Ariane (mythologie)
Ariane ou, selon l'ancienne graphie, Ariadne (en grec ancien Ἀριάδνη / Ariádnê), est, dans la mythologie grecque, la fille du roi de Crète Minos (fils de Zeus et d'Europe) et de Pasiphaé. Sœur de Glaucos, Catrée, Androgée, Acacallis, Deucalion, Phèdre et Xénodicé, c'est aussi la demi-sœur du Minotaure (Poseïdon lança un sort à Pasiphaé, la rendant folle amoureuse d'un taureau).
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Mythe [modifier]
Ariane, princesse mortelle [modifier]
Ariane est évoquée incidemment dans l’Iliade où elle reçoit l'épithète de καλλιπλόκαμος, aux belles boucles[1], et où elle est présentée non comme une déesse, mais comme une princesse mortelle. Séduite par Thésée, elle aide celui-ci à s'échapper du labyrinthe. C'est en effet le secours qu'elle apporte à Thésée qui permet à ce dernier d'obtenir la victoire sur le Minotaure : contre la promesse de l'épouser, elle lui fournit un fil qu'il dévide derrière lui afin de retrouver son chemin. Mais, après avoir tué le Minotaure, le héros l'abandonne sur l'île de Naxos.
À partir de là, les versions divergent tant pour ce qui concerne la cause de la conduite de Thésée que pour le sort ultérieur d'Ariane.
Dans une version, elle quitte finalement l'île pour suivre le dieu Dionysos, qui l'emmène à Lemnos. Elle eut de lui plusieurs enfants dont Céramos, Thoas, Œnopion, Eurymédon, Phlias, Préparathos et Staphylos. Selon d'autres traditions, elle mourut de chagrin ; selon Homère, elle fut tuée à Naxos d'une flèche d'Artémis, sur ordre de Dionysos, jaloux, sans avoir eu d'enfants de lui. La version homérique a été reprise par Jean Racine dans ces fameux vers[2] :
« Ariane, ma sœur, de quel amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! »
Une autre version présente l'abandon d'Ariane comme l'obligation, à cause d'une tempête sur le bateau au moment où Thésée s'y trouve, de devoir partir pour ne pas perdre tout l'équipage ; cet abandon forcé serait la cause de l'oubli de Thésée de changer les voiles de son navire. Celles-ci auraient dû être remplacées par des voiles blanches si le héros avait triomphé. Un brouillard vient entourer le bateau et troubler la mémoire de Thésée, châtiment envoyé par les dieux pour sa trahison.
Égée, père du héros, guette le retour du navire. En apercevant les voiles noires, signe de deuil et d'échec contre le Minotaure, il se jette dans la mer qui désormais porte son nom. C'est donc en héros endeuillé, malgré sa victoire contre le monstre, que Thésée revient dans son royaume.
Une troisième version de mythographes plus anciens prétend encore que Thésée et Ariane auraient trouvé refuge sur l'île de Dia à la suite d'une tempête. Athéna serait apparue à Thésée pour lui apprendre qu'Ariane est promise à Dionysos et que par conséquent, il doit renoncer à elle. C'est le cœur déchiré que Thésée quitte Ariane et oublie de changer les voiles de son navire. Par ailleurs, Aphrodite serait apparue à Ariane pour la réconforter en lui annonçant la nouvelle de ses noces proches et la coiffer d'une couronne d'or[3] que par la suite les dieux changeront en constellation[4] pour plaire à Dionysos.
Ariane, princesse immortalisée [modifier]
Hésiode dans la Théogonie[5] affirme qu'Ariane fut transportée au ciel, Zeus l'ayant rendue immortelle afin de complaire à Dionysos, qu'elle avait épousé : « Dionysos aux cheveux d'or pour florissante épouse prit la blonde Ariane, la fille de Minos, que le fils de Cronos a soustraite à jamais à la mort et à la vieillesse ». Ce don d'immortalité, présenté ici comme une récompense envers Dionysos, le fils bien-aimé de Zeus, rappelle, selon Louis Séchan et Pierre Lévêque, qu'à l'origine Ariane était une déesse égéenne de la végétation[6], et comme telle, soumise comme la végétation, à une mort suivie de résurrection. L'union d'Ariane et de Dionysos prouve également que dans le mythe primitif, ils représentaient tous deux des divinités de la végétation arborescente, et que l'épisode des amours d'Ariane et de Thésée a été surajouté tardivement[6].
Dans le langage courant [modifier]
Du fait de son stratagème pour aider Thésée à ne pas se perdre dans le Labyrinthe, Ariane a laissé son nom au « fil d'Ariane », un fil conducteur, au sens propre (en plongée sous-marine) comme au figuré (voir par exemple fil d'Ariane dans la conception Web). Toujours par référence à ce mythe, la fusée européenne porte son nom.
Évocations dans les arts après l'Antiquité [modifier]
Musique [modifier]
Les amours successives d'Ariane avec Thésée et Dionysos/Bacchus, et particulièrement le séjour d'Ariane à Naxos, ont inspiré de nombreuses compositions musicales. Celles de Claudio Monteverdi, Joseph Haydn, Georg Friedrich Haendel, Jules Massenet, Richard Strauss, Paul Dukas, Albert Roussel, Darius Milhaud (L'Abandon d'Ariane), Matthieu Ballu ou Bohuslav Martinu comptent parmi les plus célèbres. Aussi, le groupe Dead Can Dance, a repris ce concept dans une chanson qui se nomme Ariadne dans l'album Into the Labyrinth en référence à son demi-frère prisonnier du Minotaure.
Théâtre [modifier]
Bibliographie [modifier]
- (de) Silke Köhn, Ariadne auf Naxos. Rezeption und Motivgeschichte von der Antike bis 1600, Münich, Verlag Utz, 1999.
- (fr) Claude Vatin, Ariane et Dionysos. Un mythe de l'amour conjugal, Paris, Presses de l'ENS Ulm, 2004.
- (fr) Françoise Frontisi-Ducroux, Ouvrages de dames. Ariane, Hélène, Pénélope..., Paris, Seuil, 2009.
- Louis Séchan et Pierre Lévêque, Les grandes divinités de la Grèce, Paris, 1966, 438 p.
Notes et Références [modifier]
- Homère, Iliade, XVIII, 592.
- Phèdre, I, 3
- Ce diadème était l’œuvre d'Héphaïstos d'après Épiménide de Crète (dans Ératosthène, Catastérismes, 5) ou un présent d'Aphrodite et des Heures, d'après Ovide, Fastes, III, 460 sq.
- Properce, Élégies, III, XVII, 8.
- Hésiode, Théogonie, vers 947-949 (traduction de Paul Mazon).
- Séchan et Lévêque 1966, p. 287.