Charles Martial Lavigerie

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Charles Martial Lavigerie
Image illustrative de l'article Charles Martial Lavigerie
Biographie
Naissance
à Bayonne (France)
Ordination sacerdotale
Décès (à 67 ans)
à Alger (Algérie)
Cardinal de l’Église catholique
Créé
cardinal
[1] par le
pape Léon XIII
Titre cardinalice Cardinal-prêtre
de S. Agnese fuori le mura
Évêque de l’Église catholique
Consécration épiscopale par le
card. Clément Villecourt
Archevêque de Carthage
Archevêque d'Alger
1867 – 1892
Précédent Louis-Antoine-Augustin Pavy Prosper Auguste Dusserre Suivant
Évêque de Nancy
1863 – 1867
Précédent Georges Darboy Joseph-Alfred Foulon Suivant

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Charles Martial Allemand Lavigerie, né le à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) et mort le [1] à Alger (Algérie), est le fondateur de la Société des missionnaires d'Afrique (les Pères blancs), archevêque d'Alger et de Carthage. Il fut créé cardinal en 1882.

Son nom a été donné à deux villes en Algérie, à l'époque française, une dans la banlieue d'Alger, Lavigerie, aujourd'hui Mohammadia, ainsi qu'une seconde dans la Mitidja qui s'appelle de nos jours : Djendel (wilaya de Aïn Defla).


Professeur et évêque[modifier | modifier le code]

Professeur d'histoire à la Sorbonne (1854-1856), il est appelé à se rendre en Syrie où il fonde l'Œuvre des écoles d'Orient pour soutenir les missions. Il y découvre l'islam et la culture arabe.

Le jour de son ordination épiscopale en 1863
Le cardinal Lavigerie - plâtre par Alexandre Falguière - musée des Augustins, Toulouse

Évêque de Nancy en 1863, il se trouve être le plus jeune évêque de France et met en œuvre une vision plus ouverte de l'Église : « Il gardera toute sa vie une tendance à tout repenser, tout réformer » [2].

Missionnaire[modifier | modifier le code]

En 1867, il devient archevêque d'Alger et se consacre alors à l'évangélisation de l'Afrique qu'il ne dissocie pas du souci humanitaire des populations. Il fonde la Société des missionnaires d'Afrique, en 1868, qui est plus connue sous le nom de ses membres : les Pères blancs.
Un an après la fondation des Missionnaires d’Afrique, Lavigerie fonde, en 1869, la Congrégation des sœurs missionnaires de Notre-Dame d’Afrique.
Il est créé cardinal lors du consistoire du par le pape Léon XIII avec le titre de cardinal-prêtre de Sainte-Agnès-hors-les-murs (Santa Agnese fuori le mura).

La mission des Pères blancs et des Sœurs Blanches a pour mission d'évangéliser les indigènes comme on les appelait alors.

Ayant compris l'importance de l'inculturation du message évangélique Lavigerie met ces nouveaux missionnaires devant une triple exigence :

«vous parlerez la langue des gens ; vous mangerez leur nourriture ; vous porterez leur habit.»

Cette nouvelle société missionnaire prend donc, au début, l'habit berbère (amazigh) : la gandoura, le burnous et la chéchia, avec comme signe religieux un rosaire porté autour du cou comme collier.

Œuvres sociales, dispensaires, écoles, développement rural : tel sera le travail des missionnaires des « Pères blancs », au début, en Algérie, avec la création de villages chrétiens convertis (souvent d'anciens orphelins élevés dans les missions). Mais Lavigerie voit plus loin. En acceptant l'archevêché d'Alger, il avait écrit à un de ses amis : « L'Algérie n'est qu'une porte ouverte sur un continent… ».

Après l'ouverture du noviciat, en 1868, les vocations arrivent assez nombreuses pour qu'en 1876, une première caravane de trois missionnaires puisse partir pour Tombouctou. La présence des sœurs missionnaires de Notre-Dame d’Afrique permet le travail parmi les femmes et les filles indigènes (autochtones), sinon inaccessibles aux pères blancs.

Deux ans après, en 1878, une autre caravane de plusieurs missionnaires arrive au port de Mombassa, sur la côte Est de l’Afrique. Après trois mois de marche, elle atteint les rives du lac Victoria et s’établit en Ouganda. D’autres caravanes suivront, souvent dans des conditions difficiles. L’aventure africaine des Pères Blancs était en marche.

À la mort du cardinal Lavigerie, en 1892, 278 missionnaires d’Afrique, de cinq nationalités travaillent dans six régions d'Afrique qui sont les pays actuels suivants : Algérie, Tunisie, Ouganda, Tanzanie, Congo et Zambie.
Aujourd'hui,(en 2012) ce sont 1 600 missionnaires d’Afrique, de trente-six nationalités, qui travaillent dans quarante-deux pays, dans trois cent-dix communautés. (Des missionnaires d’Afrique en formation - Abidjan Côte d'Ivoire). Les «Sœurs blanches» , au nombre de 765 sont présentes dans 26 pays .

Primat d'Afrique[modifier | modifier le code]

La Tunisie étant devenue protectorat français en 1881, un archevêché de Carthage est créé et confié à Lavigerie le 10 novembre 1884[1] en plus de celui d'Alger. Le Saint-Siège lui confie en outre une délégation apostolique au Sahara et au Soudan et lui attribue le titre de primat d'Afrique. Il demande alors que les missionnaires s'identifient aux populations locales en adoptant leurs langue, nourriture, vêtements et logement. Cette attitude de respect , qui dépasse largement la mentalité de l'époque , était déjà la sienne lorsque , directeur de l'Œuvre des Écoles d'Orient, il avait découvert l'Islam et rencontré l'Émir Abd El Kader[3].

Antiesclavagiste[modifier | modifier le code]

Portrait du cardinal Lavigerie

Confronté à la réalité de l'esclavage qui ravage les régions centrales et orientales du continent africain, Lavigerie se fait l'apôtre de la lutte contre la traite des noirs. Appuyé par le pape Léon XIII, il lance en 1888 une grande campagne anti-esclavagiste en Europe et obtient des gouvernements la signature à Bruxelles, en 1890, d'un acte antiesclavagiste reprenant ses suggestions.

Républicain[modifier | modifier le code]

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le Saint-Siège, l'Église de France et l'État français -qui s'oriente peu à peu vers un régime républicain à connotation plus anticléricale- se trouvent en pleine évolution[4]. Lavigerie, au nom d'une vision ouverte des rapports à promouvoir entre Église et État, s'y veut présent et se présente aux élections législatives de 1871. Il intervient ensuite à plusieurs reprises dans la crise qui oppose à partir des années 1880 le gouvernement français et l'Église.
Le , il prend la parole de manière spectaculaire en prononçant à Alger un toast devant les officiers de l'escadre française de passage dans ce port et donne le signal du ralliement des catholiques – jusqu'alors majoritairement légitimistes – à la IIIe République. Il y développe la pensée de Léon XIII selon laquelle l'Église n'est pas inféodée à un type particulier de régime politique, pourvu que l'État lui reconnaisse ses droits propres et respecte sa liberté :
« L'union, en présence de ce passé qui saigne encore, de l'avenir qui menace toujours, est en ce moment, en effet, notre besoin suprême. L'union est aussi, laissez-moi vous le dire, le premier vœu de l'Église et de ses Pasteurs à tous les degrés de la hiérarchie. Sans doute, Elle ne nous demande de renoncer ni au souvenir des gloires du passé, ni aux sentiments de fidélité et de reconnaissance qui honorent tous les hommes. Mais quand la volonté d'un peuple s'est nettement affirmée, que la forme d'un gouvernement n'a rien en soi de contraire, comme le proclamait dernièrement Léon XIII, aux principes qui seuls peuvent faire vivre les nations chrétiennes et civilisées, lorsqu'il faut, pour arracher enfin son pays aux abîmes qui le menacent, l'adhésion sans arrière-pensée à cette forme de gouvernement, le moment vient de déclarer enfin l'épreuve faite et, pour mettre un terme à nos divisions, de sacrifier tout ce que la conscience et l'honneur permettent, ordonnent à chacun de nous de sacrifier pour le salut de la patrie. C'est ce que j'enseigne autour de moi, c'est ce que je souhaite de voir enseigner en France par tout notre clergé et, en parlant ainsi, je suis certain de n'être point désavoué par aucune voix autorisée ».

Ce discours stupéfiant se termine par La Marseillaise. La crainte de laisser la République à l'extrême gauche qui se rapproche du camp républicain explique cette évolution.

Inhumation[modifier | modifier le code]

Le cardinal Lavigerie - Statue à Bayonne

Le cardinal Lavigerie est inhumé à la cathédrale Saint-Louis de Carthage et un monument funéraire est élevé en sa mémoire. Son corps repose aujourd'hui dans la crypte de la maison généralice à Rome. Ses parents reposent à Bayonne (près de l'église Saint-Étienne et du cimetière juif).

Statue installée et retirée[modifier | modifier le code]

Statue du cardinal Lavigerie à Tunis

Le , le résident général de France en Tunisie, Lucien Saint, commémore dans un rassemblement solennel le centenaire du cardinal Lavigerie. Par la même occasion, une statue de lui réalisée par le sculpteur Élie-Jean Vézien est offerte à la municipalité de Tunis, qui décide de l'installer sur la place Bab El Bhar (à l'entrée des souks). Lieux extrêmement importants car faisant partie du quotidien symbolique des autochtones. Elle représente le cardinal brandissant la croix.

La décision d'installer cette statue suscite le mécontentement des Tunisois d'origine arabe et provoque une manifestation de la part des étudiants de l'université Zitouna qui considèrent ce geste comme une atteinte à leurs croyances religieuses (car elle est placée à proximité de la mosquée Zitouna) et un mépris pour leurs traditions.

Le 28 novembre, des centaines d'étudiants, auxquels se joignent plusieurs militants, se rendent à la municipalité pour demander au maire de renoncer à cet acte. Le maire refuse de les recevoir et les fait expulser manu militari. Il en expédie certains en prison. Ne désarmant pas, ils se rendent au siège de la résidence générale afin d'exposer leur point de vue à Lucien Saint. Toutefois, non seulement le résident général refuse de les recevoir mais il fait appel aux forces de l'ordre qui procèdent, sur son ordre, à l'arrestation d'une grand nombre de personnes pour « atteinte à l'ordre public ».

La statue ne sera retirée qu'après l'indépendance de la Tunisie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Pierre Puchulu, Les évêques originaires du diocèse de Bayonne depuis le concordat de 1801, Bulletin de la Société des sciences, lettres et arts de Bayonne, n° 133,‎ 1977
  2. Jean-Claude Cellier : «Histoire des Missionnaires d'Afrique : De la fondation par Mgr Lavigerie à la mort du fondateur », Éditions Karthala 303p.
  3. Martine de Sauto , Quotidien La Croix , 2 août 2012 p.18
  4. Martine de Sauto, Quotidien La Croix 2 aout 2012 p. 17-18

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • P. Jean-Claude Cellier : Histoire des Missionnaires d'Afrique, de la fondation par Mgr Lavigerie à la mort du fondateur (1868-1892), Edition Karthala, 303 p.
  • Pierre Laridan (ill. René Follet), Le Cardinal Lavigerie, Paris, éd. Casterman, coll. « Tous frères »,‎ 1962.
  • François Renault, Le Cardinal Lavigerie, 1825-1892, Paris, éd. Fayard,‎ 1992.
  • Joseph Perrier, Vent d'Avenir - Le cardinal Lavigerie (1825-1892), Paris, éd. Karthala,‎ 1987.
  • Étienne Martin, À propos du portrait de Mgr Allemand-Lavigerie, évêque de Nancy, conservé à l’évêché de Nancy et de Toul, vol. 90, Nancy, Le Pays Lorrain,‎ septembre 2009, p. 241-244.
  • Mgr Baunard, Le cardinal Lavigerie, Paris, éd. Ch. Poussielgue,‎ 1896, 2 volumes.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

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