Führerprinzip

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le Führerprinzip est un principe essentiel du fonctionnement du régime nazi et consiste en la soumission de l’ensemble du système totalitaire aux ordres d’un chef ou Führer selon une organisation hiérarchique.

Il est exposé par Adolf Hitler dans le chapitre de Mein Kampf sur « La personnalité et la conception raciste de l’État », avec une insistance sur son caractère militaire et antidémocratique[1] :

« Toute l’organisation de l’État doit découler du principe de la personnalité, depuis la plus petite cellule que constitue la commune jusqu’au gouvernement suprême de l'ensemble du pays. Il n’y a pas de décisions de la majorité, mais seulement des chefs responsables et le mot “conseil” doit reprendre sa signification primitive. […] Il faut transposer le principe qui fit autrefois de l’armée prussienne le plus admirable instrument du peuple allemand et l’établir à la base même de notre système politique : la pleine autorité de chaque chef sur ses subordonnés et sa responsabilité entière envers ses supérieurs. […] L’État raciste, depuis la commune jusqu’au gouvernement du Reich, ne possédera aucun corps représentatif qui décide quoi que ce soit par voie de majorité, mais seulement des corps consultatifs qui se trouveront sans cesse aux côtés du chef et qui recevront leur tâche de lui […]. »

Il ne s’agit pas seulement d’obéir aveuglément aux ordres du Führer, selon l’adage « Ein Befehl ist ein Befehl » (« Un ordre est un ordre »), devoir d’obéissance souvent invoqué par les accusés lors de procès d’après-guerre, dont celui de Nuremberg. Il implique également l’obligation pour l’ensemble du peuple allemand, la deutsche Volksgemeinschaft, d’adhérer sans réserve aux idées du Führer et de collaborer activement à la réalisation des objectifs qu’il a fixés, même en l’absence d’ordres explicites. Pour reprendre le titre de l’un des chapitres de la biographie de Hitler par Ian Kershaw, il s’agit de travailler en direction du Führer[2].

« Quiconque a l’occasion de l’observer sait que le Führer ne peut qu’avec beaucoup de difficulté ordonner du sommet tout ce qu’il entend exécuter tôt ou tard. Qui travaille, pour ainsi dire, en direction du Führer, a au contraire fait de son mieux, à sa place, dans la nouvelle Allemagne. […] Très souvent, et en bien des endroits, il s’est trouvé des individus dans les années passées, pour attendre des ordres et des commandements. Hélas, il en ira probablement ainsi à l’avenir. Or, le devoir de tout un chacun est d’essayer, dans l’esprit du Führer, de travailler dans sa direction. Quiconque commet des erreurs s’en apercevra assez tôt. Mais qui travaille correctement en direction du Führer, suivant ses lignes et sans perdre de vue son objectif, recevra comme par le passé la plus belle des récompenses : celle d’obtenir un jour, soudain, la confirmation légale de son travail »

— Werner Wilikens, secrétaire d’État au ministère prussien de l’Agriculture, Berlin, 21 février 1934[3]

Le germaniste français Edmond Vermeil y voyait en 1938 une méthode de mobilisation des masses qu’il plaçait dans la filiation de la Psychologie des foules de Gustave Le Bon : « Hitler distingue grossièrement Führer et Masse » et considère que « si l’on veut avoir les masses avec soi […] guidées par des chefs providentiels, elles se laissent nationaliser. »[4]

La réalité de ce principe dans l’organisation du système a été nuancée par la thèse de la polycratie, notamment avancée par Martin Broszat[5]. D’autres historiens donnent crédit aux propos littéraux de Hitler, dont François-Georges Dreyfus qui écrit qu’« en définitive, c’est le Führer qui donne toutes les impulsions, même s’il laisse agir ses lieutenants, et a finalement le dernier mot. […] Le Führerprinzip tient en peu de mots : “Le chef a toujours raison”. »[6]

Le Führerprinzip a été étendu au monde de l’économie par la loi du 20 janvier 1934 sur l’organisation du travail national, ainsi qu’à la diplomatie et à la conduite des armées.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Adolf Hitler, Mein Kampf, trad. de l’allemand par Jean Gaudefroy-Demonbynes et A. Calmettes (Mon combat), Nouvelles Éditions latines, Paris, 1934, p. 448
  2. Ian Kershaw, Hitler, 1936-1945, Éditions Flammarion, Paris, 2001, vol. 2 (ISBN 2-08-212529-7), p. 747-838
  3. I. Kershaw, op. cit., p. 747-748
  4. Edmond Vermeil, Doctrinaires de la révolution allemande (1918-1938). W. Rathenau, Keyserling, Th. Mann, O. Spengler, Moeller van den Bruck, le groupe de la « Tat », Hitler, A. Rosenberg, Gunther, Darré, G. Feder, R. Ley, Goebbels, Éditions Fernand Sorlot, Paris, 1938, p. 253
  5. Martin Broszat, L’État hitlérien, Librairie Arthème Fayard, coll. « L’Espace du politique », Paris, 1986 (1re éd. en allemand 1969), 625 p.
  6. François-Georges Dreyfus, Le Troisième Reich, Librairie générale française, coll. « Le Livre de poche Références » (ISSN 0248-3653) nº 543, Paris, 1999 (ISBN 2-253-90543-7), p. 146-149