Boulangerie

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Boulangerie : le lieu de vente
L'atelier artisanal

Une boulangerie est un type de commerce de détail de fabrication et de vente de pain. Cette activité, du fait de son importance dans l'alimentation, a été l'objet de bien des attentions de la part des gouvernés et gouvernants. Son évolution est souvent significative de l'évolution de la société : urbanisation, impôts, réglementations, recherche scientifique, industrialisation, emprise du marketing, etc.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le boulanger est un terme d'origine picarde, apparu sous la forme de bolengarius et bolengerius (en latin médiéval), boulenc en ancien picard, pour prendre sa forme française actuelle vers 1299. C'est celui qui fabrique les pains ronds. L'usage de ce mot a éliminé progressivement dans la langue française celui de talmelier, de pesteur (pistor, celui qui pétrit) et de panetier (que l'on retrouve en italien, panattiere, et en espagnol, panadero).

L'action de fabriquer puis le lieu de fabrication est devenue boulenguerie, attesté en 1314, boulengerie en 1611 et boulangerie en 1680[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Émergence d'un métier[modifier | modifier le code]

Durant l'antiquité, en Égypte ou en Grèce par exemple, des ventes de pain sont constatées dans les marchés, montrant l'existence d'une activité boulangère. Avec la civilisation romaine, les notables romains s'attachent les services de boulangers grecs dans leur villa, l'importance du pétrissage est mise en exergue, un collège de meunerie-boulangerie est créé à Rome[2].

En Europe, la profession boulangère apparaît plus nettement en milieu urbain durant le VIIIe siècle, avec le renouveau des grandes cités et le développement de communautés religieuses. Les pétrins mécaniques n'existent pas, bien entendu (bien qu'un pétrin actionné par un cheval ait été représenté quelques siècles plus tôt sur le tombeau d'un maître boulanger de Rome, Eurizaces), et le pétrissage du pain est astreignant, avec le plus souvent un ouvrier spécialisé sur cette seule tâche, le gindre ou geindre[3](issu de junior ou juvenis, le jeune apprenti[4]), alors que le fournier[5],[6] est chargé de la cuisson[note 1]. Mais pour beaucoup de ménages, en ville, et la quasi-totalité des foyers en campagne, la fabrication du pain reste une activité domestique[6]. Le pain est devenu une nourriture de base[7], même si la pâtisserie a sans doute existé avant le pain[2]. La profession de boulanger, appelé encore talmelier[6](le boulanger tamise lui - même sa farine) ou pesteur (du latin pistor, celui qui pétrit la pâte) ou encore panetier, est organisée en corporation, ses pratiques sont contrôlées, ses prix sont surveillés, son activité est taxée[7].

Maturité et importance sociale d'une profession au XVIIIe siècle et XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Boulangerie de Monsieur Lloyd en 1943, rue Wellington à Verdun (Montréal).

Les techniques de panification se diversifient d'une région à l'autre en Europe, variant par la levure, la mouture de la farine, la cuisson. Au XVIIIe siècle, l'apparition, puis la généralisation de pains longs fendus, avec une croûte dorée et croustillante (la grigne[8]), est une des caractéristiques de l'histoire du pain français[9]. À partir de 1750, plusieurs scientifiques s'intéressent aux techniques meunières et boulangères. Giacomo Bartolomeo Beccari étudie notamment les propriétés du gluten. Paul-Jacques Malouin publie en 1767 l'Art du meunier du vermicelier et du boulanger. Antoine Parmentier complète cet ouvrage - et le contredit sur quelques points - en publiant à son tour en 1780 un livre intitulé Le parfait Boulanger, qu'il lit à l'Académie des Sciences[9]. Antoine Parmentier crée ensuite, avec le concours d'Antoine-Alexis Cadet de Vaux, une école gratuite de boulangerie, à Paris.

Dans Paris, avant et pendant la Révolution de 1789, la production boulangère est un point de crispation sociale, du fait de son importance dans l'alimentation. La boulangerie est certes un métier important, mais les boulangers sont enviés et impopulaires, suspectés de spéculation sur le prix de la farine. Les magasins doivent être grillagés. Les 5 et 6 octobre 1789, une marche des femmes des faubourgs parisiens sur Versailles, ramenant à la Capitale la famille royale, s'effectue, dit-on, au cri de : «Nous ramenons le boulanger, la boulangère et le petit mitron»[10],[note 2]. Et le 21 octobre 1789, un boulanger est lynché[11]. En 1801, l'administration napoléonienne impose des réserves de farines, réduit le nombre de boulangeries, et tente de réglementer strictement le prix du pain. Les boulangers réagissent en développant une vaste gamme de pains fantaisie, attractifs et échappant aux catégories administratives. Soucieux du moral de ses armées, le pouvoir crée également des boulangeries itinérantes, munies de fours métalliques, permettant la cuisson de pain pour les soldats, ce qui propage le pain à la mode française, relativement blanc, à travers toute l'Europe[12].

La France compte déjà, sous le Premier Empire, douze mille boulangeries pour vingt-huit millions d'habitants, malgré de nombreux fours ruraux encore en activité[13]. Pour soulager les artisans boulangers sur le pétrissage, des prototypes de pétrins mécaniques sont testés un peu partout, notamment en Autriche, en Italie et en France. En 1811, Hyacinthe Lembert obtient un prix de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, pour une machine capable de pétrir la pâte, inventée dès 1796. Cette machine encore limitée, la lembertine, n'obtient pas le succès escompté, mais elle ouvre la voie à une mécanisation, favorisée également par une exigence de plus en plus forte sur l'hygiène[12].

La hantise de la faim disparait progressivement et les pays occidentaux connaissent une croissance soutenue, facilitée par la fin des conflits de l'ère napoléonienne. L'activité boulangère se renouvèle dans ces pays, en innovant sur les produits, mais aussi en connaissant des effets de mode : dans les années 1820, ce sont les pains anglais et, dans les années 1830, les produits de la boulangerie autrichienne. Un étudiant autrichien, August Zang, fonde d'ailleurs à Paris la Boulangerie viennoise, au 92 rue de Richelieu, et y propose notamment le pain viennois, fait à partir de gruau de Hongrie, et des croissants. Les minoteries introduisent également des marques de farine[12].

Dans un de ses ouvrages consacrés au pain[14], Claude Thouvenot rapporte qu'en 1895, un curé, se nourrissant de pain bis, se procurait du pain blanc pour «donner à ses pauvres». N'ayant pu, un jour, se fournir en pain blanc, il offre un morceau de son pain bis personnel à un mendiant et se voit répondre : « Monsieur, gardez votre pain ! L'ouvrier sans travail est déjà assez malheureux pour ne pas recevoir l'injure d'être comparé à une bête, car c'est du pain de chien que vous me donnez là ! ». Jusqu'au milieu du dix-neuvième siècle, le pain blanc, fabriqué en boulangerie, est une nourriture de riches, ayant les moyens de s'offrir d'autres aliments, et choisissant ce pain par snobisme. Mais progressivement, ce pain blanc, symbole de réussite sociale, est revendiqué par les moins nantis. À un aliment ayant une réelle valeur nutritionnelle, le pain bis, se substitue ainsi dans les habitudes alimentaires (particulièrement en France, beaucoup moins par exemple dans les pays anglo-saxons) une denrée élégante d'accompagnement des plats.

Désaffection des consommateurs et réaction de la profession[modifier | modifier le code]

La consommation quotidienne française de pain, de 450 grammes en 1880, passe à 170 grammes un siècle plus tard[15], et se place dans la moyenne des pays européens. Malgré les évolutions techniques, la désaffection pour le pain provoque, dans le dernier tiers du XXe siècle, la fermeture de nombreuses boulangeries artisanales en France. Cinquante mille boulangeries existaient encore en 1960, pour quarante-cinq millions d'habitants. Elles ne sont plus, en 2012, que trente-cinq mille pour soixante-six millions d'habitants. Ces boulangeries artisanales se trouvent confrontées également à la grande distribution, mais les boulangeries artisanales résistent mieux que d'autres commerces alimentaires, les boucheries par exemple. Elles résistent en suscitant des lois réglementant la fabrication du pain et en retournant à leur fournil pour tenter de retisser le lien avec les attentes des consommateurs. Lionel Poilâne en est un des exemples, avec sa miche au levain renouant avec la tradition. Les pains spéciaux se multiplient[16]. Des «appellations protégées» sont également mises en place. Un pain de tradition française est défini par un décret de 1993, réagissant à l'arrivée de pâtes surgelées livrées pour être cuites dans des établissements devenus des terminaux de cuisson, sans rapport avec la boulangerie artisanale traditionnelle[17]. Et, à partir de 1997, le terme de boulangerie est réservé aux seuls boulangers sélectionnant eux-mêmes leurs farines, pétrissant leur pâte et cuisant leurs pains[18].

Chiffres-clés[modifier | modifier le code]

La consommation de pain se situe en France en 2007 à 138 grammes en moyenne par jour et par personne[19], et se situe dans la moyenne européenne. Les plus gros consommateurs de pain en Europe restent les Allemands[20], avec une très grande diversité de l'offre dans ce pays, du pain noir au pain de seigle, en passant par le pain d’orge : plus de 3 000 variétés de pains y sont répertoriées[21].

La fabrication de pain en France se répartit ainsi[19] :

  • Boulangerie artisanale : 64,7 %
  • Boulangerie industrielle (hors exportation) : 23,7 %
  • Ateliers de boulangerie en grandes surfaces : 9,7 %
  • Importations de pain : 1,8 %
  • Secteur public (administrations publiques, collectivités locales…) : 0,1 %

Concernant toujours la production, la boulangerie artisanale française se maintient face aux entreprises industrielles et aux grandes surfaces. Il subsiste plus de 33 000 boulangeries en France qui génèrent un chiffre d’affaires annuel de plus de 7 milliards d’euros hors taxes[19], à comparer à 14 000 en Allemagne[21]. En Allemagne, la boulangerie artisanale et industrielle emploie environ 290 000 salariés et 29 000 apprentis, pour 140 000 salariés et 20 000 apprentis en France. Un patron allemand de ce secteur a en moyenne une vingtaine de salariés pour 4 en France[22].

En prolongeant la comparaison entre la France et l'Allemagne, l'Allemagne a un réseau de 44 000 points de vente pour 35 000 en France[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Fournier est devenu un des patronymes les plus répandus en France
  2. Le terme de mitron est utilisé dès 1610 pour les garçons boulangers et provient de la forme de leur bonnet, selon Alain Rey (Dict. historique de la langue française, p. 2225).

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Par date de parution décroissante.

Articles de journaux[modifier | modifier le code]

Par date de parution décroissante.

  • Patrick de Jacquelot, « Au palais des Delhi-catesses : L’Opéra, la boulangerie à la française en Inde. », Les Échos,‎ 30 mai 2014 (lire en ligne).
  • AFP, « Un boulanger de Moselle remporte le concours Lépine », Libération,‎ 11 mai 2014 (lire en ligne).
  • Camille Labro, « Le pain super star », Le Monde,‎ 25 octobre 2013 (lire en ligne).
  • Romeo Fratti, « Le pain allemand candidat au patrimoine de l’Unesco », La Croix,‎ 11 juillet 2013 (lire en ligne).
  • Vingtras, « Le boulanger, la boulangère et le petit mitron », Mediapart,‎ 6 octobre 2012 (lire en ligne).
  • Mathilde Laurelli, « Un croissant sur deux serait industriel dans les boulangeries », L'Express,‎ 27 juin 2012 (lire en ligne).
  • Théodore Mareschal, « Le pain, une fierté nationale. », Le Point,‎ 6 mars 2012 (lire en ligne).
  • Karine Albertazzi, « La baguette, ce pain quotidien prisé des Parisiens. », Le Point,‎ 26 mars 2010 (lire en ligne).
  • Steven Kaplan, « Boulangers, ne laissez pas tomber le pain français ! ! Non à une croûte moins croustillante et plus américanisée. », Le Monde,‎ 3 mai 2009 (lire en ligne).
  • Rédaction L'Express en collaboration avec l'Agence pour la création d'entreprises, « Boulangerie, pâtisserie artisanale », L'Express,‎ 1er octobre 2004 (lire en ligne).
  • Steven Kaplan, « Raffarin au fournil », Le Monde,‎ 16 mai 2002 (lire en ligne).
  • Corinne Scemama, « Le pain se refait un marché », L'Express,‎ 11 février 1999 (lire en ligne).
  • Acacio Pereira, « L'appellation « boulangerie » plus strictement définie », Le Monde,‎ 3 janvier 1997 (lire en ligne).
  • Rédaction Le Monde, « La définition légale du " pain de tradition française " Vive la vraie baguette ! », Le Monde,‎ 25 août 1993 (lire en ligne).
  • Claude Sarraute, « La flaveur du pain », Le Monde,‎ 27 octobre 1989 (lire en ligne).
  • Gérard Delessard, « Ah ! la baguette », Le Monde,‎ 4 juin 1988 (lire en ligne).
  • Rédaction Le Monde, « Pains d'art et d'essai », Le Monde,‎ 9 avril 1988 (lire en ligne).
  • Rédaction Le Monde, « Un siècle et demi de boulangerie », Le Monde,‎ 14 décembre 1960 (lire en ligne).

Webographie[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

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