Église confessante

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Carte de membre de l'Église confessante, Berlin-Dahlem, 1934, signée par Niemöller au recto et au verso.

L'Église confessante (Bekennende Kirche) est un mouvement protestant de l'Allemagne nazie, opposé au nazisme et à la mise en place d'une Église protestante du Reich.

Le terme désigne par ailleurs certaines Églises protestantes contemporaines. Voir Confessionnalisme.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1933, la Gleichschaltung contraint les églises protestantes à fusionner dans la l'Église protestante du Reich que réussissent à noyauter les « Chrétiens allemands », proches du parti nazi. Ces Chrétiens allemands ont été placés à la tête de l'Union de la Vieille Prusse à la suite d'un coup de force[1]. Le danger de voir le protestantisme infiltré et submergé par l'idéologie national-socialiste suscite une mobilisation des forces hostiles à une telle évolution. Le 21 septembre 1933, un groupe de pasteurs s'organise en une « ligue de détresse Bekenntniskirche » ou Église confessante[2]. En janvier 1934, 7000 pasteurs regroupés autour de Martin Niemöller protestent notamment contre l'introduction du paragraphe « aryen » dans l'Union qui prévoyait l'exclusion des pasteurs d'origine juive ou mariés à une juive[1],[2].

Ce groupe d'opposants et un autre groupe de réformés regroupés autour de Karl Barth se retrouvent au synode de Barmen, dans la banlieue de Wuppertal du 29 au 31 mai 1934. On y adopte la Déclaration de Barmen, qui proclame que l'Église d'Allemagne n'est pas un « organisme d'État » et n'a d'autre fondement que la Parole de Dieu. Finalement, c'est une nouvelle Église, présidée par un Conseil fraternel du Reich qui est issue du synode de Barmen[1]. Parmi les dix-huit Églises provinciales représentées à Barmen, celles de Bavière, de Wurtemberg et de Hanovre sont dites intactes parce qu'elles n'avaient pas élu à leur tête des chrétiens allemands. Ces Églises intactes sont représentées à Barmen par leurs propres évêques[1]. Le synode de Berlin-Dahlem, tenu les 19 et 20 octobre 1934, dote la nouvelle église d'une « Direction provisoire », c'est-à-dire une instance concurrente de l'Épiscopat du Reich détenu par Ludwig Müller[1].

Ce regroupement massif au sein de l'Église confessante se divise rapidement. L'opposition frontale avec l'Épiscopat du Reich reconnu officiellement par le pouvoir est défendue par les plus intransigeants comme Dietrich Bonhoeffer, qui soutient que « celui qui se sépare sciemment de l'Église confessante en Allemagne se sépare du salut[3] ». Cette intransigeance qui implique une hostilité déclarée au régime ne fait pas l'unanimité. En 1936, les évêques des Églises intactes se retirent de la Direction provisoire et forment avec d'autres représentants d'Églises provinciales un « Conseil de l'Église évangélique luthérienne d'Allemagne »[1]. Niemöller fait partie de ceux qui ne sont pas radicalement opposés au régime : en septembre 1933, il fonde la Ligue de détresse, mais en novembre de la même année, il envoie un télégramme à Hitler pour le féliciter de retirer l'Allemagne de la Société des Nations, « acte utile à l'intérêt national »[4].

Le déclin de l'Église protestante est accompagné d'une répression qui s'abat sur ses membres : Martin Niemöller est arrêté le 1er mars 1937 et passe la durée de la Seconde Guerre mondiale dans des camps de concentration, Sachsenhausen puis Dachau, mais en quartier spécial, ce qui le met à l'abri des mesures arbitraires de la SS[5]. Pour avoir pris part à la conspiration de Stauffenberg, Dietrich Bonhoeffer est arrêté en 1943 et envoyé d'abord à la prison de Tegel, puis à Buchenwald et Flossenbürg, où il sera exécuté.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Xavier de Montclos, les chrétiens face au nazisme et au stalinisme, l'épreuve totalitaire, 1939-1945, Plon, 1983, p.187-188
  2. a et b Martin Broszat, l'État hitlérien, l'origine et les structures du Troisième Reich, Fayard, 1985, p.343 (édition allemande 1970)
  3. Article de Bonhoeffer sur la communion ecclésiale paru dans Evangelische Theologie en juin 1936 et cité par X.de Montclos, p.188
  4. Broszat, p.343
  5. Martin Broszat, l'État hitlérien, l'origine et les structures du Troisième Reich, Fayard, 1985, p.347 (édition allemande 1970)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]