Polissoir (archéologie)

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En archéologie, un polissoir est un bloc de roche dure (grès, quartzite, granite, silex) ayant servi, au Néolithique, à polir les haches de silex ou d'autres roches dures.

Le polissoir est un bloc rocheux apparenté aux mégalithes portant les traces laissées par l'activité industrieuse des hommes préhistoriques : le polissage d'outils en pierre. Toutefois, la différence entre un menhir ou un dolmen et un polissoir est que ce dernier ne semble pas être associé à la pratique d'un culte. Des croyances populaires ultérieures à leur fonctionnement peuvent être liées à ces monuments.

Fonction d'un polissoir[modifier | modifier le code]

Les stries souvent parallèles observées à la surface de ces monuments sont les résultats du polissage répété de bords d'outils. Les cuvettes souvent ovales, sont quant à elles, le fruit de l'affûtage des tranchants.

Le polissage rend les tranchants plus résistants. Avant cette opération, l'objet à polir est d'abord taillé. L'ébauche est ensuite soumise à une action d'abrasion sur un bloc de pierre humidifié. Une pression de plusieurs dizaines de kilos est nécessaire pour être efficace et le polissage d'une pièce exigeait de nombreuses heures d'un travail pénible.

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Les dimensions des polissoirs sont variables, les plus imposants pesant plusieurs tonnes. Ils sont souvent fixes (le rocher reste en place), plus rarement mobiles. Le plus souvent, ils sont en grès, parfois en quartzite, granite et même silex[1].

Les polissoirs dans l'Aube[modifier | modifier le code]

Le mégalithisme aubois a duré environ un demi millénaire, de 2500 à 2000 ans avant J.C. Il s'est développé au Néolithique final ou plus précisément au Chalcolithique ou âge du cuivre. Les hommes qui ont construit les dolmens, érigé les menhirs et marqué les polissoirs appartiennent à la culture dite de Seine-Oise-Marne qui a aussi creusé les hypogées de Coizard-Joches.

Le département de l'Aube (France) comptait plus de 130 mégalithes avant 1927[2] dont 49 polissoirs. Aujourd'hui, il ne reste plus que 34 monuments préhistoriques dont 16 polissoirs. Un grand nombre de pierre ont été débitées en pavés ou bloc de construction pour des maisons. Au cours du XIXe siècle, une prise de conscience a poussé des propriétaires à donner des mégalithes aux Musées de Troyes.

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Toutefois, le nombre de polissoirs dans ce département est remarquable[3],[4]. Il s'explique par l'abondance de silex dans le sous-sol crayeux et la présence de blocs de grès. Très tôt, l'homme a su exploiter cette ressource et développer une véritable industrie. Des carrières de silex ont été mises au jour à Villemaur-sur-Vanne lors de la construction de l'autoroute de Paris à Troyes.

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Cultes et légendes associés aux polissoirs aubois[modifier | modifier le code]

Les groupes humains qui ont succédé aux bâtisseurs de mégalithes et aux ouvriers des polissoirs ont été intrigués par ces blocs de pierres et ont voulu se les approprier. En témoigne cette gravure réalisée à l'aide d'un objet métallique, relevée sur le polissoir d'Ossey-les-Trois-Maisons. Il représente deux rectangles enchâssés barrés de deux traits. Un dessin semblable a été trouvé sur un faux dolmen à Suèvres dans le Loir-et-Cher. Il représente trois rectangles enchâssés barrés de quatre traits : il s'agit peut-être une représentation d'un fanum[1] ou bien d'une représentation archaïque évoquant un mandala, symbole dit de la double ou triple enceinte, probablement d'origine gauloise[5].

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Ces mêmes symboles sont aussi présents dans le sud du bassin parisien, en fait essentiellement dans un périmètre englobant la forêt de Fontainebleau et la vallée de l'Essonne. Ces pétroglyphes ont d'abord été étudiés par le peintre Frédéric Ede au siècle dernier[6] avant qu'on ne s'y intéresse de plus près sans toutefois leur trouver de signification bien définie[7].

Plus tard, les chrétiens vont associer ces monuments aux faits et gestes des saints locaux. Ainsi, la Pierre aux dix doigts de Villemaur-sur-Vanne, sans doute le plus beau polissoir de la région, aurait servi de couche à Saint Flavy. Pour se relever, le saint homme s'appuyait de ses deux mains de sorte que l'empreinte de ses doigts est restée gravée dans la pierre.

Les polissoirs de l'Yonne[modifier | modifier le code]

À la fin du XXe siècle, le nombre de polissoirs répertoriés dans l'Yonne était de 89. Parmi eux, 10 avaient été identifiés par Joseph Déchelette en 1908, 19 par Hure en 1921 et 58 par Glaizal en 1993. Les polissoirs de l'Yonne sont le plus souvent en gros bloc de grès, soit à grain très fin et très dur (le cliquart), soit tendre. Le poudingue a plus rarement été utilisé (Dixmont). Leur couleur varie de l'ocre rouge ferrugineux au blanc presque pur.

Les hommes du Néolithique ont recueilli les silex nécessaires à l'élaboration de leurs outils sur les versants des collines ou aux ruptures des pentes. Au Néolithique moyen, ils ont extrait le silex selon une technique plus élaborée, par l'exploitation de puits et galeries rayonnantes dans la craie du Sénonais, au moyen de pics en bois ou en silex. Les mines de silex (minières) se développent du Néolithique moyen au Néolithique final et se répartissent de façon très localisée : on en compte une dizaine de part et d'autre de l’Yonne, à Champigny, Courlon-sur-Yonne, Courgenay, Gron, Serbonnes, Saint-Martin-du-Tertre, Fontaines et Passy. Ces minières nécessitaient une division du travail et une notion de marché et de réseau d'échange. Il était facile d'extraire les rognons de toutes tailles en abondance et de choisir ceux les plus aptes à la mise en forme de hache, de coins à fendre le bois, de pics, etc.

À Serbonnes, Jablines, Villemaur-sur-Vanne, le façonnage des ébauches de haches est réalisé sur le site ainsi que l'indique la présence d'éclats de débitage. Les ébauches sont ensuite confiées aux polisseurs.

Si les polissoirs de l'Yonne sont passés inaperçus dans le folklore, les appellations de certains sont toutefois caractéristiques de la diabolisation médiévale liée à un site. D'autres renvoient à la pratique de cultes pré-chrétiens : la pierre aux fées (Cérilly), la roche au diable (Les Bordes), la vallée d'enfer (Courgenay). D'autres font allusion aux rainures de polissage  : la pierre à neuf coups (Courgenay), la pierre au fouet (Thorigny-sur-Oreuse).

Parmi les plus remarquables figurent :

  • le polissoir des Roches à Courgenay, classé monument historique en 1889, une moité de polissoir en grès dur mesurant 5 × 4 mètres, pesant 30 tonnes et présentant 9 cannelures ;
  • le polissoir du Sauvageon à Courgenay, classé par arrêté du 30 mai 1922, de 2,75 sur 3,30 m dont 90 cm dépassent du sol et qui comporte 5 rainures à fond arrondis, 4 rainures à profil en V dissymétriques, une rainure isolée et deux plages de polissage ;
  • le polissoir de Lancy à Courgenay, classé par arrêté du 30 mai 1922, de 2,50 × 2,80 sur une roche oblongue, avec une cuvette de polissage de 30 × 20 et trois rainures formant un F à l'envers. Un bassin haut alimentait un bassin bas qui contenait de l'eau ;
  • le polissoir du bois des glands à Soucy: il s'agit en fait de trois rochers. Le premier, de 2,70 × 2,40 m, comporte deux gravures rupestres découvertes en 1992 ; elles sont uniques dans le département. Les deux autres sont plus petits et contiennent des cuvettes de polissage ;
  • à Cérilly, il y avait selon Maximilien Quantin sept polissoirs mais six ont été détruits et le 7e dit « la roche des fées », de 2,45 × 1,40 m, se trouve aujourd’hui dans un jardin privé du Musée Carnavalet ou inaccessible aux visiteurs [8].

Les polissoirs en Essone, Seine-et-Marne, Loiret[modifier | modifier le code]

Plusieurs centaines de polissoirs en grès stampiens ou sparnaciens ont été localisés et reconnus au cours des 20 dernières années à la limite sud du massif de Fontainebleau : région de Nemours, vallées de l'Orvanne et du Lunain. La prospection dans la région de Nemours a montré qu'une grande majorité des traces de polissage se présente sous la forme de plages polies (ni sillons ni cuvettes) même si de vagues allongements et des micros rayures suggèrent souvent un mouvement longitudinal dominant. Cependant les cuvettes et les blocs à rainures classiques sont également présents en grand nombre. Les dimensions de ces plages polies varient du centimètre à plus d'un mètre.

L'archéologie ne s'intéresse pratiquement plus aujourd'hui à l'étude de ces artefacts. La plupart des théories en circulation sont des reprises de publications et de théories anciennes reposant sur des observations limitées ou sur la reprise d'éléments non-vérifiés par leurs auteurs. La prévalence de ces plages polies de toutes formes et parfois très discrètes parfois sur un grand nombre de blocs indique clairement qu'il n'y a eu aucune intention de créer des polissoirs et qu'ils ne sont que les traces résultantes de l'activité de polissage des outils (en silex ou en grès). Rien ne permet d'affirmer l'utilisation de sable au cours du polissage ou qu'une grande quantité d'eau ait été nécessaire. En revanche, les polissoirs sont souvent retrouvés groupés et quelquefois proches d'indices suggérant un habitat ou au moins une occupation des lieux (outils en silex, meule dormante).

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b À la découverte des mégalithes de l'Aube : dolmens, menhirs et polissoirs, Édition des musées de Troyes et de l'ARPEPP. 1990.
  2. Mortillet, P. de, Inventaire des polissoirs néolithiques de France, Bar-sur-Seine, 1927.
  3. http://www.cg-aube.com/medias/documents/295_461.pdf
  4. http://cfpphr.free.fr/mega10.htm
  5. Article Mandala
  6. Poupée Henri, « Remarques sur les gravures rupestres et la topographie protohistorique dans le massif de Fontainebleau », Bulletin de la Société préhistorique française, 1948, tome 45, n° 6-8, pp. 260-264. DOI:10.3406/bspf.1948.2370
  7. Voir l'ouvrage de Gilles Tassé Pétroglyphes du bassin parisien Éditions du CNRS, ISBN 2-222-02862-0
  8. Les polissoirs néolithiques de l'Yonne, Esquisse d'un paysage proto-industriel, Pierre Glaizal et Jean-Paul Delor, Collection "terre d'histoire", Imprimerie Fostier, 1993

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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