Suzanne Spaak

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Suzanne Spaak, née "Suzanne" Augustine Lorge le 6 juillet 1905 à Bruxelles, au 75, rue de la Croix de Fer, et morte le 12 août 1944 à la prison de Fresnes, est une résistante d'origine belge.

Elle est la fille aînée de Louis Lorge (1864-1937), un agent de change belge, et de Jeanne Bourson (1872-1971).

Première épouse de Claude Spaak, auteur dramatique, également belge, né à Bruxelles le 22 octobre 1904, elle est donc la belle-sœur du ministre belge des Affaires étrangères Paul-Henri Spaak (1899-1972), l'un des Pères de l'Europe.

Premier éclairage[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Orchestre rouge.

Issue de la haute bourgeoisie belge et réfugiée à Paris, elle rejoint en 1941 le Mouvement national contre le Racisme (MNCR) dont elle prend la direction. Son appartement parisien devient alors un lieu de rencontre pour les représentants des différents mouvements de la Résistance.

Mais la lutte qui lui tient le plus à cœur est celle en faveur des enfants. Dès son entrée au MNCR, elle prend contact avec les hauts représentants de l’Église catholique romaine pour les convaincre de condamner publiquement les discriminations et les persécutions exercées par le régime de Vichy. Elle contacte écrivains, magistrats, intellectuels, afin qu’ils apportent leur contribution à la lutte contre le racisme. Elle parcourt Paris et sa région pour trouver des familles d'accueil pour les enfants juifs. Les messages aux Français de sensibilisation au sauvetage des enfants sont sans cesse renouvelés dans la presse clandestine.

Une action spectaculaire de sauvetage des enfants bloqués dans les centres de l'Union générale des israélites de France (UGIF) est menée conjointement entre le MNCR et l’Œuvre du Temple de l’Oratoire du Louvre (La Clairière) dirigée par le Pasteur Paul Vergara. En février 1943, Suzanne Spaak apprend que des rafles menacent des enfants des centres de l’UGIF de la région parisienne. Elle prend alors contact avec le pasteur Vergara qui envoie ses fidèles au siège de l’UGIF pour parrainer les enfants et leur permettre de sortir pour une promenade. Les enfants sont conduits à la Clairière.

Le lendemain, Suzanne Spaak revient à La Clairière, avec une liste de personnes désireuses de prendre en charge un enfant. Ce sont les éclaireuses aînées de l’Oratoire, qui assurent le convoyage. On remet à chacune la fiche comportant le nom de l’enfant, son adresse de placement provisoire et le lieu où il restera désormais caché. À partir du 15 février 1943 et les jours suivent, tous les enfants sortis des centres de l’UGIF, et d'autres enfants juifs du quartier, sont emmenés dans leur nouvelle famille. Suzanne Spaak a apporté de l’argent provenant des éditions de Minuit.

Vers le milieu de l’année 1943, la Gestapo est sur sa trace pour sa participation au réseau parisien de l'Orchestre rouge, son nom ayant été découvert dans des documents saisis à Bruxelles lors du démantèlement, dans cette ville, de la centrale de ce réseau d'espionnage. Se sachant menacée, elle veut protéger ses enfants qu'elle avait emmené avec elle en France. Elle les ramène alors à Bruxelles où elle peut compter, pour les cacher, sur de la famille et des amis. Imprudente ou provocatrice, elle se montre un peu trop dans le milieu mondain bruxellois. Son fils Louis émettra l'opinion, plus tard, que Suzanne Spaak cherchait à attirer l'attention pour détourner les Allemands de retrouver ses enfants cachés, la Gestapo ne pouvant croire qu'elle aurait pris le risque de les ramener à Bruxelles où une surveillance serrée était exercée sur les milieux proches de la famille Spaak. Les Allemands pouvaient croire que les enfants étaient restés à Paris et cette ruse paraît d'abord réussir. Mais des membres de la famille sont arrêtés, puis c'est Lucie, la fille aînée de Suzanne qui est prise et celle-ci tombe à son tour. Par contre, son fils Louis échappera aux Allemands. Pour les besoins de l'enquête menée en France contre le MNCR, Suzanne est ramenée à Paris, écrouée à la prison de Fresnes et fusillée le 12 août 1944, 13 jours avant la Libération de Paris[1].

Second éclairage[modifier | modifier le code]

Isabelle Spaak[2] raconte:

« Sophistiquée et plus habituée aux réseaux mondains qu'à ceux de la résistance, Suzanne, la première femme de Claude, avait été recrutée par l'Orchestre rouge[3].

Au printemps 1942, la Gestapo vient de mettre la main sur le radio de l'organisation souterraine dirigée par le Polonais Leopold Trepper, ce qui force Suzanne à prendre la fuite. Elle place ses enfants à l'abri en Belgique et se cache à son tour dans son pays natal qu'elle a quitté quelques années plus tôt pour vivre à Paris avec Claude Spaak."

" Son retour est un suicide, raconte aujourd'hui son second enfant, son fils, Louis. Elle s'est montrée partout à Bruxelles, la semaine précédant son arrestation. On la vue à une première, à des dîners. Je suis sur qu'elle voulait qu'on l'arrête pour me protéger.

Mon père avait choisi: la fuite et sa maîtresse.

Ma mère s'est retrouvée seule, abandonnée. Elle savait que, si les Allemands me trouvaient, ils m'enverraient dans les camps. Elle savait que je n'avais aucune chance de m'en sortir.

L'étau s'est resserré autour de Suzanne. On arrête ses belles-sœurs, son beau-frère puis sa propre fille, Lucie, âgée de seize ans. La méthode fini par payer. Elle est dénoncée, emprisonnée à Fresnes en octobre 1943, atrocement torturée, puis fusillée le 12 août 1944.

Elle a pu écrire quelques lettres avant de mourir. Dans l'une d'elles, elle confie ses enfants à Ruth, son amie infidèle.

« Cela ne veut pas dire qu'elle lui disait d'épouser mon père », me signifie son fils Louis avec l'amertume du petit garçon qui n'a pas pardonné la trahison et le remariage paternels. "

Ruth Meredith Peters épousera Claude Spaak le 31 janvier 1946. »[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gilles Perrault, L'orchestre rouge, Fayard,‎ 1989 (1re éd. 1967) (ISBN 978-2213023885)
  2. Isabelle Spaak, fille de Fernand, lui-même fils de Paul-Henri Spaak, l'un des fondateurs des Communautés européennes, frère de Claude Spaak, mari de Suzanne)
  3. L’Orchestre rouge (die Rote Kapelle) est le nom d'un réseau d'informateurs en Europe occupée pendant la Seconde Guerre mondiale, qui opérait sous contrôle et pour l'URSS. Le réseau fut créé par Léopold Trepper à la demande du général Berzine, responsable des renseignements de l'Armée rouge.
  4. Isabelle Spaak, Ça ne se fait pas, Des Equateurs,‎ 2004 (ISBN 2849900079)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]