Aristides de Sousa Mendes

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Aristides de Sousa Mendes

Aristides de Sousa Mendes (19 juillet 1885 - 3 avril 1954) est un diplomate portugais du XXe siècle. En poste à Bordeaux lors de la débâcle française de 1940, il refuse de suivre les ordres du gouvernement Salazar et délivre beaucoup de visas à toutes les personnes menacées souhaitant fuir la France, sans distinction aucune.

Il sera déclaré « Juste parmi les nations » en 1966, puis réhabilité par la République portugaise le 15 novembre 1986[1], bien après sa mort. Le nombre de visas délivrés par Aristides de Sousa Mendes ne peut être estimé exactement, mais selon l'historien Avrham Milgram, dans une étude publiée par le Shoah Resource Center, International School for Holocaust Studies, en 1999, les chiffres habituellement annoncés sont beaucoup exagérés[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunes années[modifier | modifier le code]

Aristides de Sousa Mendes do Amaral e Abranches est né à Cabanas de Viriato, petit village portugais du district de Viseu, dans une famille de l'aristocratie terrienne, catholique, conservatrice et monarchiste. Son père était membre de la Cour suprême.

En 1907, Aristides et son frère jumeau César obtiennent un diplôme de droit à l'université de Coimbra. Tous deux entament ensuite une carrière au ministère des affaires étrangères portugais. Cesar suit une carrière diplomatique et Aristides suit une carrière consulaire. César deviendra, dans les années 1930, ministre des affaires étrangères dans le gouvernement Salazar. Aristides occupera plusieurs délégations consulaires portugaises dans le monde : Zanzibar, Brésil, États-Unis.

Au cours de sa de carrière de consul Aristides accumule de nombreux incidents, surtout les incidents d'abus de l'argent public[3].

En 1923, il est expulsé des États-Unis par des déclarations anti-démocratiques et crime de concussion[3].

Après presque dix ans de service en Belgique, Salazar, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, le nomme consul à Bordeaux.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1940, à 55 ans, il approche de la fin de sa carrière et est père de quatorze enfants, dont seulement trois enfants encore mineurs. Sa famille et sa morale chrétienne lui sert de boussole mais ne provoque aucun état d'âme quand il fréquente sa maîtresse française, Andrée Cibial.

Ces irrégularités dans la délivrance de visas commence en 1939, pendant la « drôle de guerre », et avant l'offensive allemande du 10 mai 1940. Ses premières délivrances de visas seront pour une réfugiée autrichienne et un pour Eduardo Neira Laporte, communiste, Basque, commandeur médical de l’armée républicaine espagnole et chef de la communauté de réfugiés espagnols républicains à Rivière (commune des Landes). Le visa non autorisé fut délivré le 3 février 1940[3],[4].

Aristides de Sousa Mendes est toujours consul à Bordeaux au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et pendant la bataille de France. Les troupes allemandes avancent vite, et la tournure que prendra la guerre devient rapidement claire. Salazar parvient à maintenir la neutralité du Portugal. Par la circulaire 14, les visas ne sont pas délivrés à toute une catégorie de sujets. La citoyenneté devient “indéfinie, contestée ou en litige”. Parmi les personnes discriminées par la circulaire on retrouve: les apatrides ; des “porteurs de passeports Nansen” délivrés par la Ligue des Nations ; des Russes ; des Juifs “expulsés des pays dont ils détenaient la citoyenneté” ou expulsés des pays où ils résidaient ; toute personne dans l’impossibilité de “retourner librement au pays d’où elle venait) sans la pré-autorisation du ministère, et les opposants politiques.

Mars 1940 sa maitresse, Adrée Cibial, lui annonce qu'elle est tombée enceinte.

On note des cas très singuliers parmi les personnes qu'il a aidé: par exemple Paul Miny et son épouse, deux réfugiés luxembourgeois. Miny veut échapper à son service militaire et sollicite l'aide de l'ambassade pour obtenir un passeport portugais. Miny n’est pas juif. Il est seulement quelqu’un qui veux s’échapper au service militaire. Mai 1940, tandis que les Français continuent à se battre, Mendes accorde a Paul Miny un passeport portugais faux, bien que la fabrication de faux constitue un crime puni de cinq ans d'emprisonnement. Le couple fut arrêté à la frontière portugaise une semaine plus tard[3],[5].

Cependant, à Bordeaux où le gouvernement français s'est réfugié, affluent des dizaines de milliers de réfugiés qui veulent fuir l'avancée nazie et parvenir au Portugal ou aux États-Unis. Pour cela, il leur faut un visa du consulat portugais, que Sousa Mendes est donc chargé de dispenser avec parcimonie. Or, le consulat est envahi de réfugiés désirant atteindre Lisbonne.

Fin 1939, Sousa Mendes désobéit et donne quelques visas. Parmi ceux qu'il décide d'aider se trouve le rabbin anversois Jacob Kruger qui lui fait comprendre que c'est l'entièreté des réfugiés juifs qu'il faut sauver.

Le 16 juin 1940, un dimanche, Sousa Mendes accorde 40 visas réguliers, par lequel il facture des frais supplémentaires auxquelles il a droit. Les visas sont accordés aux millionnaires, entre ce qui est de la famille Rothschild[6].

Le 17 juin 1940, il décide de délivrer des visas à tous les réfugiés qui en font la demande : « Désormais, je donnerai des visas à tout le monde, il n'y a plus de nationalité, de race, de religion ». Aidé de ses enfants et neveux, ainsi que du rabbin Kruger, il tamponne les passeports à tour de bras, signe des visas sur formulaires, puis sur des feuilles blanches et tout morceau de papier disponible. Aux premiers avertissements de Lisbonne, il aurait déclaré: « S'il me faut désobéir, je préfère que ce soit à un ordre des hommes qu'à un ordre de Dieu ».

Le 17 juin Sousa Mendes délivre 230 visas, le 18 il délivre 231 visas et le 19 juin il délivre 156 visas (un total de 607 visas). Bon nombre de ces visas ont été accordés à portugaises qui retournent dans leur pays d'origine et de nombreux autres ont été délivrés dans ses pouvoirs de consul et donc n’avaient pas besoin d'autorisation préalable de Lisbonne. Mais d'autres ont été accordées dans la désobéissance[7].

Le 20 juin 1940, L'ambassade britannique à Lisbonne informe le ministère des affaires étrangères portugais que Sousa Mendes retarde délibérément la délivrance de visas aux citoyens britanniques dans le but de recevoir des frais supplémentaires[3].

Alors que Salazar a déjà ordonné des mesures contre lui, le consul poursuit, du 20 au 23 juin, son activité à Bayonne dans le bureau du vice-consul médusé, alors même qu'il est entouré par deux fonctionnaires de Salazar chargés de le 'rapatrier' d'autorité. Le 22, la France a demandé un armistice. Sur la route d'Hendaye, il continue à écrire et signer des visas pour les réfugiés d'infortune qu'il croise à l'approche de la frontière. Or, le 23, Salazar l'a démis de ses fonctions.

Après la fermeture du poste frontière d'Hendaye et en dépit des fonctionnaires envoyés pour le ramener, il prend avec sa voiture la tête d'une colonne de réfugiés qu'il guide jusqu'à un petit poste de douane où, côté espagnol, il n'y a pas de téléphone. Le douanier donc n'a pas encore été informé de la décision de Madrid de fermer la frontière avec la France. Sousa Mendes use du prestige de sa fonction de consul (théorique puisque démis de ses fonctions) et impressionne le douanier qui laisse passer tous les réfugiés qui pourront ainsi, munis de leur visa, gagner le Portugal.

La déchéance[modifier | modifier le code]

Le 8 juillet 1940, il est de retour au Portugal. Aristides de Sousa Mendes est traduit devant le Conseil de discipline à Lisbonne, accusé de désobéissance, préméditation, récidive et cumul d'infractions. Le procès retient contre Aristides la délivrance de visas non autorisés, la falsification de passeports (pour aider le déserteur Paul Miny) et crime d'extorsion (plainte de l'ambassade britannique).

Miséricordieux le ministère décide de ne pas enquêter sur la plainte de l'ambassade britannique et également décide d'ignorer le crime de fabrication de faux passeports, donc Sousa Mendes est épargné a des accusations qui signifierait emprisonnement. Mais l'accusation fait remarquer que la désobéissance de juin 1940 a été en fait extraordinaire mais qu'elle a commencé pendant la drôle de guerre et bien avant que le chaos était arrivé à Bordeaux.

Le ministère des Affaires étrangères propose que Sousa Mendes soit rétrogradé, mais Salazar lui applique une peine plus légère et Sousa Mendes continue à recevoir son salaire de consul jusqu'à sa mort en 1954. Sousa Mendes n'est pas expulsé de la carrière consulaire et son nom continue à apparaître dans l'annuaire diplomatique portugaise jusqu'en 1954.


Avant et après l'épisode Sousa Mendes, le Portugal (un pays neutre favorable aux Alliés), autorisa plusieurs milliers de refugiés à se rendre dans le port de Lisbonne. Le 26 juin 1940, seulement 4 jours après l'épisode Sousa Mendes, des organisations juives américaines et françaises, sont autorisés à se déplacer de Paris à Lisbonne, et apportèrent leur aide aux réfugiés arrivés à Lisbonne pour les acheminer aux États-Unis et en Amérique du Sud. Quand en décembre 1940, Saint Exupéry traverse le Portugal pour se rendre aux États-Unis, il dit que « Lisbonne m’est apparue comme une sorte de paradis claire et triste » .

Lisbonne devient le port d'embarquement vers le Nouveau Monde et vers l'espoir. Une route Immortalisée par le film Casablanca, avec Humphrey Bogard et Ingrid Bergman. Entre 40 000 et 100 000 juifs se réfugièrent au Portugal pendant la guerre[8],[9]. En 1945, tout en se félicitant de l'aide que le Portugal a apportée aux réfugiés pendant la guerre.

Le 16 octobre 1949, Aristides de Sousa Mendes épouse Andrée Cibial, rencontrée à Bordeaux en 1939, reconnaissant ainsi sa fille Marie-Rose née en novembre 1940 à Lisbonne. Andrée n'était pas bien vue par la population du village de Cabans do Viriato. Ils l'appelaient la «francesa», «l'étrangère» ou «Penucha», en raison des «panaches de plumes» dont elle avait orné son chapeau. Ce fut aux côtés de sa seconde épouse qu'il finit par mourir dans la misère loin de tous ses enfants[3].

Aristides de Sousa Mendes meurt dans la misère, le 3 avril 1954, à l'hôpital des pères franciscains de Lisbonne entourée de l’amour et de l’affection d’Andrée Cibial.

Les sauvés[modifier | modifier le code]

La consul Aristides de Sousa Mendes a émis des visas pour plus de 30 000 personnes, dont 10 000 personnes de confession juive.

Parmi ceux qui ont obtenu un visa du consul portugais, se trouvent :

  • Des hommes politiques :
    • Otto de Habsbourg, fils de Charles Ier d'Autriche, dernier empereur. Détesté par Hitler, le prince Otto fuyait avec sa famille son exil belge pour rejoindre les États-Unis et alerter l'opinion publique.
    • Charlotte, grande duchesse du Luxembourg qui a dit de Sousa Mendes : «...son mérite, dans un temps de tragédie et de panique, sera toujours rappelé par les réfugiés luxembourgeois et ceux de ma propre famille, qui ont été sauvés par son initiative d'une persécution certaine et ont ainsi pu atteindre les pays libres. Son action humanitaire restera à jamais exemplaire de l'abnégation avec laquelle il s'est dévoué à la cause de la liberté et de la compréhension entre toutes les nations et toutes les races. »
    • Plusieurs ministres du gouvernement belge en exil.
  • Des artistes :

Réhabilitation[modifier | modifier le code]

En 1966, le Mémorial de Yad Vashem en Israël l'honore du titre de « Juste parmi les nations ».

En 1986, Le 15 de novembre, il est décoré par le président de la République portugaise Mário Soares avec "l'Ordre de la liberté" au grade d'Officier et sa famille reçoit des excuses publiques.

En 1994, le président Soares dévoile un buste du consul à Bordeaux, ainsi qu'une plaque au 14 quai Louis-XVIII, adresse du consulat du Portugal en 1940.

En 1995, à Lisbonne, 25 ans après la mort de Salazar et 21 ans après la démocratisation du Portugal, Mario Soares, Président de la République portugaise, réhabilite la mémoire d'Aristides de Sousa Mendes et le décore de la croix du Mérite du Christ à titre posthume pour ses actions à Bordeaux [10].

En 2010, la ville de Bayonne nomme une rue "Aristides de Sousa Mendes" en son honneur

Aristides de Sousa Mendes n'est pas le seul fonctionnaire dont le pays a puni sévèrement la désobéissance pendant la Seconde Guerre mondiale malgré la justesse de ses actes. Parmi eux, on trouve à la même époque : Chiune Sugihara consul japonais à Kaunas (Lituanie) et Paul Grüninger, chef de la police du canton suisse de Saint-Gall.

Citations[modifier | modifier le code]

  • L'historien Yehuda Bauer : « [Ses actions] méritent d'être considérées comme la plus grande action de sauvetage menée par une seule personne pendant l'Holocauste »[11].
  • Henri Zvi Deutsch, réfugié aidé par le consul : « Il y avait l'espoir de ceux qui montaient l'escalier du consulat du Portugal et la joie de ceux qui redescendaient avec leur visa en main. ».
  • Aristides de Sousa Mendes dans un mémoire remis au ministre des Affaires étrangères pour justifier ses actes :
    • « Il se peut que j'aie commis des erreurs mais, si je l'ai fait, ce ne fut pas intentionnellement car j'ai toujours agi selon ma conscience. J'ai été guidé seulement par le sens du devoir, en pleine connaissance de mes responsabilités. »
    • « Je ne pouvais faire des distinctions entre les nationalités, les races ou les religions, étant donné que j'obéissais à des raisons d'humanité qui, elles, ne font pas de distinction entre les nationalités, les races ou les religions. ».
  • Salazar sur Sousa Mendes: « [Il a osé] mettre ses impératifs de conscience au-delà de ses obligations de fonctionnaire ».
  • A. de Sousa Mendes au rabbin Kruger quelques années après : « Si autant de juifs, ajoutera-t-il, peuvent souffrir au nom d'Hitler, il n'y a rien de choquant à ce qu'un catholique souffre pour tant de juifs. Je ne pouvais agir autrement, et j'accepte ce qu'il m'arrive désormais avec amour ».

Note[modifier | modifier le code]

  1. Institution qui est chargée de décerner les plus hautes décorations honorifiques portugaises.
  2. Milgram, Avraham. "Portugal, the Consuls, and the Jewish Refugees, 1938–1941". Source: Yad Vashem Studies, vol. XXVII, Jerusalem, 1999, p. 123-56
  3. a, b, c, d, e et f Fralon, Jose-Alain - "Aristides de Sousa Mendes Le juste de Bordeaux" - ISBN 9782909351421
  4. Procès disciplinaire d’Aristides de Sousa Mendes do Amaral e Abranches, Archives du ministère des Affaires étrangères portugais (Lisbonne), feuilles 75-77.
  5. Procès disciplinaire d’Aristides de Sousa Mendes do Amaral e Abranches, Archives du ministère des Affaires étrangères portugais (Lisbonne), feuilles 41-55.
  6. Procès disciplinaire d’Aristides de Sousa Mendes do Amaral e Abranches, Archives du ministère des Affaires étrangères portugais (Lisbonne)
  7. Archives du ministère des Affaires étrangères portugais (Lisbonne)
  8. Portugal, Salazar, and the Jews… fuzzy numbers ranging between Yehuda Bauer’s estimate of 40,000 Jews passing through Portugal in 1940–41 (p. 61) and the American Jewish Yearbook’s (1944) estimate of 100,000 mostly Jewish refugees.
  9. Les dictateurs du XXe siècle Sophie Chautard
  10. D'après le récit de Jean-Paul, fils d'Aristides de Sousa Mendes. La liste des médaillés est consultable sur le site das ordens portuguesas.
  11. Jacqueline Penjon et Anne-Marie Quint, Vents du large: hommage à Georges Boisvert, Presses Sorbonne Nouvelle,‎ 2002 (ISBN 2878542401, lire en ligne)

Source[modifier | modifier le code]

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Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]