Normalien

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Un normalien est un élève ou un ancien élève d'une école normale, ou d'une école normale supérieure.

En France, les seules écoles normales en activité sont les quatre écoles normales supérieures de Paris (rue d'Ulm), Lyon, Cachan et Rennes. Les élèves des écoles normales supérieures sont recrutés par concours, en pratique après deux années d'études supérieures au moins, le plus souvent en classe préparatoire aux grandes écoles. Ils ont le statut de fonctionnaire et sont rémunérés le temps de leurs études, et, à la suite par engagement décennal. Parfois critiqué comme une "caste"[1],[2], les normaliens forment tout du moins, par la sélectivité des concours des ENS et par certaines pratiques, dont le jargon normalien, un certain esprit de corps souvent souligné[3],[4].

Il existait auparavant des écoles normales d'instituteurs (ENI), qui ont été remplacées par les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM), écoles internes aux universités, puis par les École supérieure du professorat et de l'éducation.

Statut[modifier | modifier le code]

Les élèves des écoles normales supérieures, nommés chaque année par arrêté du ministre chargé de l'Enseignement supérieur[5], bénéficient de la qualité de fonctionnaires stagiaires, et sont soumis à un régime d'études particulier fixé par les décrets constitutifs des établissements. Ils doivent théoriquement travailler au service de l'État, de ses établissements publics ou des collectivités territoriales, pour une durée d'au moins dix ans à compter de leur intégration.

Le statut actuel des normaliens, auparavant boursiers sui generis de l'Université de Paris (après la réforme Lavisse de 1903), est issu de lois de 1948 et 1954[6]. En 1948, la loi fut votée sur proposition du groupe gaulliste à la Chambre des députés[7] et mise en œuvre par les ministres radicaux-socialistes de l'Éducation nationale André Marie et Yvon Delbos, ce dernier étant lui-même ancien élève de l'École normale supérieure. Elle ne concernait que les élèves ayant atteint la 3e année de scolarité au moins, avant que la loi de 1954 n'étende à l'ensemble des élèves le bénéfice de ce statut, aujourd'hui encore largement original dans la fonction publique. Le statut et la scolarité des élèves sont régis par le décret n°87-695 du 26 août 1987[8].

La clause dite d'« engagement décennal », issue du statut de l'Université de Napoléon Ier (1806)[9], a été fixée sous sa forme actuelle par le décret du 28 novembre 1962[10], qui prévoit que cet engagement concerne le service public dans son ensemble, et non les seules fonctions d'enseignement comme auparavant. Ce décret établit également les mesures conséquentes à la rupture de cet engagement.

Concours d'entrée[modifier | modifier le code]

Le concours d'entrée à l'École normale fut créé en 1815 par le philosophe libéral Royer-Collard[11]. Par la suite, le concours de la section des lettres fut réformé à plusieurs reprises : création des épreuves orales (1843), suppression de l'épreuve obligatoire de grec ancien (Lavisse, 1904), suppression de l'épreuve obligatoire de thème latin (Flacelière, 1968), création de la série « sciences sociales » (Poitou, 1982), création d'une épreuve obligatoire de langues (Guyon, 1991), harmonisation de nombreuses épreuves de l'écrit avec l'ENS de Lyon (Canto-Sperber, 2009-2010).

Le concours d'entrée à la section des sciences a connu plus d'évolutions au fil du temps, notamment suite à la constitution précoce de banques d'épreuves. Le concours scientifique a été individualisé dès 1830 par Cousin.

Habit[modifier | modifier le code]

Uniforme normalien.jpg


L'uniforme des élèves de l'École normale, devenue en 1845 École normale supérieure, était un des éléments de la discipline quasi militaire imposée à une école considérée par la monarchie comme un foyer de l'esprit libéral[12].

Cet uniforme, relativement proche de celui encore actuellement porté par les élèves de l'École polytechnique, se composait d'un habit bleu à collet retombant avec deux palmes sur chaque coin, d'un pantalon et d'un gilet bleu[13]. Les palmes, seul ornement, constituent le symbole de l'Université napoléonienne, présent également dans la décoration de l'Ordre des Palmes académiques. Vêtus de cet uniforme, les normaliens prirent part, depuis la rue d'Ulm, à la Révolution de février 1848 et aux Journées de juin, ainsi que le rappelle un ancien élève : « Défenseurs de l'ordre sans prestige, avec nos habits et nos redingotes de gros drap simplement décorées aux collets des palmes universitaires. » [14].

Afin d'accorder une « récompense morale »[15] aux élèves de l'École, le ministre de l'Instruction publique, Lazare Hippolyte Carnot, entreprit alors la création d'un nouvel uniforme, « vêtement moitié civil, moitié militaire, en harmonie avec nos mœurs nouvelles qui font de chaque citoyen un soldat de la liberté »[15]. Pour en fixer les détails, une commission fut rapidement réunie, sous la présidence de l'académicien Jean-Antoine Letronne, garde général des Archives de la République, mais cette dernière ne tint qu'une seule séance[16], et le projet fut abandonné avec la chute de Carnot du ministère.

Devenu de toute façon progressivement inusité avec le relâchement de la discipline imposée aux élèves, l'uniforme fut officiellement supprimé le 22 octobre 1849[17], sur décision du directeur, Paul-François Dubois, critique littéraire acquis aux idées libérales.

Autres surnoms[modifier | modifier le code]

D'autres surnoms (voir aussi l'article Jargon normalien) peuvent désigner les élèves et anciens élèves des écoles normales supérieures :

  • Ulmard, Ulmien ou Ulmite pour un élève ou un ancien élève de l'ENS de la rue d'Ulm
  • Cloutier, Cloutard ou Cloud pour un ancien élève de l'ENS de Saint-Cloud, disparue en 1985
  • Sévrienne pour une ancienne élève de l'ENSJF (Sèvres), disparue en 1985
  • Fontenaysienne pour une ancienne élève de l'ENS de Fontenay-aux-Roses, disparue en 1985
  • Lyonnais(e) pour un élève ou un ancien élève de l'ENS sciences (1987-2010), de l'ENS Lettres et Sciences humaines (1999-2010) ou de l'ENS Lyon, réunion des deux précédentes (depuis 2010)
  • Cachanais(e) ou Kchanais(e) pour un élève ou un ancien élève de l'ENS de Cachan
  • Kerlannais(e) ou Rennais(e) pour un élève ou un ancien élève de l'ENS de Rennes

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Écoles normales supérieures en France[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Bourdieu, La noblesse d’État. Grandes écoles et esprit de corps, Paris, Éditions de Minuit, 1989
  2. http://www.lepoint.fr/editos-du-point/patrick-besson/l-anormalien-04-07-2013-1692929_71.php
  3. Alain Peyrefitte, Rue d'Ulm. Chroniques de la vie normalienne, Fayard, 1994 (rééd.)
  4. Jules Romains, Les Copains, Paris, 1913
  5. http://textes.droit.org/JORF/2010/03/02/0051/0070/
  6. Loi n° 48-1314 du 26 août 1948 attribuant aux élèves des écoles normales supérieures le traitement et les avantages afférents à la condition de fonctionnaire stagiaire et loi n° 54-304 du 20 mars 1954 accordant la qualité de fonctionnaire stagiaire à tous les élèves des écoles normales supérieures. Ces dispositions concernent les élèves français ou, depuis 1994, ressortissants d'un État membre de l'Union européenne.
  7. Si l'on suit les propos du député Édouard Charret rapportés par les archives de l'Assemblée nationale
  8. http://www.legifrance.gouv.fr/telecharger_rtf.do?idTexte=LEGITEXT000006066135&dateTexte=20110406
  9. Loi du 10 mai 1806 relative à la création de l'Université impériale, art. 112 : « Les élèves qui se présenteront à ce concours devront être autorisés, par leur père ou par leur tuteur, à suivre la carrière de l'Université. Ils ne pourront être reçus au pensionnat normal qu'en s'engageant à rester dix années au moins dans le corps enseignant. » ; « (Les élèves) seront entretenus aux frais de l'Université, et astreints à une vie commune » (art. 115)
  10. Jean-François Sirinelli (dir.), École normale supérieure. Le livre du bicentenaire, PUF, 1994, p. 434
  11. Circulaire du 16 novembre 1815 de Pierre-Paul Royer-Collard, président de la Commission de l'Instruction publique. Un règlement de 1816 fixe les quatre épreuves pour l'entrée à la section des lettres (discours latin, discours français, questions de cours de rhétorique, de philosophie et d'histoire, explications d'auteurs classiques).
  12. Jean-François Sirinelli (dir.), École normale supérieure. Le livre du bicentenaire, PUF, 1994
  13. http://www.asmp.fr/travaux/exceptionnelles/leclant_wallon.pdf
  14. cité par Jean Leclant, « L'École normale supérieure et l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres : passé, présent et futur », Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1999, 138, n°4
  15. a et b http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=2259
  16. Jean Leclant, « L'École normale supérieure et l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres : passé, présent et futur », Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1999, 138, n°4
  17. Jean-François Sirinelli (dir.), École normale supérieure. Le livre du bicentenaire, PUF, 1994, p. 431