Site archéologique de Volubilis

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Site archéologique de Volubilis *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Volubilis Longshot II.jpg
Coordonnées 34° 04′ 26″ N 5° 33′ 25″ O / 34.073889, -5.556944 ()34° 04′ 26″ Nord 5° 33′ 25″ Ouest / 34.073889, -5.556944 ()  
Pays Drapeau du Maroc Maroc
Subdivision Moulay Idriss Zerhoun, préfecture de Meknès-El Menzeh
Type Culturel
Critères (ii) (iii) (iv) (vi)
Superficie 42 ha
Numéro
d’identification
836
Zone géographique États arabes **
Année d’inscription 1997 (21e session)
Plan des principales zones fouillées du site archéologique
Plan des principales zones fouillées du site archéologique
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO
(Voir la carte topographique)
Volubilis
Volubilis
Localisation du Maroc en Afrique
(Voir la carte administrative)
Volubilis
Volubilis
Localisation du Maroc en Afrique
Voir l’image vierge
Localisation de Volubilis.

Volubilis est une ville antique amazighe (berbère) romanisée située au Maroc, sur les bords de l'oued Khoumane, rivière de la banlieue de Meknès, non loin de la ville sainte de Moulay Idriss Zerhoun où repose Idriss Ier.

Le site archéologique de Volubilis est situé sur la commune rurale[1] de Oualili, qui dépend de la préfecture de Meknès et de la région de Meknès-Tafilalet.

Partiellement découverte de nos jours, la cité antique éclot à partir du IIIe siècle av. J.-C.. en tant qu'établissement punique et se développe rapidement à partir du moment où elle entre dans le giron romain, pour dépasser une superficie de 40 hectares.

La parure monumentale de la ville se développe particulièrement au IIe siècle, à la suite de l'enrichissement économique de la région. Située dans une région aux riches potentialités agricoles, cette ville vivait du commerce de l'huile d'olive. On retrouve dans ses ruines de nombreux pressoirs à huile. Cet enrichissement se traduit également dans l'architecture privée par la construction de vastes villas pourvues de belles mosaïques.

La région, jugée indéfendable, est abandonnée par les autorités impériales romaines en 285. La ville, communauté urbaine christianisée puis cité musulmane, continue d'être habitée pendant sept siècles. La dynastie idrisside, considérée comme fondatrice du Maroc, y est fondée au VIIIe siècle. Au XIe siècle le site est abandonné et la population est transférée à 5 km de là, vers la cité de Moulay Idriss Zerhoun.

La ville ne subit pas de déprédations conséquentes semble-t-il jusqu'à un tremblement de terre au milieu du XVIIIe siècle. Par la suite les ruines sont utilisées en particulier pour les constructions de Meknès.

Identifié tardivement au XIXe siècle, le site fait partie du patrimoine protégé du Maroc depuis 1921. Le site fait l'objet de fouilles archéologiques depuis le début du XXe siècle et la moitié en est dégagée à ce jour. La qualité des trouvailles et du site a abouti à son classement sur la liste du patrimoine mondial par l'UNESCO.

Géographie, géologie et toponymie[modifier | modifier le code]

Le nom de la ville, « très controversée »[2] vient du latin volubilis signifiant « qui a un mouvement giratoire, qui tourne » selon Félix Gaffiot[3]. Son nom berbère est Walili, Oualili, ou Walila[4] qui désigne la fleur de liseron ou le laurier-rose, particulièrement abondant aux abords de l'oued Khoumane[5]. La ville est relativement peu mentionnée dans les sources antiques et médiévales[6].

Le site se trouve à 30 km environ de Meknès et à 3 km de Moulay Idriss, et est proche d'un massif rocheux, le Zerhoun, haut de 500 à 800 m dont le grès et le calcaire ont fourni des matériaux de construction[7]. Le sol est en outre riche en marnes utilisées pour la poterie et les constructions en briques crues[8]. La ville elle-même se trouve à environ 390 m d'altitude, sur un plateau situé en surplomb de 60 m du plateau d'El Gaada[8]. Les versants du Zerhoun sont encore utilisés pour la pâture du bétail mais également pour la culture des céréales, l'implantation de vignes et d'oliveraies[8].

La région a un climat méditerranéen et bénéficie de pluies abondantes qui s'ajoutent aux sources pour assurer une disponibilité suffisante à une communauté urbaine de « plusieurs milliers d'habitants »[8].

Histoire[modifier | modifier le code]

Vue d'ensemble
Bassins lobés à mosaïques de la maison d'Orphée à Volubilis

Des origines à l'annexion par Rome[modifier | modifier le code]

Le site de Volubilis, avec « toutes les caractéristiques d'un refuge naturel, du type de l'éperon barré »[9] est occupé dès le Néolithique, mais il nait en tant qu'entité urbaine à l'époque maurétanienne aux IVe siècle av. J.-C.-IIIe siècle av. J.-C.[4] et se développe surtout au IIe siècle av. J.-C.. Les vestiges les plus anciens, essentiellement haches polies, meules et également polissoirs, sont rares et trouvés hors contexte[10].

Les Phéniciens puis les Puniques fréquentent très précocement les côtes africaines[11] à partir du Ier millénaire et leur civilisation pénètre l'intérieur des terres à partir de comptoirs, dont Lixus et Tanger[12]. Appartenant aux royaumes de Maurétanie, la cité est gérée dès le IIIe siècle av. J.-C. par des suffètes, des magistrats suprêmes, comme à Carthage et dans les villes punicisées[13]. Les techniques de constructions et les artefacts retrouvés soulignent cette même influence. Cependant la cité, comme la Maurétanie, combat Carthage aux côtés de Massinissa, allié des Romains[14]. Le roi Bocchus, à la charnière du 2e et du 1e siècle, fut également un allié de Rome contre Jugurtha. À la mort de Bocchus II le royaume est administré par Rome qui installe des vétérans[15].

La langue punique, attestée au IIe siècle av. J.-C., se maintient dans sa composante néo-punique[16] jusque sous Juba II[17], roi vassal de Rome et époux de Cléopâtre Séléné placé sur le trône en 25 av. J.-C. par Auguste[11]. Pendant son règne, Jérôme Carcopino pense que Volubilis fut une résidence royale. Ptolémée, son fils, lui succéda en 23 ap. J.-C[18].

La ville, qualifiée d'oppidum par Pline l'Ancien, se développera sur plus de 10 hectares. Elle fut protégée, sous le règne de Juba II, par une enceinte en brique crue, avec des maisons de même matière à l'intérieur.

Après l'annexion de la Maurétanie à l'Empire romain, un tumulus fut élevé sur l'angle Nord-Est de l'enceinte. C'est certainement un monument commémoratif érigé à la mémoire des soldats morts au cours de la guerre contre Aedemon. Dès avant la provincialisation de la Maurétanie Tingitane, Volubilis est une cité montrant des traits de romanisation : certains des magistrats comme le fameux Marcus Valerius Severus, portent des noms romains et sont inscrits dans la tribu romaine Galeria, ce qui indique l'obtention de la citoyenneté romaine[19].

Volubilis sous le contrôle direct de Rome[modifier | modifier le code]

En 42 ap. J.-C., l'Empire romain annexe le royaume de Maurétanie qui est divisé en Maurétanie Tingitane (de Tanger) à l'ouest et Maurétanie Césarienne à l'est, après l'assassinat sous l'ordre de l'empereur Caligula du roi maurétanien Ptolémée[11]. Volubilis se range alors résolument dans le camp des Romains en créant une milice qui contribue à l'anéantissement de la révolte contre l'Empire menée par Aedemon, affranchi de Ptolémée. Volubilis est récompensée de cette loyauté par l'empereur Claude qui lui attribue en 44[20] le statut de municipe romain : tous les habitants libres de Volubilis sont désormais des citoyens romains[19].

Volubilis devient dans l'Afrique romaine « l'élément le plus avancé du dispositif [faisant] face aux tribus semi-nomades », avec 3 camps associés et des tours[11].

Le mode de vie romain se diffuse du fait de l'adhésion des élites : un forum, quatre édifices thermaux publics et des maisons sont construits. Un aqueduc apporte l'eau des sources du Djebel voisin jusqu'à deux fontaines publiques, les thermes et les maisons. Deux puits et une citerne complètent ce réseau. Les maisons se couvrent de toits à double pente en tuiles romaines. Un temple avec ses lieux d'offrandes et de sacrifices se construit sur les pentes du tumulus.

Volubilis dans la Maurétanie Tingitane en 125

En 168-169, la construction est limitée par l'édification d'un rempart avec huit portes et une quarantaine de tours. Des édifices publics sont agrandis, d'autres sont bâtis. Des maisons richement décorées de mosaïques sont dotées de thermes privés. On trouve de nombreuses installations commerciales et artisanales. Un portique borde le decumanus maximus (voie principale) depuis la porte de Tanger jusqu'au-delà de l'Arc de Triomphe, dédié à Caracalla pour le remercier d'avoir accordé une remise des arriérés d'impôts à la province, remise connue par l'édit de Banasa[21]. Ces faveurs garantissent une grande prospérité pour les grandes familles, c'est une période de grands projets architecturaux qui marque l'apogée de la ville au début du IIIe siècle[22].

Vers 285, après la grave crise du troisième siècle, les autorités impériales romaines -armée et administration- décident d'évacuer la ville et toute la région au sud du Loukkos et de se replier sur Tanger. La province romaine est alors réduite de plus de moitié[22].

Les habitants « sont livrés à eux-mêmes »[23]. Le retrait des Romains se traduisit aussi par des changements de mode de vie. L'aqueduc n'était plus correctement entretenu et la ville se déplaça : les habitants abandonnèrent les parties hautes pour se rapprocher de la rivière.

L'invasion des Vandales, venus d'Espagne en 429, marqua la fin de la période romaine.

Après l'époque romaine[modifier | modifier le code]

Les ruines de Volubilis avec au fond à flanc de colline (la tache blanche) le village de Moulay Idris où se trouve le tombeau d'Idriss Ier

Le latin reste en usage dans la ville au VIIe siècle[22]. Vers 600, l'habitat se replie progressivement sur la pente ouest, à l'intérieur d'une enceinte[23] construite vers la fin du VIe siècle. Les fortifications sont prolongées du côté de l'oued Khoumane. On construit les nouvelles maisons et le nouveau rempart avec des blocs prélevés sur les édifices des autres quartiers.

En 681, la conquête islamique se répandit dans tout le Maghreb, mais Volubilis va cependant obtenir une certaine indépendance au VIIIe siècle à en juger d'après les monnaies préidrissides. Un quartier est occupé par les nouveaux maîtres du Maghreb au bord de l'oued[22].

En 789, Idrîs Ier, un descendant de Hasan surnommé Az-Zakî (vertueux) fils aîné d'`Alî et de Fâtima fille de Mahomet, s'enfuit pour échapper aux persécutions abbassides. Il s'installa à Volubilis, peut-être alors dominée par les Awraba, et la ville lui sert de base pour ses expéditions militaires dans le processus de création du royaume idrisside[22].

Avec la fondation de Fès par Idrîs II (808), Volubilis perd encore de son importance en abandonnant son rôle de capitale. En 818, Volubilis accueille des Andalous chassés de Cordoue. Ceux-ci s'installent en bordure de l'oued. La ville romaine sert de carrière pour les matériaux de construction. Les guides locaux racontent que le site n'a été complètement abandonné qu'après le séisme de 1755 à Lisbonne.[réf. nécessaire]

Le site est occupé de façon permanente jusqu'au XIe ou XIIe siècle[23].

Redécouverte, fouilles et mise en valeur du site[modifier | modifier le code]

Les ruines de la basilique en 1887, photographie de Henri Poisson de La Martinière (1859-1922)

Les ruines font l'objet des premières descriptions vers 1720 par le biais de gravures effectuées par des anglais dont l'un prisonnier de Ismaël du Maroc. Ces gravures laissent entendre une dégradation des vestiges du fait du tremblement de terre de 1755[24].

En 1871, le diplomate et archéologue français Charles Tissot visite le site et y travaille à des relevés. Son collègue Henri de la Martinière y procède à des fouilles et à des relevés en 1888 et en septembre-octobre 1889[25] dans des conditions de sécurité difficiles (présence de groupes d'insoumis armés rebelles au Sultan, troupes du « sultan de Fès » absentes du territoire). Il en rapporte 34 estampages d'inscriptions dont deux grecques et un plan de la ville romaine; ainsi que les premières photos en absolu du site et des monuments de Volubilis (voir l'Album La Martinière sur Gallica.bnf)[24].

La cité a été ensuite partiellement fouillée à partir de 1915, sous le protectorat français : le site de l'arc et de la basilique est dégagé en particulier par l'apport de la main-d'œuvre constituée par des prisonniers allemands[24]. En octobre 1915 la direction des fouilles est confiée à Louis Châtelain, directeur du Service des antiquités du Maroc auquel succède Raymond Thouvenot dans les années 1930. Alors que les premières fouilles s'intéressaient au centre monumental, le second s'intéressa aux fouilles des demeures. Avec l'Indépendance, les fouilles sont réalisées par des archéologues marocains et des collaborations étrangères, et s'intéressent au quartier tardif[24].

Aujourd'hui, ce sont 40 hectares de vestiges qui s'étendent au milieu des oliveraies et des champs, les zones fouillées représentent moins de la moitié du site. Quelques monuments prestigieux ont été restaurés pendant le XXe siècle. La qualité de conservation remarquable des mosaïques et l'exceptionnelle préservation du site ont incité l'UNESCO à le classer au patrimoine mondial de l'humanité.

Plan général et infrastructure de la ville[modifier | modifier le code]

La cité occupe un « plateau triangulaire, facile à défendre »[5]. La cité primitive, selon certains auteurs derrière André Jodin, était située sur un éperon au-dessus de l'oued dans le quartier est[17], cependant les vestiges qualifiés alors d'enceinte hellénistique sont d'époque romaine selon les études stratigraphiques les plus récentes[26]. La zone la plus anciennement occupée est sans doute dans le quartier central et sud du site archéologique[27]. Les archéologues ont dégagé un vestige de rempart de briques crues sous le tumulus et le temple C, cependant son tracé général reste inconnu[26]. Un quartier neuf destiné aux vastes demeures patriciennes est bâti au nord-est du site au Ier siècle[22].

La cité a compté jusqu'à 12 000 habitants[20].

Édifices politiques[modifier | modifier le code]

Forum[modifier | modifier le code]

Le forum avait lors de son expansion maximale 1 300 mètres carrés consacrés aux fonctions politiques et religieuses. En outre, il y avait nombre de statues d'empereurs et des dignitaires locaux, dont subsistent uniquement les piédestaux. Les constructions publiques de Volubilis antérieures au IIIe siècle sont peu connues, car les monuments visibles actuellement furent bâtis sur leurs fondations.

Deux constructions publiques importantes du site possèdent des vestiges importants et sont emblématiques du site, la basilique et le Capitole qui sera évoqué dans les constructions à finalité religieuse mais dont il ne faut pas omettre l'aspect politique.

La basilique a été pour sa part utilisée pour l'administration de justice et le gouvernement de la ville. Achevée pendant le règne de Macrin au début du IIIe siècle, c'est une des basiliques romaines les plus remarquables de l'Afrique romaine. Elle a probablement pris modèle sur celle de Leptis Magna dans l'actuelle Libye.

La construction, qui possédait à l'origine deux étages, avait 42,2 mètres de long et une largeur de 22,3 mètres. L'intérieur du bâtiment est dominé par deux rangées de colonnes encadrant les absides à chaque extrémité où les magistrats prenaient place. Le mur extérieur de la basilique domine la place du forum où se tenaient les marchés.

Arc de Caracalla[modifier | modifier le code]

Les ruines de l'arc de triomphe en 1887, photographie de Henri Poisson de La Martinière (1859-1922)

L'Arc de Caracalla est un des éléments emblématiques du site de Volubilis, localisé à l'extrémité de l'axe principal de la ville, le Decumanus maximus. Il a été construit en 217 par le gouverneur de la ville, Marcus Aurelius Sebastenus, pour honorer l'empereur Caracalla et sa mère Julia Domna. Caracalla était issu de la dynastie africaine des Sévères et avait récemment étendu la citoyenneté romaine à l'ensemble des hommes libres de l'Empire. L'arc ne fut pas achevé avant la mort de l'Empereur, assassiné par Martialis et Macrin lui succéda.

L'arc est construit en pierre locale et était à l'origine couronné par un groupe statuaire de bronze figurant un char tiré par six chevaux. Au pied de l'arc on trouvait des statues de nymphes versant de l'eau dans des bassins de marbre. Caracalla et Julia Domna étaient représentés dans des médaillons qui ont été martelés lorsque ces derniers ont été victimes de la Damnatio memoriæ. Le monument a été fortement restauré par les archéologues français entre 1930 et 1934, même si cette restauration est incomplète et son exactitude discutée.

L'inscription figurée sur l'arc a été reconstruite à partir des fragments signalés par Windus en 1722, et qui avaient été dispersés. L'inscription se développe ainsi :

«  IMPERATORI CAESARI MARCO AVRELLIO ANTONINO PIO FELICI AVGVSTO PARTHICO MAXIMO BRITTANICO MAXIMO GERMANICO MAXIMO PONTIFICI MAXIMO TRIBVNITIA POTESTATE XX IMPERATORI IIII CONSVLI IIII PATRI PATRIAE PROCONSVLI ET IVLIAE AVGVSTAE PIAE FELICI MATRI AVGVSTI ET CASTRORVM ET SENATVS ET PATRIAE RESPVBLICA VOLVBILITANORVM OB SINGVLAREM EIVS ERGA VNIVERSOS ET NOVAM SVPRA OMNES RETRO PRINCIPES INDVLGENTIAM ARCVM CVM SEIVGIBVS ET ORNAMENTIS OMNIBVS INCOHANTE ET DEDICANTE MARCO AVRELLIO SEBASTENO PROCVRATORE AVGVSTI DEVOTISSIMO NVMINI EIVS A SOLO FACIENDVM CVRAVIT »

Édifices religieux[modifier | modifier le code]

Les vestiges du Capitole se tiennent toujours derrière la basilique, et un autel est présent dans la cour qui lui fait face. Le temple possédait une simple cella. Le bâtiment était essentiel à la vie civique locale, car il était consacré aux trois divinités principale du panthéon romain, Jupiter, Junon et Minerve. Des assemblées civiques se tenaient devant le temple pour implorer l'aide des dieux ou les remercier pour des succès dans des entreprises civiques comme lors des guerres. La disposition du temple, faisant face au mur arrière de la basilique, est quelque peu inhabituelle et il a été suggéré qu'il peut avoir été construit au-dessus d'un lieu saint existant. Une inscription trouvée en 1924 rapporte qu'il a été reconstruit en 218.

Il a été en parti reconstitué en 1955 et une restauration plus substantielle a eu lieu en 1962, avec une reconstruction de 10 des 13 marches de l'escalier, des murs de la cella et les colonnes. Il y avait quatre lieux saints plus petits dans l'enceinte du temple, dont l'un était consacré à Vénus.

Il y avait cinq autres temples dans la ville, dont le plus important est temple B supposé temple de Saturne qui se trouve sur le côté oriental de Volubilis et a été utilisé du Ier au IIIe siècle ap. J.-C[17]. Il semble avoir été construit au-dessus d'un temple[26] punique consacré probablement à Ba'al Hammon, selon un modèle connu selon les travaux de Marcel Le Glay. Le sanctuaire possède un mur qui l'entoure et délimite le téménos, ainsi qu'un portique à trois côtés. À l'intérieur de cette enceinte sacrée on trouve un petit temple avec une cella construite sur un podium peu élevé. Des stèles et des ossuaires ont été retrouvés dans une grande favissa[17]. L'identification de ce sanctuaire ne fait pas l'unanimité. Michel Ponsich évoque une divinité locale[17].

Le temple dit anonyme, situé à proximité du capitole, est pour sa part daté du IIIe siècle av. J.-C. et a été détruit au Ie siècle av. J.-C. Il faisait environ 40 m de côté et il « devait être à ciel ouvert ». Deux temples jumelés en tuf au nord-ouest du forum et deux temples G et H dont l'un possède un podium de 75 m2[26].

Nécropoles et édifices funéraires[modifier | modifier le code]

Les archéologues ont retrouvé des vestiges d'un mausolée pré-romain dans la maison de l'éphèbe, composé d'une antichambre et d'une chambre de 9 m2. Il y avait sans doute une nécropole dans cette partie de la ville, comme en témoignent des stèles puniques découvertes à proximité [26].

Édifices de loisirs[modifier | modifier le code]

On a retrouvé plusieurs établissements de bain : quatre d'époque romaine avec un hypocauste, et un hammam de la période arabe.

Volubilis a aussi possédé plusieurs ensembles de bains publics. On peut toujours voir quelques mosaïques dans les bains dits de Gallien car refaits à l'initiative de cet empereur dans les années 260. Les thermes du Nord étaient les plus grands de la ville, couvrant une zone d'environ 1 500 m3. Ils ont été sans doute construits pendant le règne d'Hadrien.

Édifices à vocation industrielle et commerciale[modifier | modifier le code]

L'activité antique de la cité est visible par le nombre élevé d'huileries et de boulangeries identifiées.

Maisons privées[modifier | modifier le code]

Les maisons privées dégagées à Volubilis vont des hôtels particuliers richement décorés aux simples bâtisses comportant deux pièces et construites de brique et de boue séchée, et destinées aux habitants les plus pauvres de la ville.

La richesse de la ville est assurée par les vestiges des maisons des habitants les plus riches, dont certaines conservent de belles et grandes mosaïques in situ. Elles ont été nommées par les archéologues d'après les motifs de leurs mosaïques principales, ou d'autres découvertes.

Quelques maisons permettent de bien percevoir le plan de ces grandes demeures romaines avec leur atrium et impluvium.


La Maison d'Orphée dans la partie du sud de la ville prend ainsi son nom de la grande mosaïque dépeignant Orphée jouant sa harpe face à un public d'arbres, d'animaux et d'oiseaux. Selon Paul Mac Kendrick, la mosaïque est plutôt ingénument exécutée, car les animaux sont tous de tailles différentes et avec le visage dans des directions différentes sans relation avec la figure d'Orphée. Il semble que le mosaïste ait simplement copié des modèles sans essayer d'intégrer les divers éléments. La mosaïque est située au centre du triclinium, la salle à manger, où les convives se tenaient allongés dans des banquettes le long des murs et pouvaient l'admirer. On peut voir d'autres mosaïques dans l'atrium, dont une comportant Amphitrite dans un char tiré par un hippocampe et accompagnée par d'autres créatures marines. Une pièce de la cour principale possède une mosaïque comportant un dauphin, considéré par les Romains comme un animal chanceux.

La Maison de l'Athlète ou du Desultor, située près du forum, contient une mosaïque pleine d'humour d'un athlète ou d'un acrobate conduisant à l'envers un âne et en tenant une coupe. Il représente sans doute un Silène.

Le nom de la maison de l'Éphèbe provient d'une statue de bronze trouvée là. Elle comporte une cour intérieure et certaines pièces sont pourvues de mosaïques, dont une description de Bacchus dans un char tiré par des léopards.

La Maison du Chevalier possède également une mosaïque de Bacchus, montrant cette fois la divinité accompagnée d'Ariane. La maison tire son nom d'une statue de bronze d'un cavalier trouvée ici en 1918, et qui est maintenant exposée au musée archéologique de Rabat. La maison était vaste avec environ 1 700 mètres carrés et contenait un espacé destiné aux activités commerciales, huit ou neuf magasins ouvrant sur la route et un grand complexe destiné aux olives.

Dans la Maison des travaux d'Hercule, la mosaïque principale montre les douze tâches que le demi-dieu a dû réaliser en guise de pénitence pour avoir tué sa femme et ses enfants. La mosaïque est supposée avoir été créée lors du règne de l'empereur Commode, qui s'est identifié à la divinité. Jupiter, son amant Ganymède et les quatre saisons sont les sujets d'une autre belle mosaïque de la maison, qui, avec 41 pièces couvraient une zone de 2 000 mètres carrés.

La construction dénommée Palais de Gordien est la plus grande construction de la ville et probablement la résidence du gouverneur plutôt que celle de Gordien III. Elle a été reconstruite au milieu du IIIe siècle. Deux maisons séparées ont été utilisées afin de créer un complexe de 74 pièces avec des cours et des salles d'eau privées aux fonctions domestiques mais aussi officielles. Le bâtiment a aussi incorporé un ensemble d'une douzaine de magasins derrière une colonnade et un complexe de trois presses d'huile d'olive, avec en outre un lieu de stockage dans l'angle nord-est du complexe. En dépit de cette importance, il reste peu de vestiges de cette splendeur, quelques maigres mosaïques subsistent seulement. Les sols semblent avoir été décorés surtout avec de l'opus sectile plutôt que des mosaïques. Les découvertes épigraphiques faites dans le palais témoignent du déclin de la cité et de la chute finale. En effet, une série de traités sont signés avec les chefs berbères locaux, nombre qui augmente au fur et à mesure que la ville est devenue plus vulnérable et les membres d'une tribu prennent plus d'assurance. Au temps du dernier traité, juste quelques années avant la chute de la ville, les chefs berbères étaient traités comme des égaux de Rome, et cela est un signe de la perte de pouvoir de Rome dans la région.

Les deux derniers autels inscrits retrouvés, de 277 et 280, évoquent "une paix fédérée et durable", vœu pieux car Volubilis est tombée seulement quelque temps plus tard.

La Maison de Vénus, du côté oriental de la ville, était une des résidences les plus luxueuses de la cité. Elle possédait ses propres bains privés et un intérieur richement décoré, avec de superbes mosaïques datant du IIe siècle après J.-C. et exposant des scènes animales et mythologiques. Il y avait des mosaïques dans sept couloirs et huit pièces. La cour centrale contient une mosaïque décrivant une course imaginaire de chars de course dans un hippodrome, chars tirés des paons, des oies et des canards. La mosaïque de Vénus qui a donné son nom à la maison a été emmenée à Tanger, mais dans une pièce contigüe se trouve toujours une mosaïque montrant Diane surprise par Actéon. La divinité furieuse, le transforme en cerf et Actéon meurt déchiré par ses propres chiens et rendus fous de rage par la déesse. Actéon est montré alors que les cornes commencent à pousser sur sa tâte. La maison semble avoir été détruite quelque temps après la chute de la ville vers 280, une des mosaïques (Cupidon donnant du grain aux oiseaux) semble avoir eu un feu brûlant directement sur elle. La construction a peut-être été occupée par des squatters.

Découvertes effectuées sur le site[modifier | modifier le code]

Mosaïques[modifier | modifier le code]

Les vestiges les plus spectaculaires sont les très nombreuses mosaïques ornant le sol des riches demeures. Leur conservation pose toutefois problème : auparavant protégées, elles sont désormais exposées au soleil, au vent et aux visiteurs qui peuvent les fouler librement.

En 1965, 3 mosaïques provenant du site de Banasa (l'ancienne colonie romaine Julia Valentia Banasa située sur une voie romaine de la Maurétanie Tingitane, au Nord-Ouest du pays) ont été ajoutées aux vestiges conservés à Volubilis.

Autres découvertes[modifier | modifier le code]

En 1946, les fouilles ont permis de trouver des bustes de bronze dont l'un figure Caton d'Utique.

La maison de Vénus est aussi le lieu de la découverte en 1918 d'un des artefacts les plus notables découverts à Volubilis, un buste de bronze de qualité remarquable représentant Caton, et qui est maintenant exposé au Musée archéologique de Rabat. Lorsqu'il fut découvert par les archéologues, il était toujours sur son piédestal original. Le buste a été daté du temps de Néron ou Vespasien et c'est peut-être une copie d'un buste créé du temps du vivant de Caton ou peu après.

Il a été identifié comme l'orateur du fait d'une inscription. Un autre buste d'un prince hellénistique a été trouvé dans une boulangerie de l'autre côté de la rue, il date de la même époque que celui de Caton et semble provenir également de la maison de Vénus. Un piédestal vide dans une autre pièce peut aider à suggérer ce fait. Le buste, qui est également exposé à Rabat, est habituellement identifié comme Juba II mais il pourrait tout autant représenter Hiéron II de Syracuse, Cléomène III de Sparte, Juba Ier de Numidie ou Hannibal Barca.

Volubilis attire de nombreux visiteurs. Le site est classé patrimoine universel par l'UNESCO.

Expositions[modifier | modifier le code]

  • MuCEM de Marseille : Splendeurs de Volubilis, Bronzes antiques du Maroc et de la Méditerranée jusqu'au 25 août 2014.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [PDF] « Décret no 2-08-520 du 28 chaoual 1429 (28 octobre 2008) fixant la liste des cercles, des caïdats et des communes urbaines et rurales du Royaume ainsi que le nombre de conseillers à élire dans chaque commune », Bulletin officiel du Royaume du Maroc, no 5684,‎ 20 novembre 2008, p. 1600 (ISSN 0851-1017, lire en ligne)
  2. Panetier et Limane 2002, p. 18.
  3. Félix Gaffiot, Dictionnaire français-latin, Paris, Hachette,‎ 1934 (lire en ligne), p. 1692
  4. a et b Lipinski 1992, p. 493.
  5. a et b Prévot et al. 2006, p. 314.
  6. Voir les diverses mentions dans Panetier et Limane 2002, p. 18-20.
  7. Panetier et Limane 2002, p. 11.
  8. a, b, c et d Panetier et Limane 2002, p. 13.
  9. Panetier et Limane 2002, p. 17.
  10. Panetier et Limane 2002, p. 17-18.
  11. a, b, c et d Panetier et Limane 2002, p. 23.
  12. Panetier et Limane 2002, p. 31.
  13. Selon l'inscription dites des suffètes, datée de 150 à 50 av. J.-C. et étudiée par James Germain Février selon Panetier et Limane 2002, p. 37.
  14. Panetier et Limane 2002, p. 32.
  15. Panetier et Limane 2002, p. 33.
  16. Panetier et Limane 2002, p. 37.
  17. a, b, c, d et e Lipinski 1992, p. 494.
  18. Panetier et Limane 2002, p. 35.
  19. a et b Jacques Gascou, Michel Christol, « Volubilis, cité fédérée ? », MEFRA, 92-1, 1980, p. 329-345 Lire en ligne
  20. a et b Golvin 2003, p. 128.
  21. Michel Christol, Regards sur l'Afrique romaine, Paris, 2005, p. 18.
  22. a, b, c, d, e et f Panetier et Limane 2002, p. 24.
  23. a, b et c Panetier et Limane 2002, p. 15.
  24. a, b, c et d Panetier et Limane 2002, p. 27.
  25. Henri de La Martinière, « Lettre du chargé d'une mission archéologique au Maroc, communiquée par M. Héron de Villefosse », Comptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, vol. 34, no 1,‎ 1890, p. 23-25 (lire en ligne)
  26. a, b, c, d et e Panetier et Limane 2002, p. 39.
  27. Panetier et Limane 2002, p. 21.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux ou sur la Tingitane[modifier | modifier le code]

  • Jean-Claude Golvin, L’Antiquité retrouvée, Paris, Errance,‎ 2003 (ISBN 287772266X) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Edward Lipinski, Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique, Paris, Brépols,‎ 1992 (ISBN 2503500331) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Françoise Prévot, Jean-Louis Voisin, Philippe Blaudeau et Leila Najar, L'Afrique romaine : 69-439, Atlande, collection Clefs concours,‎ 2006 (ISBN 2350300021)
  • Ahmed Siraj, L'image de la Tingitane : L'historiographie arabe médiévale et l'Antiquité nord-africaine, Palais Farnèse, Collection de l'École française de Rome,‎ 1995

Ouvrages sur la cité[modifier | modifier le code]

  • Robert Étienne, Le Quartier Nord-Est De Volubilis, Paris,‎ 1960
  • Hassan Limane, Abdelkader Chergui et Abdelfatah Ichkhakh, Volubilis : de mosaïque à mosaïque, Casablanca-Aix-en-Provence,‎ 1998
  • Armand Luquet, Volubilis : les travaux et les jours d'une cité du Maroc antique, Tanger, Éditions marocaines et internationales,‎ 1972?
  • Jean-Luc Panetier et Hassan Limane, Volubilis : une cité du Maroc antique, Paris, Maisonneuve & Larose-Malika,‎ 2002 (ISBN 2706816120)
  • Raymond Thouvenot, Volubilis, Paris, Les Belles Lettres,‎ 1949
  • Myriame Morel-Deladalle (directrice), Splendeurs de Volubilis, Bronzes antiques du Maroc et de Méditerranée, catalogue de l'exposition, Actes-Sud, 189.p.

Articles sur la cité[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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