Cimetière Saint-Roch (Grenoble)

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Cimetière Saint-Roch de Grenoble
Image illustrative de l'article Cimetière Saint-Roch (Grenoble)
Pays Drapeau de la France France
département Isère
Ville Grenoble
Superficie 13 hectares
Nombre de tombes 25 000
Mise en service 1810
Coordonnées 45° 11′ 38″ N 5° 44′ 24″ E / 45.194, 5.74 ()45° 11′ 38″ Nord 5° 44′ 24″ Est / 45.194, 5.74 ()  

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Cimetière Saint-Roch (Grenoble)

Le cimetière Saint-Roch est le plus ancien cimetière municipal de Grenoble inauguré le 19 août 1810[1].

Situé rue du Souvenir, en bordure de l'Isère, dans le quartier de l'Île Verte, il est le seul cimetière intra-muros de la ville et compte actuellement 25 000 tombes sur une superficie de 13 hectares[2]. La ville possède un autre cimetière, celui du Grand Sablon, sur la commune limitrophe de La Tronche.

Historique des cimetières à Grenoble[modifier | modifier le code]

À l'époque gallo-romaine, les premières sépultures de la ville se font le long des voies de communication sur la rive droite de l'Isère, et s'étendent sur 2,5 kilomètres. Elles se nomment Saint-Sixte sur l'actuel quai des Allobroges, Saint-Laurent, Saint-Antoine à proximité du Musée dauphinois, Saint-Ferréol en deux sites à La Tronche[3].

Du Moyen Âge au XVIIIe siècle, la coutume veut que l'on enterre les morts en terre « consacrée », donc à proximité des édifices religieux. Ainsi, à la fin du XVIIIe siècle, Grenoble compte environ 20 000 habitants et quatre cimetières dépendant de paroisses.

Sépulture médiévale à Saint-Laurent

Le plus grand, celui de Saint-Hugues, d'une superficie[N 1] de 2 770 m², est béni le 9 septembre 1694[4] hors les murs d'enceinte, dans une demi-lune des fortifications de Lesdiguières, rue des Mûriers (actuelle rue de l'Alma), et remplace le cimetière de la cathédrale Notre-Dame fermé en 1691. Vient ensuite le cimetière Saint-Louis, d'une superficie de 1 900 m², cimetière des bourgeois desservant aussi la paroisse Saint-André, puis le cimetière Saint-Joseph d'une superficie de 1 140 m², installé dans les faubourgs hors des murs d'enceinte, qui est celui des artisans. Enfin, le cimetière Saint-Laurent, 684 m2 sur la rive droite, qui est historiquement le plus ancien[5].

Tous ces cimetières ne sont pas encore clos, ni clairement délimités[N 2], et sont formés sans ordonnancement. Les monuments funéraires sont modestes et pratiquement toujours en bois. Au quotidien, les riverains les traversent et les enfants y jouent. Mais la Révolution va demander à ce que tous les cimetières soient fermés pour des raisons d'hygiène.

Un cimetière près du Drac[modifier | modifier le code]

Avis d'information du 14 février 1800

Le nouvel emplacement d'un cimetière est donc décidé par la municipalité de Jean-Baptiste Berthier le 12 nivôse de l'an VIII (2 janvier 1800) non loin du Drac, à l'ouest de la ville, dans une zone encore non urbanisée, au lieu dit des Porettes[N 3]. À cette époque, cette zone appartient encore à Seyssins et Pariset, Grenoble ne l'ayant pas encore annexée.

Une surface de 1 800 toises carrées (6 840 m²) est déterminée selon l'addition des surfaces des quatre anciens cimetières et la mise en service a lieu le 28 pluviôse de l'an VIII (17 février 1800). Mais les habitants expriment des plaintes contre la localisation de ce nouveau cimetière situé, selon leur mesure, à 840 toises (1 638 mètres) de la porte Créqui. De plus, le site n'est qu'un champ de cailloux marécageux[6] qui un peu plus d'un siècle auparavant était encore traversé par les bras du Drac, rivière très vive et impétueuse[N 4]. La population n'apprécie guère ce lieu et enterre ses morts, de nuit, dans les anciens cimetières de paroisse. Durant l'année 1808, on dénombre 813 décès à Grenoble, dont 167 enfants de moins de six ans[7]. Entre 9 000 et 10 000 personnes[8] ont été inhumées à cet endroit, dont il ne reste rien, puisque la ville vendra le terrain et les quelques pierres de stèles funéraires seront réutilisées dans la construction de maisons.

En effet, le 12 juin 1804, un décret national redéfinit les règles et impose la création d'un unique site d'inhumation loin des habitations et au nord des villes[9]. Les anciens cimetières sont alors vendus à des particuliers ou à la ville. Mais la création d'un cimetière exige l'autorisation des autorités civiles, religieuses mais aussi militaires car Grenoble est une ville de garnison et fortifiée, et il faut pouvoir en abattre les murs en cas d'attaque.

Le site de l'Île Verte[modifier | modifier le code]

La municipalité de Charles Renauldon cherche alors un nouveau terrain et se tourne vers l'est de la ville, en dehors des remparts, dans la boucle de l’Isère appelée l’Îsle Saint-Roch[N 5], dont les terrains appartiennent à un marchand gantier de la ville, Joseph-Henri Dumoulin.

Ancienne chapelle Saint-Roch

Le site envisagé n'est pas urbanisé mais avait accueilli un hôpital avec une petite chapelle dédiée à saint Roch, réputé pour protéger de la peste. En effet, cet hôpital construit en 1493, était destiné à accueillir les pestiférés envoyés ainsi hors des remparts de la ville pendant les épidémies, et portait le nom d’Hôpital des Infez (terme pour infectés), ou hôpital Saint-Roch. Il avait pu se construire par l'opportunité d'un testament du 31 janvier 1485 d'un écuyer de la grande écurie du roi Louis XI, Grace d'Archelles, touché de voir autant de misère[10]. Le 15 juillet 1497, un cimetière est béni par l'évêque Laurent Alleman à proximité de cet hôpital, et devra même être agrandi en septembre 1527 suite aux nombreuses victimes de la peste. Le 19 novembre 1545, un arrêt du Parlement du Dauphiné réuni l'hôpital Saint-Roch à l'hôpital général de Grenoble et à partir de 1717, cet hôpital sans affectation est abandonné mais pas la chapelle Saint-Roch attenante[11].

Le 6 septembre 1808[12], une délibération du conseil municipal décide de la création d’un nouveau cimetière dans cette boucle de l'Isère qui va devenir le quartier de l'Île Verte. Cette délibération suscite bien des objections et même une pétition en 1809 au sein de la population grenobloise. Mais les protestations d'une douzaine de citoyens hostiles à ce projet n’empêchent pas l’implantation du cimetière sur une superficie de 28 500 m²[N 6] avec huit compartiments dont six carrés égaux, et qui prend le nom de la vieille chapelle Saint-Roch encore debout.

Extrait plan de la ville en 1815

En 1809, la municipalité règle les derniers détails dont les exigences des militaires car le terrain doit pouvoir être utilisé en cas de conflit. L'ordonnancement du cimetière est précis et son organisation est rectiligne, il va être entouré d'un mur de 2 mètres 50 de hauteur et épais de 49 cm à la base, avec un petit bâtiment pour le fossoyeur[7], et une plantation de peupliers d'Italie agrémente l'allée principale. La vieille chapelle Saint-Roch est encore à cette époque située en dehors de ses limites, au sud-est de l'entrée.

L'adjudication des travaux se déroule le 17 août 1810, et le cimetière Saint-Roch est solennellement béni par l’évêque de Grenoble Claude Simon, le 19 août 1810, après les vêpres[13], au milieu d’une affluence considérable. Dès le lendemain, il est officiellement ouvert et les premières inhumations ont lieu le jour même. Les notables de la ville vont pouvoir trouver là un terrain de choix pour l'élévation de monuments témoins de leur grandeur et rappelant leur réussite. À cette époque, Grenoble est une ville de 22 000 habitants enserrée dans des remparts construits deux siècles auparavant par le duc de Lesdiguières et l'accès au cimetière depuis la ville se fait encore par la porte Très-Cloîtres édifiée en 1593[N 7]. La réception des travaux de clôture a lieu le 27 juin 1812 et le coût définitif du cimetière est de 23 522 francs[14].

Cimetière Saint-Roch en 1848 sur le plan-relief de Grenoble

Au cours du mois de juillet 1815, le cimetière est inondé par une crue de l'Isère empêchant l'enterrement de nombreux soldats autrichiens victimes des combats lors du siège de la ville. Les corps sont inhumés plus loin dans la ville, entraînant de nombreuses questions aux historiens lorsque, soixante-dix ans plus tard, on retrouve les corps au cours du terrassement de l'actuel square Léon-Martin[15].

Carré protestant et juif en 1875

En 1826 on construit une nouvelle chapelle, baptisée également Saint-Roch[16]. Le cimetière suit l'évolution démographique de la ville et s'agrandit à cinq reprises au cours du XIXe siècle et trois fois durant le XXe siècle. Le premier agrandissement du cimetière a lieu en 1843, quelques années après la construction d'une nouvelle extension de l'enceinte de la ville par le général Haxo et la mise en service d'une nouvelle porte des fortifications desservant le cimetière qui prend le nom évocateur de porte des Adieux[N 8]. En 1854, le cimetière s’agrandit une seconde fois avec une nouvelle enceinte en forme d’hémicycle au nord du terrain historique, puis, au gré des nécessités, des agrandissements sont programmés en 1866[17], 1884, 1899, 1907, 1921 et 1926 totalisant ainsi 15 kilomètres d'allées piétonnes d'une planéité parfaite[N 9]. Son altitude annoncée dans un plan établi par le géomètre J. Boiton daté de 1815 est de 212,0 mètres[18].

Le 2 novembre 1859, une crue historique de l'Isère amène de 1 mètre 65 à 1 mètre 80 d’eau, et, lorsqu’elle se retire, on trouve les croix arrachées, dispersées et pêle-mêle. Durant quinze jours, du 2 au 17 novembre, le service des inhumations au cimetière est suspendu. Pendant ce temps, les enterrements se font provisoirement sur un bastion de la porte des Alpes, et l’hôpital garde ses morts[19].

Le 10 janvier 1866, un arrêté municipal, approuvé par le préfet trois jours plus tard, met en place une nouvelle organisation instituant un poste de conservateur du cimetière, des horaires d'ouverture, ainsi que des devoirs et obligations diverses pour le personnel[20].

Plan actuel du cimetière

En 1875, une demande est faite pour agrandir le carré protestant du cimetière, elle est acceptée lors de la séance du conseil municipal le 14 janvier 1876.

Le 14 août 1900, soit 90 ans après son ouverture, le cimetière Saint-Roch est desservi par une ligne de tramway depuis la place Grenette. La Société grenobloise de tramways électriques maintient cette liaison jusqu'en 1949.

Par la suite, devant l'impossibilité d'agrandir ce cimetière dans une ville historiquement enserrée et malgré le déclassement des enceintes fortifiées en 1921, un second cimetière, celui du Grand Sablon, peut être créé en janvier 1941 sur l'autre rive de l'Isère, grâce à la mise en service huit ans auparavant du Pont du Sablon reliant Grenoble à la commune voisine de La Tronche. C'est en 1946 que se réalise une seconde entrée à Saint-Roch donnant accès par la rue Aimon de Chissé. En 1990, la mise en service de la ligne B du tramway permet de desservir cette seconde entrée.

Tombes et sculptures remarquables[modifier | modifier le code]

Au cours du XIXe siècle, certaines tombes ont accueilli des personnages méconnus et anonymes, mais leur sépulture a été faite de façon à marquer les esprits ou leur classe sociale. Grenoble est touché par des bouleversements politiques et industriels qui engendrent l'apparition d'une nouvelle bourgeoisie d'entrepreneurs. Leurs monuments sont imposants, souvent des tombes-murs de grandes dimensions qui portent la signature d'artistes célèbres. Avec le système de concession perpétuelle, chacun veut créer une œuvre originale et esthétique qui rappelle les mérites du défunt. Les nouvelles concessions accordées de nos jours ne le sont qu'en récupérant d'anciennes concessions non renouvelées. Comme les allées, la plupart des tombes portent des numéros, facilitant ainsi leur localisation à l'intérieur de chaque division appelée carré.

Lors de l'inventaire réalisé en 2005 par la ville de Grenoble, 824 tombes ont été classées remarquables, tant sur le plan architectural qu'historique.

Tombes de personnalités[modifier | modifier le code]

Les maires de Grenoble[modifier | modifier le code]

En 2010, sur les 47 maires décédés de la ville depuis février 1790, 28 sont enterrés dans ce cimetière avec des exceptions notables, comme Hubert Dubedout, seconde plus longue mandature avec 18 ans. Ils laissent ainsi leur souvenir comme : Joseph Marie de Barral maire à trois reprises pendant la période révolutionnaire, Pierre-François Arthaud qui voit les noms de rues rétablis après la période révolutionnaire, Charles Renauldon qui obtient l'ouverture de ce cimetière au cours de sa longue mandature, Jean-François Pina de Saint-Didier à l'origine de fortifications deux fois plus vastes pour la ville, Alexandre Royer-Deloche voit la publication d'un mémoire par un employé de la bibliothèque sur "Quelques hiéroglyphes de la pierre de Rosette", Charles Planelli de Lavalette qui dote la ville du premier réseau de canalisations des fontaines publiques, Félix Penet informe les grenoblois dès 1831 qu'une succursale, celle d'Échirolles, demande à se constituer en commune, Honoré-Hugues Berriat trace un cours en direction du Drac qui portera son nom, Artus de Miribel qui assiste à l'édification de la citadelle du Rabot, Frédéric Farconnet maire du 28 février au 5 mai 1848, Joseph Arnaud reçoit le télégramme du 27 mai 1853 annonçant l'arrivée du chemin de fer, Louis Crozet qui inaugure la gare du chemin de fer, Eugène Gaillard qui agrandi la superficie de la ville de 500 hectares, Jean-Thomas Vendre qui pose la première pierre du musée-bibliothèque, Adolphe Anthoard maire éphémère durant les périodes insurrectionelles de 1848 et de 1870, Ernest Calvat qui ouvre en 1872 les services de la bibliothèque du musée-bibliothèque, Félix Giraud voit la construction de la halle Saint-Claire et de l'église Saint-Bruno, Auguste Gaché maire à deux reprises, dont le premier mandat voit la construction de la caserne de Bonne, Édouard Rey qui inaugure la place Victor-Hugo le 27 mai 1885, Félix Poulat mort accidentellement quatre mois après sa prise de fonction.

D'autres suivent au XXe siècle comme Stéphane Jay qui modifie le centre-ville en créant la rue Félix-Poulat, Charles Rivail qui assiste à la première arrivée du Tour de France à Grenoble le 15 juillet 1905, Félix Viallet qui réalise l'aménagement du Jardin des Dauphins, Paul Mistral qui organise l'exposition internationale de la houille blanche en 1925, Paul Cocat maire durant toute la seconde guerre mondiale, Marius Bally maire du 26 octobre 1947 au 6 août 1948, Léon Martin qui inaugure le téléphérique de Grenoble Bastille lors du premier de ses trois mandats et Albert Michallon qui obtient les Jeux olympiques d'hiver de 1968.

Les artistes[modifier | modifier le code]

Les sculpteurs Henri Ding, Eustache Bernard, Aimé Charles Irvoy, Urbain Basset et Pierre-Victor Sappey, auteur de nombreuses tombes dans ce cimetière. En ce qui concerne les peintres, l'école dauphinoise est largement représentée avec Jules Flandrin et Henriette Deloras, Diodore Rahoult, Jean Achard, Charles Bertier, Édouard d'Apvril, Laurent Guétal ou Firmin Gauthier. L'écrivaine dauphinoise Louise Drevet y est enterrée.

Les industriels et scientifiques[modifier | modifier le code]

Le siècle de mise en service du cimetière correspond aussi à une montée en puissance de l'industrialisation. Xavier Jouvin industriel gantier, Alphonse Terray, gantier, Claude Jouvin, gantier, la famille Perrin, fondatrice du Gant Perrin, Albert-Pierre Raymond fondateur du groupe A.Raymond, Camille Teisseire célèbre liquoriste, Louis Cartier-Millon, à l'origine de l'entreprise Lustucru, Émile Gueymard créateur du laboratoire départemental d'analyse, Albin Crépu médecin et botaniste, Jean-Paul Lachmann créateur du Jardin botanique du col du Lautaret, Victor Piraud botaniste et conservateur du muséum d'histoire naturelle de Grenoble, Jules Girard instigateur du transfert de l'hôpital à La Tronche, Louis Barbillion directeur de l'Institut électrotechnique de Grenoble, Joseph Bouchayer industriel dans le secteur de l'hydroélectricité, Casimir Brenier à l'origine de l'entreprise en hydraulique Neyrpic, Paul-Louis Merlin cofondateur de Merlin Gerin, Émile Multier le fabricant de chaussures, Marius Blanchet industriel et commissaire général de l'exposition internationale de la houille blanche en 1925, l'industriel et résistant Jean Perrot assassiné lors de la Saint-Barthélemy grenobloise, les géologues Conrad Kilian et son père Wilfrid Kilian dont le médaillon est exposé sur la terrasse accueillant les passagers de la gare supérieure du téléphérique de Grenoble Bastille, et appelée terrasse des géologues[N 10].

Les militaires et personnages divers[modifier | modifier le code]

Le général de division Jean Gabriel Marchand, le général Léon de Beylié, l'un des plus grands mécènes du Musée de Grenoble, le capitaine Eugène Vitteau qui participe à la colonisation de l'Algérie avant 1850, le sergent Jules Bobillot symbole des victimes des guerres coloniales de la IIIe République, la sépulture de 50 soldats allemands décédés pendant leur captivité lors de la Première Guerre mondiale avec une stèle en grès élevée en 1936, l’abbé Jean-Baptiste Gerin dont la tombe toujours fleurie est le gisant près de la chapelle Saint-Roch, Alexandre Crépu homme politique, Joseph Jullien bâtisseur de la Casamaures, Jean-Joseph-Antoine Pilot-de-Thorey archiviste et historien grenoblois, Claude-Auguste Bajat laisse son nom à un quartier de la ville, Auguste Prudhomme archiviste et historien grenoblois, Léon Perrier ministre et homme politique local, Léon Zwingelstein qui réalise la première traversée de l'arc alpin en 1933, Augustine Gandolfo dompteuse dévorée par un fauve en 1891 lors de la foire des Rameaux[2], Charles Joisten conservateur du Musée dauphinois dans les années 1970, Paul Billat résistant et rédacteur en chef du Travailleur Alpin.

Monuments du cimetière[modifier | modifier le code]

Le monument le plus emblématique du cimetière est certainement la chapelle Saint-Roch construite en 1826. Elle a remplacé à partir de cette date une ancienne chapelle dédiée à saint Roch implantée dans la boucle de l’Île Verte, au bord de l'Isère. Sauvée de la destruction grâce à la dévotion des Grenoblois, cette ancienne chapelle de la fin du XVe siècle a donné son nom au cimetière s'établissant à ses abords en 1810, puis disparaîtra dans les années 1850[N 11].

Chapelle Saint-Roch (1826)

En effet, dès 1813, conseil municipal et évêque s'accordent pour étudier la construction d'une nouvelle chapelle. Mais l'argent manque à la fin du Premier Empire et le projet n'est repris qu'en 1820-1824, par le nouveau maire, Charles Planelli de Lavalette. L'évêque Claude Simon donne 3 000 francs et un donateur anonyme promet la même somme[N 12]. Le premier devis des travaux est établi le 20 mars 1819. Le devis s'élève à 19 772 francs, mais le coût final est de 20 328 francs[21], somme qui sera confirmée et réglée en 1829.

Le 6 mai 1824, le maire reçoit l'autorisation du ministre de la guerre pour la construction de cette chapelle, située alors dans la seconde zone de servitude militaire, à condition de démolir mur de cimetière et chapelle aux frais de la ville à la première réquisition de l'autorité militaire[22],[23]. Le roi Louis XVIII cautionne l'opération en 1824 et la nouvelle chapelle est achevée en 1826 par l'entrepreneur Joseph Gallet. Construite à 290 mètres des remparts de la ville, près du mur d'enceinte du cimetière, elle est au point de convergence des allées principales et visible depuis l'unique entrée du cimetière de l'époque. Elle est en pierre blanche de Sassenage et dotée d’une belle façade classique avec fronton et colonnes. Sur son fronton, sont sculptés les attributs de la mort, un sablier ailé, une torche renversée et une faux. Au-dessus de l'entrée, est gravée l'inscription BEATI QVI IN DOMINO MORIVNTUR (Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur).

Dès 1849, des défauts d'étanchéité apparaissent dans la toiture, mais il faut attendre l'année 1852 pour trouver un financement et voir la réalisation des travaux. En 1884, un chemin de croix avec ses quatorze stations est installé tout autour de la chapelle. Au début du XXe siècle, les lois de laïcisation restent sans effet à Grenoble et la chapelle conserve sa croix sommitale. C'est aussi à cette période que s'installe définitivement le système des concessions, moyen idéal pour réunir toutes les classes sociales dans un cimetière général.

Monuments aux morts 1870

Cette chapelle, fermée pendant longtemps au public pour cause de vétusté, a été rénovée récemment par la municipalité qui a décidé d’en faire un lieu de recueillement et de repos pour ceux qui viennent honorer leurs morts. La décoration intérieure du chœur a été confiée à l’artiste peintre Virginia Alfonso qui a illustré avec des couleurs éclatantes le cycle de la vie.

À proximité de la chapelle Saint-Roch, se trouve un monument dédié aux victimes de la guerre franco-prussienne de 1870. À l'initiative d'un avocat, maître Farge, le conseil municipal du 17 février 1874 décide de concéder gratuitement un terrain pour l'emplacement d'un monument aux morts[24]. Inauguré le 5 novembre 1893 et réalisé par le sculpteur grenoblois, Eustache Bernard, il représente une femme en deuil appuyée contre une haute pyramide, le bras accoudé sur la corniche du piédestal, la main gauche tenant une couronne d'immortelles. C'est l'Isère regardant à ses pieds une épée brisée.

Croix de la Mission (1818)

Un autre monument est situé près de la chapelle, il s'agit d'une croix en fer haute d'environ trois mètres et installée au terme d'une Mission religieuse de passage à Grenoble en 1818 afin de revivifier la foi parmi les fidèles. Effectuée par la Société des prêtres des Missions de France, fondée par l’abbé Jean-Baptiste Rauzan, cette « Mission » est effectuée du 6 janvier au 25 février 1818 par neuf prêtres qui réunissent près de 9 000 personnes dans trois églises de la ville. Confessions en masse, prêches souvent en plein air, sermons, cantiques, renouvellement des vœux du baptême et cérémonie d'amende honorable ponctuent la période durant laquelle le général Gabriel Donnadieu, gouverneur militaire, accepte de fermer les portes de la ville exceptionnellement plus tard pour les habitants des campagnes. Initialement prévue au 23 février, l'installation de la croix est repoussée au 25 pour cause d'intempérie et se déroule au milieu du pont Créqui en pierre qui enjambe l'Isère (actuel pont Marius-Gontard). Devant une foule considérable, l'abbé Rauzan, l'évêque Claude Simon, le maire Jean-François Pina de Saint-Didier et le général Donnadieu assistent à la cérémonie depuis l'hôtel de Franquières[25]. Par la suite, la croix sera déplacée au cimetière Saint-Roch vers 1839, au moment de la reconstruction du pont.

Carré militaire 1914-1918

Deux carrés militaires dédiés aux soldats de la garnison morts à Grenoble, essentiellement au cours de la Première Guerre mondiale, sont présents dans ce cimetière. Le premier situé à proximité de l'entrée principale dans le carré A est affecté à perpétuité aux militaires de la garnison et compte 299 tombes dont 34 soldats tués entre 1892 et le déclenchement du conflit. En son centre est érigé un monument dédié à l'association du souvenir français. C'est dans ce carré que repose depuis le 18 septembre 1966 le sergent Jules Bobillot, héros colonial mort le 18 mars 1885 des suites de ses blessures au siège de Tuyên Quang durant la guerre franco-chinoise. Symbole du patriotisme promu par la Troisième République, un immense monument rappelle son souvenir et celui des sapeurs du 4e régiment du génie de Grenoble dans la rue qui mène au cimetière Saint-Roch. Une rue porte son nom dans le quartier de l'Aigle à Grenoble depuis 1896, à Paris sa ville natale (rue Bobillot) ainsi que dans d'autres villes françaises.

Le second carré est créé en pleine guerre par le conseil municipal du 11 octobre 1915 qui décide de la création d'un second carré au nord du cimetière[26]. La première inhumation dans ce carré XVI a lieu le 19 novembre 1915 et il va être complet à la fin de la guerre[N 13]. Ce second carré compte à la fin 1918, 663 soldats dont 8 américains[N 14], 19 italiens et 64 ouvriers coloniaux.

Visites[modifier | modifier le code]

De mars à octobre, le cimetière est ouvert de 7 h 30 à 18 h 30 en semaine et de 9 h 00 à 18 h 30 les dimanches et jours fériés. Les autres mois, il est ouvert de 7 h 30 à 17 h 30 en semaine et de 9 h 00 à 17 h 30 les dimanches et jours fériés. Des visites guidées par thèmes sont organisées par l'association Saint-Roch ! Vous avez dit cimetière ?

Accès[modifier | modifier le code]

Le site est desservi par la ligne  B du tramway, station Île Verte, et la ligne de bus 31 pour ce qui concerne l'entrée nord.

Pour l'entrée principale au sud, les lignes de bus  16,  31,  32, et  6021, desservent le cimetière.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Superficie exprimée en toise carrée dans l'article de Madeleine Lassère : Après 1668, une toise carrée = 3,7987 m².
  2. Cette affirmation dans l'article de Madeleine Lassère semble venir en contradiction avec la précision des superficies fournies également par son article.
  3. Le cimetière était approximativement vers l'intersection des actuelles rues Diderot et Félix Esclangon. Selon Auguste Bouchayer, dans son article « Le Drac et ses affluents », pages 359-360.
  4. Selon Denis Cœur 2008, p. 133, le canal Jourdan, nom donné à la partie du Drac canalisée entre Comboire et le confluent au XVIIe siècle, a été construit entre 1675 et 1686.
  5. Îsle Saint-Roch est le terme utilisé sur les feuilles de délibération du conseil municipal, même si l'appellation d'Île Verte existe déjà.
  6. Superficie calculée d'après une photo satellite actuelle car les sources d'information diffèrent au sujet de cette superficie d'origine.
  7. Il y a eu trois générations de portes appelées Très-Cloitres dans l'histoire de la ville. La première édifiée lors du premier agrandissement au début du XIIIe siècle, la seconde édifiée par Lesdiguières en 1593, et la troisième édifiée par le général Haxo en 1836.
  8. Une partie du corps du bâtiment de la porte des Adieux est encore visible sur l'actuelle rue Malakoff.
  9. Cependant, en 1896, un immense cimetière de 15,23 hectares, dont il existe des plans très élaborés aurait pu se construire parallèlement au Drac, au lieu dit le mas des Champs-Elysées, entre l'actuelle avenue Rhin et Danube et l'A480, vers le pont de Catane. On préféra agrandir Saint-Roch (archives municipales, cote 2M87), cette option étant finalement plus économique : Madeleine Lassère 1997, p. 283.
  10. Les deux autres géologues représentés sur cette terrasse sont Charles Lory et Pierre Termier.
  11. Cette ancienne chapelle est représentée sur le plan-relief de Grenoble de 1848.
  12. Ce généreux donateur est le propre père du maire, Joseph Planelli, marquis de Maubec. Madeleine Lassère 1997, p. 136 rappelle l'étroite collaboration existant à l'époque entre les autorités civiles et religieuses.
  13. Une réflexion en mai 1918 prévoyait un nouvel emplacement de tombes pour un rythme de 10 morts par mois jusqu'en 1920. Il ne sera pas utilisé.
  14. Un état de juillet 1941 des militaires inhumés dans le cimetière mentionne 6 russes, 1 polonais, mais aucun américain, archives municipales, cote 2M119.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Selon le livre Mémoire de l'île, page 177 (2e édition).
  2. a et b Selon le plan guide du cimetière élaboré par la ville de Grenoble et le Conseil général de l'Isère.
  3. Renée Colardelle, Saint-Laurent de Grenoble, de la crypte au musée archéologique, page 11.
  4. Madeleine Lassère 1997, p. 22
  5. Renée Colardelle, SAINT-LAURENT DE GRENOBLE: DE LA NECROPOLE GALLO-ROMAINE AU MONUMENT HISTORIQUE,‎ 1999 (lire en ligne)
  6. Madeleine Lassère 1997, p. 101
  7. a et b Selon courrier aux archives municipales, cote 2M91.
  8. Maurice Wantellet, Bulletin de l'Académie delphinale N°8, novembre 2007, page 254.
  9. Madeleine Lassère L'espace urbain et la mort: la création d'un cimetière communal à Grenoble, Cahiers d'histoires N°2, 1994, page 122.
  10. Catalogue des actes du dauphin Louis devenu le roi Louis XI, pages 298 et 299.
  11. Selon le livre Mémoire de l'île, page 175 (2ème édition).
  12. Madeleine Lassère L'espace urbain et la mort: la création d'un cimetière communal à Grenoble, Cahiers d'histoires N°2, 1994, page 125.
  13. Madeleine Lassère 1997, p. 120
  14. Madeleine Lassère 1997, p. 125
  15. Claude Muller, Grenoble autrefois.
  16. Madeleine Lassère 1997, p. 136
  17. Madeleine Lassère 1997, p. 216
  18. Archives municipales de Grenoble, cote 3FI 103.
  19. « Crue du 2 novembre 1859 », sur Isère-Drac-Romanche.
  20. Jean Vendre, Règlement général du cimetière, Éditions Baratier, 1866, Grenoble.
  21. Madeleine Lassère, L'espace urbain et la mort: la création d'un cimetière communal à Grenoble, Cahiers d'histoires N°2, 1994, page 128.
  22. Archives municipales, cote 2M74.
  23. Madeleine Lassère 1997, p. 122
  24. Conseil municipal du 17/02/1874, Archives municipales de Grenoble.
  25. Selon J.L. Brad, Précis historique de la Mission à Grenoble, Bibliothèque municipale de Grenoble, cote O.8301.
  26. Selon document d'estimation du 26 avril 1920 aux archives municipales, cote 2M117.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J.L. Brad, Précis historique de la Mission à Grenoble, Éditions Baratier, Grenoble, 1818
  • Emmanuel Pilot de Thorey, Catalogue des actes du dauphin Louis II devenu le roi de France Louis XI, Tome 2, Imprimerie de Mainsonville, Grenoble, 1899
  • Auguste Bouchayer, Le Drac et ses affluents, Revue de géographie alpine, 1925, tome 13.
  • Madeleine Lassère L'espace urbain et la mort: la création d'un cimetière communal à Grenoble dans les Cahiers d'histoires no 2, 1994
  • Madeleine Lassère, Villes et cimetières en France de l'Ancien Régime à nos jours: le territoire des morts, Editions L'Harmattan,‎ 1997, 411 p. (ISBN 9782738456977, lire en ligne)
  • Mémoire de l'île, Union de quartier Île Verte, Presses universitaires de Grenoble, seconde édition, 2006, (ISBN 2-7061-1258-1)
  • Maurice Wantellet, Bulletin de l'Académie Delphinale no 8, novembre 2007.
  • Denis Cœur, La Plaine de Grenoble face aux inondations : genèse d'une politique publique du XVIIe au XXe siècle, Versailles, Éditions Quae,‎ 2008, 328 p. (ISBN 978-2-7592-0108-2, lire en ligne)
  • Renée Colardelle, Saint-Laurent de Grenoble, de la crypte au musée archéologique, Presses universitaires de Grenoble, 2013, (ISBN 978-2-7061-1752-7)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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