Libertaire

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Dans une manifestation à Londres le 9 novembre 2011.
1er mai 2012, lors de la manifestation Occupy Chicago.
Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec Libertarianisme, Libéralisme ni Le Libertaire.

On désigne par libertaire ceux qui prônent une liberté absolue fondée sur la négation du principe d'autorité dans l'organisation sociale et le refus de toute contrainte découlant des institutions basées sur ce principe[1].

Dans ce sens, le terme libertaire est souvent un synonyme pour désigner l'anarchisme, courant de philosophie politique développé depuis le XIXe siècle sur un ensemble de théories et de pratiques anti-autoritaires[2] et auto-gestionnaires.

Ce néologisme a été créé par Joseph Déjacque en 1857 pour affirmer le caractère égalitaire de l'anarchisme naissant.

Sommaire

Concept [modifier]

Article détaillé : anarchisme.

L'anarchisme a pour but de développer une société sans domination et sans exploitation, où les individus-producteurs coopèrent librement dans une dynamique d'autogestion[3] et de fédéralisme.

L'anarchisme est employé tantôt péjorativement, comme synonyme de désordre social dans le sens commun ou courant et qui se rapproche de l’anomie, tantôt comme un but pratique à atteindre dans le cadre d'une idéologie comme c’est le cas pour les libertaires.

Pour ces derniers l'anarchie n'est justement pas le désordre social mais au contraire l'ordre social absolu grâce notamment au collectivisme anti-capitaliste qui contrairement à l'idée de possessions privées capitalisées, suggère l'idée de possessions individuelles ne garantissant quant à elles aucun droit de propriété concernant l'accumulation de biens non utilisés[4], et au travers d'une liberté politique organisée autour du mandatement impératif, de l'autogestion, du fédéralisme et de la démocratie directe.

Pour ses libertaires, l’anarchie est donc organisée et structurée : c'est l'ordre moins le pouvoir.

Un mouvement pluriel [modifier]

Selon Michel Ragon dans son Dictionnaire de l'anarchie[5], cinq courants dominent la pensée libertaire.

  • Le plus ancien, le proudhonisme, promeut une nouvelle société économique par le système des mutuelles et des coopératives.
  • Le communisme libertaire, formulé par Bakounine, souhaite établir immédiatement une société sans État et sans capitalisme par une révolution violente qui n’aboutit pas, comme le désire Marx, à la dictature du prolétariat.
  • L’anarcho-syndicalisme rejoint le marxisme en pensant que la révolution libertaire doit être accomplie par la classe ouvrière, en décrétant la grève générale.
  • L'anarchisme individualiste (Stirner, Thoreau, Emile Armand), qui ne croit pas à la capacité révolutionnaire des masses, préconise le repli sur soi et la réfutation absolue des lois et du gouvernement.
  • L'anarchisme chrétien (Tolstoï) qui est avant tout égalitaire, pacifiste et non-violent.

Historique [modifier]

Le Libertaire, Journal du mouvement social, New-York, n° 25, 17 août 1860.
Article détaillé : Joseph Déjacque.

Le mot « libertaire » a été créé par Joseph Déjacque, militant et écrivain anarchiste, par opposition à « libéral »[6] . Le néologisme construit sur un modèle alors répandu chez les socialistes utopiques par l'usage du terme prolétaire (égalitaire, fraternitaire), apparaît dans une lettre ouverte à P. J. Proudhon, De l'Être-Humain mâle et femelle - Lettre à P. J. Proudhon, publiée à la Nouvelle-Orléans en mai 1857. Joseph Déjacque s'oppose à la misogynie de Proudhon et l'accuse d'être « anarchiste juste-milieu, libéral et non libertaire ». Contre son conservatisme en matière de mœurs, Déjacque revendique la parité des sexes et la liberté du désir dans une société affranchie de l'exploitation et de l'autorité.

Joseph Déjacque a utilisé ce terme comme titre au journal qu'il a publié à New York de juin 1858 à février 1861, Le Libertaire, Journal du mouvement social, titre repris par de nombreuses autres publications ultérieures. C'est dans le dernier quart du XIXe siècle que les socialistes antiautoritaires ont adopté le terme pour désigner les théories et pratiques de l'anarchisme[7].

Libertaire et/ou anarchiste [modifier]

Article détaillé : Lois scélérates.

En France, suite aux lois votées dans l'urgence les 11 et 15 décembre 1893 et le 28 juillet 1894, interdisant tout type de propagande, les anarchistes s'emparent du mot libertaire pour s'identifier et poursuivre leurs activités, notamment éditoriales.

Pendant plusieurs décennies, les deux termes sont utilisés comme synonymes, quasi interchangeables. Ainsi, pendant la Révolution sociale espagnole de 1936, parle-t-on tout autant de la Fédération anarchiste ibérique que de la Federación Ibérica de Juventudes Libertarias, son mouvement de jeunesse.

Dans les années 1960-70, un courant issu des nouveaux mouvements sociaux[8] s'approprie le terme libertaire tout en prenant ses distances par rapport à l'identifiant anarchiste considéré comme « sectaire » et « dépassé ». Ainsi, le concept de mouvement libertaire déborde-t-il celui de mouvement anarchiste. Dans ce contexte, émergent de nouveaux médias comme Actuel ou le journal Libération et de nouvelles figures intellectuelles libertaires comme Michel Onfray, Philippe Corcuff [9], Daniel Colson[10], Normand Baillargeon, Ruwen Ogien, etc.

Dans la sphère culturelle, certains artistes se revendiquent libertaires sans pour autant endosser l'étiquette anarchiste : Albert Camus[11] en est un exemple, mais on peut également citer Jacques Prévert[12], Boris Vian[13], Robert Desnos[14], Étienne Roda-Gil[15], etc.

Wikipedia : un projet « libertaire » ? [modifier]

En 2005, le journal Le Monde qualifie Wikipedia d'« encyclopédie libertaire sur le Net », en précisant « Ce projet d'encyclopédie en ligne est atypique, proche de l'utopie libertaire. Car elle est entièrement rédigée par des bénévoles ­ - n'importe qui peut l'enrichir et la faire évoluer. Elle est également publiée par une société à but non lucratif. L'état d'esprit de ce village global de la connaissance a été voulu démocratique, communautaire, coopératif par Jimmy Wales. »[16].

Controverses [modifier]

L'idéologie libertaire se démarque du libertarianisme en prônant le collectivisme et l'égalitarisme. Ainsi, l'anthropologue et philosophe français Ruwen Ogien dans L'État nous rend-il meilleurs ? Essai sur la liberté politique présente la démonstration qu'une liberté individuelle radicale peut tout à fait être cohérente avec un idéal égalitaire tout aussi radical. La conception politique que Ogien défend « est libertaire (ou permissive) pour les mœurs, et égalitaire (ou non inégalitaire) du point de vue économique et social. » (page 263)[17].

A contre-sens de l'origine anarchiste et égalitaire du terme, le philosophe et sociologue marxiste Michel Clouscard a introduit l'expression synthétique « libéral-libertaire » dans son livre Néo-fascisme et idéologie du désir (1972) pour dénoncer le permissivisme moral des étudiants gauchistes de mai 1968 qu'il considère comme une attitude contre-révolutionnaire, expression depuis revendiquée par certains, à l'instar du député européen Daniel Cohn-Bendit.

Citations [modifier]

  • « Le mot « libertaire » est initialement forgé pour servir la dénonciation d’un anarchisme qui n’irait pas au bout de sa radicalité. (…) L’invention du terme libertaire s’inscrit dans une tendance du mouvement social de l’époque à faire émerger des formes adjectivales en « –taire » (« communautaire », « égalitaire », « fraternitaire »…), dont on peut faire l’hypothèse qu’elle n’est pas étrangère à la diffusion du mot « prolétaire » dans le vocabulaire socialiste. L’appropriation du qualificatif par le courant anarchiste du mouvement ouvrier résulte sans doute de sa commodité pour marquer une opposition au courant dit « autoritaire ». Il porte en outre des connotations positives et a probablement permis à des militants de se définir publiquement à une époque où mettre en avant son adhésion à l’anarchisme entraînait de sérieux problèmes avec la justice, comme après qu’une « loi scélérate » de juillet 1894 a explicitement interdit tout « acte de propagande anarchique ». Si de nombreux groupes ou penseurs (on pense par exemple au philosophe Michel Onfray ou au politiste Philippe Corcuff) peuvent aujourd’hui se définir comme libertaires sans pour autant adhérer aux doctrines anarchistes, le terme « libertaire » demeure assez clairement lié au mouvement anarchiste et ses valeurs. » - Simon Luck, Sociologie de l’engagement libertaire dans la France contemporaine (Le terme "libertaire" et ses appropriations différenciées, page 9), 2008.
  • « Libertaire et anarchiste constituent plutôt les deux faces, positive et négative, d’un même engagement : l’affirmation, d’un côté, que tout doit procéder de la liberté humaine et la promouvoir, le refus, d’autre part, de toute forme de domination ou d’autorité. La dimension sulfureuse du qualificatif « anarchiste » a été renforcée ces dernières années, notamment en France, par son usage policier, dans un contexte où la surveillance et la répression d’une prétendue « mouvance anarcho-autonome » font partie des priorités des institutions de renseignement intérieur. » - Jean-Christophe Angaut, Anarchisme et libéralisme, une démarcation, 2011.

Bibliographie [modifier]

Radio [modifier]

Travaux universitaires [modifier]

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]

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Références [modifier]

  1. Sébastien Faure, Encyclopédie anarchiste, Paris, La Librairie Internationale
  2. Jean Maitron, Le mouvement anarchiste en France, Gallimard, coll. « Tel », 1992
  3. Emmanuel de Waresquiel, Le siècle rebelle, dictionnaire de la contestation au XXe siècle, Larousse, coll. « In Extenso », 1999
  4. Ely, Richard et al. 'Property and Contract in Their Relations to the Distribution of Wealth' The Macmillan Company (1914)
  5. Extrait en ligne
  6. Valentin Pelosse, « Joseph Déjacque et la création du néologisme "libertaire" », Economies et Sociétés (Cahiers de l'institut de science économique appliquée), vol. 6, no 12, 1972 [texte intégral (page consultée le 04/06/2011)] 
  7. Mikhail Aleksandrovitch Bakounine, Confession 1857, Introduction (page 11), réédition L'harmattan, 2003, lire en ligne.
  8. Sur les origines des Grünen, voir l'analyse de Thomas Keller dans Les verts allemands: Un conservatisme alternatif, (page 60).
  9. Blog personnel de Philippe Corcuff consulté le 5 février 2013
  10. Deleuze, Guattari et l’anarchie, Le Portique, 2007, textexte intégral.
  11. Jean-Pierre Barou, Camus, ce libertaire qu’on voudrait ignorer, Libération, 4 janvier 2010, texte intégral.
  12. Pierre Marcabru, Jean-Claude Lamy, Jacques Prévert, l’anarchiste bien-aimé, Le Figaro, 3 février 2000 & encyclopédie Encarta 1997 lire en ligne.
  13. Philippe Boggio, Boris Vian, Paris, Le Livre de Poche, 1995 : Le parolier libertaire page 347
  14. Jean-Louis Trintignant, Trois poètes libertaires, Sic Productions.
  15. Dictionnaire international des militants anarchistes, notice biographique
  16. Le Monde, 2 janvier 2005, texte intégral.
  17. Ianik Marcil, Libertaire et égalitaire, 19 mai 2013, Le Huffington Post Québec, texte intégral.
  18. Babelio, notice.
  19. Docteur en science politique (Paris 1, 2008), notice BNF.
  20. Thèse pour le doctorat de science politique sous la direction d'Yves Déloye, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Département de science politique (UFR11), Ecole doctorale de science politique (ED 119), Centre de recherches politiques de la Sorbonne (UMR 8057)
  21. Docteur en philosophie, Maître de conférences de philosophie à l'École normale supérieure de Lyon, [Notice BNF et ENS.