Barbara Cassin

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Barbara Cassin

Philosophe occidental

Philosophie contemporaine

Naissance 1947
École/tradition Philosophie continentale, Histoire de la philosophie
Principaux intérêts Sophistique, rhétorique, philosophie du langage.
Idées remarquables logologie, histoire sophistique de la philosophie
Œuvres principales L'effet sophistique Vocabulaire européen des philosophies (dir.)

Barbara Cassin est une philologue et philosophe française, née le 24 octobre 1947 à Boulogne-Billancourt[1]. Directrice de recherches au CNRS, elle a succédé en 2006 à Jonathan Barnes à la tête du Centre Léon-Robin jusqu’en 2010. Ses travaux portent essentiellement sur la sophistique et la rhétorique ainsi que sur les rapports qu'elles entretiennent avec la philosophie. Alain Badiou, avec lequel elle a écrit plusieurs ouvrages, considère que le travail de Barbara Cassin est une synthèse entre l'héritage heideggerien et le « tournant linguistique »[citation nécessaire][2].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Ancienne élève de Michel Deguy, qui fut son professeur d'hypokhâgne, et de Jean Beaufret, dont elle suit quelques cours au lycée Condorcet, Barbara Cassin s'intéresse très tôt à la pensée de Martin Heidegger, avec qui elle participe en 1969 au séminaire du Thor chez René Char[3].

Barbara Cassin étudie ensuite à Lille avec Heinz Wismann et Jean Bollack sous la direction duquel elle soutient en 1974 une thèse sur le traité pseudo-aristotélicien Sur Melissus, Xénophane et Gorgias. Ce travail sera remanié six ans plus tard pour donner lieu à la publication de Si Parménide[4]. En 1984, elle organise avec Monique Canto-Sperber le colloque Qu'est-ce que la sophistique ? au Centre culturel international de Cerisy-la-Salle[5].

Elle poursuit par la suite ses recherches au sein du Collège International de Philosophie où elle est directrice de recherche de 1988 à 1992.

À plusieurs reprises, elle travaille en collaboration avec Michel Narcy. Ils éditent et traduisent ensemble le livre Gamma de la Métaphysique d'Aristote (cf. La décision du sens).

Une autre caractéristique du travail de Barbara Cassin est l'intérêt qu'elle porte aux rapports entre la pensée antique et le monde contemporain. Cet intérêt peut être illustré par le colloque Les Stratégies contemporaines d'appropriation de l'Antiquité, qui eut lieu à la Sorbonne en 1990 et dont les actes seront publiés en 1992 sous le titre Nos Grecs et leurs modernes. On y retrouve notamment des contributions d'Elizabeth Anscombe, Pierre Aubenque, Jacques Brunschwig, Gilles Deleuze, Jacques Derrida, Umberto Eco, Paul Ricoeur, etc.

En 1994, elle soutient à la Sorbonne son HDR sous la direction de Pierre Aubenque. Cette thèse sera publiée sous le titre de L'effet sophistique (1995). Outre une confrontation entre des auteurs de l'Antiquité (Homère, Parménide, Gorgias, Antiphon, Aristote) et des enjeux contemporains (Frege, Heidegger, Arendt, Lacan, Perelman, Habermas), ce livre propose de nombreux documents. On y retrouve en effet des traductions de textes parfois partiellement inédits en français : Gorgias (avec le Traité du non-être et l'Eloge d'Hélène dans leur intégralité), ou les Tétralogies de Antiphon, ou encore des extraits de Comment On Ecrit l'Histoire de Lucien de Samosate.

Dans les années 1990, elle dirige une centaine de chercheurs pour élaborer un dictionnaire qui regrouperait des concepts philosophiques issus de langues différentes. Ce travail sera concrétisé en 2004 avec la publication du Vocabulaire européen des philosophies.

En 2006, elle publie un ouvrage critique sur le moteur de recherche Google (Google-moi : la deuxième mission de l'Amérique).

En mai 2007, suite au refus des Éditions du Seuil de publier Le Perçu de François Wahl, Barbara Cassin quitte la maison d'édition où elle codirigeait (avec Alain Badiou) la collection "L'ordre philosophique" et la série "Bilingue" de la collection "Points" depuis 1991[6]. En septembre 2007, Badiou et Cassin fondent chez Fayard la collection "Ouvertures" dont l'objectif revendiqué est de "délimiter la philosophie en explorant ses bords"[7]. Elle est maintenant active sur les questions de réconciliation en Afrique.

Concepts clefs[modifier | modifier le code]

Histoire sophistique de la philosophie[modifier | modifier le code]

« Je propose d'appeler “Histoire sophistique de la philosophie” celle qui rapporte les positions, non pas à l'unicité de la vérité, qu'elle soit éternelle ou progressivement constituée en mode hégelien (la vérité comme telos, dans un temps orienté, ou “comme si” orienté), mais celle qui les rapporte aux instantanés du kairos, occasion, opportunité, grâce à des mêkhanai, procédés, ruses, machines, permettant de happer le kairos par son toupet[8] ».

Logologie[modifier | modifier le code]

Terme repris de Novalis. La logologie nomme la théorie sophistique où le dire effectue le monde (avec, notamment, Gorgias dans le Traité du non-être), par opposition (et comme conséquence poussée du Poème de Parménide) à l'ontologie. L'être est créé par le discours (L'effet sophistique).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Livres et direction d'ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

  • Si Parménide, le traité anonyme De Melisso, Xenophane, Gorgia, édition critique et commentaire, Paris-Lille, P.U.L. -M.S.H., 1980.
  • (dir.) Le Plaisir de parler  : études de sophistique comparée, Paris, Minuit, 1986.
  • (dir.) Positions de la sophistique, Paris, Vrin, 1986.
  • La Décision du sens : le livre Gamma de la "Métaphysique" d'Aristote, introduction, établissement du texte, traduction et commentaire en collaboration avec Michel Narcy, Paris, Vrin, 1989.
  • (dir.) Nos Grecs et leurs modernes : les stratégies contemporaines d'appropriation de l'Antiquité, Paris, Seuil, 1992.
  • L'effet sophistique, Paris, Gallimard, 1995.
  • Aristote et le logos : contes de la phénoménologie ordinaire, Paris, P.U.F.,1997. Sommaire et quatrième de couverture
  • "Parménide, Sur la nature ou sur l'étant. Le grec, langue de l'être?", Paris, Seuil, "Points-bilingues", 1998
  • Voir Hélène en toute femme : d'Homère à Lacan, Paris, Les empêcheurs de penser en rond, 2000.
  • (dir. avec O. Cayla et Ph.-J. Salazar) "Vérité, réconciliation, réparation", Paris, Seuil, "Le Genre humain", 2004
  • Vocabulaire européen des philosophies, Paris, Seuil/Le Robert, 2004.
  • Google-moi : la deuxième mission de l'Amérique, Paris, Albin Michel, 2006.
  • Avec le plus petit et le plus inapparent des corps, Paris, Fayard, "Ouvertures", 2007.
  • (dir avec D. Cohen-Levinas) "Vocabulaires de la voix", Paris, L'Harmattan, 2009
  • (dir. avec Roland Gori et Christian Laval) L'Appel des appels - Pour une insurrection des consciences, Paris, Mille et une nuits, "Essai", 2009.
  • (Avec Alain Badiou) Heidegger. Le nazisme, les femmes, la philosophie, Paris, Fayard, "Ouvertures", 2010.
  • (Avec Alain Badiou) Il n'y a pas de rapport sexuel : Deux leçons sur "L'étourdit" de Lacan, Paris, Fayard, "Ouvertures", 2010.
  • (dir. avec Carlos Lévy)" Genèses de l'acte de parole dans le monde grec, romain et médiéval", Turnhout, Brépols, 2011
  • "Jacques le Sophiste. Lacan, logos et psychanalyse", Paris, Epel, 2012
  • "Plus d'une langue", Paris, Bayard, "Les petites conférences", 2012
  • "La nostalgie", Paris, Autrement, 2013
  • (dir.) Derrière les grilles : Sortons du tout-évaluation, Paris, Fayard/Mille et une nuits, 2014.

Direction de numeros de revues[modifier | modifier le code]

  • "Des Grecs", Rue Descartes, n°1-2, 1991.
  • "De l'intraduisible en philosophie", Rue Descartes, n°14, 1995.
  • "Ce que les philosophes disent de leur langue", Rue Descartes, n°26, 1999.
  • Sous la dir. de Barbara Cassin, Olivier Cayla et Philippe-Joseph Salazar, "Vérité, réconciliation, réparation", Le genre Humain, 43, 2004.

Articles et contributions diverses[modifier | modifier le code]

  • "Encore Hélène : une sophistique de la jouissance", Littoral 15/16, mars 1985, p.161-176.
  • "Du faux, ou du mensonge à la fiction", dans Le Plaisir de parler, p.3-29.
  • "Du sophisme chez Freud", Confrontation, 15, printemps 1986, p. 7-17.
  • "Peut-on être autrement présocratique", Revue de philosophie ancienne, iv, n°2, 1987.
  • "Le doigt de Cratyle", Revue de philosophie ancienne, v, n°2, 1987, p.139-150.
  • "Le chant des sirènes dans le poème de Parménide", in Pierre Aubenque (dir.), Études sur Parménide, t.II, Paris, Vrin, 1987, p. 163-169.
  • En collaboration avec Michel Narcy, «Parménide sophiste. La citation aristotélicienne du fragment XVI» in Pierre Aubenque (dir.), Études sur Parménide, t.II, Paris, Vrin, 1987, p. 277-293.
  • ""Parle si tu es un homme", ou l'exclusion transcendantale", Les Études philosophiques, 2, 1988, p. 145-155.
  • "Homonymie et amphibolie ou le mal radical en traduction", Revue de métaphysique et de morale, 1, 1989, p. 171-178.
  • "Dire ce qu'on voit, faire voir ce qu'on dit", Cahiers de l'École des sciences philosophiques et religieuses, Des lieux du voir, Facultés universitaires Saint-Louis, 5-1989, p.7-37.
  • "La grande illusion : pour servir à une mise en scène de l'Hélène d'Euripide", Recherches sur la philosophie et le langage, XII "Hommage à Henri Joly", 1990.
  • "Bonnes et mauvaises rhétoriques de Platon à Perelman", in M. Meyer et A. Lempereur (éds), Figures et conflits rhétoriques, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles, 1990.
  • "Les muses et la philosophie", in Pierre Aubenque (dir.), Études sur le Sophiste de Platon, Naples, Bibliopolis, 1991, p.292-316.
  • "Aristote avec et contre Kant", in M. A. Sinacoeur (dir.), Penser avec Aristote, Toulouse, Erès, 1991, p. 341-366.
  • "De l'organisme au pique-nique: quel consensus pour quelle cité?", dans Nos Grecs et leurs modernes, p. 114-148.
  • "Aristote et le linguistic turn", dans Nos Grecs et leurs modernes, p. 432-452.
  • "Que veut dire: dire quelque chose?", Sémiotiques, II, 1992, p. 75-91.
  • "Logos et politique. Politique, rhétorique et sophistique chez Aristote", in Aristote politique, études sur la Politique d'Aristote, sous la direction de Pierre Aubenque, publiées par Alonso Tordesillas, Paris, P.U.F., coll. "Épiméthée", 1993, p.367-398.
  • "De l'objet de la sensation au sujet de la phrase", Actas del Primer Congreso Internacional de Ontologia, Categorias e inteligibidad global, coordinador Victor Gomez Pin, Université autonome de Barcelone, Bellaterra, 1994, p.179-187.
  • "Philosophia enim simulari potest, eloquentia non potest, ou le masque et l'effet", Rhetorica, Volume XIII, 2, Spring 1995, p. 105-124.
  • "Enquête sur le logos dans le De Anima", dans Corps et âme, Sur le De Anima d'Aristote, Gilbert Romeyer-Dherbey (dir.), études réunies par Cristina Viano, Paris, Vrin, 1996, p.257-293.
  • "Procédures sophistiques pour construire l'évidence", in Carlos Lévy et Laurent Pernot (dir.), Dire l'évidence, Paris-Montréal (Québec), l'Harmattan, coll. "Cahiers de philosophie de l'Université de Paris XII-Val-de-Marne", 1997, p.15-29.
  • "Sophistique, performance, performatif", Bulletin de la société française de philosophie, Octobre -Décembre 2006.
  • (avec Alain Badiou) "De la corrélation créatrice entre le grand et le petit", préface à Heidegger, Ma chère petite âme, Lettres de Martin Heidegger à sa femme Elfride, 1915-1970, Éditions du Seuil, "L'ordre philosophique", 2007,
  • Relativité de la traduction et relativisme, dans La Pluralité interprétative, sous la dir. de Alain Berthoz, Carlo Ossola et Brian Stock, Paris, Collège de France, 2010 (Conférences) (en ligne).

Traductions[modifier | modifier le code]

  • Hannah Arendt, La Crise de la culture, trad. collective sous la direction de Patrick Lévy, Paris, Gallimard, 1972.
  • Hannah Arendt, Vies politiques, trad. collective, Paris, Gallimard, 1974.
  • Peter Szondi, Poésie et poétique de l'idéalisme allemand, trad. collective sous la direction de Jean Bollack, Paris, Minuit, 1975
  • Aristote, Sur Melissus, Xénophane et Gorgias dans Si Parménide, (voir plus haut).
  • Aristote, Métaphysique IV, trad. en collaboration avec Michel Narcy, dans La Décision du sens, (voir plus haut).
  • Jan Lukasiewicz, «Le principe de contradiction chez Aristote», trad. en collaboration avec Michel Narcy, , Rue Descartes, Paris, n° 1-2, 1991, p. 9-32.
  • Parménide, Sur la nature ou sur l'étant, introduction, établissement du texte, traduction et commentaire, Paris, Seuil, 1998.
  • Richard Broxton Onians, Les origines de la pensée européenne, trad. de l'anglais par Barbara Cassin, Armelle Debru et Michel Narcy, Paris, Éd. du Seuil, "L'ordre philosophique", 1999.

Sur Barbara Cassin[modifier | modifier le code]

  • Jonathan Barnes, "De Melisso Xenophane Gorgia", The Classical Review, New Ser., Vol. 33, No. 1 (1983), pp. 66-67[9].
  • Stanislas Breton, "Sophistique et ontologie", Revue Philosophique de Louvain, 90, 1992, p.279-296.
  • Stanislas Breton, "Hélène et Madeleine", Multitudes, 2001. (en ligne)
  • Éric Alliez, De l'impossibilité de la phénoménologie. Sur la philosophie française contemporaine, Vrin, 1995, p.30sq.
  • Éric Alliez, "Barbara Cassin, « Aristote et le logos. Conte de la phénoménologie ordinaire »", Multitudes, 1997. en ligne.
  • Stanley Cavell, "Beginning to Read Barbara Cassin", Hypatia, 15.4, Fall 2000[10].
  • A. D'Angelo, "Heidegger e la Sofistica. A proposito di alcune tesi di Barbara Cassin", La Cultura, 1996, vol. 34, #1, pp. 145-154.
  • B. Geoghegan, "Barbara Cassin on Google (Podcast entretien en Anglais)." Cultural Technologies podcast, http://bernardg.com/node/51.


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [PDF] « Curriculum vitæ »
  2. Cf. Alain Badiou, Logique des Mondes, Paris, Seuil, coll. « L'ordre philosophique », 2006, p.567.
  3. Cf. Entretien avec Colette Brissard (voir liens externes). La liste complète des participants du séminaire du Thor est donnée par Dominique Janicaud dans Heidegger en France, Paris, Albin Michel, 2001, (vol.1). Quelques photographies de ce séminaire sont disponibles dans François Fédier, Soixante deux photographies de Martin Heidegger, Paris, Gallimard, 1999.
  4. Le livre est en téléchargement gratuit à cette adresse : http://www.centreleonrobin.fr/attachments/article/3/Si%20Parmenide.pdf
  5. Les actes de ce colloque seront publiés en 1986 (cf. bibliographie)
  6. Cf. "Seuil franchi", Libération, 17 mai 2007
  7. cf. Alain Beuve-Méry et Jean Birnbaum, "Divorce philosophique", Le Monde des livres, 04/10/2007,
  8. L'Effet sophistique, Paris, Gallimard, 1995, p. 19. Cet extrait reprend mot pour mot un passage d'une intervention antérieure : « Aristote et le linguistic turn », in Nos Grecs et leurs modernes, p. 434.
  9. Un compte-rendu critique du Si parménide.
  10. Dans ce numéro de revue consacré aux représentantes féminines de la philosophie française contemporaine (Claude Imbert, Françoise Dastur, Marie-José Mondzain, Monique David-Ménard, Antonia Soulez, Isabelle Stengers, etc.) Stanley Cavell présente le travail de Barbara Cassin à la lumière d'Austin et de Wittgenstein. À noter au sein de ce même numéro, la traduction anglaise d'un article de Barbara Cassin "Who's Afraid of the Sophists? Against Ethical Correctness".

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

Entretiens[modifier | modifier le code]

Audio[modifier | modifier le code]

Vidéos[modifier | modifier le code]