Charles Taylor (philosophe)

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Charles Taylor

Philosophe occidental

Époque contemporaine

alt=Description de l'image Charles Taylor (philosopher).jpg.
Naissance 5 novembre 1931 (82 ans)
Montréal, Québec
Nationalité Drapeau du Canada Canadien
École/tradition Philosophie analytique, Éthique, Philosophie politique
Principaux intérêts Modernité, Morale, Politique, Sécularisation
Idées remarquables « Ethnocentrisme du présent », Multiculturalisme, Politique de la reconnaissance
Influencé par Aristote, Hegel, Tocqueville, Merleau-Ponty, Max Weber, Durkheim, Wittgenstein, Martin Heidegger, Ricoeur
A influencé Axel Honneth, Philippe de Lara, Michael Walzer
Célèbre pour Les Sources du moi (Sources of the Self, 1989)

Charles Margrave Taylor, C.C., Ph.D., M.A., B.A., FRSC (5 novembre 1931, Montréal, Québec) est un philosophe canadien.

Il est professeur émérite de science politique et de philosophie à l'Université McGill (Montréal) où il enseigne de 1961 à 1997[1]. Sa réflexion se situe au carrefour de nombreux courants de pensée et disciplines : la philosophie analytique, la phénoménologie, l'herméneutique, la philosophie morale, la philosophie de la religion, l'anthropologie, la sociologie, la politique et l'histoire. Cette variété de thèmes est abordée selon une constante continuité d'inspiration et de style[2]. Ses écrits sont traduits en plus de vingt langues.

En 2007, il est nommé par le gouvernement québécois coprésident de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles (CCPARDC, dite « Commission Bouchard–Taylor ») avec le sociologue et historien Gérard Bouchard.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Né au Québec d'un père anglophone et d'une mère francophone, Simone Beaubien, Charles Taylor étudie à l'université McGill (baccalauréat en histoire en 1952) et à l'université d'Oxford (baccalauréat en sciences politiques, philosophie et économie en 1955). Il obtient une maîtrise en 1960 et un doctorat en 1961[3]. Il est le frère de Gretta Chambers, journaliste, qui a été chancelière de l'université McGill[4].

Charles Taylor

À Oxford, bastion de la philosophie analytique, Taylor travaille sous la direction du philosophe Isaiah Berlin[1]. Il s'intéresse également à la philosophie du langage ordinaire de John Austin et aux travaux du dernier Wittgenstein. Loin d'être de stricte obédience analytique, Taylor s'intéresse également à Merleau-Ponty (en particulier à la Phénoménologie de la perception) et à Heidegger. Son premier ouvrage, issu de la rencontre de ces deux traditions (philosophie analytique et philosophie dite « continentale »), porte sur la philosophie de l'action (The Explanation of Behavior, 1964). Cette première contribution, qui s'inspire aussi de la réflexion d'Elisabeth Anscombe sur l'intention, préfigure les travaux de Donald Davidson sur l'« agentivité » ou encore ceux de Pierre Livet et de Pascal Engel.

À cette période analytique succède une série d'articles sur la psychologie cognitive, sur la théorie du langage, sur la signification et sur l'interprétation. C'est toutefois à la philosophie de Hegel que Taylor consacre ses prochains ouvrages. Par la suite, il s'intéresse surtout à l'éthique, à travers, notamment, les concepts de reconnaissance et de multiculturalisme. Cette partie de son œuvre passe également par une réflexion sur l'identité et la communauté, dont l'exemple québécois (les « deux solitudes ») constitue pour Taylor l'un des paradigmes les plus significatifs.

Il mène ensuite de vastes enquêtes sur la question de la modernité et des problèmes qu'elle pose à une époque qui voit naître le postmodernisme avec ce qu'il comporte de relativisme culturel et de pessimisme.

Il participe aux conférences du Mind and Life Institute, dont le but est de promouvoir un dialogue entre la science et le bouddhisme.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Dans Sources of the Self, Taylor entreprend une recherche philosophico-historique sur le « moi » occidental à travers les diverses configurations dont il fait l'objet à l'époque moderne. Cette enquête sur la modernité — avec ce qu'elle comporte de conflictualité — porte notamment sur l'éclatement des identités à travers les processus de sécularisation (à ne pas confondre avec le concept proche mais non pas identique de « désenchantement du monde développé par Weber»), la généralisation de la « vie ordinaire », les conceptions divergentes de l'idée de nature, la multiplication des discours moraux et le phénomène du modernisme et des avant-gardes artistiques.

Cette hétérogénéité est constitutive d'une identité, d'un mode de vie dont nous sommes les héritiers quoi qu'en disent les penseurs « postmodernes » qui appréhendent le monde contemporain dans l'optique d'une rupture, d'un épuisement des discours de légitimation (idéologies). Malgré l'épuisement des « grands récits » un humanisme « exclusif » (c'est-à-dire sans référence à une transcendance, donc sécularisé) subsiste à travers la vie culturelle, sociale ou politique.

La crise de légitimation entraîne un passage de la conciliation des identités à travers l'idéologie (qui correspond à une première phase de la modernité) à une exigence de reconnaissance intersubjective des identités[5]. Du discursif, du culturel, du politique, on passe à un niveau moral, c'est-à-dire pratique. Les différences, les égalités, les cultures ou les nations sont souvent enfermées dans des cadres formels ; les identités (et la modernité elle-même) ne peuvent être comprises de façon unitaire et ne répondent pas à une définition, à des valeurs et des principes stables. C'est pourquoi la question de la reconnaissance s'impose pour légitimer les conduites et leur donner un sens qu'il faut renouveler constamment en posant la question de l'universalisme.

Face à la tentation communautariste (de repli relatif), Charles Taylor défend l'universalisme, avec toutes les difficultés que cela représente :

  • tant pour l'individu moderne qui doit échapper au piège de l'hédonisme qui fabrique des différenciations tribales en quelque sorte, sans véritable « originalisation »,
  • que pour un peuple, une nation, une communauté qui doit faire face au double enjeu d'éviter l'écueil du repli identitaire et de garder son originalité.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Charles Taylor est candidat pour le Nouveau Parti démocratique aux élections canadiennes fédérales de 1962, 1963, 1965 et 1968. À ses trois premières participations aux élections, il se présente au comté fédéral de Mont-Royal. En 1965 il se place deuxième contre le futur premier ministre Pierre-Elliott Trudeau. À son quatrième et dernier essai en 1968 il se présente dans le comté de Dollard et termine deuxième de nouveau.

Positionnement dans les courants philosophiques contemporains[modifier | modifier le code]

Dans les débats éthico-politiques actuels, Taylor est souvent présenté comme un penseur représentatif du « communautarisme » et il s'est lui-même réclamé de ce courant (cf. par exemple cette interview donnée au Point). Ce positionnement ne soit cependant pas masquer la complexité de son oeuvre et la diversité de ses sources : il n'hésite pas en effet à se réclamer à la fois de Wittgenstein, d'Austin, de Merleau-Ponty, de Max Weber, de Durkheim, de Tocqueville et de l'École de Francfort ; il maintient — malgré l'étonnante diversité (et l'apparente irréconciliabilité) de ces influences — une continuité thématique et une cohérence qui tient à son souci de mettre en dialogue les disciplines et de décloisonner les savoirs.

Publications[modifier | modifier le code]

  • 1964 : (en) The Explanation of Behaviour, London, Routledge and Paul Kegan.
  • 1975 : (en) Hegel, Cambridge University Press.
  • 1979 : (en) Hegel and Modern Society, Cambridge University Press.
    • Hegel et la société moderne [« Hegel and Modern Society »], Cerf,‎ 1998, 182 p. (ISBN 978-2204057851)
  • 1979 : (en) Social Theory as Practice, Delhi, Oxford University Press.
  • 1985 : (en) Human Agency and Language, Philosophical Papers 1, Cambridge University Press.
  • 1985 : (en) Philosophy and the Human Sciences, Philosophical Papers 2, Cambridge University Press.
  • 1989 : (en) Source of the Self: The Making of the Modern Identity, Harvard University Press.
    • Les sources du moi : La formation de l'identité moderne [« Source of the Self:The Making of the Modern Identity »], Seuil,‎ 1998, 710 p. (ISBN 978-2020207126)
  • 1991 : (en) The Malaise of Modernity, Toronto, Anansi (ouvrage tiré de conférences radiophoniques: « The Massey Lectures for the CBC »).
    • Le Malaise de la modernité [« The Malaise of Modernity »], Cerf,‎ 2002, 125 p. (ISBN 978-2204070669)
  • 1992 : (fr) Rapprocher les solitudes. Écrits sur le fédéralisme et le nationalisme au Canada, Québec, Presses de l'Université Laval.
  • 1992 : (en) Multiculturalism:Examining the Politics of Recognition, Princeton University Press.
    • Multiculturalisme : Différence et démocratie [« The Malaise of Modernity »], Aubier,‎ 1993, 142 p. (ISBN 978-2700733471)
  • 1993 : (en) Reconciling the Solitudes: Essays on Canadian Federalism and Nationalism, McGill-Queen's University Press.
  • 1995 : (en) Philosophical Arguments, Harvard University Press.
  • 1998 : « Qu'est-ce que le Soi ? », in Dormir, rêver, mourir, Paris, Nil éditions (retranscription de la quatrième conférence Esprit et Vie avec l'actuel Dalaï Lama)
  • 1999 : (fr) La Liberté des modernes, Paris, Presses Universitaires de France.
  • 1999 : (en) A Catholic Modernity, Oxford University Press.
  • 2004 : (en) Varieties of Religion Today. William James Revisited, Harvard University Presse (Institute for Human Sciences Vienna Lectures Series).
  • 2004 : (en) Modern Social Imaginaries, Duke University Press.
  • 2005 : (en) The Ethics of Authenticity, Harvard University Press.
  • 2007 : (en) A Secular Age, Belknat Harvard. (Récompensé par le prix Templeton 2007).
  • 2010 : (fr) Laïcité et liberté de conscience, avec Jocelyn Maclure, Montréal, Les Éditions du Boréal/La Découverte pour la France[6].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • 1998 : Charles Taylor et l'interprétation de l'identité moderne, sous la direction de Guy Laforest et Philippe de Lara, Paris, Le Cerf.
  • 1994 : (en) James Tully (éd.), avec Daniel Weinstock, Philosophy in an age of pluralism: the philosophy of Charles Taylor in question, Cambridge University Press (Comprend une longue liste des publications de Charles Taylor).
  • 2002 : Bernard Gagnon, La philosophie morale et politique de Charles Taylor, Québec, Presses de l'université Laval, « Mercure du nord ». (ISBN 2763778666)
  • 2004 : Philippe de Lara, « Charles Taylor », dans Monique Canto-Sperber (dir.), Dictionnaire d'éthique et de philosophie morale, vol. 2, Paris, Presses universitaires de France, « Quadrige », 4e éd. revue et augmentée, p. 1911-1913. (ISBN 2130538282)
  • 2004 : Philippe de Lara, « Charles Taylor : l'archéologue de la modernité », dans Le Nouvel Observateur, 25 grands penseurs du monde entier, hors-série, spécial 40 ans, no 57 (décembre 2004janvier 2005), p. 86-89.
  • 2004 : (en) Ruth Abbey (éd.), Charles Taylor, Cambridge, Cambridge University Press, « Contemporary philosophy in focus » (textes choisis et commentés) (ISBN 0521801362)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Charles Taylor. Pionnier de l'Université McGill », notice biographique, Université McGill ; « Charles Taylor, biographie », sur francais.mcgill.ca (consulté le 19 mai 2010)
  2. Philippe de Lara, « Charles Taylor », dans Monique Canto-Sperber (dir.), Dictionnaire d'éthique et de philosophie morale, vol. 2, Paris, Presses universitaires de France, « Quadrige », 4e éd. revue et augmentée, p. 1911-1913.
  3. « Charles Taylor, lauréat du Prix Templeton », Communiqué du Service des affaires universitaires (Université McGill),, sur francais.mcgill.ca,‎ 14 mars 2007 (consulté le 19 mai 2010).
  4. Gretta Chambers - La nostalgie, connais pas!
  5. Pierre Ansay, Charles Taylor, théorie et pratique de l'interculturalisme, Politique, revue de débats, Bruxelles, no 69, mars–avril 2011.
  6. Recension de Laïcité et liberté de conscience sur NonFiction.fr.
  7. http://www.prixduquebec.gouv.qc.ca/recherche/desclaureat.php?noLaureat=144
  8. http://www.ordre-national.gouv.qc.ca/membres/membre.asp?id=1510

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]