Dasein

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Article principal : Être et Temps.

L'expression Dasein est un mot composé de l'allemand qui littéralement signifie, « être-là », au sens de « présence » ou « existence ». Dans l'usage du philosophe allemand Martin Heidegger, ce terme de Dasein est devenu, avec son maître ouvrage Être et Temps, un concept majeur au moyen duquel l'auteur cherche à distinguer la manière d'être spécifique de l'être humain qui n'est pas celle des choses ordinaires, ainsi le Dasein est cet être particulier et paradoxal, qui est confronté à la possibilité constante de sa propre mort[1], en a conscience, vit en relation étroite avec ses semblables et qui, tout en étant enfermé dans sa solitude, est toujours au monde, auprès des choses. Dasein apparaît pour la première fois au paragraphe 9 de Être et Temps (SZ p. 42)[N 1] . C'est toute l'analyse ontologique, la recherche du sens de l' « être », à laquelle se livre Heidegger, qui lui impose de substituer le terme de Dasein aux concepts traditionnels d'homme et de sujet, car ceux-ci découlent de présupposés ou d'a priori ontologiques impensés, relevant d'une décision inconsciente quant au sens de l'être accepté depuis Aristote, qu'il se propose justement de mettre au jour, de « déconstruire » et de surmonter[2].

Dans l'esprit de Heidegger, le terme de Dasein sera sensiblement équivalent au terme d'existence appliquée à l'être humain. C'est d'ailleurs en ce sens que Georg Wilhelm Friedrich Hegel l'avait déjà utilisé. Le fait d'introduire la notion d'existence témoigne déjà de l'écart qui n'a cessé de se creuser entre la traduction littérale de Dasein par « être-là », qui concerne l'ensemble des choses présentes Vorhandenes, ou réelles, et le développement conceptuel qu'en ont fait Hegel et plus tard Heidegger tout particulièrement.

Avec ce terme, Heidegger, tente de rendre métaphysiquement compte des phénomènes complexes liés à l'analyse de la vie humaine, de la vie dite facticielle, comme la dispersion, la temporalité, la facticité, la finitude, tels qu'ils étaient apparus dans les travaux qu'il avait mené antérieurement[3],[4].

Afin de répondre à la question du sens de l'« être », la seule voie qui reste ouverte, une fois écartés les a priori classiques[N 2], va consister à interroger l'étant qui parmi tous les étants se pose cette question, c'est-à-dire l'étant que nous sommes nous-mêmes, qui en posant cette question manifeste qu'il a une connaissance au moins courante et vague de l'être (voir §2 Être et temps SZ p. 5) et que, cet être qui a le pouvoir de questionner, « die seinsmöglichkeit des fragens », Heidegger le désigne par le terme de Dasein ou « être-là »[5]. L'homme, dans son existence quotidienne, manifeste toujours une certaine compréhension spontanée de l'être des étants qui l'entourent, comme aussi, de son être propre (autrement dit, il sait pré-conceptuellement, si une chose est, et quand elle est) : le terme de Dasein recouvre cette capacité ontologique qui est le privilège de l'homme[6]. Emmanuel Lévinas apporte dans son livre[N 3], des précisions quant au sens de cette compréhension pré-ontologique de l'être par le Dasein. Pour le Dasein cette pré-compréhension naturelle de l'être va constituer sa première détermination .

De plus, Heidegger, dans sa démarche, recherche le sol originaire, autrement dit le « fondement », à partir duquel le tout premier sens du mot être sera manifeste et incontestable, le Dasein fera office, peut-être temporaire, de ce fondement[N 4]. Dans la forme seulement, cette démarche s'apparente à celle de René Descartes qui fait du latin : Cogito ergo sum, le principe premier de sa métaphysique. Toutefois, Heidegger, en phénoménologue, conteste absolument la démarche de l'ontologie cartésienne, trop rationnelle à son goût, pour questionner concrètement l'existence qu'éclaire l’étymologie même de ce mot : « être tiré de », tiré de la « quotidienneté », tiré surtout de l’anonymat rassurant du « on » qui est sa réalité habituelle, et dont il a l'intuition qu'elle peut dans sa pure naturalité et son accomplissement le plus banal révéler quelque chose du sens du mot « être »[7].

Être et Temps
Sein-und-Zeit-Hauptbegriffe

Sommaire

L'analytique existentiale[modifier | modifier le code]

Martin Heidegger, appelle « analyse existentiale » l'analyse préliminaire du Dasein qui va supplanter la question du sujet. Approcher le concept de Dasein exige de faire l'effort de s'abstraire de toute la métaphysique de la nature ou de l'essence de l'homme depuis l'origine : dualité corps et esprit ou corps et âme, dualité sujet et objet, dualité essence et existence mais aussi des concepts développés par les sciences contemporaines que sont l'anthropologie ou la psychologie (c'est tout l'objet du chapitre intitulé la critique heideggerienne de l'anthropologisme de Françoise Dastur dans Heidegger et la pensée à venir[8]),[9].

Heidegger affirme[10],[11] qu'il s'agit d'une traduction incorrecte de son concept de Dasein, et qu'il faut plutôt oser en français la traduction a priori surprenante d'« être-le-Là », traduction qui sera justifiée progressivement avec la description des attributs et contours du Dasein.

La précision apportée par Heidegger lui-même, sur ce sujet, et sur laquelle nous nous appuierons pour en présenter un premier aperçu, apparait rétrospectivement fondamentale ; ainsi précise-t-il : « penser autrement est manquer le point de départ »[12], ce qui souligne l'erreur d'interprétation et de traduction de Jean-Paul Sartre dans L'Être et le Néant. Il est à noter dès cet instant que Heidegger n'a rien à voir avec l'existentialisme qui l'aurait mal interprété, comme il l'indique dans la Lettre sur l'humanisme dès 1946.

On dessinera les contours formels de ce concept à partir de son appellation allemande, Das Dasein[N 5], mais surtout à partir de sa traduction française « être-le-là » qu'il propose lui-même. C'est donc les sens du « Da », du « Là », et du « Sein » ainsi que celui que donne Heidegger au concept associé de « Monde » qui doivent être considérés comme plans successifs de cette investigation sommaire.

Apports du mot Dasein et de sa traduction française[modifier | modifier le code]

Apports de la proposition heidegerienne de la traduction en français du terme Dasein par « Être-le-Là », ce qui revient à une véritable explication de texte par l'auteur.

Le Da du Dasein[modifier | modifier le code]

Dans Da, est l'idée d'un positionnement, d'une situation de fait, qui s'imposerait au Dasein. C'est ce que Heidegger exprime quand il caractérise le Dasein comme « être-jeté »[13]. Comme être-jeté cependant le Dasein est en mode factif c'est-à-dire qu'il est là, à chaque fois, en vertu de son être et non pas sur un mode indifférent, il est riche de son « être-été »[14]. C'est à la phénoménologie de l'existence, pratiqué dans sa jeunesse, que Heidegger doit l'établissement des points qui suivent.

  • L'homme est un être historique qui ne choisit pas le lieu et le comment de son insertion dans la vie.
  • C'est à tout moment, et dans tous ses extases et pro-jets successifs, dans sa « résolution devançante » qu'il en est ainsi : il a toujours et à chaque fois déjà réalisé certaines de ses possibilités qu'il doit à chaque fois prendre en charge, qu'il le veuille ou non, dans une nouvelle situation[15]. Il y a dans cette expression l'idée d'un caractère irrécupérable de la vie[16] et aussi d'un fardeau.
  • Intervient aussi l'idée de la brièveté du séjour, entre entrée en présence et retrait, de tous les étants. Cette brièveté de séjour n'étant en rien la constatation triviale de l'impermanence des choses, voir article « La parole d'Anaximandre ».
  • Dans cette situation à laquelle il doit faire face « il a « à être » le plus propre de son être ». Le Dasein est son « avoir-à-être », autrement dit, il est constamment, « sa possibilité » et rien d'autre.

Le Là de « Être-Le-Là »[modifier | modifier le code]

Dans le « Là », l'idée d'un lieu prend de l'ampleur, l'horizon s'élargit[17],[12]. On rentre dans l'« éclaircie », ou la « clairière » de l'être (expressions heidegeriennes : ce qui se donne à voir au Dasein). Toutefois chez Heidegger , comme le remarque Emmanuel Lévinas[18] la topologie va jusqu'à basculer en ontologie lorsqu'il est avancé dans une formule choc, la thèse audacieuse que l'être est son .

Le Dasein se comprend comme « étant-le-Là » de l’être ; non point comme le lieu réceptacle de l’être, mais comme le lieu dimensionnel, l’espace de déploiement propre, le champ de manifestation et de dispensation de la présence de l’être. Lequel champ n’est donc pas l’homme lui-même, mais bien ce qui, de l’être, constitue l’homme comme capable d’une compréhension de l’être ; c’est l’existence singulière concrète de l’homme.

Cependant, même en étant son « Là », le Dasein n'ouvre pas pour autant un espace au sens physique. Le Dasein est son « Là » veut seulement dire : il est son « ouverture » ; ce qui n'a rien à voir avec « l'ici et le là-bas » : l'ouverture est la totalité indéterminée du Monde, la totalité des possibilités et de l'espace de jeu qui sont ouvertes au Dasein.

« Être son ouverture » est donc dans l'esprit de Heidegger à prendre au pied de la lettre, l'ouverture est comme un existential, un attribut du Dasein, c'est pourquoi François Vezin[19], a proposé de transposer le mot allemand Offenheit en « ouvertude », terminaison que le français peut autoriser et qui rend bien cette idée fonctionnelle à l'image d'autres mot en « ude » comme inquiétude, solitude, finitude.

Si le monde ontologique n'est pas un espace, une sommation d'objets, le Dasein par contre existe sur un mode spatialisant : il dispose et oriente toutes choses. La spatialisation est un mode d'être du Dasein, qui est une autre détermination de son essence selon une autre formule choc « L'essence du Dasein réside dans son existence »[20].

Le Sein du Dasein[modifier | modifier le code]

Dans le Sein, est en question l'idée de l'être, (sens verbal) et non de l'essence. Selon Heidegger, dans Être et Temps, l'être du Dasein, « l'être-le-là », n'est ni une substance, ni un sujet, mais celui qui est à « chaque fois le mien », Die Jemeinigkeit, celui dont j'ai à me préoccuper, qui a « à être » et qui n'est jamais qu'une pure possibilité[21] . Le terme de Dasein n’est pas une simple périphrase pour remplacer celui de conscience, Bewusstsein, mais une dénomination topologique[N 6]. L'être du Dasein réside tout entier dans cette formule réflexive qui ne désigne pas une substance:« L'être dont il y va pour cet étant en son être est à chaque fois sien ».
La plupart du temps cet « avoir-à-être » cette possibilité ou cette existence termes équivalents n'est rien de spécifique ou d'exceptionnel. Le Dasein vit constamment, ou retourne, dans sa quotidienneté, comme « être-dans-la-moyenne »[22].

Exister se dit de multiples manières[modifier | modifier le code]

L'essence du Dasein réside dans son « avoir à être », dans la mesure où il reste possible de parler d'essence, dans ce cas là, les caractères qui peuvent être dégagés ne sont pas des propriétés du Dasein mais ses modes d'être[23].

Les modes fondamentaux de l'exister[modifier | modifier le code]

Être-au-monde

Si l'homme ne vient qu'une fois au monde, le jour de sa naissance, il vient constamment au Dasein aussi longtemps qu'il vit[24].

L' « être-au-monde[25]», In-der-Welt-sein, est un mode existential fondamental et unitaire du Dasein dont le dévalement, (immersion dans le monde), fournit l'attestation. Cette formule nous dit Emmanuel Levinas est ontologique, elle ne signifie pas simplement que le Dasein est dans le monde, elle caractérise la manière dont nous comprenons l'existence à partir des possibilités ouvertes d'ores et déjà saisies. C'est la « disposition », la Befindlichkeit, et non l'intellect, qui nous ouvre primairement le monde. Ce à quoi le Dasein est de prime abord ouvert, ce n'est pas la réalité sensible, mais la signification qu'elle revêt pour lui[26]. Être sans substance, le Dasein ne possède pas de qualités, ses déterminations propres sont appelées des « existentiaux », c'est-à-dire, des modes d'être[27] qui correspondent à diverses figures de l'existence :

Être-là et quotidienneté

Au quotidien, l’étant se donne au Dasein dans la préoccupation (Besorgen), et non dans la visée théorétique d'un objet de connaissance. L'« intentionnalité » husserlienne est réinterprétée comme un « se-soucier-de » l'étant, dont la visée d'un objet de connaissance dérivera. Le Dasein utilise l’étant qui se donne à lui comme « util[Quoi ?] » (Zeug). Cette relation est dominée par « l'en vue de… », on se saisit d'un étant « à-portée-de-la-main », Zuhandenheit pour réaliser quelque chose.

La préoccupation, englobe les activités les plus diverses. Dans l'optique d'Être et Temps, la distinction qui importe n'est plus celle qui se fait entre le pratique et le théorique, mais entre la préoccupation qui discerne, et le dévoilement théorique de l'étant[28].

Le Souci

Est étudié plus loin en tant que structure fondamentale( voir Souci)

Les différentes figures de l'existence[modifier | modifier le code]

Article détaillé : phénoménologie de l'existence.

Toujours au Monde, l'existence du Dasein se déploie simultanément selon cinq moments structurels:

« Être-jeté »[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Être-jeté.

À tout moment dans son existence le 'Dasein est toujours et déjà enfermé dans un horizon de possibilités en deçà desquelles il ne saurait remonter [29], et qu'il doit impérativement assumer.

« Être-avec »[modifier | modifier le code]

ou être-avec-autrui Le Dasein est essentiellement « être-avec ». Il n'y a pas un « Moi » et les autres mais un monde donné les uns « avec » les autres, indissolublement. Des autres qui sont aussi des Dasein.

Article détaillé : Être-avec.
« Être-en-faute »[modifier | modifier le code]

ou « Être-en-dette ». Aucune connotation morale plutôt l'idée d'un manque, d'un déficit. Le Dasein a « à-être » ce qu'il n'est pas, mais qu'il est néanmoins, au titre de la possibilité à laquelle, Heidegger accorde une grande valeur ontologique

Article détaillé : Être-en-faute.
« Être-vers-la-mort »[modifier | modifier le code]

est à prendre au sens d'être exposé à, coordonné à… . L'« Être-vers-la-mort » est un existential, le rapport de l'homme à sa propre mort est constitutif de son être. Dans notre être, nous sommes mortels, nous ne mourons pas « en plus » comme le pensait Jean-Paul Sartre, cité par Jean-Luc Nancy[30].

Article détaillé : Être-vers-la-mort.
« Être-Soi »[modifier | modifier le code]

Le Soi se retrouve non pas dans un « je » souverain (le cogito cartésien) et à priori, mais à même l'expérience concrète et à chaque fois renouvelée d'une suite d'expériences recueillies et rassemblées sur un mode narratif par le Dasein, le monde qui fait originairement encontre est toujours le « monde du Soi », celui des toutes premières significativités :
« Je suis présent à moi-même concrètement dans une expérience déterminée de la vie, je suis dans une situation »[31]. « Il n'y a jamais de sujet sans monde et isolé »[32]. « Ce qui est premier ce ne sont pas les vécus psychiques, mais des « situations » changeantes qui déterminent autant de lieux spécifiques de compréhension de soi-même… »[33]. « De même que toute parole sur le monde implique que l'être-là s'exprime sur lui-même, tout comportement qui se préoccupe est une préoccupation au sujet de l'être de l'être-là. Ce dont je m'occupe, ce à quoi j'ai affaire, ce à quoi mon métier m'enchaîne je le suis d'une certaine mesure moi-même »[34],[N 7]. Mais il ne suffit pas de faire appel à une expérience renouvelée pour justifier l'existence de l'ipséité ou de la continuité du Soi. Ce sont les phénomènes du « Souci », de l'« appel de la conscience » et de la Résolution, qui vont intervenir dans l'explicitation complexe qu'en donne Jean Greisch[35]. Dominique Janicaud notera lui-aussi sur la persistance de cette question de la subjectivité dans Être et Temps, qui ne se laisse pas si facilement écarter[36].

Le décèlement du monde[modifier | modifier le code]

Le monde du Dasein[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Monde et mondéité.

Le « monde » du Dasein renvoie à une double appartenance réciproque[25],[37]. Le concept de « monde » fait lui signe à la fois vers l'ouverture et vers l'habitabilité. En tant qu'éclaircie cet « ouvert » n'est pas à penser au sens aristotélicien comme un contenant comprenant une collection d'étants mais relève plutôt du sens platonicien de lumière. En liaison avec l'idée d'« ouvertude » ( François Vezin ), le « monde » de Être et Temps peut être défini comme le champ où s'exerce la préoccupation soucieuse de l'« être-là ».

Inversement le Dasein se tient dans une totalité ouverte de signification à partir de laquelle il se donne à comprendre l'étant intra mondain qu'il n'est pas, les autres et enfin « lui-même »[38]. Autrement dit en comprenant son monde on comprend le Dasein.

En travaillant sur la vie facticielle le phénomène du monde se donne selon trois moments distincts, l'Umwelt (le monde naturel et social qui nous entoure), le Mitwelt (les autres les proches et les etrangers auxquels nous avons à faire), le Selbstwelt (ce à quoi j'ai affaire et le mode personnel selon lequel je le rencontre)[39].

Le phénomène de l'outil[modifier | modifier le code]

Dans le champ de préoccupation qui constitue son monde, le Dasein, ne rencontre pas à strictement parler, dans Être et Temps, des objets, mais des « outils » Zeug, au sens large, « des choses qui servent-à- » ou « qui sont produites-pour- ». En étant essentiellement pour quelque chose d'autre que pour eux-mêmes, les outils ou ustensiles, ont la caractéristique de « renvois » ; dans chaque « outil », s'annonce une multitude de « renvois » dont la totalité va de proche en proche constituer ce que Heidegger, appelle « monde »[40]. Ce qui est important c'est que le complexe organisé auquel appartient l'outil (l'établi du menuisier), doit préalablement être découvert pour que chaque ustensile puisse apparaître pour ce qu'il est[41].

Le phénomène de l'angoisse.[modifier | modifier le code]

Le phénomène de l'angoisse détruit brutalement toutes les déterminations (familiarité, significativité, habitation, qui faisaient du monde un Monde pour le Dasein. Avec l'angoisse, les structures, les réseaux et les finalités, apaisants disparaissent, il ne reste que l'idée d'une perte, d'une absence qui jette le Dasein face à la pure nudité de son existence et qui par contre-coup lui dévoile, non le monde mais sa propre existence comme « être au monde », selon la précision de Marlène Zarader [42],[N 8].

la centralité du Dasein[modifier | modifier le code]

Toutes choses apparaissent en prenant place dans une structure de renvois plus ou moins complexes qui mènent ultimement au Dasein en passant par le « Monde ». Tous ces renvois conduisant au Dasein il apparaît que c'est à partir de lui que s'organise cette structure signifiante à dominante utilitaire [43]. Non seulement ces choses ne sont dévoilées qu'au fil conducteur du Dasein, mais de plus c'est en lui qu'elles trouvent leur assise et leur fondement[44]. Pas de Monde sans Dasein.

L'Être-au-monde [modifier | modifier le code]

C'est dans la structure d' « être-au-monde » que le Dasein nous est primitivement donné. Le rapport à une extériorité à une totalité est ce qui se donne en toute priorité lorsque l'on cherche à caractériser l'homme en son être[45].Comprise de prime abord comme appartenance au monde, l'étude de la constitution et de la mobilité du Dasein met à jour une structure duale, comme quoi le Dasein « appartient » et en même temps « n'appartient pas » au-monde[N 9] .

L'appartenance au monde[modifier | modifier le code]

la structure[modifier | modifier le code]

S'agissant de l'homme, Heidegger s'oppose à la simplicité de la notion transmise par la tradition d'un d'être substantiel au milieu de tous les autres étants, en faisant appel au terme de Dasein qui pour lui, prendra le sens d'un être dans son essence sans substance, toujours dans ou auprès du monde [In-der-Welt-sein][46]

  • L'« être-au-monde » est un existential, c'est-à-dire une détermination catégoriale constitutive de l'exister humain, la plus fondamentale d'entre toutes; il n'y a plus d'existence sans monde, ni de monde sans existence[N 10]. Selon Christian Dubois[47] « Le monde est bel et bien un existential, il est de l'ordre d'un projet du Dasein, ouvert par la compréhension de soi du Dasein. Il est l'ouverture de soi: l'intériorité même »
  • Au sens existential le « dans » signifie un « être-auprès-de », (partageant la familiarité ou l'intimité de quelqu'un), se préoccuper[N 11]. Le monde dans « être-au-monde » n'est pas un supercontenant[N 12].
  • C'est pourquoi dire: « Le Dasein existe toujours en commerce avec un monde qui l'accapare, l'assiège, l'assaille, l'investit au point de l'obnubiler ou de l'hébéter complètement qui semble par ailleurs préserver l'autonomie de Dasein et du monde n'atteint pas la réalité de la symbiose[48] »,[N 13].
  • À noter cette remarque importante de Heidegger, que l'ouverture d'un monde présuppose la possibilité du « néant »[N 14], et donc que cette ouverture de monde, comme structure constitutive du Dasein, « Être-au monde », « n'est possible que lorsqu'elle est rapportée à une fermeture plus originelle qu'elle »[49], à savoir l' Être-vers-la-mort.
  • La diversité infinie des comportements peut et doit être regroupée dans une unité sous-jacente que Heidegger reprend de ses études sur la "phénoménologie de la vie" qui au plan existential, celui de l'être, prendra comme nom, le « Souci » "Sorge", entendu dans le double sens, empressement auprès du monde et, souci du Soi. Ce caractère soucieux prend une telle importance que Heidegger proclamera :

« Le Dasein ontologiquement compris est Souci »

— Heidegger, Être et Temps trad Vezin p. 91

  • Pour Heidegger, dire le Dasein est son « Là », ou « être-au-monde », revient au même, ils révèlent à l'analyse plusieurs existentiaux :

les existentiaux[modifier | modifier le code]

Les existentiaux tiennent pour le Dasein le rôle des catégories de la métaphysique qui ne conviennent pas pour un vivant. Marlène Zarader note par exemple que l'homme qui est dans sa chambre ne l'est pas à la manière de l'eau dans un verre[50]. Cristian Ciocan[51], en fait une étude exhaustive. Heidegger distingue en gros :

l'Affection ou disposition[modifier | modifier le code]

ou aussi dans un français plus douteux disposibilité (Befindlichkeit) qui font signe vers l'humeur, la manière de « se sentir » à l'aise ou non ou la Stimmung (humeur) qui traduit un accord (joie de vivre) ou un désaccord du Dasein, conscient ou non, vis-à-vis d'une situation donnée. À ne pas comprendre comme un acte volontaire, tout un chacun sait que l'humeur( tritesse, joie) est d'abord, une manière de faire l'expérience de soi-même, elle est ensuite ouverture au monde[52]. La disposition, la joie de vivre par exemple, augmente ou rétrécit l'ouverture du Dasein au monde. Elle a à voir avec cette entente primordiale dont fait état François Vezin dans ses notes[53].
Pour Heidegger, il ne s'agit pas ici seulement d'affects psychologiques ou sentimentaux mais d'un véritable exitential[54]. Dans la lignée de ses études augustiniennes (voir phénoménologie de l'existence), la situation de désaccord peut accabler le Dasein au point de faire de l'existence un véritable fardeau[55]. En rappelant d'autre part, ce qu'est « la peur », et en quoi elle diffère de l'angoisse, Heidegger nous donne une illustration parlante du phénomène de l'affection (§30 Être et Temps).

la compréhension ou disposibilité[modifier | modifier le code]

La compréhension est une structure dans laquelle se tient l'être-Là ; l'essence de cette disposibilité est « l'entendre » (Verstehen). L'« entendre » selon Heidegger est l'être de la disposibilité de la Befinlichkeit. Il n'y a d'« entente », précise Heidegger, que lorsque l' « être-là » établit avec la chose visée « un rapport où son être est proprement engagé »[56]. La disposibilité a, à chaque fois son entente, quand bien même elle la refoulerait ; « maîtriser une situation », « être à la hauteur », « pouvoir faire face », « la peur », « être débordé », sont autant d'ententes immédiates. Entendre est inséparable de « vibrer ». Toutes ces possibilités ontiques élevées au niveau ontologique traduisent un « pouvoir-être », un « être possible ». L'entendre intervient donc dans la constitution même du Dasein[57]. L' entendre heideggerien est bien loin du comprendre de la tradition et de la théorie de la connaissance. Le contraire de cet entendre c'est la « curiosité » qui se préoccupe de voir pour avoir vu et caractérisé par l'instabilité et la dispersion révèle un genre d'être du Dasein qui se déracine continuellement[58]
Ce comprendre heideggérien est d'abord un possible, en tant que capacité un « savoir-faire », un « tour de main » rendant utilisable l’étant immédiat, qui dès lors se dévoile dans son être à travers l’utilisation, et aussi un possible en tant pro-jet, un à-venir, qui dévoile un horizon d'actions. Le comprendre « oriente » le champ des possibles du Dasein. Absorbé dans une préoccupation, par exemple dans un travail déterminé, je suis « aspiré » dans un « pouvoir-être » lié à cette préoccupation ; aussi dans cet état, toute autre opportunité se présentant à moi sera dénuée de sens à mes yeux, je ne « l'entends » positivement pas si elle ne s’inscrit pas dans l’orientation du pouvoir-être dans lequel je me meus. D'expérience commune je ne peux résoudre un problème mathématique et écouter simultanément une série policière.

le discours ou les mots pour le dire[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Heidegger et le langage.

Selon Jean Greisch, dans l'optique heidegerrienne, le discours précède le langage, il en est la condition. Le discours est co-originaire avec l'affection et le comprendre. Ce qui vient au langage c'est toujours une certaine affection, une certaine compréhension et donc un certain mode d' être. « Aux significations viennent se greffer des mots. Jamais des mots-choses ne se voient assortis après coup de significations » (traduction Vezin).
Dans son commerce avec le monde le possible du comprendre est à prendre en un sens existential fort, comme mode fondamental d'être du Dasein qui n'existe que dans et à travers ses possibles.

« Le Dasein est un être possible remis à lui-même, une possibilité de part en part jetée. Le Dasein est la possibilité de l'être-libre pour le pouvoir-être le plus propre[59] »

Le Dasein dans la quotidienneté[modifier | modifier le code]

C'est dans la quotidienneté que l'on prend la juste mesure de la signification de l'expression« être-au-monde ». On y relève les déterminations suivantes :

plutôt positives[modifier | modifier le code]

l'habiter[modifier | modifier le code]

La toute première signification que nous donne l'étymologie réside dans la familiarité soit au sens d'habitude ou d'habiter. Le « dans » ou le « au » dans cette expression signe la proximité, la familiarité. La particule de liaison revêt des significations multiples qui correspondent à autant de manières de se comporter (sentir, toucher, aimer, manier, manipuler). « De même que l'étant ainsi défini est de telle manière qu'il y va de son être dans son être au monde quotidien » nous dit Heidegger, « de même que toute parole sur le monde implique que l'être-Là s'exprime sur lui-même, tout comportement qui se préoccupe est une préoccupation au sujet de l'être-Là »[34].

le préoccuper[modifier | modifier le code]

La préoccupation ou Besorgen vise un rapport au monde qui n'est jamais désintéressé, le Dasein est toujours pris par le monde, il entre en commerce avec lui, le manipule et en jouit.

plutôt négatives[modifier | modifier le code]

Traits qui constituent ce que Heidegger va appeler : la déchéance ou le dévalement sans connotation péjorative qui renvoient à la notion d'Être-jeté , il distingue:

Article détaillé : Être-jeté.
le bavardage[modifier | modifier le code]

C'est le sens commun des interprétations sur la vie. Nous parlons avec des formules toute faites et des images qui flottent dans un « milieu ». On comprend sur la base d'une compréhensibilité moyenne qui est déjà incluse dans la langue que l’on parle en s’ex-primant, sans que l’auditeur ait à se transporter dans un être originairement compréhensif vis-à-vis de l'étant dont il est question, autrement dit on comprend le « parlé » et non pas la chose elle-même (§35 Être et Temps) et ceci d'autant plus que ce bavardage répandu à la ronde acquiert de ce fait, un caractère d'autorité.

la curiosité[modifier | modifier le code]

Le désir insatiable, de voir, de savoir qui va de celui de la concierge au savoir théorique du savant. Marlène Zarader[N 15] note ainsi les réminiscences de la description augustinienne de la concupiscence (voir article: Phénoménologie de la vie religieusesection Augustin et le néo-platonisme).

l'équivoque[modifier | modifier le code]

Ce trait fait d'abord allusion essentiellement aux masques que le Besorgen en situation, est amené à porter et qui embrassent toutes les situations possibles, mais aussi à la situation du langage et de la parole qui dans la médiocrité quotidienne voit la différence entre « ce qui est puisé et conquis à la source et ce qui est re-dit » s'effacer (SuZ, §35, p. 169., tr. Martineau, p. 133). Cette indécidabilité constitue l'équivoque de la parole de l'être-avec quotidien. Le « Dasein » perd son caractère de « clairière de l'être », pour se refermer dans la relation et la re-dite de la publicité. L'absence de fond se voile dans l'évidence et la certitude de la quotidienneté, qui constituent à l'aide du bavardage la « réalité » la plus quotidienne et la plus tenace du Dasein[60].

trait général de la quotidienneté[modifier | modifier le code]

La quotidienneté, quant à elle, se caractérise par son indifférence et par le nivellement des différences Martin Heidegger Être et Temps § 9(SZ p. 44 ) . D'après Heidegger le mode de compréhension du «Dasein» pris dans la vie quotidienne est celui de la médiocrité, Durchschnittlichkeit. Cette médiocrité le dispense d'une compréhension originelle. Le rapport originel au « ce-sur-quoi » de la parole se perd donc dans le dit et le communiqué [60].

La question de l'authenticité[modifier | modifier le code]

En régime de quotidienneté, le Dasein est perdu dans le « On ». Il se plie à d'innombrables règles de comportement. La question n'est plus de savoir si dans telle situation le Dasein aurait pu agir autrement qu'il ne l'a fait, ce que l'on appelle traditionnellement la question du « libre arbitre », mais de savoir si le Dasein a pu « choisir ce choix », et se « décider pour un pouvoir-être puisé dans le soi-même le plus propre »[61]. Pour Heidegger, la possibilité d'un tel pouvoir-être authentique est attestée par la « voix de la conscience », voix qui n'a ni le sens théologique ni le sens moral qu'on lui attribue habituellement.

La voix de la conscience[modifier | modifier le code]

Article connexe : Être-en-faute.

Ce que conserve Heidegger dans l'idée de Conscience c'est essentiellement le phénomène de la « voix », la « Voix de la Conscience » Stimme des Gewissens, qu'il va soumettre à une analyse ontologique et reconnaître en tant que phénomène originaire du Dasein, c'est-à-dire comme un existential[62]. Cet appel intérieur dit quelque chose de spécifique quant au mode d'être de l'« être-au-monde », il est donc une modalité particulière du comprendre, qui possède à ce titre un pouvoir de révélation propre. Cet appel pressant et particulier vient interrompre tout le bavardage public qui entoure le Dasein[63]. Ce qui se donne à comprendre dans cet advocation c'est justement le « pouvoir-être authentique ».

Le pouvoir être authentique[modifier | modifier le code]

  • L'instance appelante.

L'appelà être proprement « Soi » ou « être authentique », se présente comme une voix étrangère[N 16], or le Dasein est aussi, dans son être, étranger à lui-même et au monde, comme on voit plus loin dans la notion de « Unheimlichkeit ». C'est ce caractère fondamental du Dasein comme être originairement toujours jeté dans le « non-chez-soi » qui permet de rendre compte du phénomène de « l'appel de la conscience », Gewissen qui sinon en tant qu'appel à soi-même, nous resterait parfaitement inexplicable. Le Dasein vivant sur un mode impropre se convoque lui-même au nom de son étrangeté essentielle à quitter le « On » à quitter sa fascination pour le monde[64]. Cet appel, lui parle de lui, au milieu de tous les divertissements et affairements qui tendent à l'étourdir.

  • Le contenu de l'appel.

La voix appelle le Dasein à sa « singularité insubstituable » et non à un idéal de vie, ni ne lui adresse une injonction d'avoir à se dépasser. La voix , nous dit Heidegger appelle le Dasein, à son « être-en-dette » Schuld (traduction Martineau) ou « en faute » (traduction Vezin)[N 17].

La Résolution anticipante[modifier | modifier le code]

Comme souvent Heidegger utilise des mots comme Entschlossenheit qui, surtout dans leur traduction française, paraissent mettre en jeu la subjectivité et la volonté . Ici encore la « Résolution » ou la « décision d'existence » selon la traduction de Jean-Luc Nancy [65], n'a rien à voir avec la volonté. La Résolution c'est l'ouverture propre à l'«appel de la conscience ». Ce mot tente de dire, selon François Vezin, la manière authentique pour le Dasein d'être dans sa vérité[66]. Qu'est-ce à dire ? sinon que se transportant mentalement dans la situation incontournable du devoir mourir, c'est à cet aune, que le Monde, ses valeurs et ses attaches affectives vont être jugé et donc disparaitre dans le néant pour libérer l' « être-en-propre » dans sa nudité Le Dasein est mis en face de sa propre vérité lorsqu'il est renvoyé au néant de son fondement. Il reste à bien préciser que cet appel de la conscience ne consiste pas à présenter une option à la manière du libre-arbitre mais à « laisser apparaître la possibilité d'un se-laisser-appelé hors de l'égarement du « On » »[67]. Entendre l'appel de la « appel de la conscience », c'est donc rester aux aguets, tout en continuant le commerce avec le monde.

La prise en charge de l'être-jeté dans la « Résolution devançante » ne signifie rien de moins pour le Dasein, que le fait d'être en propre ce qu'il était déjà sur un mode impropre [68], autrement dit son existence est transfigurée, au lieu d'être-au-monde à partir des autres il l'est à partir de lui-même [69].

La Die Unheimlichkeit[modifier | modifier le code]

Die Unheimlichkeit ou le caractère de non-appartenance comme quoi le Dasein est toujours un étranger dans son monde et pour lui-même. Françoise Dastur, en particulier, a travaillé sur ce concept limite comme la finitude[70].

  • Il y a le phénomène de l'angoisse qui défait le sentiment de familiarité que le Dasein entretient avec son monde.
  • Le Dasein qui croyait « habiter » jusque-là en toute quiétude le monde quotidien qui était le sien, avec l'angoisse, est subitement expulsé de chez lui. Dans l'angoisse, l'ensemble de la tournure du monde se révèle indéfinissable et absurde.

Il n'est plus dans ses aises avec les choses et les êtres qui l'entourent. Cette étrangeté de situation Die Unheimlichkeit est aussi un mode essentiel de son rapport au monde.

  • Pour le Dasein il n'y a pas d'un côté le néant et de l'autre le réel auquel il s'agirait de rester accrocher mais le risque d'un sentiment permanent de glissement de toutes choses vers le néant. Le processus de néantification et d'expulsion du Dasein hors de toute familiarité est un processus qui apparaît d'un seul et même coup avec les choses; le néant appartient à la substance de l'être[71]
  • Heidegger nous dit que la structure de ce comportement comme étranger au monde est même plus originelle que la situation de quiétude et de familiarité, témoin déjà ce dire ancien d'Héraclite sur la présence de l'insolite au sein même du plus familier[72],[73].
  • C'est la familiarité qui est un mode déchéant et dérivé, du ne pas « être-chez-soi »[74] ; on est « chez soi » en se masquant que l'on est toujours essentiellement « pas chez soi », y compris dans le monde ambiant, le monde rassurant du quotidien[N 18].
  • La Verfallenheit traduite par chute ou fuite, est une fuite de l'étrangeté vers la familiarité autrement dit une recherche de quiétude, de certitude et de sécurités.
  • En son fond le Dasein de l'être-jeté ne trouve jamais de fondement, ni de sol natal il est Heimatlosigkeit ; le toujours « ne pas être chez soi » appartient à son essence la plus propre[N 19].
  • L'habiter « authentique » prend une toute autre signification que la réception traditionnelle (la familiarité avec le monde), l'habiter « authentique » de l'homme est l'ouverture à l'étrangeté, à l'insolite[75], à la négativité même (voir Être-en-faute). Cette conséquence a échappé à Emmanuel Levinas qui dans Totalité et infini reproche l'enfermement de Heidegger et l'impossibilité d'ouvrir le Dasein à une éthique de l'autre. Sur toute cette question de l'homme sans abri livré à la violence de l'être voir Gérard Guest dans ses conférences sur Paroles des Jours[N 20].

L'Être comme Souci[modifier | modifier le code]

« L'être-au-monde est essentiellement Souci[76] (Sorge) »

— Heidegger, Être et Temps[77]

Avant Être et Temps, dans les « Prolégomènes à l'histoire du concept du Temps », Heidegger avait déjà posé dans une première équation l'identité du Souci et du concept husserlien d' Intentionnalité, note Jean Greisch[N 21]. Dans cette nouvelle interprétation, ce Souci ne peut en aucun cas être compris et réduit, à de simples pulsions psychologiques, telles que le vouloir, le souhait ou le penchant, insiste Être et Temps[78]

L'insistance de Heidegger sur cette détermination, montre que le « Souci » doit être considéré comme un mode fondamental de l'« être de l'homme », et gardien de sa plurivocité [79], il ne doit pas, par exemple, être compris comme « Souci de Soi » au sens égoïste[80], car le Soi, en lui-même, est déjà ontologiquement entièrement défini comme retour sur soi et y rajouter le souci serait écrire une tautologie[81]. Ce Souci est à comprendre comme souci « quant à son être », ce qui diffère absolument du concept de Soi Le Dasein n' « est' »', qu'en étant préoccupé par le monde et sollicité par autrui. Le souci va être l'élan premier qui procure au monde sa significativité[82]

Le concept de Souci apparaît comme un moment essentiel de la compréhension du Dasein. Elevé à la dignité d'existential, par Heidegger, il est appelé à jouer , à travers la préoccupation Besorgen, et la sollicitude pour autrui Fürsorge[N 22], pour l'« être toujours en avant de soi », qu'est toujours le Dasein', un rôle prépondérant et unifiant [83].

Die Sorge, le Souci, va prendre chez Heidegger une tonalité particulière, très éloignée du sens usuel de pure préoccupation qui ne peut être comprise qu'en liaison avec l'existence : « Le mot existence nomme l'être de cet étant qui se tient ententif à l'ouverture de l'être qu'il soutient ». Ce « soutenir » ainsi ressenti, cette attention à l' Être a le nom de « Souci » (Question I p. 34), « car tout Souci est Souci de l' Être ». Ainsi note aussi Marlène Zarader « le souci usuel s'enracine dans un plus haut sens qui est le soin que l'homme prend de son être »[84].

C'est par le Souci que l'expression, mainte fois répétée, « Il y va de son être » prend sens, que l'on doit comprendre précisément comme Souci de se perdre [N 23] à propos du Dasein va prendre tout son sens.

C'est dans la préoccupation inquiète du chrétien chez Saint Augustin qu'étudie Heidegger dans les années 1920 [14], qu'apparaît le thème du « Souci », thème qui sera progressivement amplifié et étendu, jusqu'à devenir la détermination essentielle et le fondement du Dasein.

Il porte attention à l'étant qu'il est lui-même, mais aussi à l'étant qu'il n'est pas, et qui peut être de l'ordre du Dasein lui aussi. Il faut interpréter le Souci comme une ouverture originaire, à son être en propre et aux autres et c'est cette ouverture à soi et aux autres que le Dasein inauthentique fuit pour se réfugier dans la familiarité et dans l'intimité du chez soi[74].

La « Temporalité » du Dasein[modifier | modifier le code]

La « Temporalité » du Dasein comme la Temporalité en général sont en tant que questions fondamentales, abordées à travers les travaux de Françoise Dastur[85].La question que se pose Heidegger est, quelle est la temporalité qui est impliquée dans les structures existentiales qui caractérisent de l' « être-au-monde » ?

L'analyse existentielle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : phénoménologie de l'existence.

Pour l'appréhender, le philosophe doit expliciter en tant que tels les aspects de la mobilité du Dasein : comme projet en vue de soi-même, le Dasein quotidien s'explicite existentiellement (dans le monde concret) en une suite de moments qui sont ses modes d'être.

L'« être-au-monde » quotidien existe d'abord, toujours et à chaque fois, sur le mode de la « dispersion », du « hors de soi », où le « soi propre » ne se distingue pas de la moyenne, du « on » (« on » pense comme les autres pensent) : c'est la « déchéance » Verfallen[N 24], qui signifie un mode d'être, éloigné de son moi propre, un « être-déchu » en immersion dans le monde (affaires ou divertissement). Pour Heidegger, ce mode en immersion n'est rien d'autre qu'un refus et un recul devant la marche vers le propre « soi-même », ordonné par la « voix de la conscience » au sens heideggerien[86] d'où il résulte un sentiment de défaut permanent, de manque, d'incomplétude[87] de l'être qui se sent alors « en dette ».

Cependant, il ne peut y avoir fuite devant soi-même que si, en quelque façon, le Dasein est déjà mis en présence de son soi-même en propre, de son être possible car on ne peut fuir que devant ce que l'on connaît déjà en quelque manière. Or, il n'y a rien dans la préoccupation quotidienne y compris la méditation solitaire, qui puisse expliquer ce face-à-face, rendre compte de cette connaissance anticipée, ni de l'angoisse qui en résulte : au contraire, puisque le but de cette immersion dans le quotidien, de l'affairement et de l'étourdissement dans le monde comme des comportements de retrait visent justement de l'éviter, de l'oublier[88] ; c'est dans une autre dimension qu'il faut rechercher les conditions et modalités de cette confrontation. La résolution et la décision pour le Soi n'impliquent à priori, aucun renoncement mais seulement un autre regard sur le monde.

L'analyse existentiale[modifier | modifier le code]

L'« angoisse », qui libère momentanément de la fascination du monde, transporte bien le Dasein devant son « être-possible » le plus propre. Mais mal comprise, elle conduit le plus souvent à accélérer la fuite et à un redoublement de la « préoccupation », au sens où elle n'est pas la modalité d'existence qui assure l'appropriation du « soi » dans sa vérité[85].

C'est le phénomène anticipé de sa mort qui va assurer au Dasein la base phénoménologique de cette compréhension, et lui donner la possibilité d'exister en mode propre, par la «Résolution anticipante »[85].
La mort n'est alors plus événement lointain, mais endurance, ici et maintenant, d'une pure possibilité selon l'expression de Françoise Dastur : « possibilité de l'impossibilité sans mesure de l'existence » qui est aussi la conquête de son « être en propre », l'« Être-vers-la-mort », où le Dasein a à faire face à la déréliction la plus complète, mais qui est aussi le fondement nécessaire de son ipséité, de son être-soi.

Le temps comme structure intime du Dasein[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Heidegger et la question du Temps.

C'est dans l'analytique du Dasein menée dans son ouvrage Être et Temps que Heidegger expose le caractère temporal du Dasein et donc de l'être humain, à travers la mise à jour des divers moteurs de sa mobilité comme l'anticipation de la mort, son « avoir-à-être » à partir de son « être-jeté » et son exposition au monde, qui se manifestent conjointement dans ce que Heidegger appelle sa triple extase temporelle ou temporalité « ek-statique » ou originaire, originaire au sens où le temps physique ne serait qu'un dérivé. Cette triple extase ouvre l' « être-Là », le Dasein, aux trois dimensions du Temps, « l’à-venir, l’avoir été, le présent ». C'est Françoise Dastur qui présente le commentaire le plus approfondi sur ce phénomène de la temporalité dans son livre[85].

La vrai rupture avec la tradition consiste à considérer que l'être de l'homme n'est pas seulement dans le temps, temporel comme l'on dit habituellement, mais qu'il est en quelque sorte, dans sa substance propre, constitué de Temps, qu'il est « temporal », ou « historial ».

temporalité extatique ou ek-statique[modifier | modifier le code]

La temporalité nous permet d'atteindre le phénomène originaire et unitaire rendant compte de toutes les structures du Dasein, lesquelles sont toutes des modes de temporalisation de la temporalité[89]. La difficulté consiste pour Heidegger à chercher à unifier les trois dimensions du temps en évitant de donner comme tous les prédécesseurs un privilège particulier au « présent ». Pour lui c'est l'« existentialité », c'est-à-dire l' « avoir à être » qui porte tout le poids de la temporalité d'où le primat accordé non plus au présent mais à l' « avenir ».

temporalité kairologique[modifier | modifier le code]

l'Historialité ou l'historicité du Dasein[modifier | modifier le code]

Dire que le Dasein est historial, c'est dire que le Dasein n'a pas simplement une histoire mais qu'il est lui-même historial, et ceci en deux sens distincts :

  • Comme il est spatialisant, le Dasein est aussi un un être temporalisant, il est cet « être-étendu » entre sa naissance et sa mort, d'une extension qui lui est consubstantielle[90]. Heidegger combat ainsi de toutes ses forces le risque qui pèse sur une représentation temporelle d'être comprise en termes de spatialité ou de successivité qui supposerait l'existence d'un soi auquel il échoirait en outre de s'étendre[91] ; mais comme la spatialité le Dasein est d'emblée « constitué en extension » et non comme un soi statique avec une relation au temps problématique. C'est dans cette mesure seulement que le Dasein peut être dit « temps ».
  • Dans son être toujours en avant, toujours hors de lui ce que Heidegger nomme son pro-jet, n'est rien d'autre que ce temps même, antérieur à tout temps mesurable, le pro-jet n'est pas dans ce temps là dont il est au contraire la source[92]
  • La vérité factuelle de la science historique se ferme à la force du possible, l'historique renvoie d'abord à une possibilité d'être, possibilité qui m'est propre d'ouvrir, avec d'autres Dasein, un avenir inédit, à partir de possibilités partagées que révèle l'analytique existentiale [93].
  • Jacques Rivelaygue note que la temporalité horizontale (Ek-statique) serait à elle seule insuffisante pour assurer l'unité du Soi dans le temps, il y faut l'approche historiale comprenant à la fois l'implication réciproque de la Résolution anticipante et de la reprise de l'héritage[90].

La Dynamique du Dasein [modifier | modifier le code]

La Mobilité du Dasein[modifier | modifier le code]

Plutôt que de mouvement, catégorie traditionnelle, il est question ici de « mobilité », dont il revient à l'herméneutique de pénétrer les mouvements propres à la vie tels que devancement, avoir à être, dévalement[94].

C'est à l'Herméneutique de l'expérience de la vie religieuse[14] qu'il a intensément étudiée[95] que Heidegger doit sa compréhension de la mobilité du Dasein, expérience marquée par la découverte de « la pesanteur, la tentation, la fuite devant soi, la chute », qu'il généralise à la compréhension de tous les Daseins

Selon Heidegger, « l'essence du Dasein réside dans son existence »[96], c'est donc la Phénoménologie de l'existence qui est à explorer[97] :

  • L'existence est mouvement permanent (sortie hors de soi).
  • Ce mouvement ou plutôt cette mobilité qui n'est ni spatiale, ni temporelle, ne se déroule pas dans le temps, n'est donc pas non plus redevable de la psychologie ni de la volonté : il s'agit d'un « mouvement » immobile dans l'être même. Ainsi, « être-hors-de-Soi » ou en « avant-de-Soi », c'est être sur le mode du « pouvoir-être ». Le mouvement le plus caractéristique est celui de la chute du Soi dans l'impropriété du monde qui ne doit pas être conçu comme extérieur au Dasein mais comme un mode d'être de celui-ci, le monde impropre est aussi celui du Dasein (§38, dans Être et Temps). Tout aussi essentiel est le mouvement qui le porte « en-avant de soi » sous l'injonction de l' « avoir à être » qu'implique la prise en compte de la mort à travers le concept de « devancement ».
  • La « Mienneté »[98] - ou le retour sur soi - est le phénomène principal : le Dasein se rapporte constamment à lui-même, comme à son pouvoir-être, d'où il ressort toujours en avance sur lui-même, deux directions de mouvements sont possibles, la fuite dans l'affairement auprès du monde et la dispersion[99], ou, a contrario, le retour sur son pouvoir-être le plus propre (caractère de ce qui est propre), l'authenticité, ou la perte dans l'inauthenticité[100].
  • L'« être-jeté », Die Geworfenheit le Dasein a « toujours-déjà-été » : cet « avoir-été » est partie intégrante de l'existence du Dasein, il porte ainsi comme toujours la charge de son « être-été », toujours amputé d'un certain pouvoir-être originel[N 25], le Dasein de la quotidienneté verse immanquablement dans l'errance et l'inauthenticité, il est toujours fini, toujours incomplet, toujours dispersé et accaparé dans le monde[N 26] ; il est, de par sa constitution, toujours en manque de quelque chose. Il se comprend, mais se comprend mal, comme une chose au milieu d'autres choses. Pour autant, l'erreur sur le « soi » ne concerne que la vision existentielle de la vie (l'affairement au monde), et nullement la pré-science ontologique qu'a le Dasein de lui-même à travers l'appel lancinant de la conscience qui le somme, en étant à la hauteur de sa tâche, de se préoccuper de son être en propre. Cet appel que Heidegger attribue dans un mouvement de rétroversion au Dasein lui-même, à celui qu'il pourrait être.

C'est en découvrant la « temporalité du Dasein » que Heidegger met à jour le fondement de sa mobilité essentielle qu'il attribue à l'expérience limite de l'Être-pour-la-mort[101].

La Spatialité du Dasein[modifier | modifier le code]

La Spatialité comme question est abordée principalement à travers les livres de Didier Franck[102] et de Françoise Dastur[8], et l'ouvrage de référence Être et Temps[103].

  • Le sens spatial : ici aussi, il faut remiser momentanément la notion d'espace au sens métaphysique, c'est-à-dire un espace habité par une énumération d'étants. Le sens spatial du Dasein ressort avec vigueur de la traduction française, le « Le-Là » qui manifeste le décèlement et l'ouverture et évoque un lieu[104]. C'est à même ce lieu que s'expose le monde. Mais cet être n'est pas abstrait, il est à chaque fois « le mien », celui qui est l'objet de mon souci, « la mienneté » est le rapport du Dasein à son être qui rend possible le « je », « spatialement incarné et sexué »[98].
  • Le phénomène fondamental est toujours l'« Être-au-monde » à partir de quoi une détermination spatiale doit pouvoir être exposée. « L'espace n'est compréhensible qu'à partir de la mondanéité parce que l'espace est dans le monde et non le monde dans l'espace »[105].
  • Le monde ambiant Umwelt de la quotidienneté s'étend sur tous les étants dont le Dasein a le souci. Les étants s'organisent en complexes d'outils, en contrées (exemple : la table de travail avec livre, cahier, stylo…). Jamais il n'y a primitivement perception d'objet séparé[106]. C'est la préoccupation qui assure le discernement du Dasein quotidien, c'est elle qui se heurtant au dysfonctionnement, découvre tout à coup l'objectivité de l'objet, cachée à ses yeux jusque ici.
  • La finalité : dans la préoccupation du Dasein auprès du monde, ce qui est premier est « la finalité » (le marteau sert à enfoncer un clou, le clou à réparer une semelle, la semelle complète le soulier, etc.). Il n'y a de compréhension que de « celle d'un complexe référentiel tout entier »[107] et « ces rapports, cramponnés les uns aux autres en une totalité originaire, sont ce qu'ils sont en tant que référer-signifiant par lequel le Dasein se donne d'avance à comprendre son être-au-monde »[108].
  • « Au sens existential, l'être-au, ne vise donc pas l'inclusion dans une étendue corporelle (dans un espace), mais un habiter »[109] : habiter étant compris comme une façon d'être à l'espace, un mode de spatialisation. Le Dasein habite son monde, dans lequel il a ses aises (Wesen), monde qui se distribue en contrées fonctionnelles dans lesquels les étants, comme « outils respectent leur appartenance finalisée à un ensemble »[110]. Dans son commerce avec le monde ambiant, le Dasein est essentiellement « é-loignant » qui dans le sens que lui donne Heidegger, est une constitution d'être du Dasein signifiant « abolition du lointain » en laissant venir à son encontre dans la proximité[111].
  • La spatialité du Dasein : Avec une tendance fondamentale à la proximité, le Dasein est aussi « orientant » à travers l'organisation des contrées. La proximité ou la distance ne sont pas des grandeurs fixes. Le plus éloigné physiquement peut être le plus proche, c'est le Dasein qui dans sa préoccupation circonspecte décide de ce qui lui est proche ou lointain[112]. La possibilité de penser la spatialité et notamment l'orientabilité du Dasein soulève la question du corps que les deux commentateurs Jean Greisch et Françoise Dastur reconnaissent manquer dans l'analyse existentiale et ce manque poser problème.
  • Le Dasein n'est jamais dans l'espace à la manière d'une chose, il « l'occupe » sur le fond de sa préoccupation[8], il est à la fois un « ici » mais aussi un « là-bas », un proche et un lointain comme il est dans sa temporalité un « à-venir » et un « avoir-été ». Le Dasein porte son « espace » et son « temps » avec lui.

La Multi-dimensionnalité du Dasein[modifier | modifier le code]

L'entreprise de Martin Heidegger ne consistait pas seulement à élaborer de nouveaux horizons inexplorés au sein de la phénoménologie transcendantale de Husserl. En mettant en lumière la coappartenance du voilement et du dévoilement, de la présence et de l'absence, de la vérité et de la non vérité Hans-Georg Gadamer[113] pointe un changement décisif dans le concept de l'essence ou WESEN en provenance de la tradition métaphysique, qui sera dorénavant perçue comme la manière temporelle dont une chose déploie son être qu'elle soit présente ou non, qu'elle soit ici ou ailleurs. Selon Hölderlin l'absence des dieux ne nomment pas un non-être mais un « être » d'autant plus dense qu'il est silencieux.

Être-en-faute, Conscience et Résolution[modifier | modifier le code]

  • C'est à travers l'expérience de sa finitude que le Dasein se découvre, selon l'expression de Heidegger, « en faute ». Dans son existence jetée, il est remis à lui-même et responsable de lui-même, sans jamais avoir été maître de son propre fondement[114]. De plus, comme « être jeté-se-projetant », il renonce à certaines possibilités de Soi qui représentent une seconde source de négativité. Or jeté dans l'existence, il existe comme vivant comprenant toujours déjà « QUI, il peut être », « QUI, il est » et « QUI, il a à être »[115]. La conscience qui lui révèle son être possible n'est autre que l'appel du Dasein lui-même en tant « qu'il a à être et qu'il n'est pas à ce qu'il est[116] ». À noter que cette conscience, qui est le Dasein lui-même dans ses profondeurs, n'a aucun caractère moral, juridique ou psychologique.
Article détaillé : Être-en-faute.
  • La conscience Gewissen ramène le Dasein, perdu dans le « On », à son être en propre, qui est l'Être-en-faute pétri de négativité [117]. Sur l'injonction de « la voix de la conscience » (qui n'est pas l'attribut de quelque chose qui serait comme une conscience), le Dasein s'ouvre à lui-même comme il est ouvert au monde. C'est cette ouverture à soi-même, dans son intime vérité, qu'Heidegger nomme Résolution, cette Résolution, qui est aussi transparence, fait écho, la décision volontaire en moins, à l'injonction augustinienne « à ne pas s'en laisser conter ». À noter qu'il ne s'agit pas d'un enfermement sur Soi et que le Dasein résolu, inquiet pour son être, reste toujours « être-au-monde », il est toujours auprès des autres mais dorénavant, à partir de lui-même, et non plus sur la base d'un comportement moyen public et dans cette mesure il devient apte à accueillir le propre d'autrui, c'est-à-dire autrui dans sa vérité non mondaine[118] .Il reste à bien préciser que cet appel de la conscience ne consiste pas à présenter une option à la manière du libre-arbitre mais à « laisser apparaître la possibilité d'un se-laisser-appelé hors de l'égarement du « On » »[67]. Entendre l'appel de la « voix de la conscience » consiste donc rester aux aguets.
Article détaillé : Être-avec.

Facticité et Contingence[modifier | modifier le code]

L'analyse des modes marquants de l'existence facticielle, autrement dit les situations concrètes successives du Dasein dans son quotidien est potentiellement infinie[119].

Il suffit de décliner les termes de peur, d'emballement, de tentation, de désir, de répulsion, de culpabilité, de fragilité, de chute, de dispersion, de fuite, de fardeau, de faillibilité et d'empêtrement dans des situations impossibles, tous ces termes recouvrent des vécus qui correspondent à l'emportement et à la confusion de la vie concrète de l'homme, dans la tribulation de l'existence, d'un homme qui ne cesse pas de se perdre et de se retrouver.

Jean Greisch fait dans son ouvrage « L'Arbre de vie et l'arbre du savoir[97] » une ample description du contenu de ces phénomènes.
En outre la facticité heideggerienne exprime le fait que « l'être-Là est facticiellement responsable de son être qu'il ne peut pas ne pas être »[120].

L'être le plus « inquiétant », le Dasein[modifier | modifier le code]

Autre trait particulièrement mis en évidence par Heidegger dans "Introduction à la métaphysique"[121],[N 27], le caractère terrible, effrayant et violent Gewalt-tätigkeit du Dasein dans son essence.

πολλὰ τὰ δεινὰ κοὐδὲν ἀνθρώπου δεινότερον πέλει. τοῦτο καὶ πολιοῦ πέραν πόντου χειμερίῳ νότῳ….
Multiple l'inquiétant, rien cependant au-delà de l'homme, plus inquiétant…
Traduction par Heidegger du 1 chœur d'Antigone (ve 332-375)

Parmi tous les étants, l’homme est celui qui est le plus in-quiétant, qui nous rejette en dehors de toute quiétude, parce qu'il sort hors de ses limites, transgresse les limites du familier… La sentence prononcée par le chœur n'énonce pas une qualité particulière de l'homme mais donne, là, ce qui peut être considéré comme la véritable définition grecque de l'homme[122].

La Finitude du Dasein[modifier | modifier le code]

Comme l'être chez Aristote, la Finitude se dit de multiples manières, la plupart chez Heidegger apparaissent comme une transposition d'origine religieuse. D'origine chrétienne, la Finitude désigne chez les Pères grecs, ce qui est marqué par l’imperfection radicale de ne pas être Dieu. Chez Luther la corruption assimilée au péché et au néant, qui pour Heidegger constitue le pendant religieux du concept existential de la « déchéance », Verfallen , cette corruption occupe une place exorbitante[123]. Tout Être et Temps est ainsi imprégné de motifs néotestamentaire[120], constate Christian Sommer ; le thème de la Finitude, d'origine paulinienne, tourne autour du même constat de la « Nihilité » du vivant humain qui se déploie dans toute l'analytique du Dasein, à travers des thèmes fondamentaux notamment le concept d'Être-en-faute étudié ailleurs :

Les thèmes classiques fondamentaux de la Finitude[modifier | modifier le code]

qui reprennent plus ou moins, jusqu'à Être et Temps ce thème traditionnel de l'imperfection déclinés ainsi :

Le Cri dAuguste Rodin (musée Rodin) (6215583946)

L'entente[modifier | modifier le code]

L'entente, qui d'un côté ouvre le monde et le possible mais qui aussi, en son sens primordial, dévoile à l'homme, qui sait à tout moment « où il en est » avec lui-même, son insécurité fondamentale et le danger que court « son pouvoir être »[53].

L'angoisse[modifier | modifier le code]

L'angoisse ordinaire révèle l': insignifiance du monde et la futilité de tous les projets de la préoccupation quotidienne. Par contre-coup, cette impossibilité dévoile la possibilité d'un pouvoir-être propre, dégagé des préoccupations mondaines.
« En faisant disparaître les choses intra-mondaines l'angoisse interdit la compréhension de soi même à partir des possibilités ayant trait à elles et elle amène ainsi le Dasein à se comprendre à partir de lui-même, le ramène à soi-même »[124].
Ramené à soi-même, le souci, qui reste une compréhension du monde, comprend sa possibilité à partir de sa propre possibilité d'exister, c'est-à-dire conformément à sa situation d'« être-jeté », et non plus à partir du maniement des objets extérieurs[125].
Le Dasein angoissé n'en reste pas moins « empêtré » et « empêché » de retrouver son être le plus propre que seule la conscience authentique de la mort lui donnerait.

La déchéance ou dévalement[modifier | modifier le code]

Le dévalement correspond à la vie « facticielle » qui se dissout et s'aliène dans la multiplicité, auquel tente de s'opposer un contre mouvement de retenue et de retour à l'unité. Le Dasein responsable de lui-même souffre d'un verrouillage du chemin d’accès à soi-même que lui impose l'opinion moyenne en lui offrant un abri dans de fausses théories et d'illusoires sécurités[120].

La mort[modifier | modifier le code]

Le "ON" cherche à surmonter la mort en faisant miroiter le réconfort d'un au-delà ou bien en disant que la mort n'est pas encore là [126]. C'est l'angoisse qui nous délivre de cette pression, qui nous fait passer d'emblée d'un mode d'être déchu à l'autre, au mode "authentique". Une telle angoisse nous projette face au Néant devant lequel le plus intime de nous-même (l'essence de notre être) se trouve définitivement annihilée. Le Dasein promis au Néant, existe de façon finie. Avec le mourir, le Dasein authentique comprend qu'à chaque instant, la vie a un sens et que la seule certitude qui lui reste c'est que ce sens ne sera jamais parachevé.
Le sens de l'existence n'est alors plus à penser comme un accomplissement[127].

La Finitude du Dasein s'affirme, sans le dire expressément, de bien d'autres manières[128] :

  • Tout pro-jet se trouve jeté, c'est-à-dire déterminé par le déjà existant, la négativité lui est constitutive.
  • Sa temporalité circulaire est finie.
  • Vis-à-vis de l'Être le Dasein est en position d'écoute.
  • Pour se comprendre, lui-même, le Dasein a besoin du Monde.
  • C'est l'histoire de la vérité de l'Être qui commande sa propre compréhension.
  • Toute possibilité existentielle mise en œuvre implique d'autres possibilités retirées.

Enfin et en toute rigueur la « Die Unheimlichkeit », le à jamais « ne pas être chez Soi » examiné plus haut est un des traits les plus caractéristiques de la Finitude humaine.

La radicalisation du thème de la Finitude chez Heidegger[modifier | modifier le code]

À partir de 1930, Heidegger nous dit que l’homme est plus grand qu’aucun dieu ne pourra jamais être, thème qu'il confirmera dans les Beitrage, disant cela on ne voit plus comment il pourrait continuer à définir la Finitude comme une imperfection[129].

« Plus originelle que l'homme est la Finitude du Dasein en lui. »

— Heidegger, Questions I & II, p. 32

Ce qui est remarquable et proprement révolutionnaire dans cette approche c'est le rôle attribué à cette Finitude. En effet, note Hans-Georg Gadamer, ce n'est pas malgré, mais à cause de la Finitude et de son historicité, que le Dasein incarne le sol authentique à partir duquel pourront être compris tous les modes dérivés de la métaphysique classique le Monde, le Temps, l'Objectivité, le Sujet[130].

Le Dépassement de la Subjectivité[modifier | modifier le code]

Le philosophe René Descartes, auteur de cette célèbre formule.

Remontant en deçà de Descartes qui avait découvert le « Je » du Cogito tout armé dans l'évidence du « Je pense », Heidegger reprend la vieille question Scolastique de l'origine du "Soi" et de la subjectivité . Tout en visant la destruction de la conception du sujet souverain cartésien, pour lui dépourvue de fondement, Heidegger, n'en a pas moins travaillé surtout dans Être et Temps à pousser progressivement le Dasein vers un « isolement » et une « singularisation » encore plus radicale, souligne Jean-François Marquet[131].

du monde vécu au monde du soi[modifier | modifier le code]

Pour le jeune Heidegger, dans son approche de la « phénoménologie de la vie », la première articulation, le premier donné de la vie facticielle, c'est sa familiarité avec le monde du vécu[132]. Ce qui s'avère premier ce ne sont pas des vécus psychiques isolés mais des « situations » toujours changeantes, qui vont déterminer autant de lieux spécifiques de compréhension de ce « moi-même »; ce que l'on rencontre en premier, ce n'est pas l' « ego », c'est l'« aiguisement », Zugespitzheit[N 28] de la vie facticielle autour du monde propre, du monde du Soi, Selbstwell [133]. Cette priorité accordée à l'expérience dés les premiers cours ont eu pour effet premiers de bousculer définitivement les assises théoriques de la réflexivité[134]

Dans cette approche ce qui est phénoménologiquement premier n'est pas le "Je" mais seulement « un vécu de quelque chose », un « vivre vers quelque chose » (etwas)[135]. Avec la réduction phénoménologique, le « Comment » va l'emporter sur le « Quoi », il ne sagit pas de revenir sur le soi en tant qu'étant, mais sur ce qui dans le soi est proprement soi-même, un certaine manière de vivre le monde, dans sa plénitude[136].

Heidegger exprime cette priorité du vécu sur l'expérience théorique à travers la pré-séance de la significativité du monde ambiant, alors que le « Je » ne se reçoit que dans l'expérience vécue du monde. Sophie Jan-Arrien a cette phrase « Le Je apparaît dans le décentrement même qu'exige de lui l'expérience vécue ». On ne peut que constater, à ce stade, ce phénomène qui veut qu'à toute expérience vécue s'installe , un monde du Soi approprié ou Selbstwelt qui va chez Heidegger se substituer au terme ambiguë du « Je ».

Le "Je" ou Monde du Soi n'est plus une fonction première et spontanée-psychique ou transcendantale-apte à constituer du sens et de la connaissance, il advient à lui-même dans une expérience déterminée du monde qui est l'expression d'une situation qui porte une intentionnalité complexe propre à la vie ; « le « Je » apparaît avec la significativité du monde ambiant plutôt qu'il ne la constitue- » [137]. Ce retour au soi-même ne veut pas dire sous forme de substrat ou de fondement mais dans une expérience incessante et renouvelée qui constituera la seule réalité originaire.

Avec l'apparition du Dasein mortel, la question de la « subjectivité » ou de l'« individualisation » va prendre une toute autre tournure.

la mort comme principe d'individuation[modifier | modifier le code]

Face à la multiplicité des expériences vécues et successives, Heidegger s'interroge : qu'en est-il de l'unité du Dasein, s'il se rapporte de diverses façons à des mondes multiples ? Comment comprendre la cohésion de toute une vie entre naissance et mort ? Peut-on simplement postuler une succession ininterrompus de vécus psychiques qui s'enchaînent les uns après les autres pour former le moi[138] ?.Faut-il consentir à réintroduire le « Je », l'« ego », le « moi substantiel » de la métaphysique ? Par quel biais comprendre l'unité incontestable du Dasein sans l'identifier à de la présence constante ?

Avec Être et Temps l'« isolement » Vereinzelung, la singularisation apparaît dans un premier temps lié ( §40), à la thématique de l' « angoisse » puis au (§ 62) avec celle de l' « appel de la conscience » qui isolent le Dasein en le ramenant de ce fait à son être au monde le plus propre. Heidegger ira jusqu'à dire que l'angoisse ouvre le Dasein comme « solus ipse »[139] . La poursuite du processus d'isolement angoissé a pour effet d'ouvrir le devancement vers la mort en tant que possibilité la plus certaine et à dévoiler cet « être-possible » comme son « être-au-monde le plus propre » ou son « pouvoir-être authentique ».

« si je peux me rapporter de multiples manières au monde sans perdre mon identité, c'est parce que je peux assurer à partir du passé, en attente de mon présent, ma mort » remarque Jacques Gino[140] « Le Dasein est l'étant qui n'a d'autre essence que d' être et son statut va donc être celui d'un isolement radical » note Jean-François Marquet[141]. C'est seulement devant la mort que le Dasein est radicalement isolé [142]. Pour répondre à ces questions Heidegger tente de penser une constitution du propre être du soi-même comme une extension. Cette extension doit être cherchée, nous dit Heidegger, comme tout le reste dans l'horizon de la constitution temporelle du Dasein. Le Dasein en Souci qui se projette dans des mondes divers vit cependant, toujours-déjà, dans une certaine entente de l'être, un horizon unique de compréhension des choses mais aussi de lui-même. De cet horizon unique dépend la propre compréhension qu'il peut avoir de son unité et de sa singularité.

Malheureusement, il ne suffira pas cependant de faire appel à une expérience renouvelée pour justifier l'existence de l'ipséité ou de la continuité du Soi. Ce sont les phénomènes du « Souci », de l'« appel de la conscience » et de la Résolution, qui vont intervenir dans l'explicitation complexe qu'en donne Jean Greisch[143].Jacques Rivelaygue note que la temporalité horizontale (Ek-statique) serait à elle seule insuffisante pour assurer l'unité du Soi dans le temps, il y faut l'approche historiale comprenant à la fois l'implication réciproque de la Résolution anticipante et de la reprise de l'héritage, constitutive de l'Être-jeté[90]. Pour Heidegger la mort est la seule puissance individualisante, thèse qu'il démontre selon deux types d'arguments [144].

1. Notre mort se révèle être pour le Dasein que nous sommes la possibilité (à être ) la plus individuelle, irrelative et indépassable et à ce titre cette mort nous forge et nous établit en brisant toute les sécurités superficielles, dans notre unicité et notre singularité.

« Le Dasein dans son ipséité impliquée dans la mienneté n'est possible que comme mortel. Une personne immortelle est contradictoire dans les termesva jusqu'à dire Lévinas[145] »

— Levinas, La mort et le Temps

« En vertu de cette imminence de ma mort, imminence que je suis moi-même, l'anticipation de soi, moment structurel du souci, trouve dans l'être rapporté à la mort sa concrétion la plus originale; l'être rapporté à la fin est l'être-rapporté-à-la-mort comme possibilité extrême qui réduit radicalement l'être-là à son être le plus individuel et anéantit tous ses rapports avec autrui et avec le monde[146] »

— Christian Sommer, Heidegger, Aristote, Luther

.

2. Mais plus encore, poursuit Heidegger, dans le Sum moribundus, c'est le moribundus qui donne au sum préalablement son sens, rappelle Michel Haar [147] ; ce qui, d'après lui représente, un cogito bien étrange , inversé, car le « devoir mourir » pour le Dasein possède un degré de certitude plus élevé que le cogito. Sur un plan purement existentiel l'homme a, à se forcer pour devancer sa mort, et ainsi trouver à s'établir dans sa singularité propre, ce qui n'est possible que parce que le Dasein y a toujours déjà « été jeté », dans sa mort, dans cet être-possible si particulier. Michel Haar parle d'un « vouloir s'ouvrir » jusqu'à la limite, jusqu'à la perte de soi, jusqu'à l'« abîme de la liberté » dans ce face à face avec le néant où même le « propre » ultime est délaissé[N 29] .

Le destin du concept de Dasein[modifier | modifier le code]

Dés 1929, dans son livre consacré à Kant, (Kant et la problème de la métaphysique) , il n'est déjà plus question, pour Heidegger du Dasein de l'homme, mais tout à coup du Dasein  « dans » l'homme[148], la conception de l'« être » et du « Là » à partir de l'Alètheia, pour un penseur qui retournait vers le commencement Héraclite et Parménide ne pouvait plus être ignorée nous dit Hans-Georg Gadamer[149].

  • Puis avec la période dite du Tournant, l'effacement de l'homme, sa soumission au règne de l'Être se précisant, va interdire dorénavant de donner au Dasein le rôle de fondement qui lui avait été attribué dans Être et Temps[150].
  • Aors que dans Être et Temps, l'accent était mis sur le Sein du Dasein, avec le Tournant, c'est au contraire le Da, c'est-à-dire, l'expérience spatio-temporelle qui prime constate Pierre Caye[151].
  • L'homme garde pour autant un statut privilégié, car sans lui, même pour un Dasein, sans feu ni lieu, l'ouverture de l'Être, l'Être comme ouverture, le don de l'Être, n'auraient aucun sens. L'Être n'advient, ne se destine que dans le «  », que l'homme assume dans « l'ek-sistence »[152],[N 30].

Après-guerre, Heidegger va adopter une nouvelle graphie du terme « Da-sein » avec un trait d'union, valant comme signe d' évolution dans sa compréhension de l'essence humaine. Dans la Lettre sur l'humanisme de 1946 Heidegger accentue la thématique de la Finitude et de l'errance[153]. De quasi-configurateur de monde dans Être et Temps, le Dasein est alors perçu comme « ek-sistant dans l'ouverture de l'être[154] ». Gerard Guest, en introduction de sa conférences consacrée à la Lettre sur l'humanisme, souligne la volonté de Heidegger d'inscrire l'ouverture du Dasein dans l'éclaircie de l'Être[155]. L'homme n'est dorénavant plus compris comme le « fondement-jeté » de l'éclaircie mais comme celui qui se tient en elle et qui lui est redevable de son propre être[156]. Tout cet effort de rupture avec la métaphysique de la subjectivité, remarque Michel Haar, aboutit à la figure ténue, minimale, exsangue du mortel[157].
Le Dasein des débuts, en ce qui lui reste de l'homme métaphysique, s'efface définitivement devant le qualificatif de « mortels » pour être compris sur un pied d'égalité, dans l'unité du « Quadriparti » : les hommes, les dieux, la terre et le ciel. Ce « Quadriparti », où tous les termes s'entre-appartiennent, va constituer la dernière appellation de l'Être.

Références[modifier | modifier le code]

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  129. Franz-Emmanuel Schürch Heidegger et la Finitude KLĒSIS –– Revue philosophique : SPÄTER Heidegger/ 2010 = 15 http://www.revue-klesis.org/pdf/1-F-Schurch.pdf page 9
  130. Gadamer 2002, p. 151
  131. Jean-François Marquet Genèse et développement d'un thème : l'isolement dans Heidegger 1919-1929 collectif De l'herméneutique de la facticité à la métaphysique du Dasein Problèmes et Controverses VRIN 1996 page 193
  132. Greisch 2000, p. 61
  133. Greisch 2000, p. 63
  134. Arrien 2001, p. 69
  135. Arrien 2001, p. 59
  136. Jean-François Marquet op cité 1996 page 196
  137. Arrien 2001, p. 60-63
  138. Greisch 1994, p. 354
  139. Jean-François Marquet op cité 1996 page 200
  140. Gino 1989, p. 196
  141. Jean-François Marquet op cité 1996 page 198
  142. Martin Heidegger Prolégomènes à l'histoire du concept de temps Gallimard 2006
  143. Greisch 1994, p. 313-317
  144. Gino 1989
  145. Levinas 1991, p. 50
  146. Sommer 2005, p. 177
  147. Michel Haar Heidegger et l'essence de l'homme collection Krisis MILLON 2002 page 30
  148. Gadamer 2002, p. 134
  149. Gadamer 2002, p. 135
  150. Pierre Caye, Destruction de la métaphysique et accomplissement de l'homme, dans Pinchard 2005, p. 160.
  151. Pierre Caye, Destruction de la métaphysique et accomplissement de l'homme, dans Pinchard 2005, p. 161.
  152. Préface Roger Munier Martin Heidegger, Lettre sur l'humanisme, trad. franç. de Über den Humanismus par Roger Munier, Paris, Éditions Montaigne, 1957, 189 p. (texte suivi d'une Lettre à Monsieur Beaufret, de l'auteur, datée du 23 novembre 1945, en allemand avec traduction française
  153. Lettre sur l'humanisme p. 145 et sq
  154. Dastur 2011, p. 92
  155. Gerard Guest Séminaire sur Heidegger Paroles des Jours 23/01/2010 15e séance http://parolesdesjours.free.fr/seminaire15.htm
  156. Dastur 2011, p. 62
  157. Michel Haar Heidegger et l'essence de l'homme collection Krisis MILLON 2002 page 13

Notes[modifier | modifier le code]

  1. les références renvoyant à Être et Temps sont toujours données, sous la forme (SZ p) par rapport à la pagination du texte allemand toujours signalées dans les traductions françaises
  2. l'inutilité de la question en raison de la nature trop universelle ou très générale de l'être. Voir la page qu'y consacre Christian Dubois (Dubois 2000, p. 19).
  3. Emmanuel Lévinas En découvrant l'existence avec Edmund Husserl et Heidegger VRIN 1988 page 60-61, l'être qui apparaît au Dasein, ne lui apparaît pas sous forme d'une notion théorique qu'il contemple, mais, dans une situation de tension intérieure dans le souci que le Dasein prend de sa propre existence
  4. Toutefois , avec l'analytique existentiale qui s'avère tout aussi ontique que les autres sciences, Heidegger, dés le §4 de Être et Temps (SZ p. 12), n'ambitionne plus de plus mettre à jour quelque chose comme un fondement scientifique à l'existence, ( voir ce qui est dit de La Résolution anticipante)-(Nancy 1989, p. 230)
  5. Jacques Derrida s'interroge sur ce choix termininologique dans Être et Temps qui lui apparaît quelque peu brutal et elliptique et qui serait mieux justifié dans un cours simultané donné à Marbourg où il apparaîtrait que ce choix découlerait de la nécessité de dénommer une essentielle neutralité notamment mais pas uniquement sexuelle- voir Jacques Derrida op cité 1990 page 151
  6. Nous sommes d'abord présents aux choses mêmes, et en second lieu seulement nous nous rapportons représentativement aux objets qui en deviennent les lieutenants. Beaufret 1983, p. 214
  7. le "je" n'est plus une fonction première et spontanée-psychique ou transcendantale-apte à constituer du sens et de la connaissance, il advient à lui-même dans l'expérience du monde; il apparaît avec la significativité du monde plutôt qu'il ne la constitue (Arrien 2001, p. 60).
  8. Qu'est-ce à dire ? sinon que se transportant mentalement dans la situation incontournable du devoir mourir, c'est à cet aune, que le Monde, ses valeurs et ses attaches affectives vont être jugés et donc disparaitre dans le néant pour libérer l' « être-en-propre » dans sa nudité Le Dasein est mis en face de sa propre vérité lorsqu'il est renvoyé au néant de son fondement. Il reste à bien préciser que cet appel de la conscience ne consiste pas à présenter une option à la manière du libre-arbitre mais à « laisser apparaître la possibilité d'un se-laisser-appelé hors de l'égarement du « On » » (Sommer 2005, p. 247). Entendre l'appel de sa conscience c'est donc rester aux aguets. qui est le mode d'être authentique du Dasein
  9. On trouvera dans Vom Wewen des Grundens Questions I Tel Gallimard un développement théorique appofondi sur cette notion fondamentale page 108 et sq
  10. « La première chose incontestable qui se donne au regard et de laquelle il faut partir impérativement, c'est que lorsqu'il y a Dasein, ce Dasein est d'ores et déjà en rapport à.Il n'y a pas de Dasein sans monde et d'ailleurs il n'y a pas de monde sans Dasein » Marlène Zarader Lire Être et Temps de Heidegger Histoire de la philosophie VRIN 2012 page 102
  11. Parmi les modalités possibles de l'être-à-quotidien, il y a par exemple : s'affairer à quelque chose avec quelque chose, produire quelque chose, se servir de quelque chose, prendre soin et garder quelque chose interroger, discuter, mener à bien apprendre etc Martin Heidegger Prolégomènes à l'histoire duconcept de temps trad Alain Boutot Gallimard 2006 page 232
  12. La relation d'inclusion d'un être dans un autre : "est une détermination catégoriale qui ne peut, comme telle, s'appliquer à l'être-là. L'être-dans-le-monde est un existential, c'est-à-dire une détermination constitutive de l'exister humain, un mode d'être propre à l'être-là. (…) L'être-dans-le-monde, en tant qu'existential, est une relation originaire. L'être-là n'existe pas d'abord isolément, à la façon du sujet cartésien par exemple, pour entrer ensuite en relation avec quelque chose comme le monde, mais se rapporte d'emblée au monde qui est le sien. Le phénomène de l'« être-dans-le-monde » n'est pas assimilable, en particulier, à la connaissance d'un objet par un sujet. Loin d'être interprétable comme une relation gnoséologique, l'être-dans-le-monde est bien plutôt ce qui précède et rend possible toute connaissance, c'est-à-dire la saisie thématique de l'étant comme tel" (A. Boutot, Heidegger, PUF, 1989, p. 27.)
  13. Dans la page 126 de l'ouvrage de Greisch, Heidegger est dans la crainte que ses lecteurs ne comprennent « être au monde » comme ils y sont naturellement portés à concevoir d'un côté un sujet et de l'autre côté le monde. Heidegger est attaché à la structure unitaire de l'« être au monde » qui doit être vue comme indissoluble, un unique mode d'être, il n'y a pas un face à face mais un seul phénomène quitte à ce que la notion de monde perde de sa substantialité. C'est pourquoi Greisch récuse cette formule comme dangereuse en laissant croire que le monde en tant que tel accapare et assiège ce qui serait autre que lui
  14. C'est l'angoisse qui nous fait glisser à l'égard de l'étant dans son ensemble; ce qui qualifie l'angoisse à nous présenter le néant c'est ce « glissement » ou ce « recul » qu'elle induit à l'égard de tout étant, le « néant » n'en est pas pour autant substantivé, (il n'y a pas d'un côté l'étant et de l'autre le néant), l'expulsion expulse le Dasein et le renvoie à un étant glissant dans son ensemble; le processus de néantification apparaît d'un seul et même coup avec l'étant- voir l'étude de Jean-Michel Salanski, Heidegger et la logique dans Jollivet et Romano 2009, p. 191-192
  15. Marlène Zaraderdétaille en instabilité, dispersion et agitation les caractères de cette curiosité insatiable op cité page 222
  16. L'appel provient de moi, tout en me tombant dessus(trad Vezin Der ruf kommt aus mir und doch über mich). Ici, note Jean Greisch, surgit au cœur même de l'ipséité, une altérité dont il faudrait bien définir le statut, (Greisch 1994, p. 288).
  17. « La décision stratégique de Heidegger consiste à concevoir l'idée d' « être-en-dette » à partir du mode d'être propre du Dasein » que lui révèle le devancement de la mort note Jean Greisch (Greisch 1994, p. 293). Voir article Être-en-faute.
  18. Dans le cercle immédiat de l'étant qui nous entoure, nous nous croyons chez nous. L'étant y est familier, solide, assuré. Néanmoins, une perpétuelle réserve court à travers l'éclaircie sous la double forme du refus et de la dissimulation.L'assuré au fonde n'est pas assuré; il n'est pas rassurant du tout- De l'origine de l'Œuvre d'art Chemins qui ne mènent nulle part Tel Gallimard p. 59
  19. « Dans sa volonté farouche de perpétuel autodépassement fait qu'il n'y a plus de chez soi, plus d'appartenance, le Dasein est devenu une sorte de clochard métaphysique : der unberhauste Mensch selon le titre d'un ouvrage célèbre » (Greisch 1994, p. 220).
  20. Gerard Guest Séminaire Paroles des Jours Conférence 31e 05/2013 vidéo 4 L'épreuve grecque de l'afflux de l'Être et vidéo 5 L'être humain comme deinotaton, violence et contre-violencehttp://parolesdesjours.free.fr/seminaire.htm
  21. « Le vrai visage vu de l'intérieur, de l'intentionnalité n'est pas un « se diriger-vers », mais le devancement de soi du souci » rapporte Jean Greisch (Greisch 1994, p. 66)
  22. Article détaillé : Être-avec.
  23. Pour bien marquer la différence entre le plan ontique et le plan ontologique auquel se situe Heidegger Jean Greisch note qu'il est impossible de mettre en concurrence « souci de soi » et « souci de l'autre » car tous deux manifestent l'être pour qui il y va de son être (Greisch 1994, p. 237).
  24. Le Verfallen ne produit aucun énoncé ontique il s'agit seulement d'un concept ontologique de mouvement. ontiquement on ne décide pas si l'homme est « noyé dans le péché » selon l'expression de Martin Luther.
  25. « L'être-là en tant qu'il est au monde, y est jeté; il n'est jamais la cause ( l'origine) de son être-au-monde, et il en ignore la fin (dans les deux sens du terme »Alexandre Schnell De l'existence ouverte au monde fini Heidegger 1925-1930 bibliothèque d'histoire de la philosophie VRIN 2005 page 69
  26. Ce caractère de dispersion est directement tiré chez Heidegger de sa lecture des épîtres pauliniennes. On trouvera un long commentaire de cette influence dans Larivée et Leduc 2001.
  27. « Pour tous les lecteurs de Heidegger depuis des générations, l’Introduction à la métaphysique aura été un document décisif pour comprendre le chemin parcouru, par Heidegger dans les années trente et cerner le fameux tournant; le cours inaugurait -en effet en rupture tranchée avec les cours de Marbourg et Sein un Zeit- une nouvelle lecture de la pensée grecque à travers le retour aux paroles les plus anciennes de la philosophie (Parménide, héraclite) mais aussi des Tragiques, Eschyle mais surtout Sophocle » .L'Introduction à la métaphysique de Heidegger p. 13., publié par Jean-Francois Courtine.
  28. souvenir de lecture de Kierkegaard
  29. Mais pour Heidegger qui n'est jamais en retard d'un ultime questionnement, un devancement de la mort qui ne serait que l'effet d'une volonté, conduit à l'« être-esseulé » mais celui-ci, reste encore et toujours, en tant qu'esseulé, un être quelque chose, bien en deçà de l'essence orig inaire pour un Dasein recherché qui doit pour exister comme pur « pouvoir-être », comme « Oui » affirmatif, se confronter, non à la mort, mais au Néant
  30. « L'existence, qui désignait dans Être et temps, l'être du Dasein en tant que celui-ci se rapporte à lui-même, s'écrit maintenant ek-sistence et signifie le rapport du Dasein non plus à soi-même mais à l'ouvert, l'exposition à la désoccultation de l'étant comme tel » Dastur 2011, p. 61-62.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Martin Heidegger (trad. François Vezin), Être et Temps, Paris, Gallimard,‎ 1986, 589 p. (ISBN 2-07-070739-3)
  • Martin Heidegger (trad. Kōstas Axelos, Jean Beaufret, Walter Biemel et al.), Questions I et II, Paris, Gallimard, coll. « Tel » (no 156),‎ 1990, 582 p. (ISBN 2-07-071852-2, notice BnF no FRBNF350674510)
  • Martin Heidegger, Les problèmes fondamentaux de la phénoménologie, Gallimard,‎ 1989, 410 p. (ISBN 2-07-070187-5)
  • Martin Heidegger (trad. Jean Greisch), Phénoménologie de la vie religieuse, Paris, Gallimard, coll. « Œuvres de Martin Heidegger »,‎ 2011, 415 p. (ISBN 9782070745166)
  • Martin Heidegger et Eugen Fink, Héraclite, Séminaire du semestre d'hiver - 1966-1967
  • Martin Heidegger et Jean Beaufret, Lettre sur l'humanisme - édition bilingue -, Aubier,‎ 1957
  • Martin Heidegger et Jean Beaufret, Lettre sur l'humanisme - édition bilingue -, Aubier,‎ 1970
  • Martin Heidegger, De l'herméneutique de la facticité à la métaphysique du Dasein : actes du colloque (1919-1929), J. Vrin, coll. « Problèmes et Controverses »,‎ 1996 (ISBN 2711612732)
  • Martin Heidegger (trad. Alain Boutot), Ontologie. Herméneutique de la facticité, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de Philosophie »,‎ 2012, 176 p. (ISBN 978-2-07-013904-0)
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  • Cristian Ciocan, collectif Le jeune Heidegger 1909-1926, J. Vrin, coll. « Problèmes et controverses »,‎ 2011
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  • Didier Franck, Heidegger et le problème de l'espace, Éditions de Minuit, coll. « Arguments »,‎ 1986 (ISBN 2-7073-1065-4)
  • Jacques Gino, « Le Dasein à la recherche de sa problématique unité », dans Jean-Pierre Cometti et Dominique Janicaud (dir.), Être et temps de Martin Heidegger : questions de méthode et voies de recherche, Marseille, Sud,‎ 1989 (ISBN 2-86446-105-8)
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  • Jean Greisch, Ontologie et temporalité. Esquisse systématique d'une interprétation intégrale de Sein und Zeit, PUF,‎ 1994 (ISBN 2-13-046427-0)
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  • Emmanuel Levinas, En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger, J. Vrin, coll. « Bibliothèque d'histoire de la philosophie »,‎ 1988 (ISBN 2-7116-0488-8)
  • Emmanuel Levinas, La mort et le Temps, Le Livre de poche, coll. « Biblio essai »,‎ 1991, 155 p. (ISBN 2-253-05943-9)
  • Jean-Luc Nancy, « La décision d'Existence », dans Jean-Pierre Cometti et Dominique Janicaud (dir.), Être et temps de Martin Heidegger : questions de méthode et voies de recherche, Marseille, Sud,‎ 1989 (ISBN 2-86446-105-8)
  • Bruno Pinchard (dir.), Heidegger et la question de l'humanisme : Faits, concepts, débats, Paris, PUF, coll. « Themis philosophie »,‎ 2005, 388 p. (ISBN 978-2-13-054784-6)
  • Jacques Rivelaygue, « Le problème de l'Histoire dans Être et temps », dans Jean-Pierre Cometti et Dominique Janicaud (dir.), Être et temps de Martin Heidegger : questions de méthode et voies de recherche, Marseille, Sud,‎ 1989 (ISBN 2-86446-105-8)
  • Christian Sommer, Heidegger, Aristote, Luther - Les sources aristotéliciennes et néo-testamentaires d'Être et temps, PUF, coll. « Épiméthée »,‎ 2005 (ISBN 978-2130549789)
  • Marlène Zarader, Heidegger et les paroles de l'origine, J. Vrin,‎ 1986 (ISBN 978-2711608997)
  • Ph. Arjakovsky, F. Fédier, H. France-Lanord (dir.), Dictionnaire Martin Heidegger : Vocabulaire polyphonique de sa pensée, Cerf,‎ 2013, 1450 p. (ISBN 978-2-204-10077-9)
  • Cristian Ciocan, Heidegger et le probléme de la mort: existentialité, authenticité, temporalité, Paris, Springer, coll. « Phaenomenologica »,‎ 2013, 297 p. (ISBN 9400768389).
  • Martin Heidegger Introduction à la métaphysique TEL Gallimard trad Gilbert Kahn 1987.
  • Martin Heidegger Prolégomènes à l'histoire duconcept de temps trad Alain Boutot Gallimard 2006 isbn 2070776441.
  • Michel Haar Heidegger et l'essence de l'homme Coll Krisis éd Jerome Millon 2002.
  • Jacques Derrida Heidegger et la question De l'esprit et autres essais Champ Flammarion 1990 isbn 2080812351.

Épisode Être et temps 2/5 : L'être-pour-la-mort. de la série Les Nouveaux chemins de la connaissance, d'une durée de 59’10. Diffusé pour la première fois le 17 mai 2011 le réseau France Culture. Autres crédits : Raphaël Enthoven. Visionner l'épisode en ligne

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]