Soufrière (Guadeloupe)

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Soufrière
Vue du sommet de la Soufrière constitué d'un dôme de lave hérissé d'aiguilles.
Vue du sommet de la Soufrière constitué d'un dôme de lave hérissé d'aiguilles.
Géographie
Altitude 1 467 m[1],[2]
Massif Basse-Terre
Coordonnées 16° 02′ 38″ N 61° 39′ 48″ O / 16.043829, -61.663406 ()16° 02′ 38″ Nord 61° 39′ 48″ Ouest / 16.043829, -61.663406 ()  [1],[2]
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région et département d'outre-mer Guadeloupe
Commune Saint-Claude
Ascension
Voie la plus facile D11 puis sentier de randonnée
Géologie
Âge 200 000 à 100 000 ans[2]
Roches Andésite, basalte, dacite, rhyolite[2]
Type Volcan gris
Activité Actif
Dernière éruption 8 juillet 1976 - 1er mars 1977
Code 1600-06=
Observatoire Observatoire volcanologique et sismologique de Guadeloupe

Géolocalisation sur la carte : Guadeloupe

(Voir situation sur carte : Guadeloupe)
Soufrière

Géolocalisation sur la carte : Petites Antilles

(Voir situation sur carte : Petites Antilles)
Soufrière

La Soufrière, surnommée « la vieille dame », est un volcan en activité situé sur le territoire de la commune de Saint-Claude en Guadeloupe, dans le parc national du même nom, dans le Sud de l'île de Basse-Terre. La commune de Basse-Terre, chef-lieu du département d'outre-mer, se trouve à une dizaine de kilomètres au sud-ouest et les chutes du Carbet sur son flanc est. C’est le seul volcan actif de l’île, actuellement à l’état de repos éruptif.

La Soufrière fait partie d’un ensemble volcanique composé des volcans Carmichaël, le Nez Cassé, l’Échelle, la Citerne et la Madeleine. C'est l’un des neuf volcans actifs des Petites Antilles.

Géographie[modifier | modifier le code]

Situation, topographie[modifier | modifier le code]

Le sommet de la Soufrière avec des fumerolles s'échappant d'un gouffre sur la droite.

Le sommet de la Soufrière, appelé La Découverte, culmine à une altitude de 1 467 mètres[2],[1]. C’est le plus haut sommet de la Guadeloupe et des Petites Antilles[2]. Son dôme de lave prend la forme d’un cône tronqué de 900 mètres de diamètre à sa base. Il n’y a pas de véritable cratère, mais plusieurs bouches éruptives, des gouffres d’où s’échappent des vapeurs sulfureuses et des entailles profondes.

Le paysage est rocheux et chaotique, quasi lunaire, hérissé de pitons. Il est souvent recouvert de brumes. Plusieurs pistes balisées parcourent le sommet volcanique.

C’est un volcan actif de type péléen — explosif à nuées ardentes —, donc très dangereux, et de formation récente (100 000 à 200 000 ans)[2]. Son activité est marquée par des fumerolles, des vapeurs sulfureuses et des sources chaudes sur différents points du sommet. Il est le seul à être actif en Guadeloupe depuis 10 000 ans.

Faune et flore[modifier | modifier le code]

La végétation sur les flancs de la Soufrière est remarquable pour sa biodiversité. Elle s'étage sur trois niveaux :

Histoire[modifier | modifier le code]

La dernière éruption magmatique explosive de la Soufrière est établie vers 1440 avec plus ou moins un siècle d'incertitude[2],[3] ou peut-être vers 1530 avec plus ou moins 30 ans d'incertitude[4].

La première description de la Soufrière est le fait du père Jacques Du Tertre dans L'Histoire générale des Antilles habitées par les François paru en 1667-1671[5].

En 1797, une éruption phréatique d’importance eut lieu. Il ne peut être exclu que cette éruption-là ait été elle aussi celle d’une nappe captive et non d’une nappe phréatique, c’est-à-dire mise à la pression atmosphérique. Une autre éruption phréatique mineure a lieu en 1956[3].

Éruption de 1976[modifier | modifier le code]

La dernière éruption de la Soufrière date de 1976[2] ; il s'agissait d'une éruption phréatique. Elle a conduit à l’évacuation de la partie sud de la Basse-Terre ainsi que de la préfecture, soit 73 600 personnes sur trois mois et demi[2]. Aucun mort n'a été déploré. À partir de 1975, un certain nombre de tremblements de terre (16 000 séismes et 26 explosions sont répertoriés de 1975 à 1977[6]) ont alerté les sismographes de l'observatoire volcanologique. Ces secousses sont allées en s’intensifiant dans le courant de l’année 1976. Dès novembre 1975, le préfet fut averti des dangers potentiels et de la nécessité de mettre en place un plan d’évacuation. La première explosion eut lieu le 8 juillet 1976. Les séismes ont très probablement réactivé une série de failles colmatées par de vieux matériaux (argiles et roches magmatiques). Cette crise de tremblements de terre fut la cause vraisemblable de la baisse brutale de la pression accumulée à l’intérieur d'une nappe captive chauffée, telle une cocotte minute, par les gaz échappés du magma profond, provoquant la pulvérisation de roches, et la sortie de coulées de boues (lahar), de gaz acides et de vapeurs d’eau. 25 000 personnes du sud de Basse-Terre évacuèrent spontanément la zone pour se réfugier vers la Grande-Terre, hors d'atteinte. L’activité volcanique continua encore quelques mois suite à cette éruption, avec d'autres coulées de boues et émissions de cendres. Le 8 juillet 1976, un important lahar dévale la vallée de la rivière du Carbet sur 3,5 km de longueur. Il a 30 à 50 mètres de largeur et une épaisseur de 15 à 20 mètres. Un second dévale la rivière du Galion le 30 août 1976. Le 15 août, l’évacuation totale et obligatoire du sud de Basse-Terre fut ordonnée. Elle dura jusqu’au 18 novembre 1976.

Une polémique très médiatisée éclata entre les scientifiques Claude Allègre et Haroun Tazieff sur la nécessité de l’évacuation[7]. Claude Allègre préconisa l’évacuation de la population, affirmant catégoriquement qu'avec l'hypothèse de l'intrusion magmatique, l’éruption serait grave, alors qu'Haroun Tazieff soutint que l’éruption était sans danger, toutes les analyses d’échantillons prélevés sur le volcan établissant qu’il n’y avait pas de montée de magma frais et qu'il s'agissait uniquement d'un phénomène phréatique. Le préfet décida tout de même l’évacuation mais l’éruption ne fit d’autres dommages que matériels.

Activités[modifier | modifier le code]

Évaluation et prévention des risques[modifier | modifier le code]

Un abri anti-éruption en béton au sommet de la Soufrière.

L’observation de la Soufrière débuta en 1950 avec la création du laboratoire de physique du globe à Saint-Claude, dépendant de l’institut de physique du globe de Paris. Deux sismographes furent installés immédiatement. C’est grâce à cet observatoire que l’éruption phréatique de 1976 fut détectée à l’avance.

En 1989, un observatoire plus moderne fut construit sur la commune du Gourbeyre, à neuf kilomètres au sud-ouest de la Soufrière : l'observatoire volcanologique et sismologique de Guadeloupe. Ses missions sont :

  • la surveillance de l’activité volcanique de la Soufrière ;
  • la surveillance de la sismicité régionale ;
  • la participation à des travaux de recherche ;
  • l’information préventive sur les risques sismiques et volcaniques.

Ascension[modifier | modifier le code]

Vue de l'éboulement Faujas lors de l'ascension de la Soufrière.

L’accès au sommet de la Soufrière est possible via des circuits de randonnée pédestre. Certains secteurs au sommet restent interdits en raison de gaz acides et toxiques. L'ascension est relativement facile, mais certaines précautions restent nécessaires[8].

Le départ classique se fait à partir des « Bains Jaunes » (altitude 950 mètres), puis il faut prendre la « trace du Pas du Roy ». L'accès direct en voiture au parking de la « Savane à Mulets » (altitude 1 140 mètres) n'est plus possible depuis le séisme des Saintes du 21 novembre 2004 qui a entrainé l’éboulement d’un flanc du piton Tarade[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) « Soufrière Guadeloupe », sur volcano.si.edu/ (consulté le 4 juin 2010)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j (fr) François Girault, Philippe Bouysse et Jean-Philippe Rançon, Volcans vus de l'espace, Paris, Nathan,‎ septembre 1998, 192 p. (ISBN 2092608290), p. 48 à 50
  3. a et b (en) « Histoire éruptive », Global Volcanism Program (consulté en 14 décembre 2011)
  4. (en) Georges Boudon, Jean-Christophe Komorowski, Benoît Villemant et Michel Semet, « A new scenario for the last magmatic eruption of La Soufrière of Guadeloupe (Lesser Antilles) in 1530 A.D. Evidence from stratigraphy radiocarbon dating and magmatic evolution of erupted products », Journal of Volcanology and Geothermal Research, vol. 178,‎ 20 décembre 2008, p. 474-490 (DOI dx.doi.org/10.1016/j.jvolgeores.2008.03.006, lire en ligne)
  5. La Soufrière de la Guadeloupe : nature, paysage et territoire dans la littérature antillaise (XVe-XXe siècles), par Catherine Benoit, dans « Le voyage inachevé... à Joël Bonnemaison », textes réunis et présentés par Dominique Guillaud, Maorie Seysset et Annie Walter, Paris, éditions de l'ORSTOM : PRODIG [Pôle de recherche sur l'organisation et la diffusion de l'information géographique], 1998, 775 p. (ISBN 2-7099-1424-7) (ORSTOM) (ISBN 2-901560-35-0) (PRODIG)
  6. François Beauducel, « Surveillance volcanologique : de la mesure instrumentale au modèle prédictif », conférence au Bureau des Longitudes, 1er juin 2011
  7. À propos de la polémique de Soufrière 1976..., rappel des faits et point de vue personnel sur les événements qui ont marqué la Guadeloupe et la communauté volcanologique par le Dr. François Beauducel, directeur et responsable scientifique de l'Observatoire volcanologique et sismologique de Guadeloupe [2001-2007], août 2006 (mise à jour juillet 2009). Sur le site ipgp.fr
  8. a et b Visite touristique sur la Soufrière de Guadeloupe, par Dominique Gibert, 2 juin 2007, sur le site volcanum.geosciences.univ-rennes1.fr

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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