Édit de Caracalla

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L'édit de Caracalla de 212, également appelé Constitution antonine (en latin : Constitutio Antoniniana), est une des lois les plus connues de l'Empire romain. Il accorde, à la date de promulgation de l'édit, la citoyenneté romaine à tout homme libre de l'Empire qui ne l'avait pas encore. La citoyenneté romaine est héréditaire, par la filiation et l'adoption.

Un texte d'une grande portée[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 212, la citoyenneté romaine (avec ses privilèges mais aussi ses devoirs fiscaux) n'était accordée de façon globale qu'aux habitants de l'Italie et dans les provinces aux municipes ayant le statut de colonie romaine. Elle pouvait aussi s'acheter, avec transmission à toute la descendance existante et à venir. Peu à peu le nombre de citoyens avait donc augmenté et les élites provinciales en avaient largement profité. La citoyenneté romaine était aussi obtenue après 20 ans de service dans les troupes auxiliaires de l'armée romaine. C'était l'un des principaux attraits de la carrière militaire. Le nouvel édit, en accordant le droit de cité romain à tous les hommes libres de l'Empire vise l'unité morale de l'Empire romain.

Les raisons qui ont poussé Caracalla à prendre cette mesure sont mal connues. Elargir l'assiette de l'impôt semble improbable, puisque les populations sous domination romaine en payaient aussi. Raffermir le pouvoir du jeune empereur en s'appuyant sur le peuple des provinces romaines ? Simplifier les procédures administratives en réduisant le nombre de statuts ? L'historien antique Dion Cassius met pourtant en avant la possibilité d'une portée fiscale pour l'édit : en accordant le droit de cité à un grand nombre d'habitants, l'empereur apporte un revenu non négligeable à l'Empire avec l'impôt sur la succession[1].

Texte de l'édit[modifier | modifier le code]

«  [César] Marc Aurèle Sévère Antonin Auguste proclame :
[D'une manière générale, c'est à la divinité qu'il faut] avant tout [reporter et] les causes et les raisons (des choses) ; [et moi aussi, comme il se doit], je voudrais rendre grâces aux dieux [immortels] pour m'avoir sauvé d'un tel [complot tramé (contre ma vie)]. Voilà pourquoi j'estime pouvoir accomplir de manière si [magnifique et si digne des dieux] un acte qui convienne à leur majesté, en ralliant [à leur culte, comme Romains], [autant de fois de dizaines de milliers (de fidèles)] qu'il en viendra chaque fois se joindre à mes hommes. Je donne donc à tous [ceux qui habitent] l'Empire le droit de cité romaine, étant entendu [que personne ne se trouvera hors du cadre des cités], excepté les déditices. Il se doit en effet [que la multitude soit non seulement associée] aux charges qui pèsent sur tous, mais qu'elle soit désormais aussi englobée dans la victoire. [Et le présent édit] augmentera la majesté du [peuple] romain : [il est conforme à celle-ci] que d'autres puissent être admis à cette même [dignité que celle dont les Romains bénéficient depuis toujours], alors qu'en étaient exclus... de chaque[2]... »

Impact négatif de l'édit[modifier | modifier le code]

Au-delà des divers avantages que ce texte a générés, que ce soit pour la gloire personnelle de l'Empereur, ou bien pour des raisons fiscales, il faut également noter que cet édit a pu avoir un impact négatif sur les recrutements de l'armée romaine. En effet, avant 212, le principal moyen d'obtenir la citoyenneté romaine résidait dans le service militaire, ce qui attirait nombre de provinciaux. Le service militaire durait 20 ans dans l'armée de terre, 26 ans dans la marine romaine. Cependant, à l'issue de ces années de service, le soldat gagnait la citoyenneté romaine, et touchait une somme de départ équivalente à plusieurs soldes, ce qui lui permettait de s'installer et de s'intégrer dans le monde romain.

Une fois l'édit de Caracalla mis en place, l'attrait de l'armée chuta rapidement aux yeux des provinciaux, ceux-ci étant automatiquement citoyens romains à la date de l'édit, et, par la suite, par hérédité, puisque un des fondements de la citoyenneté romaine est qu'elle est hériditaire (filiation ou adoption, et les romains adoptaient beaucoup). L'édit de Caracalla n'institue pas le « droit du sol » dans l'Empire romain, droit qui n'existera jamais dans l'Empire. Conséquence, plus de trois siècles plus tard, Grégoire de Tours, lorsqu'il dresse le contexte de la succession de l'Empire romain[3] note que les citoyens romains ne sont plus qu'un peu moins des deux cinquièmes dans la population (soit moins de 40 % environ), ce qui entraine une perte d'indentité culturelle des romains et, avec la monté du multiculturalisme, fait ainsi monter l'individualisme dans la société romaine, grande cause du déclin de l'empire romain.

Toutefois, selon certains historiens analysant le déclin de l'Empire (par exemple. J..B. Bury, History of the Later Roman Empire, chap. IX), l'édit a pu expliquer, en partie, les grandes difficultés militaires des armées romaines, elles-mêmes nées des difficultés de recrutement des troupes auxiliaires. Difficultés que l'Empire connaîtra dès lors que l'armée ne sera plus une armée de conquête, mais une armée de défense de l'Empire, ceci dès la fin du IIIe puis et surtout aux IVe et Ve siècle.

Un autre impact négatif est qu'en transformant les pérégrins de l'Empire en citoyens romains, le fait d'être un citoyen romain chrétien constitue un délit puisqu'il refuse de faire un sacrifice aux dieux romains. Dès lors, les persécutions s'accentuent[4].

Conséquences[modifier | modifier le code]

La citoyenneté a été accordée aux pérégrins, hommes nés libres dans l'Empire mais n'étant pas citoyens. La plupart des paysans ne vivant pas en Italie ont aussi gagné la citoyenneté.

Auparavant, ils pouvaient obtenir la citoyenneté par le service militaire.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. universalis.fr Définition de Jean GAUDEMET.
  2. trad. Joseph Mélèze-Modrzejewski in Girard & Senn, Les Lois des Romains, Naples, 1977, pp. 478-490, n. 21
  3. Grégoire de Tours. Histoire des Francs. L. II.
  4. Ernest Perrot, « L'Édit de Caracalla de 212 et les persécutions contre les chrétiens », Revue d'histoire de l'Église de France, vol. 10, no 49,‎ 1924, p. 556-557

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]