Bernard Stiegler

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Stiegler.

Bernard Stiegler

Philosophe occidental

Époque contemporaine

Description de cette image, également commentée ci-après

Bernard Stiegler dans le film The Ister

Naissance 1er avril 1952
Principaux intérêts Technique, Politique, Esthétique
Idées remarquables finitude rétentionnelle, organologie générale, transindividuation, rétentions tertiaires
Influencé par Gérard Granel, Aristote, Platon, Jacques Derrida, Sigmund Freud, Martin Heidegger, Edmund Husserl, André Leroi-Gourhan, Gilbert Simondon, Gilles Deleuze

Bernard Stiegler, né le 1er avril 1952, est un philosophe français qui axe sa réflexion sur les enjeux des mutations actuelles — sociales, politiques, économiques, psychologiques — portées par le développement technologique et notamment les technologies numériques[1].

Initiateur et président du groupe de réflexion philosophique Ars industrialis créé en 2005, il dirige également depuis avril 2006 l'Institut de recherche et d'innovation (IRI) qu'il a créé au sein du centre Georges-Pompidou.

Sommaire

Éléments biographiques [modifier]

Du PCF à la prison [modifier]

Il est né d'un père électronicien et d'une mère employée de banque[2]. Bernard Stiegler ne peut continuer ses études après la classe de Seconde[2]. Il commence, en 1969, des études (qu'il n'achèvera pas) d'assistant réalisateur au Conservatoire libre du cinéma français et poursuit, en 1973, par un stage d'analyste programmeur à l'IRIA (aujourd'hui dénommé INRIA). Il fait alors des petits boulots (ouvrier agricole, bistro)[2]. Après mai 68 et jusqu'en 1976, il est adhérent au PCF.

Dès 1976, il attaque une première banque à main armée. Suivront 3 autres braquages, dont le quatrième s'achève par son arrestation en flagrant délit par une patrouille de police. Il est condamné à cinq ans de prison, et avouera « J'aurais pu en prendre pour quinze ans mais j'avais un très bon avocat ». Entre 1978 et 1983, il passe cinq années en prison à la prison Saint-Michel de Toulouse, puis au centre de détention de Muret. Pendant son séjour carcéral, il suit par correspondance des études de philosophie à l'université Toulouse II-Le Mirail. Il aide aussi des co-détenus à passer le bac.

Les années 80 [modifier]

En 1983, il est consultant au cabinet TEN, spécialisé dans les questions de développement technologique et urbain.

En 1984, il est élu pour six ans directeur de programme de recherche au Collège international de philosophie puis, en 1985, chargé par le ministère de la Recherche d'une étude sur les enjeux des technologies de l'information et de la communication.

En 1987, il conçoit l'exposition « Mémoires du futur » et en assure le commissariat au Centre Georges-Pompidou.

Enseignant-chercheur à l'Université de technologie de Compiègne en 1988, Bernard Stiegler est chargé de séminaire à l'école d'architecture de Marseille-Luminy, sur les instruments de CAO et sur l'image numérique.

En 1989, il est chargé de constituer et présider un groupe de recherche auprès de la Bibliothèque nationale de France pour la conception de postes de lecture assistée par ordinateur. Ce travail donnera lieu à de nombreuses publications, et à la réalisation d'un prototype industriel par la société AIS Berger-Levrault. Un changement de gouvernement et un changement de direction à la BNF, en 1993, interrompront le projet.

Les années 90 [modifier]

En 1990, Bernard Stiegler est chargé d'écrire le scénario de l'exposition du pavillon français à l'Exposition universelle de 1992 à Séville.

Sous la direction de Jacques Derrida, Bernard Stiegler soutient sa thèse à l'École des hautes études en sciences sociales en 1993 et obtient un doctorat de philosophie[3].

Professeur associé, et directeur de l'unité de recherche qu'il a fondée en 1993, « Connaissances, organisations et systèmes techniques » à l'Université de technologie de Compiègne (UTC), Bernard Stiegler a été directeur général adjoint de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), puis directeur de l'Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam) jusqu'à la fin 2005[4].

Il a lancé le projet LECAO (« lecture et écriture critiques assistées par ordinateur ») avec le soutien du ministère de la Recherche ; créé et lancé le séminaire de sciences et technologies cognitives de Compiègne, qui se poursuit depuis chaque année au cours de la dernière semaine de janvier, et qui aura reçu plus de mille doctorants et chercheurs français et étrangers ; lancé le programme OPEN (« outil personnalisable d'édition numérique », logiciel réalisé sur la base du logiciel 4D).

Bernard Stiegler est nommé membre du Conseil national du numérique (CNN) pour une durée de trois ans en janvier 2013[5].

L'œuvre [modifier]

Philosophie et technique [modifier]

Selon Bernard Stiegler, la philosophie grecque se constitue en perdant la question de la technique. C'est en reléguant ce qu'elle surnomme la technique à un simple dehors que la philosophie crée ce dedans, cette enceinte de savoir plein à laquelle elle s'identifie. La philosophie s'articule en se démarquant de ce qu'elle surnomme la technè, dont s'inspirent les sophistes. Ce dehors est supposé ne contribuer en rien au savoir plein du dedans, et n'a par conséquent de statut que comme auxiliaire. Le philosophe peut bien se servir de la technique (de l'écriture, par exemple), mais la technique n'est pas supposée participer à la constitution de la vérité philosophique. La technique n'a rien d'original ou d'originaire, elle est toujours dérivée, et elle est donc la supposition même de l'origine (la vie et le savoir pleins).

Toute « pensée » de la technique excède nécessairement les limites de la philosophie. Une approche « pensante » de la technique ne peut que toucher aux bords de la pensée, ne peut que mettre en péril les schémas philosophiques.

La question de l'homme [modifier]

Selon Stiegler, la technique doit être appréhendée comme une constituante anthropologique. La technicité participe originairement à la constitution de l'homme (l’hominisation). C'est pourquoi l'homme n'a d'essence que par accident : « L'homme est cet accident d'automobilité que provoque une panne d'essence ». L'homme est ce vivant qui n'a de qualités que dans un ajout originaire d'artificialité. Son essence est faite d'artéfacts. Sa nature est originairement secondaire. Si l'essence de l'homme (sa destination, ses fins) est artéfactuelle, elle est toujours sujet de débat, de controverse, de polémique et même de guerre : les hommes ne peuvent que se disputer sur leurs qualités. La technicité de l'homme contient toujours le risque du combat, amical ou belliqueux. Ce risque est sans fin.

C'est ainsi que la constitution technique (ou factice) de l'homme fait la nature politique de l'homme : la technicité, c'est la question de l'essence de l'homme (fins, destination, origine : des questions philosophiques, donc), ainsi que la question politique (comment vivre ensemble ?).

Politologie [modifier]

Pour Bernard Stiegler, la question politique fondamentale est celle-ci : comment sauver le « capitalisme » et la productivité de la consommation contre tous les phénomènes destructeurs qui les menacent et conduisent à ce que le philosophe appelle la « guerre ». La mondialisation et le phénomène d'uniformisation des comportements et des modes de vie s'attaquent ainsi à la singularité des individus et des cultures. C'est par le biais de la technique numérique, de l'américanisation du monde, des monopoles et du contrôle de la distribution, que le capitalisme s'autodétruit en niant le concept de singularité, et la vocation combative des cultures.

Publications [6] [modifier]

De Bernard Stiegler [modifier]

Participations en revues [modifier]

Participations à des films [modifier]

Bibliographie sur Bernard Stiegler [modifier]

  • Jean-Hugues Barthélémy, « De la finitude rétentionnelle. Sur La technique et le temps de Bernard Stiegler » in Pierre-Étienne Schmit et Pierre-Antoine Chardel (dir.), Phénoménologie et technique(s), Le Cercle herméneutique éditeur, 2008
  • Jean-Hugues Barthélémy, « Memoria, Immaginazione e Tecnica nell’opera di B. Stiegler » (trad. M. Feyles), in Martino Feyles (dir.), Memoria, Immaginazione e tecnica, Rome, NEU, 2010; p. 189-198
  • Jean-Hugues Barthélémy, « Penser après Simondon et par-delà Deleuze », Cahiers Simondon N° 2, Paris, L'Harmattan, 2010
  • Jean-Hugues Barthélémy, "Individuation and knowledge. The refutation of idealism in Simondon’s Heritage in France", trad. M. Hayward & A. De Boever, SubStance, n°3/2012, University of Wisconsin Press

Notes et références [modifier]

  1. Interview de Bernard Stiegler par Bastamag, « Bernard Stiegler : " Le marketing détruit tous les outils du savoir " », Bastamag, publié le 20 mars, consulté le 22 mars 2012
  2. a, b et c « Bernard Stiegler, un philosophe pas comme les autres », suite101.fr, Frédéric Perrault, 31 mars 2012
  3. Notice d'autorité personne de la BNF.
  4. Frank Madlener nommé directeur de l’Ircam (communiqué de presse), Institut de recherche et coordination acoustique/musique, 2005
  5. Boris Manenti, « Le nouveau Conseil national du numérique dévoilé », sur nouvelobs.com, 18 janvier 2013. Consulté le 18 janvier 2013
  6. Bibliographie et Biographie sur le site d'Ars Industrialis
  7. The Ister sur le site theister.com.
  8. En partant de la phrase de Patrick Le Lay, ancien directeur de TF1, « ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible », Bernard Stiegler expose son analyse d'une société poussée à un comportement pulsionnel par des stratégies marketing court-termistes.
  9. Temps de cerveaux disponible.

Voir aussi [modifier]

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]

Sur les autres projets Wikimedia :