Janusz Korczak

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Janusz Korczak

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Janusz Korczak, vers 1930

Nom de naissance Henryk Goldszmit
Naissance 28 juillet 1878
Varsovie, Royaume de Pologne
Décès 5 août 1942 (à 64 ans)
Treblinka
Nationalité polonais
Pays de résidence Pologne
Diplôme
Profession Écrivain pour enfants, médecin-pédiatre
Autres activités
il est médecin, pédagogue et écrivain
Monument en hommage à Janusz Korczak au mémorial de Yad Vashem
L'orphelinat de Korczak à Varsovie
L'orphelinat de Korczak à Varsovie existe toujours aujourd'hui
Monument (Cénotaphe) de Janusz Korczak au Cimetière juif de Varsovie

Janusz Korczak (né le 22 juillet 1878, mort le 6 août 1942), de son vrai nom Henryk Goldszmit[1], est un médecin-pédiatre et écrivain polonais. Avant la Seconde Guerre mondiale, il est une des figures de la pédagogie de l'enfance les plus réputées. Il laisse son nom à la postérité pour avoir choisi délibérément d'être déporté vers Treblinka avec les enfants juifs du ghetto de Varsovie dont il s'occupait dans un orphelinat (voir le film d'Andrzej Wajda : Korczak, 1989).

« Le fait que Korczak ait volontairement renoncé à sa vie pour ses convictions parle pour la grandeur de l’homme. Mais cela est sans importance comparé à la force de son message », disait Bruno Bettelheim.

Biographie[modifier | modifier le code]

L'histoire de la vie de Janusz Korczak a été décrite dans beaucoup de livres. Le film Korczak d'Andrzej Wajda raconte l'histoire de sa vie et en partie sa déportation avec ses orphelins par les nazis à Treblinka.

Né d'une famille juive assimilée à Varsovie ; sa mère, Cecylia Głębicka, était une membre de la communauté juive de Kalisz, son père, Józef Goldszmit, avocat, était un partisan du mouvement progressiste juif Haskala. Lors de sa naissance, sa famille ne prit pas soin de l'inscrire au registre des naissances, d'où la difficulté ultérieure de déterminer son année de naissance (1878 ou 1879).

La famille Goldszmit a vécu dans différents endroits de Varsovie : Bielańska 18 (peut-être son lieu de naissance), Krakowskie Przedmieście 77, Miodowa 19, Pl. Krasińskich 3, Nowosenatorska 6 (aujourd'hui Rue Molière). Il passa ses années scolaires (1886-1897) à Augustin Szmur dans la rue Freta. Il alla au Gymnasium dans le quartier Praga (VIIIe Lycée Ladislas IV Vasa). L'école, comme toutes celles de la partie de la Pologne occupée par la Russie, était faite en russe, jusqu'aux cours de polonais et de religion. À l'âge de 13 ans, Janusz Korczak se plonge dans la lecture pour oublier ses angoisses dues à l'internement de son père.

L'année de ses 14 ans, sa grand-mère mourut, elle était la seule à le soutenir dans son rêve de changer le monde pour les enfants. Son père mourut en 1896 en se suicidant, laissant sa famille sans ressources et dans l'obligation d'abandonner l'appartement spacieux où ils vivaient. Après la mort de son père, vers 17-18 ans, les conditions de vie se dégradèrent significativement et il dut se mettre à travailler en donnant des cours particuliers pour soutenir sa mère et sa sœur.

En 1898, il entreprit des études de médecine à l'Université de Varsovie. Cette même année, il prit le pseudonyme de Janusz Korczak dans un concours littéraire de Ignacy Jan Paderewski. En 1899, Korczak partit en Suisse, afin de se familiariser avec la pédagogie de Johann Heinrich Pestalozzi. Visitant le pays, il s'intéressa beaucoup aux écoles, hôpitaux pour enfants, ainsi que les salles gratuites de lecture pour les enfants. Le 17 mars 1905, il obtint son diplôme de médecin à la fin de ses cinq années d'études. Pendant la Guerre russo-japonaise de 1905, il fut médecin militaire. Entre 1903 et 1912, il travailla comme pédiatre à l’Hôpital pour enfants Berson et Bauman de la Rue Śliska 51. En tant que médecin, il avait droit à un appartement de fonction et recevait 200 roubles par an en 4 fois, mais se faisait porter malade à chaque échéance. Il travailla avec Samuel Goldflam, avec lequel il soutint de nombreuses causes sociales.

En 1907, il partit pour Berlin, pour parfaire ses études de médecine. Il allait à des conférences (pour lesquelles il devait payer lui-même) et travailla dans une clinique pour enfants, il visita aussi différentes institutions d'enseignements. Quand il travailla pour la Société des Orphelins en 1909, il rencontra Stefania Wilczyńska. En 1911-1912, il devint le directeur de Dom Sierot, l'orphelinat qu'il créa pour les enfants juifs de Varsovie. Il prit Wilczyńska comme associée. Il y forma une forme de « République » des enfants avec son propre Parlement, Tribunal et Journal et réduisit en conséquence ses activités de médecin. En 1911, il prit la décision de ne pas fonder de famille.

Entre 1914 et 1918, il fut le plus jeune Lieutenant à la tête d'un hôpital militaire sur le front ukrainien. Il travailla quelque temps à Kiev dans la Maison pour Adolescents Polonais dirigée par Maryna Rogowska-Falska. En 1918, il revint à Varsovie et travailla à l'hôpital épidémiologique de Łódź puis à Kamion près de Varsovie. En 1920, avec le grade de major, il participe à la Guerre russo-polonaise comme médecin militaire de nouveau mais est envoyé à Varsovie. Il contracta le typhus, sa mère est décédée.

Œuvre littéraire et radio[modifier | modifier le code]

En 1898, il prit part à un concours de théâtre organisé par le journal Kurier Warszawski. Korczak envoya son œuvre dramatique intitulé Którędy? sous le pseudonyme Janasz Korczak. Il s'inspire du livre Historia o Janaszu Korczaku i pięknej miecznikównie de Józef Ignacy Kraszewski et doit son pseudonyme futur à une erreur typographique (Janasz-Janusz).

En 1900, sous le pseudonyme Hen-Ryk, il travaille dans l'hebdomadaire satirique Kolce en tant que coauteur d'une histoire à sensation Lokaj. À partir de 1901, il écrit des courts feuilletons, d'abord en épisodes dans Czytelnia dla wszystkich (N.1 à 18) (Les Enfants de la rue), puis par la suite dans un recueil littéraire. Entre 1903 et 1905, il publie des feuilletons dans l'hebdomadaire Głos, dans lequel il dirige la rubrique Na widnokręgach. En 1904, dans les colonnes de Głos, il commence à publier par épisode l'histoire Dziecko salonu. En 1906, il fait publier son livre portant le même titre. Il publie par la suite Pedagogika żartobliwa, Moje wakacje, Gadaninki radiowe starego doktora.

En 1926, il met en place Mały Przegląd (1926-1939), qu'il dirige pendant quatre années. Il s'agit d'un supplément au journal Nasz Przegląd et était rédigé par des enfants et adolescents. Il milita activement pour la popularisation de la défense des droits de l'enfant par le biais d'émissions de radio. Igor Newerly fut son secrétaire puis plus tard collaborateur. En septembre 1939, Korczak est conférencier à la Radio Polonaise.

Activisme politique[modifier | modifier le code]

En décembre 1899, il fut arrêté pour son militantisme (il avait mis en place des salles de lecture dans un orphelinat de Varsovie). Il fut le fondateur du seizième groupe Hachomer Hatzaïr, organisation de scoutisme juive fondé à Vienne en 1916.

Il devint franc-maçon vers 1925 et se trouva initialement dans la loge Gwiazda Morza de la fédération internationale Le Droit Humain mise en place afin de « concilier toutes les personnes, qui sont divisées par des barrières religieuses, et chercher la vérité en maintenant le respect d'autrui. »

Le Ghetto de Varsovie[modifier | modifier le code]

Dans le Ghetto, il portait son uniforme polonais et refusait de porter l'étoile de David car il considérait que cela désacralisait le symbole. Dans les trois derniers mois de sa vie, à partir de mai 1942, il travailla sur un mémoire (publié à Varsovie en 1958) du ghetto de Varsovie. Sur les deux dernières années de sa vie, il s'occupa presque exclusivement des enfants de son orphelinat. Il se demandait en même temps s'il ne devait pas se suicider et euthanasier les nouveau-nés et personnes âgées du ghetto. Dans le même temps, Igor Newerly essaya d'obtenir des papiers à Korczak, mais ce dernier refusa (ce qu'il fit à plusieurs reprises lorsque des occasions de s'échapper seul du ghetto se présentèrent). Il écrivit dans son mémoire pour la dernière fois le 5, à propos de plantes et d'un soldat allemand posté près du mur du ghetto.

La dernière marche[modifier | modifier le code]

Il disparut en même temps que ses enfants du ghetto en 1942, le 5 ou 6 août, décidant de lui-même et insistant même pour pouvoir accompagner ses enfants sur leur route vers les chambres à gaz de Treblinka. Le départ du ghetto a été maintes fois décrit par des témoignages extérieurs comme celui de Joshua Perle ou de Władysław Szpilman (dans Le pianiste).

Au petit matin du 5 ou 6 août 1942, des soldats SS, ukrainiens et lettons encerclèrent le Petit Ghetto. Selon Abraham Lewin, cela eut lieu le 7 août. Avant que le cortège ne remonte la rue Resursy Kupiecka, près de la rue Śliska, il n'est pas certain quelle fut la route empruntée pour aller au Umschlagplatz, peut-être de Karmelicka et de Zamenhoff à Stawki, ou alors de Żelazna et de Smocza. Korczak menait les enfants, sans chapeau, dans des bottes militaires, tenant deux enfants par la main. Il y avait dans le cortège 192 enfants et près de dix de leurs soignants, dont Stefania Wilczyńska. Les enfants marchaient quatre par quatre dans leurs plus beaux habits, portant le drapeau du Roi Mathias Ier. Ce même jour, l'armée nazie déporta d'Umschlaplatz 4 000 enfants des orphelinats et leurs aides du ghetto de Varsovie. La pièce de théâtre de Liliane Atlan, Monsieur Fugue ou le mal de terre est inspirée par le dernier trajet de Korczak avec les enfants.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Dès le début du XXe siècle, Korczak a œuvré à une refonte complète de l’éducation et du statut de l’enfant, sur des bases constitutionnelles entièrement nouvelles, privilégiant la sauvegarde et le respect absolu de l’enfance. Ses multiples écrits pour enfants et pour adultes (Comment aimer un enfant, Le Roi Mathias Ier ), l’exemple de ses deux orphelinats organisés en républiques d’enfants (« Dom Sierot » créée en 1912 et « Nasz Dom » en 1919), ses émissions de radio, son journal national d’enfants (« Mały Przegląd ») ont marqué des générations entières de petits Polonais.

En artiste tout autant qu'en scientifique et clinicien, il a incarné une véritable pédagogie du respect, une école de la démocratie et de la participation qui font aujourd’hui universellement référence.

Sur le plan pédagogique, l’œuvre de Korczak s'inscrit dans la lignée de la « pédagogie active » et de « l’École nouvelle », aux côtés de :

Janusz Korczak lui-même est de plus en plus étudié comme l’un des précurseurs de la pédagogie institutionnelle et de « l’autogestion pédagogique ». Il pourrait tout aussi bien être reconnu comme un « pédagogue autogestionnaire », aux côtés de Paul Robin, Sébastien Faure et Francisco Ferrer (1859-1908), anarchiste espagnol qui reste le seul pédagogue avec Korczak à avoir été assassiné pour ses idées.

Dans le domaine des droits de l'enfant, il est aussi le précurseur de la mise en pratique des droits positifs de l’enfant (droits d’expression, de participation, d’association, etc.) officiellement établis le 20 novembre 1989 par les articles 12 à 17 de la Convention des Nations unies pour les droits de l’enfant, un texte et un acte politique majeur dont il exigeait l’élaboration depuis la fin du XIXe siècle.

Soixante ans après sa mort, l’histoire et l’œuvre littéraire, pédagogique, philosophique et sociale du « Vieux docteur », encore méconnues en France, interpellent encore l’ensemble des pratiques et des regards des adultes sur les enfants et les jeunes.

Un cénotaphe en sa mémoire a été élevé au cimetière juif de Varsovie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Ceremony Marking 68 Years Since the Murder of Janusz Korczak and the Children of the Orphanage », sur yadvashem.org (consulté en 27 décembre 2010)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Janusz Korczak, le roi des enfants, biographie par Betty Jean Lifton, édition Robert Laffont
  • Janusz Korczak : Pédagogues et Pédagogies"", Jacques Ladsous, PUF, 11/1995
  • Le Roi Mathias Ier (Król Macius), traduit du polonais par Maurice Wajdenfeld, Paris, Martineau, 1967 ; Gallimard "folio junior". ISBN 2-07-033036-2
  • Le Droit de l'enfant au respect, Robert Laffont, Paris, 1979, réédition Faber, 2009, avec une préface de Bernard Defrance et Frédéric Jésu, et le texte complet de la Convention relative aux Droits de l'Enfant.
  • Colonies de vacances, La Pensée universelle, Paris, 1984.
  • Le Roi Mathias sur l'île déserte, Atelier Cauchois, Rouen, 1986 ; Paris, Gallimard "folio junior". ISBN 2-07-033598-4
  • Korczak, un homme, un symbole, Lili Berger. Paris, Magnard, 1989.
  • Journal du ghetto, Paris, Ed Robert Laffont, 1998. ISBN 2-221-08660-0
  • Herschele, et autres contes, Paris, Ed Est-Ouest internationales, 2003.
  • Janusz Korczak-Les droits de l'enfant, Ed Fleurus Presse(Histoire vraies)2009.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Korczak, film 35 mm, Allemagne, 114 min, 1990, de Andrzej Wajda
  • L’adieu aux enfants », Claude Couderc, 1980 (91 min)
  • Comment surseoir à la violence », Philippe Meirieu, 2000 (13 min) - Introduction
  • Janus Korczak, le roi des enfants », A. Ziarek, 1999 (52 min) - Documentaire
  • Où est le Dr Korczak ? », Mariusz Kowalczyk, AFJK, 1990 (52 min) - Documentaire
  • L’herbe qui a soif », Philippe Cassard, AFJK, 1990 (26 min) - Essai

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

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