Obusite

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Obusite
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Shellshock2.jpg
Le soldat à gauche est atteint d'un syndrome fréquent d'obusite. Photo prise lors de la Première Guerre mondiale, près d'Ypres (Belgique) en 1917.
CIM-10 F43.0
CIM-9 308.9
MeSH D000275
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L'obusite (du français « obus », le suffixe « -ite » ne désignant pas ici une inflammation) en anglais : shell shock (« choc de l'obus »), est un terme décrivant une association de troubles psychiques et physiques observés chez certains soldats de la Première Guerre mondiale, essentiellement dans le contexte de la guerre de tranchées ; c'est un syndrome classé comme étant l'une des formes de stress post-traumatique.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme d'« obusite » a été inventé et utilisé lors de la Première Guerre mondiale, lorsque sont apparus de nouveaux patients atteints de pathologies nouvelles (ils sont également dénommés « pithiatiques[1] »). Les maladies nerveuses étaient peu connues à l'époque, il est donc question de « commotion », de « choc émotionnel », de « syndrome des éboulés[2] », de « plicaturés » ou de victimes de l'« obusite ». D'autres noms ont aussi été donnés à l'obusite, comme « traumatophobie » ou névrose de guerre.

Au XXIe siècle, le terme « obusite » n'est plus utilisé et fait automatiquement référence aux soldats de la Grande Guerre. L'obusite est un « trouble de stress post-traumatique » (TSPT), des cauchemars persistent longtemps après un évènement, faisant constamment revivre une expérience terrorisante. Les soldats sont les plus touchés par un TSPT.

Causes[modifier | modifier le code]

Il était supposé que l'obusite résultait de plusieurs facteurs impliquant le stress et l'anxiété, ce qui inclut : excès de stress et de peur dus aux bombardements incessants, peur d'être déchiqueté, peur d'être enseveli, peur répétée d'être violemment tué. Selon un médecin militaire psychiatre allemand[3] (nom inconnu) « L'instinct de conservation se rebelle contre la guerre. »

Symptômes[modifier | modifier le code]

Les symptômes, divers et inconnus des médecins militaires des périodes antérieures, apparaissaient chez des soldats des tranchées choqués par l'onde de choc d'une explosion (obus, bombe, mine, grenade...), voire ensevelis sous les retombées de l'explosion et qui après avoir été dégagés, étaient retrouvés dans une attitude et position mutique (parfois sourds ou muets, ou aveugles), parfois pliés en deux ou en position accroupie avec incapacité de se relever (c'est l'abasie des « plicaturés vertébraux » selon une dénomination des médecins militaires), parfois totalement paralysés ou hémiplégiques ou paraplégiques ; alors même que l'examen clinique ne montrait aucune lésion capable d'expliquer ces attitudes. Il s'agirait d'affections psychosomatiques, que certains psychiatres décrivent sous de nouveaux noms, tels les « myocloniques rythmiques », « météoriques abdominaux », « spondylitiques » ou « éructants avec régurgitation alimentaire » du Dr Sicard, chef du service de neurologie de la 15e région militaire, basé à Marseille[4]. L'obusite pouvait encore se caractériser par des tremblements incontrôlés plus ou moins intenses, avec des malades atteints de vomissements incontrôlables (les « vomisseurs »), de « chorée rythmique » (se tordant en tous sens), atteint de violentes « contractures » leur tordant les mains et/ou pieds (varus équin) ou encore atteint de syndromes de folies inconnus qui donnèrent le nom de « psychose des barbelés ».

Cette absence d'apparente relation de cause à effet a fait accuser de nombreux soldats de simulation ; ces soldats « suggestionnés » ou supposés simulateurs étaient classés dans une catégorie de troubles relevant du « pithiatisme », qui seraient une nouvelle forme d'hystérie, associée à des « troubles nerveux d'ordre réflexe » (selon Babinski en 1917[5]). De nombreux médecins, tels le Dr Sicard (neurologue) jugent que les malades mentent. Des noms paradoxaux de nouveaux syndromes sont inventés : « simulation inconsciente », « simulation de création » ou de « simulation de fixation[6] ». Une hypothèse posée à l'époque par le médecin-chef Porot (neuropsychiatre) est qu'il s'agirait d'une maladie commençant avec une « attitude réflexe antalgique » qui se fixe ensuite lors d'un stade hystérique avec ensuite des « complications articulaires qui incitent le sujet à persévérer[7] ». Les malades sont même anesthésiés au chloroforme, non pas pour les soulager, mais pour dépister les simulateurs, sous la menace du conseil de guerre pour ceux qui refuseraient. Certains des malades perdent leurs rigidité et contractures, provisoirement durant l'anesthésie. Parfois la menace de l'anesthésie ou du Conseil de guerre fait disparaître la contracture, ce qui renforce le point de vue de la Société de neurologie qui « depuis le 21 octobre 1915, [elle] recommande que les sujets atteints de troubles fonctionnels ne soient ni réformés ni pensionnés ni évacués mais traités sur place et renvoyés au front »[1] tout en émettant le vœu que les « simulateurs, exagérateurs et persévérateurs » soient envoyés « vers des services spéciaux et soumis à une direction médicale compétente et à une discipline militaire sévère[8] ».

Traitements[modifier | modifier le code]

Les médecins militaires avaient pour mission de renvoyer le plus possible de ces soldats au front, et de détecter ceux qui pourraient simuler pour éviter les combats[1].

Le torpillage électrique[modifier | modifier le code]

Certains neuro-psychiatres militaires de l'époque jugent que les pithiatiques étant des hystériques, ils sont « fonctionnels » et curables par contre-suggestion[5]. Ces neuro-psychiatres ont rapidement mis au point de nouveaux traitements et inventions consistant par exemple à emprisonner les personnes recourbées dans des carcans redresseurs ou à soumettre les pithiatiques à un « traitement faradique » ou « torpillage électriques » (impulsions électriques)[1]. Ce traitement était en France par exemple appliqué par le Service de Santé des armées au fort de Saint-André à Salins au-dessus de la vallée du Doubs dans le Jura, avec un « centre d'entraînement » pouvant accueillir jusqu'à environ 200 pithiatiques guéris[9]. Aucun effet positif n'a été démontré à moyen terme ; les soldats ayant momentanément surmonté leurs symptômes voyaient leurs contractures revenir[1]. Plusieurs des malades de ce centre ayant refusé ce traitement (qui pourrait aujourd'hui être assimilé à de la « torture »), ils sont d'abord mis en isolement plusieurs jours, sont ensuite qualifiés d'« hystériques invétérés » puis dénoncés par le Dr Gustave Roussy, pour finalement être passés en conseil de guerre [10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Pierre Darmon, « Des suppliciés oubliés de la Grande Guerre : les pithiatiques », Histoire, économie et société, vol. 20, no 1,‎ 2001, p. 49-64 (ISSN 0752-5702, DOI 10.3406/hes.2001.2253, lire en ligne [PDF])
  2. Dr Lortat- Jacob « Le syndrome des éboulés » Revue neurologique nov.-déc. 1915, no 23-24, p. 1173 et suiv.
  3. Arte, 1914-1918, La Guerre moderne. Propos ayant été censuré par l'administration militaire.
  4. Rapport de juillet 1915, ASSA, carton A 67, « Neurologie et neuropsychiatrie, rapports des 14e et 15e régions ».
  5. a et b Babinski et Froment, Hystérie, pithiatisme et troubles nerveux d'ordre réflexe, Paris, 1917
  6. Rapport d'août 1915, du Dr Sicard, Service de neurologie de l'hôpital militaire Michel Lévy, Marseille, ASSA, carton A 67.
  7. Source : Rapport du médecin-chef Porot (du centre neuropsychiatrique d'Alger), présenté à la réunion trimestrielle des médecins-chefs le 3 août 1916, conservé aux ASSA, carton С 223 « Neurospychiatrie, conférences, réunions ».
  8. «Vœux émis par la Société de neurologie de Paris dans sa séance tenue le 21 octobre 1915», ASSA, carton A 223.
  9. Courrier du général Brochin, commandant de la 7e région militaire, envoyé au ministre de la Guerre, ASSA (Archives du Service de Santé de l'armée) carton A 229, Neuro-psychiatrie, correspondance conservée au Val-de-Grâce, les Archives du Service de Santé de l'armée constituent une mine de renseignements sur l'histoire de la Grande Guerre
  10. Jean-Yves Le Naour, Les soldats de la honte, Éditions Perrin, 2011, page 218, 220, 221

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Louis Crocq, Les traumatismes psychiques de guerre, Odile Jacob, Paris, 1999.
  • Jean Yves Le Naour, Le Soldat inconnu vivant, 2002 (ISBN 2012356052)
  • Jean Yves Le Naour (textes), Mauro Lirussi (dessins), Le Soldat inconnu vivant, (bande dessinée) Éditions Roymodus & Fayard 2012 (ISBN 9782363630094)
  • Jean Yves Le Naour, Les soldats de la honte, Éditions Perrin 2011, 273 pages (Étude sur les traitements infligés aux traumatisés des tranchées)
  • Joël Calmettes, Le Soldat inconnu vivant, film documentaire

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Jean Yves Le Naour, publie sur le site de www.roymodus.com des extraits du rapport médico-légal de l'inconnu dit Anthelme Mangin, Assistance Judiciaire, du 25 mai 1936, Tribunal de Rodez. 101 pages.