Jane Avril

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Photo vers 1893
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Jane Avril, pseudonyme de Jeanne Louise Beaudon, née le à Paris 20e dans le quartier de Belleville[1], et morte le à Paris 15e, fut une des danseuses les plus célèbres du Moulin Rouge où elle était surnommée « Jane la Folle » ou « La Mélinite ». Sa tombe se trouve au Père-Lachaise, non loin de celle de Mademoiselle Clairon[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Jane Avril naît à Belleville en 1868. Sa mère est une demi-mondaine et son père un noble italien, le marquis Luigi Fontana, un viveur qui ne la reconnut pas et dont elle hérite d'un tempérament artistique et d'une certaine élégance. Elle est d'abord élevée par ses grands-parents paternels. Puis à l'âge de 9 ans, elle est confiée à sa mère, frappée de démence, qui la maltraite. Elle est placée très jeune dans une institution. On tient ces mauvais traitements pour responsables des troubles nerveux qui la feront admettre comme patiente du docteur Jean-Martin Charcot à l'Hôpital de la Salpêtrière pour épilepsie et hystérie. Décidée à se suicider en se jetant dans la Seine, elle est recueillie in extremis par des prostituées qui lui font connaître le Paris nocturne.

La danse[modifier | modifier le code]

Jane Avril par Toulouse-Lautrec
Toulouse Lautrec, Jane Avril dansant
Affiche de Toulouse-Lautrec pour Le Divan japonais, représentant Jane Avril en compagnie du critique musical et littéraire Édouard Dujardin (1892).

Elle fréquente le monde de la nuit et les lieux troubles de Paris où des femmes mi-danseuses mi-prostituées sont l'attraction de la capitale, en particulier le bal Bullier où elle se découvre une passion pour la danse. Et c'est là, devant la jeunesse estudiantine, assidue aux soirées de l'établissement, qu'elle fait ses premières gambilles dans une sorte de don inné et de folie du rythme. Tout son corps gracile s'électrise quand elle entend les joyeux accents d'Orphée aux Enfers. Elle racontait elle-même : « Un jour, j'ai dansé comme un chevreau. On avait fait cercle autour de moi. J'avais l'air d'une enfant ; mes cheveux voletaient. Et je me souviens d'une robe "Empire", blanche rayée de mauve, qui, autour de moi, s'épanouissait »[2]. Devenue amoureuse de la danse, elle y trouve sa voie. Sa fragilité nerveuse lui fait supporter les surnoms de Jane la Folle ou de Mélinite[3].

Sa rencontre avec Charles Zidler lui donne l'occasion d'entrer sous sa protection au Moulin Rouge. Elle impose de porter le rouge, sa couleur favorite, comme couleur de ses dessous, et elle sera la seule à le porter, les autres danseuses portant des sous-vêtements blancs. C'est à ce choix que l'on doit la tradition d'une robe rouge portée par la soliste de revue.

Sa carrière se poursuit aux Décadents, puis au Divan japonais, à L'Eldorado, au Jardin de Paris, au Tabarin, enfin elle triomphe aux Folies Bergères où elle créera le ballet de L'arc-en-ciel.

Contrairement à La Goulue et aux autres danseuses, elle danse avec pudeur et sans vulgarité.

C'est elle qui exportera au début du XXe siècle le french cancan dans les principales capitales européennes, au Palace Theatre de Londres comme à Madrid.

Intelligente et sensible, Jane Avril fréquente les milieux intellectuels et artistiques. Égérie d'Henri de Toulouse-Lautrec[4], dont elle admire le talent[5] et qui pour elle délaissera la Goulue, partenaire de Mistinguett, amie de Joris-Karl Huysmans, Maurice Barrès, Auguste Renoir, Alphonse Allais qui veut l'épouser, elle est adulée par les hommes.

Toulouse-Lautrec rend hommage à son sens artistique en la faisant figurer sur le numéro 1 de la revue L'Estampe originale[6].

Elle épousera le peintre et dessinateur Maurice Biais en 1911[1]. Elle vit retirée à Jouy-en-Josas jusqu'à la mort de Biais en 1926.

En 1935, elle dansa pour la dernière fois avec l'acteur et meneur de revues français Max Dearly[7], à l'âge de 67 ans.

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La fin[modifier | modifier le code]

Sacha Guitry intervient pour qu'elle entre à la Maison de retraite des artistes lyriques, en avril 1942. Elle meurt l'année suivante, à 74 ans et est enterrée au cimetière du Père-Lachaise division 19[8] où sa tombe est toujours visible.

Henri de Toulouse-Lautrec, Troupe de Mlle Églantine (1895).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Archives de Paris 20e, acte de naissance no 1485, année 1868 (avec mention marginale de mariage)
  2. a et b Félix Bonafé, « La Mélinite », in Le Troubadour, août 1950.
  3. La mélinite est un explosif à base d'acide picrique inventé par Eugène Turpin
  4. Atelier de Lautrec rue Tourlaque
  5. Jane Avril dansant vers 1892, musée d'Orsay
  6. Revue parue à partir de 1893, éditée par André Marty
  7. De son vrai nom Lucien Paul Marie-Joseph Rolland (1874-1943).
  8. Amis et passionnés du Père Lachaise

Source et bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Jane Avril, Mes mémoires, suivi de Cours de danse fin-de-siècle, Phébus, 2005
  • Félix Bonafé, "La Mélinite", in Le Troubadour, août 1950.
  • François Caradec, Jane Avril, au moulin rouge avec Toulouse-Lautrec, Fayard, 2001.
  • Jean Castarède, Le Moulin-Rouge : reflets d'une époque, éd. France-Empire, 2001.
  • Gustave Coquiot, Lautrec ou quinze ans de mœurs parisiennes, 1885-1900, Librairie Ollendorff, 1921.
  • Per Olov Enquist, Blanche et Marie, 2006.
  • Aimée Librizzi, Folies, raconte-moi : la fabuleuse histoire des folies bergère, éd. L'Harmattan, 2008.
  • Jacques Plessis, Le Moulin Rouge, éd. Martinière, 2002.
  • David Price, Cancan !, éd. Cygnus Arts, 1998.
  • Gilles Quéant (éd.), Encyclopédie du théâtre contemporain, vol. I (1850-1914), Les Publications de France, 1957.
  • (en) Jose Shercliff, Jane Avril of the Moulin Rouge, éd. Macrae Smith Company, 1954.
  • Michel Souvais, Moi, la Goulue de Toulouse-Lautrec. Les mémoires de mon aïeule, éd. Publibook, 2008.