Saturne (mythologie)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Saturne
Dieu de la mythologie romaine et mythologie grecque
Saturne par Polidoro da Caravaggio au XVIe siècle
Saturne par Polidoro da Caravaggio au XVIe siècle
Caractéristiques
Autre(s) nom(s) Dedra
Nom latin Saturnus
Fonction principale Dieu de l'agriculture et du temps
Groupe divin triade capitoline
Équivalent(s) par syncrétisme Cronos
Culte
Temple(s) Temple de Saturne
Symboles
Attribut(s) Faucille, Sablier
Animal Bélier

Saturne (ou Cronos en grec) est un dieu de la mythologie romaine.

Saturne est une ancienne divinité romaine, qui préside la période qui précède le solstice d'hiver, celle des Saturnales[1]. Pendant le reste de l'année, c'est un deus otiosus, un dieu en sommeil, dont la statue est liée par des bandelettes dont on ne le libère qu'au moment des Saturnales. Il a été assimilé par les anciens au titan grec Cronos.


L'étymologie de son nom est discutée. On voyait autrefois dans Saturne une divinité agraire du fait de son attribut la faucille (on lui attribuait notamment la protection des semailles) et on interprétait son nom par la racine « semer ». Cette étymologie est aujourd'hui abandonnée, ainsi que son statut de dieu agraire qui serait inactif la majeure partie de l'année[2]. Jean Haudry propose de reprendre une ancienne étymologie qui rapproche le nom de Saturne de celui du dieu védique Savitar avec une base *sa(e)tori-no- signifiant « qui se manifeste dans l'impulsion ». Saturne serait originellement comme Savitar un impulseur des biens, aspect que l'on retrouve dans les réjouissances et les cadeaux des Saturnales, d'où son rôle de civilisateur et de fondateur[3]. Ce n'est que secondairement qu'il aurait été lié à l'activité agricole.

Mythologie[modifier | modifier le code]

D'après une tradition évhémeriste transmise par Ennius[4] et reprise plus tard par Boccace[5], Saturne, fils cadet d'Uranus, le Ciel, et de l'antique Tellus ou Vesta[6], la Terre, après avoir détrôné son père, obtint de son frère aîné Titan la faveur de régner à sa place. Titan toutefois y mit une condition, c'est que Saturne ferait périr toute sa postérité, afin que la succession au trône fût réservée aux propres fils de Titan. Saturne épousa sa sœur Ops ou Opis (équivalent latin de la Crétoise Rhéa et de la Phrygienne Cybèle), dont il eut successivement cinq enfants. Sachant qu'un jour il serait lui aussi renversé du trône par un de ses fils et pour tenir la promesse faite à Titan, il exigeait de son épouse qu'elle lui livrât les nouveau-nés mâles (dans cette version, contrairement à celle d'Hésiode, les filles de Saturne n'avaient rien eu à craindre de leur père). De fait, Ops présenta à son époux Junon et Glauca, nées la première en même temps que Jupiter, la seconde en même temps que Pluton, qu'elle parvint ainsi à sauver tous deux, un autre stratagème lui ayant permis de dissimuler à Saturne la naissance de Neptune, qui contrairement à ses deux frères, n'avait pas eu de sœur jumelle. Ayant découvert le subterfuge, Titan emprisonna Saturne et Ops, après quoi Jupiter, devenu adulte, déclara la guerre à Titan et à ses fils, les vainquit, libéra ses parents et rétablit son père sur le trône. Mais ayant découvert que Saturne, peu reconnaissant, complotait contre lui, Jupiter finit par traiter ce dernier comme Uranus avait été autrefois traité par ses propres fils, après quoi il le chassa du ciel. Ainsi la dynastie de Saturne se continua au détriment de celle de Titan.

Selon une autre tradition, pour éviter que ne s'accomplisse la prédiction selon laquelle il serait détrôné par l'un de ses enfants, Saturne dévora chacun d'eux à leur naissance. Mais un jour, son épouse Cybèle et sa mère Tellus réussirent à sauver Jupiter en faisant avaler à Saturne une pierre enveloppée dans des langes à la place de son fils. Plus tard, ce dernier réussit effectivement à chasser son père du pouvoir et l'obligea à régurgiter ses frères et sœurs (Neptune, Pluton, Cérès, Junon et Vesta).

Sa vie après la divinité[modifier | modifier le code]

D'après les poètes latins (Ovide, Fastes, Virgile, Énéide) Saturne, détrôné par son fils Jupiter, et réduit à la condition de simple mortel, vint se réfugier en Italie, dans le Latium, où il rencontra le dieu du commencement, Janus. Avec lui, il inventa l'âge d'or : l'égalité des conditions fut rétablie ; aucun homme n'était au service d'un autre ; personne ne possédait rien en propre ; toutes choses étaient communes, comme si tous n'eussent eu qu'un même héritage. C'était pour rappeler la mémoire de cet âge heureux qu'on célébrait à Rome les Saturnales.

C'est dans le Latium que Saturne engendra son plus jeune fils Picus qu'il maria plus tard à Canens, la fille de Janus. Leur fils Faunus succéda à Picus sur le trône du Latium après la métamorphose en pivert de ce dernier par la magicienne Circé et Faunus engendra à son tour Latinus, ancêtre mythique des rois latins par sa fille Lavinia, épouse d'Énée. (Virgile, Énéide, VI ; Ovide, Les Métamorphoses). Par ailleurs, presque tous les auteurs latins s'accordèrent à attribuer à Saturne la paternité du centaure Chiron par l'Océanide Philyra (Ovide, ibid. ; pseudo-Hygin, Fables, Préface). Il est aussi père des dieux de l'Olympe avant la fin de sa divinité.

Culte[modifier | modifier le code]

Les Saturnales[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Saturnales.

Ces fêtes furent créées par Janus (le dieu à deux visages), qui avait recueilli Saturne chassé par Jupiter (son fils). Si Janus voulut créer les Saturnales, c'est pour commémorer le règne de Saturne qui fut l'âge d'or (voir plus haut).

Ces fêtes dont l'institution remontait dans le passé bien au-delà de la fondation de la ville, consistaient principalement à représenter l'égalité qui régnait primitivement parmi les hommes. Elles commençaient le 16 décembre de chaque année : d'abord elles ne durèrent qu'un jour, mais l'empereur Auguste ordonna qu'elles se célèbreraient pendant trois jours auxquels plus tard Caligula en ajouta un quatrième. Pendant ces fêtes, on suspendait la puissance des maîtres sur leurs esclaves, et ceux-ci avaient le droit de parler et d'agir en toute liberté. Tout ne respirait alors que le plaisir et la joie : les tribunaux et les écoles étaient en vacances ; il n'était permis ni d'entreprendre aucune guerre, ni d'exécuter un criminel, ni d'exercer d'autre art que celui de la cuisine ; on s'envoyait des présents, et l'on se donnait de somptueux repas. De plus tous les habitants de la ville cessaient leurs travaux : la population se portait en masse vers le mont Aventin, comme pour y prendre l'air de la campagne. Les esclaves pouvaient critiquer les défauts de leurs maîtres, jouer contre eux, et ceux-ci les servaient à table, sans compter les plats et les morceaux. Tous les Romains criaient dans la rue : « Bonnes Saturnales ».

Le jour de Saturne est celui que l'on appelle samedi (Saturni dies)

Temples[modifier | modifier le code]

À Rome, le temple que ce dieu avait sur le penchant du Capitole fut dépositaire du trésor public, par la raison que, du temps de Saturne, c'est-à-dire durant l'âge d'or, il ne se commettait aucun vol. Sa statue était attachée avec des chaînes qu'on ne lui ôtait qu'au mois de décembre, époque des Saturnales.

Saturne était communément représenté comme un vieillard courbé sous le poids des années, tenant une faux à la main pour marquer qu'il préside au temps. Sur beaucoup de monuments, il est représenté avec un voile, sans doute parce que les temps sont obscurs et couverts d'un voile impénétrable.

Rituels à Carthage[modifier | modifier le code]

Les Carthaginois auraient offert au dieu Ba'al Hammon dit Saturne l'Africain des sacrifices humains : ses victimes étaient des enfants nouveau-nés. À ces sacrifices, selon la tradition patristique, le jeu des flûtes et des tympanons ou tambours faisait un si grand bruit que les cris de l'enfant immolé ne pouvaient être entendus (voir Molk). Il est néanmoins nécessaire de rappeler que la question des sacrifices humains à Carthage est loin d'être résolue, du fait de la faiblesse des indices archéologiques et de la nature partisane des sources littéraires.

Liens de parenté[modifier | modifier le code]

Avec son assimilation à Cronos, Saturne récupère les liens de parenté de ce dernier. Il est donc, dans la tradition de l'époque impériale, le fils cadet de la Terre Gaia/Tellus/Vesta, et du Ciel Uranus. Il est l'époux de Rhéa/Cybèle/Ops. Il est aussi le père de Jupiter (Zeus en grec), Pluton (Hadès en grec), Neptune (Poséidon en grec) et Cérès (Déméter en grec).

Saturne dans l'art et la culture[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Charles Guittard, « Recherches sur la nature de Saturne des origines à la réforme de 217 av. J.-C. » , dans Raymond Bloch (éd.), Recherches sur les religions de l'Italie antique, 1976, p. 65.
  2. Jean Haudry, La religion cosmique des Indo-Européens, Arché/Les Belles Lettres, Milano/Paris, 1987, p. 58 et suiv.
  3. Charles Guittard, « L'étymologie varronienne de Saturne (Varr. LL 5, 64) », in Varron, grammaire antique et stylistique latine (Mélanges Jean Collart), Paris, Les Belles Lettres, 1978, p. 53-56.
  4. Ennius, cité par Lactance, Institutions Divines, livre I, chap. 14.
  5. Boccace, Généalogie des dieux païens.
  6. Dans ce mythe tel que Lactance le rapporte et dont on peut lire la traduction en ligne sur le site des Itinera Electronica, Vesta, généralement considérée comme une fille de Saturne, est identifiée à la Terre et Cérès donnée comme une sœur de Titan, Saturne et Ops, alors qu'habituellement, elle est rangée parmi les Cronides. Glauca semble n'être connue que de Lactance et des auteurs par lui cités.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Georges Dumézil, La Religion romaine archaïque, avec un appendice sur la religion des Étrusques , 1966, Payot.
  • Marcel Leglay, Saturne africain. Histoire, éditions de Boccard, 1966.
  • Charles Guittard, « Recherches sur la nature de Saturne des origines à la réforme de 217 av. J.-C. » , dans Raymond Bloch (éd.), Recherches sur les religions de l'Italie antique, Genève-Paris, Droz, 1976, p. 43-71 (en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]


Liens externes[modifier | modifier le code]