Alliance franco-russe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le pont Alexandre-III à Paris

L'alliance franco-russe était d'abord un accord de coopération militaire signé entre la France et l'Empire russe qui fut en vigueur de 1892 à 1917.

Cet accord stipulait que les deux pays devaient se soutenir mutuellement s’ils étaient attaqués par un des pays de la Triple Alliance (dite aussi Triplice) : l'Empire allemand, l'Autriche-Hongrie et le Royaume d'Italie.

Au sens large il s'agissait d'une coopération militaire, économique et financière entre les deux puissances.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Le Kaiser Guillaume II

En 1890, le chancelier Bismarck démissionna. Il avait maintenu pendant vingt ans l'isolement diplomatique de la France, par crainte du revanchisme français après sa défaite de 1870 et la perte de l'Alsace-Lorraine.

Le nouveau kaiser Guillaume II souhaitait avoir les mains plus libres et refusa de renouveler le traité de réassurance avec la Russie impériale, mettant fin à l'alliance des trois empereurs que Bismarck avait toujours défendue, permettant aux grandes puissances d'éviter la guerre.

Le Kaiser souhaitait se rapprocher de François-Joseph, ce qui inquiéta la Russie, étant donné les visées expansionnistes de l'Autriche-Hongrie dans les Balkans à l'encontre de la diplomatie russe.

Alexandre III[1] dépêcha son ministre Nicolas de Giers auprès du président de la république française Sadi Carnot en vue de négociations. En mai 1890, l'empereur et sa famille visitèrent ostensiblement une exposition à Moscou, organisée par des industriels français. En août 1890, l'Empereur Guillaume s'étant invité aux manœuvres Russes, le ministère Russe convie, pour lui faire pièce, le sous-chef d'État-major général Français, le général de Boisdeffre.

D'un point de vue économique, la Russie souhaitait aussi bénéficier des capitaux français pour financer l'industrialisation rapide de son immense Empire. Dès 1888, un emprunt russe était émis à Paris. D'un point de vue politique, le régime républicain de la France l'isolait des monarchies européennes, elle trouvait ainsi une sorte de légitimité à s'allier avec un Empire connu pour son conservatisme.

Au début de l'année 1891, Alexandre III conféra l'Ordre de Saint-André au président Sadi Carnot en remerciement des liens entre les deux pays ; mais aussi de l'arrestation d'anarchistes russes à Paris et, plus important, de l'envoi l'été précédent aux manœuvres russes, du général de Boisdeffre qui lança les négociations, et permis l'organisation des visites d'une escadre française à Cronstadt à l'été 1891.

La convention[modifier | modifier le code]

L'empereur Alexandre III

Un accord fut conclu non officiellement à l'été 1891 par un échange de lettres entre le ministre des Affaires étrangères Alexandre Ribot[2] et Nicolas de Giers, puis une convention militaire rigoureusement secrète fut signée le 17 août 1892 par le général Raoul de Boisdeffre, adjoint du chef d'État-major français, et son homologue russe le général Obroutcheff[3] à l'issue de plusieurs séries de négociations tenues à Saint-Pétersbourg et à Jaure, en Dordogne, où Obroutcheff passait l'été.

Elle prévoyait une mobilisation mutuelle dans les deux pays en cas de mobilisation d'une des puissances de la Triplice ; une intervention russe contre l'Allemagne si l'Allemagne ou l'Italie (soutenue par l'Allemagne) attaquait la France ; une intervention française contre l'Allemagne si l'Allemagne ou l'Autriche-Hongrie (soutenue par l'Allemagne) attaquait la Russie.

Cette convention était purement défensive et empêchait la France de mener une guerre de revanche. Il était prévu qu'elle engagerait 1 300 000 hommes contre l'Allemagne et que la Russie en engagerait 800 000.

D'autre part ces forces s'engageront à fond, en toute diligence, de manière que l'Allemagne ait à lutter, à la fois, à l'est et à l'ouest.

La convention fut ratifiée par le tsar Alexandre III, le , après avoir hésité un moment, à cause de tentatives de rapprochement du Kaiser, mais ce dernier ne lui offrit que de nouveaux motifs d'inquiétude en évoquant la possibilité d'une guerre sur deux fronts.

Le gouvernement français la ratifiera quelques jours après, le , il tentera de négocier une convention navale complémentaire, mais celle-ci n'aboutira pas.

La presse anglaise était en général très sceptique et s'ingéniait à prouver aux Français leur erreur[4].

L'amitié franco-russe[modifier | modifier le code]

Pavillon naval commémoratif de l'alliance militaire franco-russe
Couverture du Petit Journal pour les fêtes franco-russes en 1893 .
Nicolas II et le général Brugère aux manoeuvres de 1901 .

Déjà à l'été 1891, une escadre de la marine française était venue à partir du 23 juillet en visite officielle à Cronstadt, aux abords de Saint-Pétersbourg dans le Golfe de Finlande. Dans ses Mémoires, le futur chancelier allemand von Bülow[5] se souvient : « La population et les équipages des navires russes étaient enthousiastes. Le grand-duc Alexis, Grand Amiral et commandant suprême de la flotte offrit un splendide banquet à l'amiral Gervais, à son état-major et aux commandants des navires français. Le tzar et son épouse visitèrent en s'émerveillant le navire Marengo ». L'empereur s'était associé aux parades officielles et avait même lors d'un dîner officiel donné en l'honneur de la marine française à Peterhof fait jouer la Marseillaise ; l'hymne républicain, et considéré comme révolutionnaire, était jusqu'alors interdit en Russie.

En octobre 1893, la flotte russe rendit sa visite à la flotte française à Toulon et Paris, qui fut reçue par le Président Sadi Carnot et l'Amiral Henri Rieunier, ministre de la marine, donnant lieu à de grandes festivités et aboutissant à la ratification de la convention militaire par le tzar quelques mois plus tard.

En 1896, le jeune empereur Nicolas II et son épouse l'impératrice Alexandra firent un voyage officiel en France qui eut un grand retentissement dans tout le pays. La Russie était la seule alliée de la France, France dont toute l'Europe se méfiait. Le couple visita Compiègne et Paris. À cette occasion Nicolas II posa la première pierre du Pont Alexandre-III, nommé en l'honneur de son père et pour symboliser l'amitié franco-russe. Le pont sera inauguré quatre ans plus tard par le président Émile Loubet, pour l'Exposition universelle de Paris de 1900. L'amiral Henri Rieunier est invité d'honneur lors des cérémonies et sera présent lors de toutes ces manifestations.

L'année suivante en 1897, le président Félix Faure se rendit en visite officielle à Saint-Pétersbourg et posa la première pierre du Pont de la Trinité sur la Néva en l'honneur de l'alliance. Le pont sera inauguré juste à temps pour les cérémonies du bicentenaire de la capitale en 1903.

En août 1899, le ministre français Delcassé négocia un renforcement de l'Alliance franco-russe : désormais la France pourrait soutenir la Russie dans sa politique balkanique si la Russie soutenait la France dans la question d'Alsace-Lorraine.

En septembre 1901, Nicolas II est en visite officielle en France, provoquant l'enthousiasme de l'opinion publique. Les manœuvres auxquelles il assiste avec le président de la république, Émile Loubet à Bétheny, près de Reims, entraînent la participation de 120 000 hommes !

D'un point de vue économique et financier, plus d'un tiers de l'épargne des ménages français était alors consacré à l'industrialisation de la Russie, principalement dans les chemins de fer (comme pour le Transsibérien) et à la modernisation du pays (réseaux bancaires).

Plusieurs milliers de Français, artisans, commerçants, ingénieurs, étaient partis s'établir dans les grandes villes économiques de l'Empire. De nombreux instructeurs militaires et du matériel militaire, ainsi dans l'aviation naissante, étaient réclamés par la Russie. Ces échanges étaient facilités par l'emploi de la langue française, alors extrêmement répandue, dans les classes instruites et obligatoire dans le système d'enseignement secondaire russe de l'époque.

Les visites bilatérales officielles se poursuivent : en mai 1902, Émile Loubet est en Russie.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Sortie de son isolement, la France faillit affronter le Royaume-Uni lors de l'affaire de Fachoda, mais finalement — sous l'impulsion de Delcassé — bâtit en 1904 une « Entente cordiale » avec le Royaume-Uni, qui fut étendue à la Russie, ce qui donna naissance en 1907 à la « Triple-Entente ».

Toutefois, depuis la désastreuse guerre russo-japonaise, l'impulsion ne sera plus donnée par la Russie, la France se tournant — dans ce ménage à trois — de plus en plus pour des raisons diplomatiques vers l'Angleterre ; tout en accélérant son soutien militaire et technique à la Russie, afin de la mettre au niveau d'une grande puissance militaire.

Le , Nicolas II et le président Armand Fallières se rencontrent à Cherbourg. Du 9 au 16 août 1912, Raymond Poincaré, alors président du conseil, est en visite officielle en Russie et assiste à des revues militaires. Il réitère sa visite, devenu président de la république, à la veille de la guerre, en juillet 1914.

Lorsque la Russie déclare la mobilisation partielle contre l'Autriche-Hongrie le 29 puis générale contre l'Allemagne le 30 juillet 1914, la convention secrète s'applique et la France déclare la mobilisation générale le 31 juillet.

Une dernière conséquence est que sur le front Ouest, un corps expéditionnaire russe fut symboliquement envoyé en France épauler les troupes françaises.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'Empereur avait toujours été ouvertement francophile. Comme le rappelle le ministre Ribot dans son discours de Bapaume, le 29 septembre 1892, Alexandre, encore héritier du trône, écrivait déjà dans un rapport au prince-régent de Prusse (futur empereur d'Allemagne) : « L'alliance de la France et de la Russie est chose tellement naturelle qu'il y aurait folie à ne pas s'y attendre, car, de toutes les Puissances, ce sont les seules qui, par leur situation géographique et par leurs visées politiques, renferment le moins d'éléments d'hostilité, car n'ayant pas d'intérêts qui se combattent nécessairement. »
  2. Celui-ci, lors de l'inauguration de la statue du général Faidherbe à Bapaume le 29 septembre 1892, déclare dans son discours : « L'Europe, pendant quelque temps incertaine, nous a enfin rendu justice ; un souverain, prévoyant et ferme dans ses desseins, pacifique comme nous-mêmes, a publiquement manifesté nous signaler la seule nation avec qui la France avait intérêt à conclure une alliance. »
  3. 1830-1904. Il participa à la guerre russo-turque de 1877-1878 et fut un ardent promoteur de la fortification de la frontière occidentale de l'Empire.
  4. in Jules Hansen, op cité, ch V.
  5. Chancelier impérial d'Allemagne de 1900 à 1909

Articles connexes[modifier | modifier le code]