Dasein

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Martin Heidegger - Sein und Zeit

Le Dasein est un concept philosophique développé par le philosophe allemand Martin Heidegger dans son œuvre Être et Temps. Avec ce concept, Heidegger cherche à distinguer la manière d'être de l'être humain qui n'est pas celle des choses ordinaires. Le Dasein est cet être particulier et paradoxal, qui confronté à la possibilité constante de sa propre mort [1] en a conscience, vit en relation étroite avec ses semblables et qui, tout en étant enfermé dans sa solitude, est toujours au monde, auprès des choses.

Sommaire

Concept [modifier]

Définition [modifier]

Le terme de Dasein apparaît pour la première fois au paragraphe 9 de Être et Temps. C'est toute l'analyse ontologique à laquelle se livre Martin Heidegger qui lui impose de substituer le concept de Dasein aux concepts traditionnels d'homme et de sujet. Homme et sujet de la tradition découlent de présupposés ontologiques impensés, relevant d'une décision quant au sens de l'être accepté depuis Aristote, qu'il se propose de déconstruire et de surmonter.

Origine du concept [modifier]

Heidegger élabore dans Être et Temps le concept dit du Dasein afin de rendre compte des phénomènes liés à l'analyse de l'existence humaine telle qu'elle résulte de la phénoménologie et de l'herméneutique de l'existence sur lesquelles ses travaux précédents ont porté[2],[3] ; il s'agit de l' « analytique existentiale » d'Être et Temps[4]. Trois déterminations principales en ressortent :

  • « L'essence de cet étant réside dans son (avoir-) à-être ».
  • « L'essence du Dasein réside dans son existence ».
  • « L'être dont il y va pour cet étant en son être est à chaque fois sien ».

Approcher le concept de Dasein chez Heidegger exige de s'abstraire de toute la métaphysique de la nature ou de l'essence de l'homme depuis l'origine : dualité corps et esprit ou corps et âme, dualité sujet et objet, dualité essence et existence mais aussi des concepts développés par les sciences contemporaines que sont l'anthropologie ou la psychologie (c'est tout l'objet du chapitre intitulé la critique heideggerienne de l'anthropologisme de Françoise Dastur dans Heidegger et la pensée à venir[5]). Dans sa démarche Heidegger recherche le sol originaire, autrement dit le fondement, à partir duquel le tout premier sens du mot Être sera manifeste et incontestable.

Sa démarche, dans la forme seulement, s'apparente à celle de Descartes qui fait du cogito le principe premier de sa métaphysique. Toutefois, Heidegger, en phénoménologue, conteste absolument l'ontologie cartésienne pour questionner l'existence qu'éclaire l’étymologie même du mot : « être tiré de », tiré de la « quotidienneté », tiré surtout de l’anonymat rassurant du « on » qui est sa réalité habituelle, et dont il a l'intuition qu'elle peut dans sa pure naturalité, et son accomplissement le plus banal révéler quelque chose du sens du mot Être[6].

Selon Heidegger, l'homme, dans son existence quotidienne, manifeste toujours une certaine compréhension spontanée de l'être des étants qui l'entourent comme de son être propre (autrement dit, il sait pré-conceptuellement si une chose est, et quand elle est) : le terme de Dasein recouvre cette capacité ontologique qui est le privilège de l'homme[7].

Le Dasein authentique est l'homme sans patrie, sans attache, « Unheimlichkeit »[8], c'est dire la profondeur du contresens de tous les premiers exégètes sur sa pensée.

Premier aperçu sur la Structure [modifier]

L'expression est une contraction de l'allemand : da sein, qui signifie littéralement en français « être là ». Cependant, Heidegger affirme[9],[10] qu'il s'agit d'une traduction incorrecte de son concept de Dasein, et qu'il faut plutôt oser en français la traduction a priori surprenante d'« Être-Le-Là », traduction qui sera justifiée progressivement avec la description des attributs et contours du Dasein.

La précision apportée par Heidegger sur ce sujet apparait rétrospectivement fondamentale ; ainsi précise-t-il : « penser autrement est manquer le point de départ »[11], ce qui souligne l'erreur d'interprétation et de traduction de Jean-Paul Sartre dans L'Être et le Néant. Il est à noter que Heidegger ne se réclame pas de l'Existentialisme comme il l'indique dans la Lettre sur l'humanisme dès 1946.

On peut présenter les contours formels de ce concept à partir de son appellation allemande, mais surtout à partir de sa traduction française « Être-le-Là » qu'il propose lui-même.
C'est donc les sens du « Da », du « Là », et du « Sein » ainsi que celui que donne Heidegger au concept associé de « Monde » qui doivent être considérés comme plans successifs d'investigation.

Apports du titre et de la traduction française [modifier]

Apports de la proposition heidegerienne de la traduction en français du terme Dasein par « Être-le-Là », ce qui revient à une véritable explication de texte par l'auteur.

Le Da du Dasein [modifier]

Dans Da est l'idée d'un positionnement, d'une situation de fait, qui s'imposerait au Dasein. C'est ce que Heidegger exprime quand il caractérise le Dasein comme « être-jeté »[12]. Comme être-jeté cependant le Dasein est en mode factif c'est-à-dire qu'il est là, à chaque fois, en vertu de son être et non pas sur un mode indifférent, il est riche de son « être-été »[13]. C'est à la phénoménologie de l'existence, pratiqué dans sa jeunesse, que Heidegger doit l'établissement des points qui suivent.

  1. L'homme est un être historique qui ne choisit pas le lieu et le comment de son insertion dans la vie.
  2. C'est à tout moment, et dans tous ses extases et pro-jets successifs, dans sa résolution devançante qu'il en est ainsi : il a toujours et à chaque fois déjà réalisé certaines de ses possibilités qu'il doit à chaque fois prendre en charge, qu'il le veuille ou non, dans une nouvelle situation[14]. Il y a dans cette expression l'idée d'un caractère irrécupérable de la vie[15] et aussi d'un fardeau.
  3. Intervient aussi l'idée de la brièveté du séjour, entre entrée en présence et retrait, de tous les étants. Cette brièveté de séjour n'étant en rien la constatation triviale de l'impermanence des choses, voir article « La parole d'Anaximandre ».

Le Là de « Être-Le-Là » [modifier]

Dans le , l'idée d'un lieu prend de l'ampleur, l'horizon s'élargit[16],[11]. On rentre dans l'« éclaircie » ou la « clairière » de l'être, expressions heidegeriennes : ce qui se donne à voir au Dasein.

Cependant, en étant son « là », le Dasein n'ouvre pas pour autant un espace au sens physique. Le Dasein est son « là » veut seulement dire : il est son ouverture ; ce qui n'a rien à voir avec « l'ici et le là-bas » : l'ouverture est la totalité indéterminée du Monde, la totalité des possibilités et de l'espace de jeu qui sont ouvertes au Dasein.
« Être son ouverture » est dans l'esprit de Heidegger à prendre au pied de la lettre, l'ouverture est comme un existential, un attribut du Dasein c'est pourquoi François Vezin[17] a proposé de transposer le mot allemand Offenheit en « ouvertude », terminaison que le français peut autoriser et qui rend bien cette idée fonctionnelle à l'image d'inquiétude, solitude, finitude.

Le monde n'est pas un espace, le Dasein par contre existe sur un mode spatialisant : il dispose et oriente. La spatialisation est un mode d'être du Dasein.

Le sein du Dasein [modifier]

Dans le sein est en question l'idée de l'être, de l'essence. Selon Heidegger, dans Être et Temps, l'être du Dasein n'est ni une substance, ni un sujet, mais ce dont il a à se préoccuper.

Le Monde du Dasein [modifier]

Le « Monde » du Dasein renvoie à une double appartenance réciproque[18],[19]. Le concept de « Monde » renvoie à la fois à l'ouverture et à l'habitabilité. En tant qu'éclaircie cet « ouvert » n'est pas à prendre au sens aristotélicien de collection d'étants mais plutôt platonicien de lumière. En liaison avec l'« ouvertude », le « Monde » d' Être et Temps peut être défini comme le champ de la préoccupation soucieuse.

Les Existentiaux [modifier]

Diagramme des concepts de l'ouvrage en langue allemande.

Être sans substance, le Dasein n'a pas de qualités, ses déterminations propres sont appelées des « Existentiaux », c'est-à-dire des modes d'être[20] comme suit :

  1. « Être-au-monde[18]» est le mode existential fondamental du Dasein dont le dévalement (immersion dans le monde) fournit l'attestation. Cette formule nous dit Emmanuel Levinas est ontologique, elle ne signifie pas simplement que le Dasein est dans le monde, elle caractérise la manière dont nous comprenons l'existence à partir des possibilités ouvertes d'ores et déjà saisies. C'est la disposition, la Befindlichkeit et non l'intellect qui nous ouvre primairement le monde. Ce à quoi le Dasein est de prime abord ouvert ce n'est pas la réalité sensible mais à la signification qu'elle revêt pour lui[21].
  2. « Être-Soi », le Soi se retrouve non pas dans un « JE » souverain (le cogito cartésien), mais à même l'expérience concrète et à chaque fois renouvelée d'une suite d'expériences recueillies et rassemblées sur un mode narratif par le Dasein, le monde qui fait originairement encontre est toujours le « monde du Soi », celui des toutes premières significativités :
    « Je suis présent à moi-même concrètement dans une expérience déterminée de la vie, je suis dans une situation »[22]. « Il n'y a jamais de sujet sans monde et isolé »[23]. « Ce qui est premier ce ne sont pas les vécus psychiques, mais des « situations » changeantes qui déterminent autant de lieux spécifiques de compréhension de soi-même… »[24]. « De même que toute parole sur le monde implique que l'être-là s'exprime sur lui-même, tout comportement qui se préoccupe est une préoccupation au sujet de l'être de l'être-là. Ce dont je m'occupe, ce à quoi j'ai affaire, ce à quoi mon métier m'enchaîne je le suis d'une certaine mesure moi-même »[25].
  3. « Être-avec ». Le Dasein est essentiellement « être-avec ». Il n'y a pas un "Moi" et les autres mais un monde donné les uns "AVEC" les autres qui sont aussi des Dasein.
    Article détaillé : Être-avec.
  4. « Être-en-faute » ou « Être-en-dette ». Aucune connotation morale plutôt l'idée d'un manque, d'un déficit. Le Dasein a « à-être » ce qu'il n'est pas.
    Article détaillé : Être-en-faute.
  5. « Être-vers-la-mort » est à prendre au sens d'être exposé à, coordonné à… . L'« Être-vers-la-mort » est un existential, le rapport de l'homme à sa propre mort est constitutif de son être. Dans notre être, nous sommes mortels, nous ne mourons pas « en plus » comme le pensait Jean-Paul Sartre, cité par Jean-Luc Nancy (Être pour la mort, France Culture, interview archivée du 17/05/11 de l'émission : Les Nouveaux chemins de la connaissance).
    Article détaillé : Être-vers-la-mort.
    .

L'Être-au-monde [modifier]

Comme constitution fondamentale du Dasein
Heidegger fait l'analyse phénoménologique de ce phénomène connu de tous. Au sens existential le « dans » signifie un « être-auprès-de », (partager la familiarité ou l'intimité de quelqu'un). Le monde dans « être-au-monde » n'est pas un supercontenant. Le « dans » ou le « au » dans cette expression signe la proximité, la familiarité. La particule de liaison revêt des significations multiples qui correspondent à autant de manières de se comporter (sentir, toucher, aimer, manier, manipuler).
« Le Dasein existe toujours en commerce avec un monde qui l'accapare, l'assiège, l'assaille, l'investit au point de l'obnubiler ou de l'hébéter complètement[26] ». Cette diversité infinie de comportements peut et doit être regroupée dans une unité sous-jacente que Heidegger reprend de ses études sur la "phénoménologie de l'existence" qui au plan existential, celui de l'être, prendra comme nom, le « Souci » "Sorge", entendu dans le double sens, empressement auprès du monde et, souci du Soi. Ce caractère soucieux prend une telle importance que Heidegger proclamera :

« Le Dasein ontologiquement compris est Souci »

— Heidegger, Être et Temps trad Vezin p. 91

Pour Heidegger, dire le Dasein est son « Là », ou « être-au-monde », est la même chose, ils révèlent à l'analyse plusieurs existentiaux :

  1. l'affection, ou disposition ou aussi disposibilité (Befindlichkeit) compris essentiellement comme humeur, tonalité ou un « se sentir », Stimmung traduit un accord (joie de vivre) ou un désaccord du Dasein, consciente ou non, vis-à-vis d'une situation donnée. La disposition augmente ou rétrécit son ouverture au monde. Pour Heidegger, il ne s'agit pas ici seulement d'affects psychologique ou sentimentaux mais d'un véritable exitential[27]. Dans la lignée de ses études augustiniennes (voir phénoménologie de l'existence), la situation de désaccord peut accabler le Dasein au point de faire de l'existence un véritable fardeau[28]. En rappelant d'autre part, ce qu'est « la peur », et en quoi elle diffère de l'angoisse, Heidegger nous donne une illustration parlante du phénomène de l'affection (§30 Être et Temps).
  2. la compréhension La disposibilité est une structure dans laquelle se tient l'être-Là, l'être de cette disposibilité est 'l'entendre' « Verstehen » L'entendre selon Heidegger est l'être de la Disposibilité de la Die Befinlichkeit. La disposibilité a à chaque fois son entente quand bien même elle la refoulerait ; « maîtriser une situation », « être à la hauteur », « pouvoir faire face » « la peur » autant d'ententes immédiates. Entendre est inséparable de 'vibrer'. Toutes ces possibilités ontiques élevées au niveau ontologique traduisent un 'pouvoir-être', un 'être possible'. L'entendre intervient donc dans la constitution même du Dasein[29]. L'entendre heideggerien est bien loin du comprendre de la tradition et de la théorie de la connaissance. *Ce comprendre heideggérien est d'abord un 'possible' en tant que capacité, un savoir-faire, un tour de main rendant utilisable l’étant immédiat, qui dès lors se dévoile dans son être à travers l’utilisation ; et aussi un possible en tant pro-jet, un à-venir, qui dévoile un horizon d'actions .Le comprendre 'oriente' le champ des possibles du Dasein. Absorbé dans une ‘préoccupation’, par exemple dans un travail déterminé, je suis « aspiré » dans un « pouvoir-être » lié à cette préoccupation ; aussi toute autre opportunité se présentant à moi est dénuée de sens à mes yeux, je ne l'entends positivement pas si elle ne s’inscrit pas dans l’orientation du pouvoir-être dans lequel je me meus.Je ne peux résoudre un problème mathématique et écouter simultanément une série policière.
  3. le discours ou les mots pour le dire.(Jean Greisch) Dans l'optique heidegerrienne, le discours précède le langage, il en est la condition. Le discours est cooriginaire avec l'affection et le comprendre Ce qui vient au langage c'est toujours une certaine affection, une certaine compréhension. « Aux significations viennent se greffer des mots. Jamais des mots-choses ne se voient assortis après coup de significations » traduction Vezin
    Dans son commerce avec le monde le possible du comprendre est à prendre en un sens existential fort, comme mode fondamental d'être du Dasein qui n'existe que dans et à travers ses possibles .

« Le Dasein est un être possible remis à lui-même, une possibilité de part en part jetée. Le Dasein est la possibilité de l'être-libre pour le pouvoir-être le plus propre[30] »

La Dynamique du Dasein [modifier]

La Mobilité du Dasein [modifier]

C'est à l'Herméneutique de l'expérience de la vie religieuse[13] qu'il a intensément étudiée[31] que Heidegger doit sa compréhension de la mobilité du Dasein, expérience marquée par la pesanteur, la tentation, la fuite devant soi, la chute.

Selon Heidegger, « l'essence du Dasein réside dans son existence »[32], c'est donc la Phénoménologie de l'existence qui est à explorer[33] :

  • L'existence est mouvement permanent (sortie hors de soi).
  • Ce mouvement n'est ni spatial, ni temporel, ne se déroule pas dans le temps, n'est donc pas non plus redevable de la psychologie ni de la volonté : il s'agit d'un mouvement immobile dans l'être même.Ainsi, être-hors-de-Soi ou en avant-de-Soi, c'est être sur le mode du « pouvoir-être ». Le mouvement le plus caractéristique est celui de la chute du Soi dans l'impropriété du monde qui ne doit pas être conçu comme extérieur au Dasein mais comme un mode d'être de celui-ci, le monde impropre est aussi celui du Dasein (§38, dans Être et Temps).
  • La « mienneté »[34] - ou le retour sur soi - est le phénomène principal : le Dasein se rapporte constamment à lui-même, comme à son pouvoir-être, d'où il ressort toujours en avance sur lui-même, deux directions de mouvements sont possibles, la fuite dans l'affairement auprès du monde et la dispersion[35], ou, a contrario, le retour sur son pouvoir-être le plus propre (caractère de ce qui est propre), l'authenticité, ou la perte dans l'inauthenticité[36].
  • L' « être-jeté » : le Dasein de la quotidienneté verse immanquablement dans l'errance et l'inauthenticité, il est toujours fini, toujours incomplet ; amputé d'un certain pouvoir-être originel, il est, de par sa constitution toujours en manque de quelque chose. Il se comprend, mais se comprend mal, comme une chose au milieu d'autres choses. Pour autant, l'erreur sur le « soi » ne concerne que la vision existentielle de la vie (l'affairement au monde), et nullement la pré-science ontologique qu'a le Dasein de lui-même à travers l'appel lancinant de la conscience qui le somme, en étant à la hauteur de sa tâche, de se préoccuper de son être en propre. Cette conscience étant mystérieusement le Dasein lui-même.

C'est en découvrant la « temporalité du dasein » que Heidegger met à jour le fondement de sa mobilité essentielle à travers le concept de l'Être-pour-la-mort[37].

L'Être comme Souci[38] [modifier]

« L'être-au-monde est essentiellement Souci (Sorge) »

— Heidegger, Être et Temps[39]

L'insistance de Heidegger sur cette détermination montre qu'elle ne doit pas être comprise comme « Souci de Soi »[40], car le Soi, en lui-même, est déjà ontologiquement entièrement retour sur soi et y rajouter le souci serait écrire une tautologie.Ce souci est à comprendre comme souci quant à son être ce qui diffère absolument du concept de Soi Le Dasein n'est qu'en étant préoccupé par le monde et sollicité par autrui. Il porte attention à l'étant qu'il est lui-même, mais aussi à l'étant qu'il n'est pas, et qui peut être de l'ordre du Dasein lui aussi. Il faut interpréter le Souci comme une ouverture originaire, à son être en propre et aux autres et c'est cette ouverture à soi et aux autres que le Dasein inauthentique fuit pour se réfugier dans la familiarité et dans l'intimité du chez soi[41].

La Spatialité du Dasein [modifier]

La Spatialité comme question est abordée principalement à travers les livres de Didier Franck[42]et de Françoise Dastur[5], et l'ouvrage de référence Être et Temps[43].

  • Le sens spatial : ici aussi, il faut remiser momentanément la notion d'espace au sens métaphysique, c'est-à-dire un espace habité par une énumération d'étants. Le sens spatial du Dasein ressort avec vigueur de la traduction française, le « Le-Là » qui manifeste le décèlement et l'ouverture et évoque un lieu[44]. C'est à même ce lieu que s'expose le monde. Mais cet être n'est pas abstrait, il est à chaque fois « le mien », celui qui est l'objet de mon souci, « la mienneté » est le rapport du Dasein à son être qui rend possible le « je », « spatialement incarné et sexué »[34].
  • Le phénomène fondamental est toujours l'« Être-au-monde » à partir de quoi une détermination spatiale doit pouvoir être exposée. « L'espace n'est compréhensible qu'à partir de la mondanéité parce que l'espace est dans le monde et non le monde dans l'espace »[45].
  • Le monde ambiant Umwelt de la quotidienneté s'étend sur tous les étants dont le Dasein a le souci. Les étants s'organisent en complexes d'outils, en contrées (exemple : la table de travail avec livre, cahier, stylo…). Jamais il n'y a primitivement perception d'objet séparé[46]. C'est la préoccupation qui assure le discernement du Dasein quotidien, c'est elle qui se heurtant au dysfonctionnement, découvre tout à coup l'objectivité de l'objet, cachée à ses yeux jusque ici.
  • La finalité : dans la préoccupation du Dasein auprès du monde, ce qui est premier est « la finalité » (le marteau sert à enfoncer un clou, le clou à réparer une semelle, la semelle complète le soulier, etc.). Il n'y a de compréhension que de « celle d'un complexe référentiel tout entier »[47] et « ces rapports, cramponnés les uns aux autres en une totalité originaire, sont ce qu'ils sont en tant que référer-signifiant par lequel le Dasein se donne d'avance à comprendre son être-au-monde »[48].
  • « Au sens existential, l'être-au, ne vise donc pas l'inclusion dans une étendue corporelle (dans un espace), mais un habiter »[49] : habiter étant compris comme une façon d'être à l'espace, un mode de spatialisation. Le Dasein habite son monde, dans lequel il a ses aises (Wesen), monde qui se distribue en contrées fonctionnelles dans lesquels les étants, comme « outils respectent leur appartenance finalisée à un ensemble »[50]. Dans son commerce avec le monde ambiant, le Dasein est essentiellement « é-loignant » qui dans le sens que lui donne Heidegger, est une constitution d'être du Dasein signifiant « abolition du lointain » en laissant venir à son encontre dans la proximité[51].
  • La spatialité du dasein : Avec une tendance fondamentale à la proximité, le Dasein est aussi « orientant » à travers l'organisation des contrées. La proximité ou la distance ne sont pas des grandeurs fixes. Le plus éloigné physiquement peut être le plus proche, c'est le Dasein qui dans sa préoccupation circonspecte décide de ce qui lui est proche ou lointain[52]. La possibilité de penser la spatialité et notamment l'orientabilité du Dasein soulève la question du corps que les deux commentateurs Jean Greisch et Françoise Dastur reconnaissent manquer dans l'analyse existentiale et ce manque poser problème.
  • Le Dasein n'est jamais dans l'espace à la manière d'une chose, il « l'occupe » sur le fond de sa préoccupation[5], il est à la fois un « ici » mais aussi un « là-bas », un proche et un lointain comme il est dans sa temporalité un « à-venir » et un « avoir-été ». Le Dasein porte son espace avec lui.

La « Temporalité » du Dasein [modifier]

La « Temporalité » du Dasein comme la Temporalité en général sont en tant que question fondamentale abordées à travers les travaux de Françoise Dastur[53].

L'analyse existentielle [modifier]

Article détaillé : phénoménologie de l'existence.

Pour l'appréhender, le philosophe doit expliciter en tant que tels les aspects de la mobilité du Dasein : comme projet en vue de soi-même, le Dasein quotidien s'explicite existentiellement (dans le monde concret) en une suite de moments qui sont ses modes d'être.

L'« être-au-monde » quotidien existe d'abord, toujours et à chaque fois, sur le mode de la « dispersion », du « hors de soi », où le « soi propre » ne se distingue pas de la moyenne, du « on » (« on » pense comme les autres pensent) : c'est la « déchéance » qui signifie un mode d'être, eloigné de son moi propre, un « être-déchu » en immersion dans le monde (affaires ou divertissement). Pour Heidegger Ce mode en immersion n'est rien d'autre qu'un refus et un recul devant la marche vers le propre « soi-même », ordonné par la conscience au sens heideggerien[54] d'où il résulte un sentiment de défaut permanent, de manque, d'incomplétude[55] de l'être qui se sent alors « en dette ».

Cependant, il ne peut y avoir fuite devant soi-même que si, en quelque façon, le Dasein est déjà mis en présence de son soi-même en propre, de son être possible car on ne peut fuir que devant ce que l'on connaît déjà en quelque manière. Or, il n'y a rien dans la préoccupation quotidienne y compris la méditation solitaire, qui puisse expliquer ce face-à-face, rendre compte de cette connaissance anticipée, ni de l'angoisse qui en résulte : au contraire, puisque le but de cette immersion dans le quotidien, de l'affairement et de l'étourdissement dans le monde comme des comportements de retrait visent justement de l'éviter, de l'oublier[56] ; c'est dans une autre dimension qu'il faut rechercher les conditions et modalités de cette confrontation.La décision pour le Soi n'implique à priori aucun renoncement mais seulement un autre regard sur le monde.

L'analyse existentiale [modifier]

L'« angoisse », qui libère momentanément de la fascination du monde, transporte bien le Dasein devant son « être-possible » le plus propre. Mais mal comprise, elle conduit le plus souvent à accélérer la fuite et à un redoublement de la « préoccupation », au sens où elle n'est pas la modalité d'existence qui assure l'appropriation du « soi » dans sa vérité[53].

C'est le phénomène anticipé de sa mort qui va assurer au Dasein la base phénoménologique de cette compréhension, et lui donner la possibilité d'exister en mode propre, par la « résolution anticipante »[53].
La mort n'est alors plus événement lointain, mais endurance, ici et maintenant, d'une pure possibilité selon l'expression de Françoise Dastur : « possibilité de l'impossibilité sans mesure de l'existence » qui est aussi la conquête de son « être en propre », l'« Être-vers-la-mort », où le Dasein a à faire face à la déréliction la plus complète, mais qui est aussi le fondement nécessaire de son ipséité, de son être-soi.

Le temps comme structure intime du Dasein [modifier]

À ce stade sont réunis les éléments fondamentaux : le « souci », la « conscience », l'« Être-vers-la-mort », la « résolution anticipante », qui permettent d'articuler l'être-temps du Dasein[57].

  1. Il est de l'essence du Dasein d'être perpétuellement en recherche de « soi-même ». Le Dasein se comprend à partir de son pouvoir être le plus propre, celui que lui découvre l'« Être-vers-la-mort », qu'il est. Dans l'attente de son pouvoir être le plus propre qui donne lieu à la « résolution anticipante »[58], le Dasein existe toujours en avant de lui-même.Ce qui est à souligner c'est que cette « Possibilité » qui n'est en aucun cas assimilable à une potentialité est par elle-même ,d'ores et déjà pour le Dasein déploiement du temps dans l'être-pour-l'avenir»[59]. Cet « ad-venir à soi » dans l'horizon de l'être-révolu, va constituer le concept existential d'« avenir »
  2. Comme « Être jeté », le Dasein a toujours déjà été : cet « avoir-été » est partie intégrante de l'existence du Dasein, au sens où cet « être-été » est toujours aussi, comme l'« ad-venir », une possibilité ouverte de soi-même. Paradoxalement, cet « être-été » repris dans la résolution anticipante, comme possibilité, fait existentialement partie de l'avenir.
  3. En attente d'une possibilité, c'est-à-dire en existant comme « ad-venir » à soi et rappel de son « avoir-été », le Dasein présentifie l'étant et se présentifie lui-même, devant l'étant subsistant auprès de lui. Autrement dit, le Dasein préoccupé s'ouvre à chaque fois à la présence des choses, il les reçoit et les comprends.
  4. L'ouverture d'un monde comme structure constitutive du Dasein, « Être-au monde », « n'est possible que lorsqu'elle est rapportée à une fermeture plus originelle qu'elle »[60], à savoir l' Être-vers-la-mort.

Ces articulations sont originairement unies dans ce qu'Heidegger appelle l'extase temporelle. Ce n'est que d'une manière dérivée qu'elles apparaissent et divergent dans les trois moments du temps linéaire comme présent, avenir et passé. La temporalité du Dasein est dite originaire par rapport au temps physique, objectif et linéaire.

L'Historialité ou l'historicité du Dasein [modifier]

Heidegger combat de toutes ses forces le risque qui pèse sur une telle représentation temporelle d'être comprise en terme de spatialité ou de successivité qui supposerait l'existence d'un soi auquel il échoirait en outre de s'étendre[61]Comme la spatialité le Dasein est d'emblée constitué en extension et non pas comme un soi statique avec une relation au temps problématique . C'est dans cette mesure seulement que le Dasein peut être dit Temps


La Multi-dimensionnalité du Dasein [modifier]

L'entreprise d'Heidegger ne consistait pas seulement à élaborer de nouveaux horizons inexplorés au sein de la phénoménologie transcendantale de Husserl. En mettant en lumière la co-appartenance du voilement et du dévoilement, de la présence et de l'absence ,de la vérité et de la non vérité Hans-Georg Gadamer[62] pointe un changement décisif dans le concept de l'essence WESEN en provenance de la tradition métaphysique qui sera dorénavant reçue comme la manière temporelle dont une chose déploie son être qu'elle soit présente ou non ,qu'elle soit ici ou ailleurs.Selon Hölderlin l'absence des dieux ne nomment pas un non-être mais un « être » d'autant plus dense qu'il est silencieux.

Être-en-faute, Conscience et Résolution [modifier]

  1. C'est à travers l'expérience de sa négativité que le Dasein se découvre, selon l'expression d'Heidegger, « en faute ». Dans son existence jetée, il est remis à lui-même et responsable de lui-même, sans jamais avoir été maître de son propre fondement[63]. De plus, comme « être jeté-se-projetant », il renonce à certaines possibilités de Soi qui représentent une seconde source de négativité. Or jeté dans l'existence, il existe comme vivant comprenant toujours déjà « QUI, il peut être », « QUI, il est » et « QUI, il a à être »[64]. La conscience qui lui révèle son être possible n'est autre que l'appel du Dasein lui-même en tant « qu'il a à être et qu'il n'est pas à ce qu'il est[65] ». À noter que cette conscience, qui n'est autre que le Dasein lui-même dans ses profondeurs, n'a aucun caractère moral, juridique ou de psychologique.
Article détaillé : Être-en-faute.
  1. La conscience ramène le Dasein, perdu dans le « On », à son être en propre, qui n'est autre que l'Être-en-faute pétri de négativité [66]. Sur l'injonction de la conscience, le Dasein s'ouvre à lui-même comme il est ouvert au monde. C'est cette ouverture à soi-même, dans son intime vérité, qu'Heidegger nomme Résolution, cette Résolution, qui est aussi transparence, fait écho, la décision volontaire en moins, à l'injonction augustinienne « à ne pas s'en laisser conter ». À noter qu'il ne s'agit pas d'un enfermement sur Soi et que le Dasein résolu, inquiet pour son être, reste toujours « être-au-monde », il est toujours auprès des autres mais dorénavant, à partir de lui-même, et non plus sur la base d'un comportement moyen public et dans cette mesure il devient apte à accueillir le propre d'autrui, c'est-à-dire autrui dans sa vérité non mondaine[67] .
Article détaillé : Être-avec.

Facticité et Contingence [modifier]

L'analyse des modes marquants de l'existence facticielle, autrement dit les situations concrètes successives du Dasein dans son quotidien est potentiellement infinie[68].

Il suffit de décliner les termes de peur, d'emballement, de tentation, de désir, de répulsion, de culpabilité, de fragilité, de chute, de dispersion, de fuite, de fardeau, de faillibilité et d'empêtrement dans des situations impossibles, tous ces termes recouvrent des vécus qui correspondent à l'emportement et à la confusion de la vie concrète de l'homme, dans la tribulation de l'existence, d'un homme qui ne cesse pas de se perdre et de se retrouver.

Jean Greisch fait dans son ouvrage « L'Arbre de vie et l'arbre du savoir »[33] une ample description du contenu de ces phénomènes.
En outre la facticité heideggerienne exprime le fait que « l'être-Là est facticiellement responsable de son être qu'il ne peut pas ne pas être »[69].

Die Unheimlichkeit [modifier]

En toute rigueur le Dasein est toujours un étranger dans son monde et pour lui-même Françoise Dastur, en particulier, a travaillé sur ce concept limite comme la finitude[70].

  • L'angoisse défait le sentiment de familiarité que le Dasein entretient avec son monde.
  • Le Dasein qui « habitait » jusque-là en toute quiétude le monde quotidien qui était le sien, avec l'angoisse, est subitement expulsé de chez lui.Dans l'angoisse ,l'ensemble de la tournure du monde se révèle indéfinissable et absurde .

Il n'est plus dans ses aises avec les choses et les êtres qui l'entourent. Cette étrangeté de situation Die Unheimlichkeit est aussi un mode essentiel de son rapport au monde.

  • Heidegger nous dit que la structure de ce comportement comme étranger au monde est même plus originelle que la situation de quiétude et de familiarité, témoin déjà ce dire ancien d' Héraclite sur la présence de l'insolite au sein même du plus familier [71]
  • C'est la familiarité qui est un mode déchéant et dérivé, du ne pas « être-chez-soi »[41]; on est « chez soi » en se masquant que l'on est toujours essentiellement « pas chez soi » y compris dans le monde ambiant, le monde rassurant du quotidien [72].
  • La Verfallenheit traduite par chute ou fuite, est une fuite de l'étrangeté vers la familiarité autrement dit une recherche de quiétude, de certitude et de sécurités.
  • En son fond le Dasein de l'être-jeté ne trouve jamais de fondement, ni de sol natal il est Heimatlosigkeit ; le toujours « ne pas être chez soi » appartient à son essence la plus propre.
  • L'habiter « authentique » prend une toute autre signification que la réception traditionnelle (la familiarité avec le monde), l'habiter « authentique » de l'homme est l'ouverture à l'étrangeté, à l'insolite[73], à la négativité même (voir Être-en-faute). Cette conséquence a échappé à Emmanuel Levinas qui dans Totalité et infini reproche l'enfermement d'Heidegger et l'impossibilité d'ouvrir le Dasein à une éthique de l'autre.

Paradoxalement la pensée de Heidegger est aussi une pensée de l'errance.

La Finitude du Dasein [modifier]

« Plus originelle que l'homme est la finitude du Dasein en lui. »

— Heidegger, Questions I & II, p. 32

Comme l'être chez Aristote, la Finitude se dit de multiples manières, la plupart chez Heidegger apparaissent comme une transposition d'origine religieuse.

Tout Être et Temps est ainsi imprégné de motifs néo-testamentaires[74], constate Christian Sommer ; le thème de la finitude, d'origine paulinienne, tourne autour du même constat de la « Nihilité » du vivant humain qui se déploie dans toute l'analytique du Dasein, à travers des thèmes fondamentaux :

  1. L'angoisse : l'angoisse ordinaire révèle l'insignifiance du monde et la futilité de tous les projets de la préoccupation quotidienne. Par contre-coup, cette impossibilité dévoile la possibilité d'un pouvoir-être propre, dégagé des préoccupations mondaines.
    « En faisant disparaître les choses intra-mondaines l'angoisse interdit la compréhension de soi même à partir des possibilités ayant trait à elles et elle amène ainsi le Dasein à se comprendre à partir de lui-même, le ramène à soi-même »[75].
    Ramené à soi-même, le souci, qui reste une compréhension du monde, comprend sa possibilité à partir de sa propre possibilité d'exister, c'est-à-dire conformément à sa situation d'« être-jeté », et non plus à partir du maniement des objets extérieurs[76].
    Le Dasein angoissé n'en reste pas moins « empêtré » et « empêché » de retrouver son être le plus propre que seule la conscience authentique de la mort lui donnerait.
  2. La déchéance : à la vie « facticielle » qui se dissout et s'aliène dans la multiplicité, auquel tente de s'opposer un contre mouvement de retenue et de retour à l'unité. Le Dasein responsable de lui-même souffre d'un verrouillage du chemin d’accès à soi-même que lui impose l'opinion moyenne en lui offrant un abri dans de fausses théories et d'illusoires sécurités[77].
  3. La mort : Le "ON" cherche à surmonter la mort en faisant miroiter le réconfort d'un au-delà ou bien en disant que la mort n'est pas encore là [78]. C'est l'angoisse qui nous délivre de cette pression, qui nous fait passer d'emblée d'un mode d'être déchu à l'autre, au mode "authentique". Une telle angoisse nous projette face au Néant devant lequel le plus intime de nous-même (l'essence de notre être) se trouve définitivement annihilée. Le Dasein promis au Néant, existe de façon finie. Avec le mourir, le Dasein authentique comprend qu'à chaque instant, la vie a un sens et que la seule certitude qui lui reste c'est que ce sens ne sera jamais parachevé.
    Le sens de l'existence n'est alors plus à penser comme un accomplissement[79].

La finitude du Dasein s'affirme, sans le dire expressément, de bien d'autres manières[80] :

  • Tout pro-jet se trouve jeté, c'est-à-dire déterminé par le déjà existant, la négativité lui est constitutive.
  • Sa temporalité circulaire est finie.
  • Vis-à-vis de l'Être le Dasein est en position d'écoute.
  • Pour se comprendre,lui-même, le Dasein a besoin du Monde.
  • C'est l'histoire de la vérité de l'Être qui commande sa propre compréhension.
  • Toute possibilité existentielle mise en œuvre implique d'autres possibilités retirées.

Enfin et en toute rigueur la « Die Unheimlichkeit », le à jamais « ne pas être chez Soi » examiné plus haut est un des des traits les plus caractéristiques de la Finitude humaine.

Ce qui est remarquable et proprement révolutionnaire dans cette approche c'est le rôle attribué à cette Finitude. En effet ce n'est pas malgré, mais à cause de la Finitude et de son historicité, que le Dasein incarne le sol authentique à partir duquel pourront être compris tous les modes dérivés de la métaphysique classique le monde, le temps, l'objectivité, le sujet[81].

Le destin du concept de Dasein [modifier]

Dans la pensée ultérieure d'Heidegger [modifier]

Dés 1929, dans son livre sur Kant, il n'est plus question du Dasein de l'homme, mais tout-à-coup du Dasein dans l'homme[82]. Après-guerre, Heidegger adopte une nouvelle graphie du terme « Da-sein » avec un trait d'union qui signale une évolution dans sa compréhension de l'essence humaine. Dans la Lettre sur l'humanisme de 1946 Heidegger accentue la thématique de la Finitude et de l'errance[83]. De quasi-configurateur de monde dans Être et Temps, le Dasein est alors perçu comme « ek-sistant dans l'ouverture de l'être[84] ». L'homme n'est dorénavant plus compris comme le « fondement-jeté » de l'éclaircie mais comme celui qui se tient en elle et qui lui est redevable de son propre être[85].
Le Dasein des débuts, en ce qui lui reste de l'homme métaphysique, s'efface définitivement devant le qualificatif de « mortels » pour être compris sur un pied d'égalité, dans l'unité du « Quadriparti » : les hommes, les dieux, la terre et le ciel. Ce « Quadriparti » va constituer la dernière appellation de l'Être.

Dans la philosophie [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. Jean Grondin Le tournant dans la pensée de Martin Heidegger Epiméthée PUF 1987 note 17 page 87 Le Dasein n'est plus un « cogito sum » mais « sum moribundis » si bien que c'est le muribundis qui donne sens au sum,à l'être que je suis.
  2. Jollivet et Romano 2009
  3. Heidegger 1996
  4. Greisch 1994, p. 110 §9
  5. a, b et c Dastur 2011
  6. Greisch 1994, Introduction
  7. Greisch 1994, §12
  8. Dastur 2011, p. 100-117
  9. Heidegger et Beaufret 1970
  10. Martin Heidegger, Question III, p. 157
  11. a et b Beaufret, p. 212
  12. Heidegger 1986, p. §38
  13. a et b Heidegger 2011, p. 25
  14. Levinas 1988, p. 83
  15. Dastur 1990, p. 63
  16. Dastur 2011, p. 46
  17. Heidegger 1986
  18. a et b Greisch 1994, p. 121
  19. Jollivet 2009, p. 84-93
  20. Greisch 1994, p. 115
  21. Françoise Dastur , Heidegger et la pensée à venir Problèmes et Controverses VRIN 2011 page47
  22. Arrien 2001, p. 63
  23. Greisch 1994, p. 159
  24. Greisch 1996, p. 142
  25. Le concept de temps 1924 Cahier de l'Herne Heidegger Le concept de temps 1924 biblio essais 1983 page 40
  26. Greisch 1994, p. 126
  27. Greisch 1994, p. 178
  28. .Heidegger, Être et Temps, p. 178
  29. Greisch 1994, p. 188
  30. Greisch 1994, p. 191etHeidegger,Être et Temps, p. 189.
  31. Greisch 2000, p. 22-29
  32. Levinas 1988, p. 86
  33. a et b Greisch 2000
  34. a et b Franck 1986, p. 31
  35. Larivée et Leduc 2001, p. 30-50
  36. Greisch 1994, p. 114
  37. Dastur 1990, p. 56-73
  38. Jacques TaminiauxHEIDEGGER ET LES GRECS A L'EPOQUE DE L'ONTOLOGIE FONDAMENTALE page 7 http://secure.pdcnet.org/85257744004FA811/file/EDC69C8D13708EBA8525777C006A8F45/$FILE/etudphen_1985_0001_0001_0097_0114.pdf
  39. Heidegger 1986, p. 242
  40. Dastur 2011, p. 128-132
  41. a et b Dastur 2011, p. 129
  42. Franck 1986
  43. Heidegger 1986, p. §70
  44. Franck 1986, p. 18
  45. Franck 1986, p. 41
  46. Franck 1986, p. 43
  47. Franck 1986, p. 50
  48. Franck 1986, p. 51
  49. Franck 1986, p. 58
  50. Franck 1986, p. 67
  51. Franck 1986, p. 82
  52. Greisch 1994, p. 151
  53. a, b et c Dastur 1990
  54. Greisch 1994, p. 285
  55. Dastur 1990, p. 57
  56. Dastur 1990, p. 48-49
  57. Heidegger 1989, p. 319-323
  58. Greisch 1994, p. 306
  59. voir note Michel Haar dans Le concept de temps 1924 Cahier de l'Herne Heidegger Le concept de temps 1924 biblio essais 1983 page 53
  60. Dastur 1990, p. 60
  61. Françoise Dastur Heidegger et la question du temps Philosophies PUF 1990 page 81
  62. H.G. Gadamer Les Chemins de Heidegger Textes Philosophiques VRIN 2002 page 94
  63. Dubois 2000, p. 79
  64. .Heidegger 1986, p. 333
  65. Greisch 1994, p. 284-298
  66. Dubois 2000, p. 80-81
  67. Dubois 2000, p. 81
  68. Greisch 2000, p. 17
  69. Sommer 2005, p. 140
  70. Dastur 2011, p. 102
  71. Lettre sur l'humanisme trad Roger Munier, bilingue,1979 Aubier page 145-149 " ici aussi les dieux sont présents"
  72. Dans le cercle immédiat de l'étant qui nous entoure,nous nous croyons chez nous.L'étant y est familier,solide,assuré.Néanmoins,une perpétuelle réserve court à travers l'éclaircie sous la double forme du refus et de la dissimulation.L'assuré au fonde n'est pas assuré; il n'est pas rassurant du tout- De l'origine de l'Œuvre d'art Chemins qui ne mènent nulle part Tel Gallimard p 59
  73. Dastur 2011, p. 130
  74. Sommer 2005, p. 122
  75. Levinas 1988, p. 74
  76. Levinas 1988, p. 75
  77. Sommer 2005, p. 145
  78. Jean Grondin Le tournant dans la pensée de Martin Heidegger Epiméthée PUF 1987 page 85_86
  79. JL Nancy, Être pour la mort, France Culture, 17/05/2011 - Les Nouveaux chemins de la connaissance
  80. Corvez 1961
  81. Hans-Georg Gadamer Les Chemins de Heidegger Textes Philosophiques VRIN 2002 page 151
  82. H-G Gadamer Les Chemins de Heidegger Textes Philosophiques VRIN 2002 page134
  83. Lettre sur l'humanisme p 145 et sq
  84. Dastur 2011, p. 92
  85. Françoise Dastur Heidegger et la pensée à venir VRIN 2011 page 62

Bibliographie [modifier]

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  • Martin Heidegger (trad. Kōstas Axelos, Jean Beaufret, Walter Biemel et al.), Questions I et II, Paris, Gallimard, coll. « Tel » (no 156), 1990, 582 p. (ISBN 2-07-071852-2) (notice BnF no FRBNF350674510) 
  • Martin Heidegger, Les problèmes fondamentaux de la phénoménologie, Gallimard, 1989 
  • Martin Heidegger, Phénoménologie de la vie religieuse, Gallimard, 2011 
  • Martin Heidegger et Eugen Fink, Héraclite, Séminaire du semestre d'hiver - 1966-1967
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  • Martin Heidegger (trad. Alain Boutot), Ontologie. Herméneutique de la facticité, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de Philosophie », 2012, 176 p. (ISBN 978-2-07-013904-0) 
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  • Didier Franck, Heidegger et le problème de l'espace, Éditions de Minuit, coll. « Arguments », 1986 (ISBN 2-7073-1065-4) 
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  • Servanne Jollivet et Claude Romano, Heidegger en Dialogue (1912-1930), J. Vrin, coll. « Problèmes et Controverses », 2009 (ISBN 2-7116-2203-7) 
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  • Annie Larivée et Alexandra Leduc, « Saint Paul, Augustin et Aristote comme sources gréco-chrétiennes du souci chez Heidegger », Revue philosophie, Éditions de Minuit, no 69, 2001, p. 30-50 (ISSN 1968-391X) [lien DOI] 
  • Emmanuel Levinas, En découvrant l’existence avec Husserl et Heidegger, J. Vrin, coll. « Bibliothèque d'histoire de la philosophie », 1988 (ISBN 2-7116-0488-8) 
  • Christian Sommer, Heidegger, Aristote, Luther - Les sources aristotéliciennes et néo-testamentaires d'Être et temps, PUF, coll. « Épiméthée », 2005 (ISBN 978-2130549789) 
  • Marlène Zarader, Heidegger et les paroles de l'origine, J. Vrin, 1986 (ISBN 978-2711608997) 
  • Hans-Georg Gadamer Les Chemins de Heidegger Textes Philosophiques VRIN 2002

Voir aussi [modifier]

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]