été elles-mêmes sincères.

Deux types d'émotion interviennent :

  • négative (désagréable) : crainte d'être découvert comme menteur et culpabilité (on a trahi une confiance, manqué de respect à ses modèles, etc.) ;
  • positive qui l'emporte souvent chez le menteur habituel : un plaisir même éprouvé à mentir, c'est-à-dire de convaincre fallacieusement avec naturel. Ce type de menteur devient maître de ses émotions au point de communiquer aussi aisément des émotions factices que des véritables.

Détection[modifier | modifier le code]

Détecter les mensonges fait partie de la communication non-verbale. Les comportements que la tradition attribue au menteur en situation (rougeur, mains moites, regard fuyant...) ne sont pas toujours présents, ne serait-ce que parce que le menteur expérimenté les maîtrise. Comportement curieusement agité, attitudes floues ou équivoques, hésitations, etc., peuvent aussi traduire la simple émotion de se voir suspecté et non le mensonge.

En revanche, des enregistrements vidéo à haute définition laisseraient actuellement percevoir, une fois zoomés, quelques signes inconscients, bien plus discrets et typiques du seul mensonge (crispation de quelques muscles faciaux, en particulier). Paul Ekman est le premier à avoir identifié ce qu'il a défini comme étant des micros expressions (théorie de la détection des micro-expressions). Il s'agit simplement de la manifestation involontaire d'émotions catégorisées sous formes de sept expressions universelles que sont la joie, la surprise, la colère, le mépris, le dégoût, la peur et la tristesse. La détection de ces expressions associées à des gestes et à des variations physiologiques permet de détecter des incohérences avec le langage. Cette aptitude à déceler le mensonge demande donc un apprentissage en particulier dans les métiers où la véracité des propos est prépondérante comme les métiers du contrôle (douaniers, inspecteurs, policiers, etc.), de la justice, de la négociation, etc.

Sir Robert Winston, dans une de ses émissions[14] sur la BBC, a mis en évidence une différence entre le sourire social ordinaire, qui fait intervenir deux muscles zygomatiques, et le sourire de réelle joie, qui a pour effet de plisser également les muscles des yeux.

Néanmoins, un entraînement intensif doit permettre de plus ou moins masquer une partie des signes de mensonge. La philosophie populaire dit que si les escrocs présentaient des têtes d'escrocs, ils ne pourraient pas faire ce métier.

Schopenhauer, quant à lui, a philosophé aussi sur ce thème : selon lui, comme un escroc a souvent l'air plus honnête que la moyenne, il est nécessaire de faire semblant de le croire facilement pour qu'il baisse sa garde, afin d'avoir une chance de le voir se trahir.

Actuellement se développent des outils regroupant tout ce qui touche à la manifestation corporelle extérieure du mensonge et le développement des ressentis (partie subconsciente de la perception).

En France, plusieurs chercheurs se sont spécialisés dans la découverte et la gestion des comportements, voire du mensonge, dont Claudine Biland[15]. Plusieurs autres personnes développent des outils tenant compte des positions statiques, les mouvements naturels, tels la démarche, l'ouverture d'une porte, le sourire, la façon de manipuler les objets, s'asseoir... Jean-Pierre Ramoulux pense que la partie des sens conscients non utilisée dans le cadre de l'étude des postures, mouvements naturels, mouvements d'appui et micro mouvements, l'odorat et le goût, peut être développée en complément de la vue, l'ouie et le toucher[16].

Invention[modifier | modifier le code]

Dans L'Aurore de l'humanité, François Cavanna imagine l'invention du mensonge par un homme avant tous les autres, dans un monde où personne n'avait eu l'idée de dire autre chose que la vérité. Ce thème a été repris et transposé à l'époque contemporaine (sans en créditer l'écrivain) par un film de Ricky Gervais, Mytho-Man (2009).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire Québécois Vocabulaire Québécois
  2. Dicocitations
  3. Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales
  4. Dictionnaire Exionnaire
  5. Han Ryner, Petit Manuel individualiste, 1905.
  6. Monsieur N., film d'Antoine de Caunes
  7. Olivier Mascaro, Olivier Morin, « L’éveil du mensonge », Terrain (Revue d'ethnologie de l'Europe), no 57,‎ février 2011
  8. Guy William Feler, Penser avec la langue, Paris, Zelos,‎ 1997, 21 cm, 187 p. (ISBN 2-9501534-1-0, notice BnF no FRBNF36175894d, lire en ligne).
  9. Histoire de la philosophie occidentale
  10. « Chants populaires », sur au fifre niçois.
  11. Catéchisme § 2485 et 2486 : Le mensonge est condamnable dans sa nature. Il est une profanation de la parole qui a pour tâche de communiquer à d’autres la vérité connue... Il est une véritable violence faite à autrui. Il l’atteint dans sa capacité de connaître, qui est la condition de tout jugement et de toute décision.
  12. Catéchisme § 2469 : La véracité observe un juste milieu entre ce qui doit être exprimé, et le secret qui doit être gardé : elle implique l’honnêteté et la discrétion. Catéchisme § 2477 : Le respect de la réputation des personnes interdit toute attitude et toute parole susceptibles de leur causer un injuste dommage. Se rend coupable - de « jugement téméraire » celui qui, même tacitement, admet comme vrai sans fondement suffisant un défaut moral chez le prochain ; - de « médisance » celui qui, sans raison objectivement valable, dévoile à des personnes qui l’ignorent les défauts et les fautes d’autrui ; - de « calomnie » celui qui, par des propos contraires à la vérité, nuit à la réputation des autres et donne occasion à de faux jugements à leur égard.
  13. Cette divergence entre les deux sages est citée par Bertrand Russell dans ses Essais sceptiques
  14. The Human Mind
  15. « Psychologie du menteur » par Claudine Biland
  16. L'Exostokinese, l'art de détecter les mensonges, les pensées et intentions cachées.

Annexes[modifier | modifier le code]

Médias[modifier | modifier le code]

Cinéma
Séries télévisées
Bibliographie
Littérature

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]