Pierre Chaillet

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Père Pierre Chaillet

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Le père Pierre Chaillet

Nom de naissance Chaillet, Pierre
Naissance 13 mai 1900
Scey-Maisières (Doubs)
Décès 27 avril 1972 (à 71 ans)
Lyon (Rhône)
Nationalité Drapeau de la France France
Profession
Prêtre de la Compagnie de Jésus.
Autres activités
Professeur, théologien, résistant
Distinctions
« Juste parmi les nations »
Croix de guerre 39/45,
Médaille de la résistance,
Chevalier de la légion d’honneur.

Pierre Chaillet est un prêtre catholique français de la Compagnie de Jésus, résistant, théologien et enseignant né le 13 mai 1900 à Scey-Maisières (Doubs). Il est mort le 27 avril 1972 à Lyon (Rhône)[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Paysan d'origine comtoise, le père Chaillet opposa un non catégorique à toute forme de collaboration avec l'envahisseur nazi, refusant le silence des prudents et des faibles. Homme d'action et de réflexion, il réunit autour de lui d'autres frères chrétiens, entre autres le Père de Lubac et le Père Pierre Bockel, et organisa un groupe de résistants dont il devint « le rassembleur et l'inspirateur génial, exigeant, indomptable »[2]. Prêtre jésuite, le père Pierre Chaillet fut aussi agent de renseignement, puis chef dans la Résistance française.

Son action était surtout tournée vers l’aide aux Juifs. Il fut notamment président du Comité des œuvres sociales de la Résistance (COSOR), puis créa les Cahiers du Témoignage chrétien.

Il a été le maître de la Résistance spirituelle face aux nazis. Maurice Schumann, porte parole de la France libre à Londres, lui adressa cette lettre en septembre 1944 :

« Mon Père, vous avez été notre 18 Juin Spirituel. C’est trop peu dire que nous vous lisions. Tandis que vous portiez Témoignage dans les soutes et les prisons, les pharisiens de Vichy perpétraient le pire des mensonges : d’une main, ils relevaient les autels, de l’autre, ils en éteignaient les lumières... Le jour où un missionnaire de la Résistance m’a mis votre Témoignage entre les mains, j’ai ressenti le même choc libérateur que le soir où, sur le chemin d’une retraite qui paraissait sans fin, la voix du Général de Gaulle était parvenue jusqu'à moi. »

En 1981, Pierre Chaillet a été honoré du titre de « Juste parmi les nations » pour son activité au service du sauvetage des Juifs[3].

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

Pierre Chaillet est né dans une petite ferme du Doubs, dans une famille très religieuse de paysans.

Élève au petit séminaire de Maîche, puis à Faverney et au grand séminaire de Besançon.

Il entre dans la Compagnie de Jésus à l'âge de 22 ans et sera ordonné prêtre en 1931. Il fait en l'église du Gesù sa profession ignatienne six ans plus tard.

En 1934, il est nommé au collège de Carinthie en Autriche, où il est témoin de la montée du nazisme. En 1939, il publie « L’Autriche souffrante ». Dans ce livre il dénonce les persécutions contre les catholiques et les persécutions antisémites, ce qui lui vaut d’être surveillé de très près par la Gestapo.

Déjà conscient des risques de la puissance nazie, c’est en homme averti qu’il entre dans la Seconde Guerre mondiale[4].

Les cahiers du Témoignage chrétien[modifier | modifier le code]

Le Cahier « Alsace et Lorraine terres françaises », rédigé clandestinement par l’abbé Pierre Bockel en 1943.

Dès le début de la guerre, Pierre Chaillet entre au 5e bureau de renseignements. Il est envoyé en Hongrie d’où il apprend la signature de l’armistice du 22 juin 1940.

De retour en France en décembre 1940, il reprend l’enseignement à la faculté de théologie de Lyon, il entre en contact avec des chrétiens hostiles au régime de Vichy et au nazisme. Recherché par la Gestapo, il obtient de faux papiers et prend le nom de Prosper Charlier, qui restera son pseudonyme de Résistant.

Déjà respecté en tant que théologien pendant les années 1930, sa notoriété grandit par ses actions de Résistance et son extrême dévouement pour la cause juive. C’est une résistance caritative qu’a menée ce jésuite, même s’il prit part à des actions armées de Résistance face à l’occupant.

Sa rencontre avec Henri Frenay, au printemps 1941 l’oriente vers la presse clandestine. Sous le pseudonyme de Testis, il écrit des chroniques religieuses pour « Petites Ailes » et « Vérités », puis il crée l’un des premiers journaux de la Résistance spirituelle : les « Cahiers du Témoignage chrétien »[4].

Quatorze numéros se succéderont jusqu'en août 1944. En mai 1943, il édite un supplément Courrier du Témoignage chrétien. La particularité de ce journal tient à son aspect spirituel et catholique de la résistance. Par voie de presse, le jésuite dénonce clairement et à l’aide des Évangiles, la politique antisémite des nazis et son danger pour la religion chrétienne et pour l’homme. Son agent de liaison qui assure la diffusion de Témoignage chrétien et qui lui transmet sa correspondance à Louis Cruvillier, est le curé de Collonges-sous-Salève, le Père Marius Jolivet[5].

À Lyon, avec l’abbé Pierre Bockel et d’autres, il coordonne des activités d’aide aux Juifs et aux victimes du nazisme dans un organisme inter-confessionnel, l’Amitié chrétienne où il s’associe avec l’abbé Alexandre Glasberg[4]. Cette organisation vient en aide aux populations étrangères en fournissant logements, faux papiers, tickets de rationnement et secours financier. Il mobilise ainsi des bonnes volontés de toutes confessions : juifs, protestants, catholiques. Par ces actions de tous les jours, il pratique le plus beau des héroïsmes, l’humilité.

Il est arrêté en janvier 1943 par la Gestapo ; se faisant passer pour un simple curé, il est libéré. Placé en résidence surveillée, puis poursuivi par la Gestapo, il leur échappera jusqu’à la Libération.

Pendant la guerre il sauve nombre d’enfants juifs en les faisant passer en Suisse et en Espagne, ce qui lui vaudra d’être honoré par l’Institut Yad Vashem du titre de « Juste parmi les Nations » en 1981.

En 1944, il est nommé président du Comité des œuvres sociales de la Résistance (COSOR), il le restera jusqu’à sa mort.

Thèmes et rédacteurs des Cahiers 1941-1945[modifier | modifier le code]

Liste[6] des Cahiers rédigés entre 1941 et 1945:

  • I. « France, prends garde de perdre ton âme ». Nov. 1941. R.P. Fessard, R.P. Chaillet.
  • II-III « Notre combat ». Déc. 1941-janv.1942. R.P. Chaillet, Stanislas Fumet.
  • IV-V « Les racistes peints par eux-mêmes ». Févr.-mars 1942, R.P. Chaillet, Pasteur de Pury.
  • VI-VII « Antisémites ». Avril-mai 1942, R.P. Chaillet, R.P. Ganne, J. Hours, R.P. de Lubac.
  • VIII-IX « Droits de l’homme et du chrétien », Juin-Juillet 1942, R.P. Chaillet, R.P. de Lubac.
  • X-XI « Collaboration et fidélité », Oct.-nov. 1942, R.P. Chaillet, R.P. Fessard, R.P. de Lubac.
  • XII « Les voiles se déchirent » cahier saisi et détruit par la police.
  • XIII-XIV « Défi », Janv.-févr. 1943, Cardinal Hlond, R.P. Chaillet.
  • XV-XVI « Les voiles se déchirent », Août 1943, J. Vialatoux, R.P. Chaillet, R.P. de Lubac.
  • XVII « Déportation », Juin 1943, A. Mandouze.
  • XVIII-XIX « « Où allons nous ? Message de Bernanos », Août-sept. 1943, G. Bernanos, R.P. Chaillet.
  • XX-XXI-XXII-XXIII « Alsace et Lorraine terres françaises ». Oct.-déc 1943, Abbé P. Bockel, E. Baas, R.P. Chaillet, Abbé Held.
  • XXIV « Puissance des ténèbres », Mars 1944, R. d’Harcourt, R.P. Chaillet.
  • XXVI-XXVII, « Exigences de la Libération », Mai 1944, A. Mandouze, R.P. Chaillet, R.P. Chambre, R. d’Harcourt, R.P. de Montcheuil.
  • XXVIII-XXIX, « Espoir de France », Juillet 1944, A. Mandouze, J. Hours, J. Lacroix, H. Marroux.

L’après-guerre de la solitude et du renoncement.[modifier | modifier le code]

À la Libération Pierre Chaillet est nommé brièvement secrétaire général adjoint au ministère de la Santé.

En 1945 il crée les éditions du Témoignage chrétien. Ses supérieurs de la Compagnie de Jésus lui demandent d’en quitter la présidence en 1956, jugeant incompatibles les opinions du journal avec la doctrine de sa congrégation.

Il vit ses dernières années dans le silence et le renoncement. Le père Pierre Chaillet est mort à 72 ans dans la solitude d’un sanatorium du plateau d’Assy le 27 avril 1972[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Renée Bédarida 2000.
  2. Pierre Bockel, L'Enfant du rire, Grasset, 1973, p. 51-52.
  3. Yad Vashem dossier n° 1770-1981
  4. a, b, c et d Renée Bédarida, article Pierre Chaillet dans Dictionnaire historique de la Résistance, dir. François Marcot, Robert Laffont, 2006, p.386-387.
  5. Christian Sorrel, La Savoie, éd. Beauchesne, 1996, 441 p.
  6. Renée et François Bédarida, « La Résistance spirituelle, 1941-1944 : Les cahiers clandestins du « Témoignage Chrétien », annexes, Paris, Albin Michel,‎ 2001 (ISBN 2226117113)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Renée Bédarida, Pierre Chaillet : Témoin de la résistance spirituelle, Paris, Fayard,‎ 1988, 330 p. Recension sur le site Persée.
  • Renée Bédarida, Pierre Chaillet : La genèse d’une résistance spirituelle, Paris, Assas Éditions,‎ 2000 (ISSN 0014-1941) INIST-CNRS, Cote INIST : 24437, 35400008857519.0070.
  • Renée et François Bédarida, « La Résistance spirituelle, 1941-1944 : Les cahiers clandestins du « Témoignage Chrétien », Paris, Albin Michel,‎ 2001 (ISBN 2226117113)
  • Jean-Pierre Gault, Histoire d'une Fidélité. Thèse de Doctorat, Paris-Sorbonne, Albin Michel