Mehdi Belhaj Kacem

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Mehdi Belhaj Kacem, né le 17 avril 1973 à Paris, est un écrivain et philosophe franco-tunisien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Paris le 17 avril 1973[1] d'un père tunisien et informaticien et d'une mère française et traductrice, Mehdi Belhaj Kacem passe son enfance en Tunisie, qu'il quitte à l'âge de treize ans.

Il écrit à vingt ans son premier roman, Cancer, qu'il parvient à faire publier l'année suivante, en 1994, grâce à la maison d'édition associative Tristram. Révélé par ce livre, puis par 1993[2], il se tourne en autodidacte vers la philosophie. Il publie alors un essai L'Antéforme, qui inaugure une longue série de livres philosophiques, comme Esthétique du chaos ou Society, dont la radicalité attise quelques controverses[3].

En 2004, sa rencontre avec le philosophe Alain Badiou scellera le cycle des grands discours de la philosophie anti-scolastique de l'auteur et dont on peut considérer l'aboutissement par l'essai qui en 2009 clôture l'usage conceptuel et disciplinaire d'un titre requis par celui-ci plusieurs fois auparavant : L'esprit du nihilisme, une ontologique de l'Histoire. Puis, à la fin de 2010, au terme d'une période de retrait, et interpellé par la révolution tunisienne au début de 2011, il se risque à la critique radicale de "son maître", avec l'ouvrage Après Badiou[4]. Un autre ouvrage, "La conjuration des tartuffes", suit où il dénonce le faible écho philosophique de son pamphlet, les adversaires refusant de lui répondre sur le fond et s'agitant en vaines polémiques relayés en cela par certains médias. La pensée de Mehdi Belhaj Kacem se réfère à des œuvres aussi diverses que celles d'Adorno et Reiner Schürmann, Lacoue-Labarthe et Badiou, Hegel et Schelling, Heidegger et Lacan. En mars 2013, un colloque est organisé à l'ENS pour faire le point sur son œuvre, où interviennent notamment Valentin Husson et Tristan Garcia.

L'expérience communautaire — 1999-2002[modifier | modifier le code]

Il s'engage alors dans « une expérience communautaire intense », celle des « collectifs EvidenZ et Tiqqun »[5]. Après la rédaction d'Esthétique du chaos, en 1999, il crée avec d'autres écrivains et dramaturges la revue EvidenZ[6] afin de faire l'application concrète et collective des idées développées dans cet ouvrage. La revue était un projet communautaire politique et esthétique, qui devait interroger, à la suite de Georges Bataille et de Maurice Blanchot et plus directement de Jean-Luc Nancy (dont Mehdi Belhaj Kacem est proche[7]), la question de la communauté. La revue connaît durant presque une année une aventure commune avec la revue Tiqqun (no 1 : « Du désœuvrement »), avant de s'ouvrir de 1999 à 2002 aux « nouvelles textualités » (no 2 : « De la ludicité »). Sa parution cesse à la suite de la rupture avec quelques membres du collectif, mais surtout en raison de dissensions politiques internes après les élections du 21 avril 2002. Dans son ouvrage La chute de la démocratie médiatico-parlementaire, il s'en prend notamment aux auteurs Franck Laroze et Philippe Boisnard[8], anciens compagnons de route de la revue EvidenZ, qu'il y qualifie de « contre-révolutionnaires ».

Expériences cinématographiques[modifier | modifier le code]

Il a fait en 1995 une apparition en tant qu'acteur dans le film En avoir ou pas de Laetitia Masson (son nom est au générique sous l'orthographe déformée « Medhi Ballaj Kharem »[9]). Il est ensuite choisi par Philippe Garrel pour incarner le protagoniste principal de son film Sauvage Innocence, qui sort en 2001. L'histoire sentimentale qui le lie à l'actrice principale, Julia Faure, fait alors l'objet de son essai L’Essence n de l’amour, qui lui est dédié[10].

Analyse critique[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Mehdi Belhaj Kacem peut être présentée selon deux catégories : romans et essais. Ses romans appartiennent à une première période, à l'écriture aussi moderne que poétique, voire caricaturalement moderne[11] selon Pierre Jourde et la seconde période est celle d'essais, qui traduisent une vision politique qui tend peu à peu vers une forme de maoïsme héritée de sa relation à Alain Badiou. Néanmoins, la plupart de ses ouvrages, d'accès parfois difficile en raison d'un style très prolifique, sont unanimement salués par la critique : il a ainsi été sélectionné comme l'un des « Cent écrivains du XXe siècle » dans un numéro spécial hors-série de Libération paru à l'occasion des célébrations de l'an 2000. Dans son Histoire du Cinéma, le cinéaste Jean-Luc Godard cite plusieurs extraits de ses ouvrages défilant en inserts textuels.

Son ouvrage majeur, "L'esprit du nihilisme", est systématiquement laissé de côté par ses critiques, peu prompts à affronter dans le détail la profondeur spéculative de certaines de ses parties, notamment "Algèbre de la tragédie", que l'auteur considère comme plus haute cime de son œuvre. Le monde universitaire prend bien soin d'éviter toute réception lui aussi.

En juin 2010, à l'occasion de la Coupe du monde de football, il a publié dans Philosophie Magazine un article intitulé « Le foot est une œuvre d'art totale », issu d'une interview[12] donnée chez lui à Brive-la-Gaillarde. Il rapproche le foot des jeux du cirque à Rome, mais aussi des Jeux Olympiques. Il relie le succès des équipes à la vitalité de quelques grandes villes européennes, comme Barcelone ou Marseille, et donne une analyse du style des équipes nationales : « Les Allemands jouent à la Badiou : leur truc, ce sont les maths et la discipline ». Au foot français, il applique la notion de « nihilisme démocratique ».

Dans son ouvrage paru en avril 2011, Après Badiou, Mehdi Belhaj Kacem opère une critique radicale de la pensée d’Alain Badiou, l'ouvrage prend d’ailleurs un ton doublement pamphlétaire (Belhaj Kacem suggère qu'il s'agirait d'une réécriture du pamphlet nietzschéen Contre Wagner). Si les deux premières parties du livre sont caractérisées par des attaques à l'homme-Badiou (méchant envers les femmes, maître-tyran, d'un humour noir), la troisième partie de l’ouvrage, « Le sinthome politique », est consacrée à une lecture et à une critique de certains concepts badiousiens. L’essentiel, ici, de la critique de Belhaj Kacem tient dans une dénonciation de la pensée badiousiste qui semblerait être formelle au point de faire violence au monde et à l'animal-vivant (peu de considérations pour les atrocités communistes, pour l’écologie, pour le sort des animaux, etc.). Il résume sa position, vis-à-vis de deux penseurs qui furent décisifs pour lui, à savoir Martin Heidegger et Badiou, ainsi : « Nous devons aujourd’hui faire un double pas au-delà de Heidegger et de Badiou : du premier, il faut apaiser le pathos de « l’être perdu », en mettant l’accent simple sur le fait que l’écrasante majorité de nos mots signifient quelque chose qui n’existe pas, qui est vide : signifient l’être. Nihilisme = être approprié. Et c’est bien pour ça qu’il y a de la vérité : parce que le langage ment en instrumentalisant l’être. […] Quant au pas au-delà de Badiou, il s’agit, tout en lui donnant entièrement acte de son « coup de génie », que la mathématique est l’en-soi sans reste de l’être, prendre aussi à la lettre son énoncé métaphysique primordial « l’être n’existe pas, l’existence n’est pas. »[13]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Essais[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mehdi Belhaj Kacem en six dates : articles de presse & portraits dans Libération, Le Monde, Le Matricule des anges
  2. Baptiste Liger, « La pensée selon Mehdi Belhaj Kacem », Lire.fr,‎ décembre 2004-janvier 2005 (consulté en 16.8.2009)
  3. Emmanuel Poncet, « Un café philo bien frappé », [1], Technikart, 12 mai 2005, lors de la publication de Pop philosophie
  4. Mehdi Belhaj Kacem, A.B. ou B.A.?, La règle du jeu, 1 février 2011.
  5. Selon ses propres termes; cf. la postface de la nouvelle édition de L'Essence n de l'amour, p. 86.
  6. Annonces d'EvidenZ no 1 sur le site « lelibraire.com » & dans « Le Monde diplomatique »
    Extraits d’EvidenZ no 2 sur le site « Zazieweb » - Article sur le site « Critiques Libres » - Sommaire (www.evidenz.fr/wiki/tiki-index.php?page=home-editions sur le site d'EvidenZ)
    Article de Perig Pitrou sur le site « Ent’revues »; Extraits : Les auteurs d’EvidenZ s’efforcent de penser un nouveau mode d’action ne reproduisant pas les schémas des anciennes luttes politiques ou des avant-gardes.(…) De nombreux textes philosophiques s’interrogent ainsi sur les rapports entre le politique et l’esthétique.(…) À côté de ces apports théoriques EvidenZ, revue interdisciplinaire, propose une grande variété de productions, par exemple des poèmes, des récits, ainsi que des textes plus hybrides (…). Il est indéniable qu’une véritable expérimentation dans le domaine de l’écriture est menée.
  7. Voir le texte de Jean-Luc Nancy Nichts jenseits des Nihilismus dans le no 2 de la revue EvidenZ (voir sommaire sur le site « Zazieweb »).
  8. Réponse de Philippe Boisnard à La chute de la démocratie médiatico-parlementaire sur le site « Sitaudis.com »
  9. sur le site « imdb.com »
  10. Postface, 2010, p. 87. Cette nouvelle dédicace s'ajoute à celles, explicites dès la première édition, à Caroline, Tiphaine et Annick.
  11. Cf. La littérature sans estomac, de Pierre Jourde, éd. L'esprit des péninsules, coll. Pocket Agora no 260, 2002 - ISBN 2-266-12620-2-
  12. Mehdi Belhaj Kacem, « Le foot est une œuvre d'art totale », Philosophie magazine, juin 2010, no 40, pp. 22-25, propos recueillis par Alexandre Lacroix
  13. Cf. Après Badiou, p. 270.