Christianisme social

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Le Christianisme social est un mouvement apparu au XIXe siècle dans les milieux protestants français confrontés à l'environnement social, économique et politique difficile né de la Révolution industrielle et aux conditions de vie misérables des populations ouvrières à cette époque. Le mouvement du Christianisme social existe toujours aujourd'hui[1].

L’appellation « christianisme » social, et non pas « protestantisme » social, avait été délibérément retenue dès l'origine pour inscrire ce mouvement dans une perspective œcuménique et souligner l’idée que l'action sociale doit rassembler tous les chrétiens quelles que soient leurs divisions dogmatiques[1].

Bien entendu, le monde catholique du XIXe siècle, confronté aux mêmes réalités sociales, avait lui aussi poursuivi des réflexions du même ordre, fondées sur l'humanisme du christianisme (l'homme est à l'image de Dieu, il a donc droit à la dignité) opposé au laissez-faire économique et à ses conséquences sociales dramatiques. Le catholicisme social vise donc à promouvoir une politique sociale conforme à l'Évangile et aux enseignements de l'Église, voire à bâtir une nouvelle société humaniste à base chrétienne, en opposition au strict libéralisme économique.

Article détaillé : Catholicisme social.

Le terme « Christianisme social » peut dès lors être utilisé comme un nom générique s'appliquant aux doctrines et actions sociales de tous les chrétiens, catholiques, protestants ou orthodoxes, mais l'acception la plus courante du terme reste le mouvement d’origine protestante du « Christianisme social ».

Naissance et développement du Christianisme social[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle coexistent deux facteurs dont la rencontre va donner naissance au Christianisme social :

  • La révolution industrielle et le libéralisme économique sans frein qui règnent alors provoquent de véritables catastrophes sociales, une misère matérielle et morale insupportable dans les quartiers ouvriers de toute l'Europe.
  • Les Églises issues de la Réforme sont en plein Réveil, et désireuses de développer leur témoignage et leur service des plus faibles.

Au lendemain de la Commune de Paris, des pasteurs et des laïcs protestants de plusieurs régions, émus par la misère ouvrière, vont au-delà de la traditionnelle approche caritative telle que celle de nombreuses paroisses ou, par exemple, de l’Armée du salut, et s’engagent dans une démarche qui vise à traiter, à la lumière de l’Évangile, les causes de l'injustice sociale.

La mission MacAll[modifier | modifier le code]

À partir de 1872, la Mission populaire évangélique, animée par le britannique Robert McAll, avait attiré l'attention sur l'ignorance religieuse et la misère morale des classes ouvrières et avait lancé plusieurs œuvres sociales et d'éducation populaires.

Tommy Fallot[modifier | modifier le code]

À partir de 1878, le pasteur Tommy Fallot, issu d'une famille d'industriels et pasteur de la chapelle du Nord de Paris (ancienne Chapelle Taitbout), plaide pour un socialisme chrétien. Pour lui, il ne s'agit plus seulement d'assistance, de charité ou de morale mais de justice sociale. Il s’exprime ainsi du haut de la chaire : " Le socialisme a emprunté à l'Évangile une partie de son programme. Il veut constituer la société sur les bases de la justice. L'Évangile le veut aussi. A cet égard, blâmer le socialisme serait condamner l'Évangile et les prophètes ". L'écho de sa prédication et de ses initiatives attire des hommes éminents comme le doyen Raoul Allier et des pasteurs comme Charles Wagner, Wilfred Monod, Elie Gounelle, Jules Jézéquel, mais elle dresse aussi contre lui une frange conservatrice et bourgeoise du protestantisme. Encouragé par des mouvements comparables en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, il fonde en 1882 le " Cercle socialiste de la libre pensée chrétienne ". Le titre suscite de telles réactions qu'il faudra le transformer en "Société d'aide fraternelle et d'étude sociale".

L’École de Nîmes[modifier | modifier le code]

A partir de 1880 à Nîmes se constitue « l'École de Nîmes », autour des laïcs Édouard de Boyve, Auguste Fabre et Charles Gide. Elle est à l'origine du mouvement coopératif : coopératives de production et de consommation. Dans son élaboration théorique, Charles Gide, qui est professeur d’économie politique, propose la coopération comme une troisième voie entre capitalisme et socialisme. Il met l'accent sur la solidarité. En 1888, est créée à Nîmes "l'Association protestante pour l'étude pratique des questions sociales ".

Autres développements[modifier | modifier le code]

  • En 1896 est créée la Revue du christianisme social, qui devient Parole et Société en 1972, puis, ces dernières années, Autre Temps.
  • Des pasteurs tels qu'Élie Gounelle à Roubaix, Jules Jézéquel à Laval ou Wilfred Monod à Rouen œuvrent dans des paroisses ouvrières et créent des associations appelées « solidarités », sortes de maisons chrétiennes du peuple, où se côtoient protestants, catholiques et agnostiques dans le débat, la réflexion et l'action.
  • Des périodiques naissent, La Vie nouvelle puis L'Avant-Garde.

Au XXe siècle[modifier | modifier le code]

Si les mouvements socialistes n'accueillent pas le Christianisme social à cause de sa dimension confessionnelle, les Églises protestantes du début du XXe siècle sont marquées par la dimension sociale. Après la Première Guerre mondiale, le mouvement du Christianisme social s’oriente dans deux directions de dimension internationale : le pacifisme qui veut désarmer les nations et l'œcuménisme qui souhaite associer les Églises protestantes, anglicanes et orthodoxes à l'interpellation des sociétés, au nom de la justice et de la paix.

Dans l’orbite du Christianisme social, on trouve alors des objecteurs de conscience (Jacques Martin, Philo Vernier, Henri Roser), des économistes qui poursuivent la réflexion sur la coopération et la solidarité (Bernard Lavergne, Georges Lasserre)), des hommes engagés en politique (André Philip) ou le philosophe Paul Ricœur, et de nombreux autres chrétiens engagés dans les luttes sociales du pays au coude à coude avec d'autres militants.

L’Après-Guerre[modifier | modifier le code]

Après la parenthèse de la vie sous l'occupation et le régime de Vichy qui avait vu l'émergence d'autres formes de témoignage et de résistance, en particulier le soutien des internés dans les camps, la défense et l'évasion des juifs, le mouvement renaît et aborde dans ses groupes et carrefours, sa revue et son nouveau périodique "Cité Nouvelle", tous les problèmes d'un monde en mutation. La diversité théologique reste de mise : y voisinent la théologie libérale et critique et la prédication dialectique de Karl Barth. S'y exprimait un socialisme chrétien plus ou moins en phase avec l'amorce d'une nouvelle gauche politique. Le militantisme politique était alors très présent : dénonciation de la torture, débat Est-Ouest et sur la construction européenne, prises de position sur le processus de la décolonisation... Des rencontres entre patrons, cadres et syndicalistes (dans le groupe dit de Tassin) cherchent à discerner ce que pourrait être un autre traitement du travail et un nouvel ordre économique.

Le second souffle[modifier | modifier le code]

Fin du XXe siècle[modifier | modifier le code]

A la fin des années 1960, le mouvement recherche un nouveau souffle. Les groupes locaux s'étaient délités. Seule la Revue du Mouvement poursuivait son service de réflexion et d'interpellation. Les églises et les mouvements issus de la Réforme se saisissaient désormais d'eux-mêmes des questions politiques et sociales, tels le nucléaire et le tiers-monde. De même, des mouvements plus spécialisés, la Cimade, la Mission dans l'industrie, les Équipes ouvrières ... s'étaient investis contre les formes nouvelles de l'exclusion.

XXIe siècle : le renouveau du Christianisme social[modifier | modifier le code]

Au début des années 2000, le Mouvement du Christianisme social et sa revue, Autre temps, s'arrêtent. Le mouvement est ensuite relancé. En particulier, le 20 juin 2010 paraissait dans l'hebdomadaire protestant Réforme un appel à la relance du Christianisme social signé par plus de 240 personnes, protestantes mais aussi catholiques[2] Le Mouvement du Christianisme social, constitué en association loi de 1901 avec son siège à la Faculté de théologie protestante du Boulevard Arago à Paris, est redevenu un mouvement actif avec la refondation de communes théologiques sur l'ensemble du territoire français mais également dans des pays voisins[3]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Texte du pasteur Bernard Charles, militant du Christianisme Social, paru sur le site de la Fédération Protestante de France [4]
  • Article de Laurent Gagnebin, président du mouvement du Christianisme social, dans la revue Évangile et Liberté n° 197 de mars 2006[5]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Article de Laurent Gagnebin, président du mouvement du Christianisme social, dans la revue Évangile et Liberté n° 197 de mars 2006[1]
  2. Article sur le site de France-Culture du [2]
  3. Les travaux de ces communes sont accessibles sur le site du Mouvement du Christianisme social [3]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Klauspeter Blaser, Le christianisme social : une approche théologique et historique, Van Dieren,‎ 2003 (ISBN 9782911087332, lire en ligne)
  • Jean Boissonnat, L'aventure du christianisme social : passé et avenir, Bayard,‎ 1999, 156 p. (ISBN 2-227-31719-1)
  • Raoul Crespin (préf. Paul Ricoeur), Le christianisme social : des protestants engagés, 1945-1970, Les bergers et les images,‎ 2010, 433 p. (ISBN 978-2-85304-109-6)
  • Denis Pelletier et Jean-Louis Schlegel (sous la direction de), À la gauche du Christ : les chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours, Seuil,‎ 2012, 622 p. (ISBN 978-2-02-109143-4)
  • Jean Baubérot, Un christianisme profane ?, Presses universitaires de France,‎ 1978, 295 p. (ISBN 978-2-35-748038-4)
  • Laurent Gagnebin, Christianisme spirituel et christianisme social. La prédication de Wilfred Monod, Labor et Fides,‎ 1987, 450 p. (ISBN 978-2830900934)
  • Paul Ricœur, « Histoire et Civilisation » (Neuf textes jalons pour un Christianisme social), dans la revue Autres Temps, n°76-77, printemps 2003.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]