Bonapartisme

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Napoléon Ier, inspirateur du bonapartisme.

Le bonapartisme est une famille de pensée politique française, qui s'inspire de l'action de l'empereur Napoléon Ier. Le terme a deux acceptions :

  • au sens strict, le bonapartisme vise à établir un régime monarchique impérial en France à la tête duquel serait placé un membre de la famille de Napoléon Bonaparte ;
  • au sens large, le bonapartisme vise à établir un État national à exécutif fort et centralisé mais d'essence républicaine et assis sur la consultation régulière du peuple par le biais de plébiscites.

Le bonapartisme n'implique donc pas forcément l'adhésion à un système d'organisation politique héréditaire mais peut au contraire s'accommoder d'une forme républicaine de gouvernement[1]. Il repose sur la fusion des élites et l'adhésion populaire. Ces deux facettes peuvent être distinctes ou confondues, selon les personnes et périodes.

Histoire du bonapartisme[modifier | modifier le code]

Introduction[modifier | modifier le code]

Dès 1790, des penseurs comme Sieyès veulent terminer la Révolution. Pour cela, ils cherchent un général, qui devra prendre le pouvoir et rétablir l'ordre, en gardant les acquis révolutionnaires.

Tout d'abord, le général Hoche est pressenti mais meurt en 1797 d'une tuberculose. Puis Joubert, qui est tué à la bataille de Novi. Sieyès et ses amis penseront aussi à Moreau ou à Bernadotte, mais ce fut finalement Bonaparte en raison de ses succès italiens et de son charisme. Ce dernier prendra le pouvoir lors du coup d'État du 18 Brumaire, en 1799.

Une fois Napoléon Bonaparte au pouvoir, il y a eu un bonapartisme de gestion de 1799 à 1815. C'est pendant cette période du Consulat et du Premier Empire que Napoléon crée les institutions qui, aujourd'hui, régissent encore la France : les fameuses « masses de granit » : lycées, Code civil français, écoles militaires, etc.

Il y eut un courant bonapartiste dès la chute du Premier Empire en 1814. La force de ce courant permit le retour de l'Empire pendant les Cent-Jours en 1815. Sous la Seconde restauration et la Monarchie de Juillet, ce mouvement continua d'exister et ses sympathisants continuèrent de se réclamer de l'expérience politique du gouvernement consulaire et impérial. Le courant bonapartiste eut une influence politique importante au XIXe siècle ; il se développa grâce à l'essor de la légende napoléonienne mais c'est avec Louis-Napoléon Bonaparte qu'il put accéder au pouvoir en 1848. Il se reconstitua après la chute du Second Empire et eut une réelle influence politique pendant les premières décennies de la Troisième République avant d'être marginalisé.

Le bonapartisme des Cent-Jours[modifier | modifier le code]

Le bonapartisme jacobin[modifier | modifier le code]

Après la chute du Premier Empire, le bonapartisme subsiste chez une poignée de pamphlétaires et de fidèles. Sous les Cent-Jours, apparaît un bonapartisme jacobin, mêlant l’image d’Épinal du Petit Caporal aux souvenirs de la Révolution. Il peut s’accommoder d’une dictature temporaire « jusqu’à la paix ». L’hypothèse même d’un ajournement de l’autorité de la représentation nationale (où ils ne seraient d’ailleurs que minoritaires) ne les effraie pas[2]. Les bonapartistes jacobins ont des aspirations démocratiques, souvent plus égalitaires que libertaires et toujours anticléricales et antibourbonniennes. Parmi les thèmes caractéristiques de ce bonapartisme[3] :

  • La mise en avant d’un retour aux dîmes et aux droits féodaux et à une remise en question de la vente des domaines nationaux comme thème de propagande et repoussoir ;
  • Une haine soupçonneuse à l’égard des nobles et des prêtres ;
  • La défense de la liberté (la liberté de la presse fut totale sous les Cent-Jours) ;
  • Le thème de la patrie en danger, se traduisant par de violentes invectives contre l’Europe des rois.

Le bonapartisme jacobin s’organise au sein de fédérations[4] qui canalisent l’esprit révolutionnaire et l’opinion bonapartiste dans un même souci de l’honneur national bafoué en 1814. Pour les fédérés des différentes provinces, Napoléon Ier symbolise la patrie et la Révolution française qu’il réhabilite. Cependant les fédérés n’ont pu jouer en 1815 le rôle des sociétés populaires ou des comités de surveillance de l'An II, pour la double raison du manque d’effectif et d’une méfiance réciproque. Méfiance de certains chefs jacobins à l’égard d’une renaissance du despotisme impérial (à distinguer de la dictature jugée nécessaire) mais surtout méfiance gouvernementale. Napoléon ne favorisa pas les fédérations car il voyait sans sympathie le nouveau jacobinisme prédominer dans le bonapartisme. Il ne voulait pas être le « roi d’une jacquerie » et il se laissa persuader que seuls une constitution et un régime libéraux pouvaient sauver la situation[4].

Le bonapartisme libéral[modifier | modifier le code]

C'est la version mise en pratique sous les Cent-Jours[4] avec la suppression de la censure, celle de l'acte additionnel aux constitutions de l’Empire, fruit de la collaboration entre Benjamin Constant et Napoléon Ier. Cet acte additionnel, entre autres dispositions libérales, reconnaît aux députés la qualité de représentants du peuple. Ce régime libéral n’est cependant pas un régime parlementaire[5].

Les Bonapartistes jacobins, tenants de la manière forte ou d’un nouveau 1793, considérèrent avec inquiétude ce qu’ils percevaient comme une caricature d’Empire créée par des intellectuels parisiens[6].

Le bonapartisme de 1815, celui du vol de l’Aigle, est un courant patriotique. Il fait basculer à gauche le bonapartisme ce dont témoignera sous la Restauration l’alliance objective entre libéraux et bonapartistes[5].

Le bonapartisme d’opposition sous la Restauration[modifier | modifier le code]

Les complots bonapartistes[modifier | modifier le code]

Les maladresses de la seconde Restauration favorisèrent la subsistance d’un courant bonapartiste. Celui-ci se manifesta par des complots comme la conspiration de Randon et les troubles de Lyon (1817) où l’on distribua des cocardes tricolores et acclama Napoléon II[7]. Ces complots prouvaient qu’il existait encore des bonapartistes, paysans, ouvriers, demi-solde ou anciens soldats démobilisés, croyant au retour possible de l’Empire et acceptant de risquer leur tête à cette fin.

Sous la Restauration, les bonapartistes n’ont pas de représentants à la chambre des députés et pas de réflexion doctrinale, ni d’associations ou de clubs pour se regrouper. Les partisans de Napoléon et de son fils durent se contenter de brochures, almanachs, poèmes séditieux circulant sous le manteau[8]. Néanmoins, ainsi véhiculées, les références bonapartistes inspirent les auteurs de différents complots.

Ainsi, les complots libéraux de 1820 regroupèrent des militaires bonapartistes et diverses associations crypto-républicaines sous la direction du comité directeur du parti libéral (La Fayette, Corcelle, Dupont de l’Eure, d’Argenson). La conspiration du Bazar français voulait soulever certains régiments stationnés à Paris, arborer les trois couleurs, proclamer Napoléon II avec l’Acte additionnel de 1815. Les chefs libéraux obtinrent in extremis l’abandon du thème impérial, au profit de la mise en avant du choix par la nation de son gouvernement[9].

Cependant, après 1822, la duplicité des chefs du parti libéral, soucieux de réintégrer après chaque tentative avortée une honorable légalité parlementaire dégoûta la base bonapartiste, lasse de risquer l’échafaud pour ne pas dénoncer les responsables[10].

Le Mémorial de Sainte-Hélène[modifier | modifier le code]

Pour Jean Tulard, le Mémorial de Sainte-Hélène devint le bréviaire du bonapartisme[11] et de fait sa publication en 1823 empêcha la dilution de la mouvance bonapartiste au sein de la nébuleuse libérale[8]. Cette contribution à l'élaboration du bonapartisme a été rendue possible par le fait que Napoléon présente dans ce texte son œuvre historique à la lumière d'une réflexion politique associant plusieurs thèmes fondamentaux.

Avec le Mémorial, Napoléon reprit post mortem le contrôle de la doctrine bonapartiste qui lui avait échappé depuis 1815.

Sociologie et positionnement politique du bonapartisme[modifier | modifier le code]

Sous la Restauration, la sociologie du courant bonapartiste est essentiellement militaire ou paysanne, non pas tant les officiers en demi-soldes, mais les sous-officiers et hommes de troupe (au nombre d’un million et demi) rentrés dans leur foyer, retournés à la terre où ils influencent l’opinion rurale.

Néanmoins, le spectre social couvert par le mouvement bonapartiste est large, les prises de position politique priment sur les réflexes d’appartenance sociale[6].

L’expérience impériale a progressivement évolué d’un couple « souveraineté populaire – jacobinisme » pour tendre vers un couple « droit divin – absolutisme »[12].

Les bonapartistes ont pu se référer à l’une ou l’autre de ces orientations, la référence patriotique permettant de souder les différents courants.

Sous la Restauration, le bonapartisme acquiert ses caractéristiques fondamentales : il s'agit d'une formule de pouvoir alliant la démocratie (passive) et l’autorité (agissante), formule centriste située entre droite contre-révolutionnaire et gauche jacobine, s’appuyant sur un gouvernement autoritaire et une administration centralisatrice[13].

La position centrale ou centriste du système napoléonien est manifeste à condition de préciser qu’il s’agit d’une formule instable et en perpétuelle évolution : le bonapartisme a pu évoluer du centre gauche au centre droit, sans toutefois parvenir à élargir ce cadre à la gauche ou à la droite[12].

Le bonapartisme et Napoléon III[modifier | modifier le code]

Reconstitution d'une force bonapartiste[modifier | modifier le code]

L'empereur Napoléon III, véritable "fondateur" du bonapartisme.

Au début de la Monarchie de Juillet, et en dépit des quelques cris « Vive Napoléon II » lancés pendant les Trois Glorieuses, le bonapartisme politique semble entrer dans une phase de sommeil, accentuée par la mort en 1832 du fils de Napoléon Ier. Toutefois, la Légende impériale est très présente avec l'épisode de Sainte-Hélène qui la fonde.

Les « Napoléonides » n'avaient plus de visées politiques, sauf Louis-Napoléon Bonaparte, le neveu de l'Empereur. Il organisa deux coups d'État en 1836 à Strasbourg et en 1840 à Boulogne qui lui valurent d'être enfermé à la forteresse de Ham (qu'il appela son « université de Ham »).

Il n'avait qu'une poignée de partisans mais avec eux, après la chute de la Monarchie de Juillet, il reconstitua un mouvement bonapartiste. Pour les élections constituantes, les fidèles du Prince Louis-Napoléon créent un Comité Napoléonien secret présidé par le général Piat. Peu de bonapartistes sont élus, en dehors de grands noms élus sur des listes républicaines modérés (le prince Murat) ou avancés (le prince Napoléon et Pierre Bonaparte). Mais c'est aux élections complémentaires de juin que la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte réalise une percée qui stupéfie la classe politique, étant donné les faibles moyens dont elle disposait[14].

Jusqu'au rétablissement de l'Empire, le Comité napoléonien servit de modèle à de nombreux comités de province soutenant la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte. Les bonapartistes n'y sont pas forcément majoritaires du fait d'un manque de cadres mais ils donnent l'impulsion et ont la maîtrise des initiatives.

Le parti bonapartiste s'appuie sur une propagande centrée à Paris[15]. Argent, slogans, brochures viennent de Paris, avec les agents chargés de leur diffusion en province. Dans cette tâche de propagande, il ne faut pas négliger l'apport des sociétés philanthropiques comme l'importante société du Dix-Décembre issue des comités parisiens de 1848.

De plus le bonapartisme bénéficie du soutien de journaux provinciaux. Dans plus de la moitié des départements, un ou plusieurs journaux ont soutenu la candidature napoléonienne de décembre 1848. Parallèlement, les partisans de Louis-Napoléon ont fondé de nombreux journaux purement bonapartistes comme Le Président à Lyon ou Le Napoléon de la Moselle à Metz[15].

Une fois élu président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte s'appuiera sur le dévouement et l'efficacité des préfets pour compenser les faiblesses de son parti.

L'électorat bonapartiste[modifier | modifier le code]

Un triple électorat bonapartiste apparaît lors de ces élections[16] : un vote conservateur de notables royalistes percevant le prince comme un rempart contre les républicains et le socialisme ; un vote populaire paysan en général, parfois ouvrier, attiré par les propositions sociales du prince ; un vote purement bonapartiste se caractérisant par des cris significatifs de « Vive l'empereur ! » souvent entendus en province. Ce dernier est répandu dans les départements de tradition bonapartiste ou sensibles à la légende impériale, comme les Charentes, les Hautes-Pyrénées, l'Yonne, l'Aube, la Haute-Marne, une partie de la Moselle... Lorsque ces trois votes se cumulent, on obtient des pourcentages unanimistes comme dans la Charente (95 % des voix) ou la Creuse (94 %).

Le ralliement des notables est un fait nouveau, la masse paysanne domine le vote bonapartiste de façon écrasante.

Le jeu de bascule habile entre droite et gauche pratiqué par Louis-Napoléon Bonaparte lui permet d'accéder à la présidence de la République française, puis suite au coup d'État du 2 décembre 1851 légitimé par le vote populaire des 21 et 22 décembre 1851, de devenir empereur des Français. Le plébiscite qui rétablit l'empire modifie la géographie électorale du bonapartisme. Celle-ci est désormais concentrée au Nord-Est de la France, dans des régions riches, développées, industrialisées et modérées. Le vote balaie les réticences légitimistes dans l'Ouest et le Midi et l'opposition démocrate-socialiste à Paris et dans le Sud-Est.

Louis-Napoléon Bonaparte président puis empereur[modifier | modifier le code]

Entre 1848 à 1870, les bonapartistes accédèrent au pouvoir. Dans le cadre du Second Empire, le neveu de Napoléon Ier affirma poursuivre l'œuvre de son oncle, avec une politique sociale poussée dès 1852. L'industrie, l'agriculture et le commerce connurent un grand essor. Le plébiscite de mai 1870 remporté avec 7,3 millions de voix favorables paraissait garantir le prolongement du Second Empire au-delà de la mort de Napoléon III et celui-ci était très populaire à la veille de la guerre de 1870. Après une phase autoritaire dans les années 1850, le Second Empire s'était peu à peu rapproché d'une monarchie parlementaire et bicamérale, avec néanmoins la particularité du recours au plébiscite.

Mais en septembre 1870, c'est la défaite de Sedan qui entraîna une révolution à Paris, orchestrée par les députés républicains, qui renversèrent le Second Empire devenu pleinement parlementaire et démocratique depuis les réformes lancées en 1869. Dès lors, le bonapartisme se reconstitua en tant que force politique importante dans le jeu politique français.

En 1871, un décret interdit les candidatures aux élections pour les anciens préfets et tout le personnel bonapartiste (députés, sénateurs, etc.). Malgré cela, une vingtaine de députés bonapartistes arrive à l'Assemblée nationale, dont cinq seulement refusèrent de voter la déchéance.

À partir de 1872, dans le cadre des élections législatives partielles, on observa une remontée du mouvement bonapartiste, alors dirigé par Eugène Rouher, surnommé « Le Vice-Empereur ». Le parti bonapartiste, de l'« Appel au peuple », eut un groupe parlementaire redouté[17]. Après l'échec de la Commune, quelques dignitaires de l'Empire, rentrèrent en France afin de reformer une force politique nationale. Peu à peu se reconstitua un réseau bonapartiste soutenu par une presse active et offensive. Napoléon III et ses partisans envisagèrent un retour en France semblable dans la forme au retour de l'île d'Elbe. Mais ceci fut rendu impossible par la mort de l'empereur.

Le bonapartisme sous le prince impérial (1873-1878)[modifier | modifier le code]

Entre 1876 et 1879, l'implication du prince impérial, chef naturel du parti bonapartiste depuis la mort de Napoléon III s'accrut. Le Prince impérial rédigea un projet de constitution et donna ses directives pour les élections et les fit parvenir à Rouher. Ainsi, il décida seul des candidatures en Corse. À cette époque, le parti de l'Appel au peuple connut un regain de faveur ; à partir de 1876, on assista à un retour en force des bonapartistes, avec une centaine de députés et un million de voix. La victoire ne fut pas plus marquée, faute de candidats, car beaucoup ont peur ou n'osaient pas se présenter, alors que 60 % des candidats bonapartistes furent élus. En 1877, cent sept députés bonapartistes siégeaient à la Chambre des députés.

Le Prince impérial.

Le prince impérial chercha à unifier les différentes tendances du parti :

  • les conservateurs cléricaux menés par les Cassagnac, père et fils qui prônent l'alliance avec les légitimistes ;
  • les populistes menés par Jules Amigues en rapport avec d'anciens communards ;
  • les libéraux menés par l'ancien garde des Sceaux, Émile Ollivier, proche des orléanistes ;
  • les fidèles d'Eugène Rouher, partisans de l'Empire autoritaire ;
  • les bonapartistes proches de la gauche républicaine, anticléricaux et sympathisants du prince Jérôme Napoléon.

À cette fin, Louis eut le projet de refondre la presse bonapartiste. Il souhaitait faire appel aux « meilleures plumes »[18]. En 1876, il affirma : « Je tiens par-dessus tout à posséder un journal de doctrine qui pourra traduire et expliquer ma pensée et donner la note juste sur toutes les questions ». Des changements intervinrent dans la presse du parti qu'il souhaitait refondre, en particulier dans des journaux comme L'ordre ou Le Petit Caporal qui vit rentrer au sein de sa direction le député de la Sarthe Haentjens en 1877, peut-être pour mieux contrôler l'un de ses principaux rédacteurs, Jules Amigues, dont l'agitation inquiétait le prince[18].

Il pensait que la République s'effondrerait d'elle-même. Face à son nouveau président Jules Grévy, il préconisa une « sympathique abstention » au motif que ce dernier était l'un des seuls républicains ayant répondu en septembre 1870 à l'appel de l'Impératrice pour l'union nationale.

En 1879, le prince impérial mourut au Zoulouland en Afrique, ce qui émut l'opinion et consterna le mouvement bonapartiste.

Le bonapartisme divisé entre plébiscitaires et impérialistes (1878-1891)[modifier | modifier le code]

Néanmoins, le testament du prince impérial favorisa l'apparition de deux courants au sein du parti bonapartiste : le fils de Napoléon III demandait au prince Victor de continuer l'œuvre des deux empereurs et non à son père le prince Napoléon. Certains bonapartistes suivirent les dispositions du testament du Prince Impérial, d'autres préférèrent se rallier au prince Napoléon.

Dès juillet 1879, des campagnes de presse furent organisées en faveur du prince Victor, surtout par Paul de Cassagnac et Jules Amigues, les directeurs des deux journaux bonapartistes les plus importants : Le Pays et Le Petit Caporal. Paul de Cassagnac, dans Le Pays du 4 juillet 1879, apporta déjà clairement son soutien au prince Victor.

Le codicille du prince impérial sema le trouble et la division au sein du parti bonapartiste. Il provoqua de multiples polémiques, qui profitèrent aux ennemis de la cause napoléonienne et brisèrent les liens entre Victor et son père.

Les impérialistes favorables à l'exécution des dispositions testamentaires du prince impérial relatives à sa succession firent alors de multiples démarches auprès du prince Victor. Paul de Cassagnac et Jules Amigues contactèrent Victor lors de son voyage d'études d'un an en Allemagne. Ils voulaient l'inciter à accepter l'héritage du prince impérial.

Toutes les démarches faites auprès de Victor étaient cachées à son père. C'est pourquoi, en septembre et octobre 1882, Victor s'inquiéta lors de la parution d'articles dans les journaux mentionnant des engagements de sa part avec Cassagnac. Il s'empressa de démentir ces bruits, il affirma ne pas connaître Cassagnac et garantit son soutien à son père.

Le bonapartisme se scinda en deux groupes principaux :

  • le bonapartisme « rouge » des jérômistes ou plébiscitaires, à vocation populaire et démocratique, plus proche de la gauche républicaine et anticléricale ;
  • le bonapartisme « blanc » des victoriens ou impérialistes, soutenu par les notables et les députés du parti, plus proche de la droite royaliste et cléricale.

Peu d'hommes suivirent le prince Napoléon. Cette absence de soutien se manifesta y compris parmi les bonapartistes les plus à gauche, comme Jules Amigues qui souhaitait une politique plus sociale que celle du prince Napoléon qui pour être républicain et anticlérical (mais pas irréligieux) n'était pas plus socialiste que Léon Gambetta[19]. En 1880, le prince Napoléon renonça à toute prétention dynastique.

Néanmoins, ses partisans, les plébiscitaires virent dans l'aventure boulangiste l'occasion de faire triompher leurs idées. L'un d'eux, le journaliste Georges Thiébaud organisa une rencontre entre le prince Napoléon et le général Boulanger, le 2 janvier 1888. Ils s'accordèrent pour maintenir la république tout en recourant au suffrage universel pour désigner le chef de l'État[20], les deux hommes envisageant de se présenter à la magistrature suprême. Le slogan boulangiste « Dissolution, Révision, Constituante » enthousiasma les plébiscitaires, étonnés d'être rejoints dans l'aventure boulangiste par les impérialistes, pourtant hostiles à toute solution républicaine. Pour détacher le général Boulanger des royalistes, le prince Napoléon demanda l'aide financière de l'impératrice Eugénie mais celle-ci refusa et n'apporta son aide qu'aux journaux victoriens. L'échec du boulangisme entraîna un affaiblissement du bonapartisme.

Le bonapartisme sous le prince Victor (1891-1926)[modifier | modifier le code]

Durant la fin du XIXe siècle, l'affaiblissement du mouvement s'accentua, malgré un certain regain d'enthousiasme lors de l'épisode boulangiste des années 1880 qui avait rallié plusieurs bonapartistes. De plus, de nombreux bonapartistes gardèrent leurs opinions politiques mais se rallièrent à la Troisième République.

Progressivement, les fiefs électoraux des notables bonapartistes déclinèrent. Le plus durables furent les Charentes, le Gers, la Cors. Ainsi, le baron Eschassériaux, qui fut surnommé le « roi des Charentes », ne se représenta pas en 1893. Le radicalisme rongea progressivement la clientèle bonapartiste dans le Sud-Ouest. Le Gers, dont 4 députés sur 5 étaient bonapartistes en 1876 vit son conseil général passer aux républicains en 1889 et Paul de Cassagnac fut battu en 1902.

Vers 1900, le bonapartisme au sens strict qui vise à rendre le trône aux Bonaparte est presque mort. En 1902, seul cinq bonapartistes furent élus députés. Le prince Victor, après avoir défendu l'idée d'un Troisième Empire, se rallia progressivement à l'idée d'une république présidentielle dont le chef de l'État devait être élu au suffrage universel, idée qu'avait défendue son père, Lucien Bonaparte et les bonapartistes républicains. Il rédigea dans cette perspective un programme politique détaillé qu'il ne communiqua qu'à quelques proches.

Ralliés à l'Union sacrée de Clemenceau pendant la Grande guerre, les comités plébiscitaires remportèrent certains succès dans la suite immédiate de la Première Guerre mondiale. L'année 1919 fut ainsi particulièrement faste pour les bonapartistes avec l'entrée de près de vingt députés à la chambre « bleu horizon », parmi lesquels Paul de Cassagnac et le prince Murat. Le mouvement dont les cadres étaient issus de l'Association bonapartiste des anciens combattants changea plusieurs fois de noms (Comité, puis Parti de l'Appel au peuple), son organe restant La Volonté nationale fondée en 1907. Cependant, la victoire du cartel des gauches en 1924 fut fatale à la plupart des députés plébiscitaires.

Le bonapartisme sous le prince Louis (1926-1997)[modifier | modifier le code]

Après la mort du prince Victor en 1926, une feuille bonapartiste est lancée au début des années trente : Brumaire, qui remplace progressivement La Volonté nationale.

Durant les années 1930, le mouvement est très actif, surtout à Paris ; il est constitué de beaucoup de jeunes[Combien ?]. Mais avec la défaite militaire, le mouvement est dissous par le prince Louis, qui s'illustrera dans la Résistance, comme son cousin, le prince Murat, tué au combat. La dissolution de toutes les structures bonapartistes évite leur récupération par l'occupant. Certains doctrinaires bonapartistes, comme Pierre Costantini, s'engagent toutefois activement dans la Collaboration et adhèrent à la politique du Régime de Vichy.

Le bonapartisme est resté vivace en Corse, et plus particulièrement à Ajaccio, dont la principale force municipale a très longtemps été le Comité central bonapartiste, qui eut des élus au Parlement français jusque dans les années 1990. En 1977, le maire d'Ajaccio, M. Charles Ornano, fut élu sous l'étiquette bonapartiste.

Depuis la mort du prince Louis en 1997, le mouvement bonapartiste est ressuscité brièvement dans les années 1990 avec le Rassemblement bonapartiste. Il renaît en 2010 avec le Mouvement Bonapartiste mondial[21]. Il inspire également des mouvements à l'étranger, notamment en Belgique, en Pologne, en Russie, aux Pays-Bas (le Bonapartistische Partij Nederland), ou en Italie avec les muratistes.

Analyse du bonapartisme[modifier | modifier le code]

Les thèmes du bonapartisme[modifier | modifier le code]

Les thèmes fondamentaux du bonapartisme ont assez peu évolué au cours de son histoire. On les retrouve dans le Mémorial de Sainte-Hélène, texte dans lequel Napoléon par l'intermédiaire de Las Cases donne une assise historique forte au bonapartisme, et y intègre habilement et fortement les idées libérales et nationales. Cette intégration se fit sans dénaturer les fondements essentiels du bonapartisme tel qu'il s'était constitué dans les premières années de la Restauration et elle resta cohérente avec la pratique historique du gouvernement de Napoléon. Les thèmes essentiels sont :

  • la préservation des acquis positifs de la Révolution française ;
  • la nécessité de la prééminence d'un pouvoir exécutif fort face aux assemblées parlementaires ;
  • la légitimité populaire du chef de l'État sanctionnée par le vote ;
  • l'égalité devant la loi ;
  • la conception hiérarchique de la société impliquant la constitution d'une élite fondée sur le mérite ;
  • la prééminence de l'exécutif gouvernemental sur les assemblées parlementaires ;
  • le bien-fondé d'une administration centralisée ;
  • la volonté de réconciliation nationale par-delà les partis diviseurs ;
  • la grandeur de la Patrie ;
  • le respect du principe des nationalités

Les écrits du futur Napoléon III reprirent scrupuleusement le message politique du Mémorial, en y ajoutant des écrits qui dénotent de la forte préoccupation sociale du Consulat et de l'Empire. On peut citer : Rêveries politiques en 1832, Considération politiques et militaires sur la Suisse en 1833, Des idées napoléoniennes en 1839, Extinction du paupérisme en 1844.

Les différentes tendances du bonapartisme ont insisté davantage sur tel ou tel aspect mais toutes dérivaient d'une base commune issue du Mémorial.

Comparaison du bonapartisme et des autres forces politiques françaises au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Le bonapartisme ne peut vraiment se limiter à « l'attachement au gouvernement impérial fondé par Napoléon et à sa dynastie ». L'idée politique de Napoléon Bonaparte est «l'Autorité dans la Démocratie », tentative de synthèse des différents courants qui se sont opposés lors de la Révolution française.

Le bonapartisme ne saurait être, selon l'historien Frédéric Bluche, classé à droite car il se situe au centre de l'échiquier politique et des intérêts sociaux.

Cependant, pour René Rémond, le bonapartisme, même si certains de ses courants se situent à gauche, est un des trois courants de la droite. Il s'individualise dans le refus de la division entre les partis, au profit de l'affirmation de la grandeur et de l'unité nationale, s'opposant ainsi au front de classe des socialismes, aux luttes partisanes du parlementarisme, à la césure censitaire de l'élitisme libéral orléaniste ou à l'antimodernisme réactionnaire du légitimisme. Cette idéologie politique valorise un chef plébiscitaire (en uniforme) auquel les circonstances permettent, pour sauver la patrie de la désunion, d'instaurer un exécutif concentré dans ses mains qui fusionne les élites dans une autorité hiérarchique.

Le bonapartisme et le plébiscite[modifier | modifier le code]

Le plébiscite, c'est-à-dire le référendum, ne fit jamais avant 1870, l'objet d'une véritable systématisation doctrinale. Procédé empirique, l'appel au peuple devint dans les premières années de la Troisième république le credo des bonapartistes. L'effort de réflexion des doctrinaires du parti au lendemain de la chute du Second empire est centré sur le principe de la souveraineté populaire ; appuyé sur de nombreuses citations du Mémorial de Sainte-Hélène et des œuvres de Napoléon III, ce principe de l'appel au peuple fait du plébiscite un instrument de légitimité du pouvoir.

Certains bonapartistes pensent que le plébiscite ne doit être utilisé que pour trancher la question dynastique, ce qui explique que certains d'entre eux se soient opposés à la consultation du 8 mai 1870, destinée non pas à régler une question dynastique mais à faire avaliser par le peuple l'Empire parlementaire d'Émile Olivier. L'appel au peuple peut donner mais aussi retirer le pouvoir ; en cela, il est essentiellement démocratique et s'oppose aux conceptions légitimistes, donnant au peuple le droit imprescriptible de révoquer la dynastie impériale.

Pour Paul de Cassagnac, seul l'Empire peut rendre « à la monarchie française sa forme primitive et vraie, la forme élective tempérée par une hérédité raisonnable ».

De fait, avant l'émergence du gaullisme, le bonapartisme, dans sa forme républicaine ou monarchique, est le seul courant politique d'envergure à avoir prôné l'élection du chef de l'État au suffrage universel, élection lui conférant une primauté politique incontestable.

Influence du bonapartisme[modifier | modifier le code]

Influence en France et dans le monde politique français[modifier | modifier le code]

À la suite de la disparition du bonapartisme, son électorat s'est reconverti selon les régions et les tempéraments dans le conservatisme, le nationalisme plébiscitaire ou le radicalisme. De ce fait, au XIXe siècle, il a pu exercer une influence sur ces différents mouvements politiques, en particulier le mouvement boulangiste, qui rassembla en son sein républicains radicaux, conservateurs monarchistes et nationalistes plébiscitaires.

Au XXe siècle, même si l'influence se mêle à des aspects très différents, on trouve aussi une certaine filiation dans le bloc national constitué autour de Clemenceau entre 1917 et 1920, peut-être chez François de La Rocque (Croix-de-feu et le Parti social français).

Le gaullisme, avec sa volonté de rassemblement au-dessus des partis, son souci de travailler à la grandeur de la France, sa méfiance à l'égard de la toute-puissance du parlementarisme, la primauté accordée au chef de l'État élu par le peuple est à bien des égards un continuateur du bonapartisme dans sa version républicaine défendue par le prince Napoléon ou par Lucien Bonaparte.

Les bonapartistes soutiennent la constitution de la Ve République. La primauté que celle-ci accorde au chef de l'État, directement élu par le peuple et l'importance accordée au référendum, notamment dans l'article 3 qui dispose que « la souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par la voie du référendum » témoignent de cette affinité entre gaullisme et bonapartisme.

Mais cette adhésion ne fait pas rejeter par les stricts bonapartistes la possibilité d'une restauration impériale en faveur d'un membre, uniquement, de la famille impériale en cas d'assentiment du peuple. Les bonapartistes monarchistes dits « dynastiques » restent cependant marginaux, l'immense majorité s'apparentant à des bonapartistes républicains.

Aujourd'hui, le Bonapartisme est représenté par le Mouvement Bonapartiste[22], membre confédéré de l'Union du Peuple Français.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gaël Nori, Napoléon III, visionnaire de l'Europe des Nations, éd. François-Xavier de Guibert, Paris, 2010, p. 481 et 482.
  2. Frédéric Bluche, Le Bonapartisme, collection Que sais-je ?, éd. Presses universitaires de France, 1981, p. 31.
  3. Frédéric Bluche, Le Bonapartisme, collection Que sais-je ?, éd. Presses universitaires de France, 1981, p. 31 et 32.
  4. a, b et c Frédéric Bluche, Le Bonapartisme, collection Que sais-je ?, éd. Presses universitaires de France, 1981, p. 32.
  5. a et b Frédéric Bluche, Le Bonapartisme, collection Que sais-je ?, éd. Presses universitaires de France, 1981, p. 33.
  6. a et b Frédéric Bluche, Le Bonapartisme, collection Que sais-je ?, éd. Presses universitaires de France, 1981, p. 34.
  7. Frédéric Bluche, Le Bonapartisme, collection Que sais-je ?, éd. Presses universitaires de France, 1981, p. 37.
  8. a et b Frédéric Bluche, Le Bonapartisme, collection Que sais-je ?, éd. Presses universitaires de France, 1981, p. 43.
  9. Frédéric Bluche, Le Bonapartisme, collection Que sais-je ?, éd. Presses universitaires de France, 1981, p. 38.
  10. Frédéric Bluche, Le Bonapartisme, collection Que sais-je ?, éd. Presses universitaires de France, 1981, p. 39.
  11. Frédéric Bluche, Le Bonapartisme, collection Que sais-je ?, éd. Presses universitaires de France, 1981, p. 48.
  12. a et b Frédéric Bluche, Le Bonapartisme, collection Que sais-je ?, éd. Presses universitaires de France, 1981, p. 28.
  13. Frédéric Bluche, Le Bonapartisme, collection Que sais-je ?, éd. Presses universitaires de France, 1981, p. 29.
  14. Frédéric Bluche, Le Bonapartisme, collection Que sais-je ?, éd. Presses universitaires de France, 1981, p. 69.
  15. a et b Frédéric Bluche, Le Bonapartisme, collection Que sais-je ?, éd. Presses universitaires de France, 1981, p. 77.
  16. Frédéric Bluche, Le Bonapartisme, collection Que sais-je ?, éd. Presses universitaires de France, 1981, p. 72.
  17. La pourpre et l'exil, l'Aiglon et le prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, page 220.
  18. a et b La Pourpre et l'exil, l'Aiglon et le prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, page 223.
  19. Frédéric Bluche, Le Bonapartisme, éd. Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? », 1981, p. 114.
  20. Frédéric Bluche, Ibid., p. 119.
  21. « Mouvement Bonapartiste », sur http://mouvementbonapartiste.wordpress.com/,‎ 28/07/2011 (consulté le 17/07/2014)
  22. (mul) « Mouvement Bonapartiste », sur http://mouvementbonapartiste.wordpress.com,‎ 10/07/2014 (consulté le 17/07/2014)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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