Léon Chestov

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Léon Issaakovitch Chestov (en russe : Лев Исаакович Шестов), né Jehuda Leib Schwarzmann le 13 février 1866 (31 janvier 1866 du calendrier julien) à Kiev et mort le 20 novembre 1938 à Paris, est un philosophe russe.

Sommaire

Biographie [modifier]

Lev naît dans une famille juive de commerçant manufacturier en tissus. Son père, Isaak Moisseevitch Swarzmann, une forte personnalité, autoritaire, est très respecté et bon connaisseur de la tradition juive et de la littérature hébraïque.

Études

Chestov fait ses études secondaires Kiev puis à la faculté de physique-mathématiques de Moscou (1884). Suite à un conflit, il abandonne ses études scientifiques pour le droit, qu'il effectue à l'Université de Kiev. En 1889, la censure refuse la soutenance de sa thèse, consacrée à la législation ouvrière, au contenu qualifiée de révolutionnaire, ce qui lui ferme l’obtention de son doctorat. Malgré tout, la faculté de Kiev l'accepte et son nom apparaît sur la liste des avocats de Saint-Pétersbourg.

Après son service militaire (1890), il effectue un stage au sein d'un cabinet d'avocat de Moscou, tout en gérant l'entreprise paternelle sauvée de la faillite en 1891. Il en prend la direction de 1908 jusqu'à son exil en 1919. Malgré la contrainte que représente la gestion de la manufacture, il abandonne le droit et se tourne vers l'écriture et la philosophie.

Il a une liaison clandestine avec une employée orthodoxe, Aniouta Listopadova qui lui donne un fils, Serghei Listopadov, né en 1892.

Débuts philosophiques

Dès 1895, paraissent, non signés, ses premiers textes littéraires et philosophiques : « Le Problème de la conscience (à propos de Vladimir Soloviev) » et « Georg Brandes sur Hamlet ». C'est aussi l'année d'une crise morale et d'une dépression nerveuse. L'année suivante, il part en Suisse à Genève pour s'y soigner, travaillant à son premier livre, « Shakespeare et son critique Georg Brandes » qui paraît en 1898, à Saint-Pétersbourg chez A. Mendeleevitch, à compte d'auteur et sous le pseudonyme de Lev Chestov. Le livre passe quasiment inaperçu.

Il séjourne aussi près de Vienne, à Carlsbad, à Berlin, au Tréport, à Paris, à Munich. À Rome où il s'installe un temps, il rencontre une étudiante en médecine, Anna Eleasarovna Beresovskaya, qu'il épouse en 1897, à l’insu de ses parents. De cette union naissent ses enfants : Tatyana (1897) et Nathalie (1900).

Portrait de Léon Chestov par Leonid Pasternak, 1910

Il effectue des retours réguliers en Russie pour participer à partir de 1899 aux réunions de diverses sociétés littéraires et de philosophie religieuses à Saint-Pétersbourg, Moscou ou Kiev et gérer l'entreprise jusqu'en 1914. Il rencontre et se lie avec Nicolas Berdiaev, Mikhaïl Boulgakov, A. Lazarev, G. Tchelpanov ainsi que Dimitri Merejkovski, Vassili Rozanov, Z. Vengerova et Remizov avec qui il correspondra toute sa vie.

En 1905, « L'Apothéose du déracinement » lui vaut dans diverses revues de nombreux articles de I. Eihenvald, Berdiaev, Remizov et Rozanov.

En 1908, l'entreprise familiale est transformé en société. Il en prend la direction, mais se réserve plus de temps pour son travail personnel. À l'automne paraît « Les Commencements et les fins », un recueil d'articles parues en revues entre 1905 et 1907. Il s'installe à Fribourg-en-Brisgau.

Le 2 mars 1910, il rend visite à Léon Tolstoï à Iasnaia Poliana. Il s'installe en Suisse à Coppet, Villa des Saules, où il reste jusqu'en juillet 1914. Il travaille aux études sur la philosophie grecque, les mystiques, Luther et des théologiens allemands spécialistes de Luther Harnack et Denifle. Ce travail aboutie à une première version de Sola Fide qui lui est confisqué à la douane, à son retour en russie en juillet 1914. Il s'installe à Moscou et commence à rédiger « Potestas Clavium », où il reprend nombre de thèmes abordés dans « Sola Fide ». En février 1915, il est élu membre de la Société de Psychologie de Moscou, un centre d'études religieuses.

En 1917, son fils Serghei Listopadov, meurt au combat.

En 1918, il quitte Moscou pour Kiev, où il loge chez sa sœur, Sophie Balachovski. L'année suivante, il rédige la version définitive de « Potestas Clavium » qui n'est publiée à Berlin qu'en 1923. À l'automne, il se rend avec sa famille à Yalta, cherchant le moyen de se rendre en Suisse.

L'exil parisien

En janvier 1920, il obtient des places pour Constantinople, puis Gênes, puis Paris et enfin, à Genève où il est hébergé par sa sœur, Madame Lowtzky. En avril 1921 il s'installe à Clamart, puis à Paris, dans le 15e arrondissement, rejoignant la vaste communauté russe émigrée.

Le peintre Savely Sorine fait son portrait, actuellement conservé au Metropolitan Museum of Art à New York[1].

En 1922, il publie « Le dépassement des évidences » dans numéro de février de La Nouvelle Revue française, traduit par Boris de Schloezer, ami de l'auteur, accompagné d'un article de André Gide et un article de Jacques Rivière, ainsi que des textes de Dostoïevski. À la fin de l'année au Mercure de France, Boris de Schloezer publie « Un penseur russe : Léon Chestov ». De Schloezer fera énormément pour la réception du philosophe en France.

Il rencontre André Gide, donne des cours de philosophie religieuse à la Sorbonne, collabore à des revues, notamment dès 1926 à la Revue philosophique que dirige Lucien Lévy-Bruhl.

« Potestas Clavium » est traduit en allemand dès 1926. Il voyage à Berlin, Halle ainsi que Prague et Cracovie. En 1928, à l'occasion d'un séminaire à Amsterdam, il rencontre Husserl qu'il revoit régulièrement jusqu'en 1933, soit à Fribourg, chez lui, soit à Paris où Husserl a été invité plusieurs fois. Husserl fait découvrir le philosophe danois Søren Kierkegaard, son « double intellectuel ».

En Allemagne, la même année, il rencontre aussi Heidegger et Max Scheler. On pense que le « Qu'est-ce que la métaphysique ? » (1929) de Heidegger, est inspiré des conversations des deux hommes[2].

En 1930, ses filles se marient et il déménage à Boulogne-sur-Seine, où il reste jusqu'à sa mort.

C'est en mai 1932 qu'il termine la rédaction de « Dans le taureau de Phalaris » [В Фаларийском быке] dont les derniers chapitres sont entièrement consacrés à Kierkegaard. Suivit de son « Kierkegaard et la philosophie existentielle », achevé en 1935, mais écrit dès 1930 ou 1931, ouvrage fondamental dans la philosophie existentielle chrétienne.

Il découvre la Palestine en 1936 à l'occasion d'une tournée de conférences et participe à des émissions de radio portant sur l’œuvre de Dostoïevski et Kierkegaard à Radio-Paris en 1937[3].

Il meurt le 20 novembre 1938 à la Clinique Boileau et est enterré le surlendemain, au cimetière de Boulogne-sur-Seine.

L'Œuvre [modifier]

On distingue plusieurs périodes dans l’œuvre :

  • Avant 1895 ses idées sont surtout préoccupées de questions sociales et économiques.
  • De 1895 à 1911, il entreprend une quête vers la philosophie de la vie. En 1911 il rédige sur Sola fide où intervient les mystères de la foi biblique tout en gardant une orientation sceptique[4].
  • Une troisième période, de 1911 au débuts des années 1930 s'annonce comme religieuse, existentialiste et biblique, caractérisée par un théocentrisme affirmé.
  • Une quatrième période jusqu'à sa disparition.

Son premier livre, « Shakespeare et son critique Georg Brandes » paraît en 1898, puis « L'idée du Bien chez Tolstoï et Nietzsche » écrit en 1898 et publié en 1900, grâce à la recommandation de Vladimir Soloviev ; « Sur les confins de la vie : l'apothéose du déracinement » en 1905 ; « Les Commencements et les Fins » et en 1910 « Les grandes veilles ».

Ses livres les plus fameux sont « Le Pouvoir des clefs » (écrit en 1915), « Sur la balance de Job » (écrit en 1929) et « Athènes et Jérusalem » (écrit entre 1928 et 1937 et pub. en 1938). Chestov considérait ce dernier livre comme son œuvre majeure. L'opposition entre la connaissance et la foi y est plus radicale que jamais : Le tonnerre, les cris, tout cela est avant la raison (« Athènes et Jérusalem, p. 252).

L'œuvre de Chestov est méconnue. Probablement parce qu'elle se situe en dehors des grands systèmes de la philosophie. Il est difficile de résumer la pensée de Chestov qui passe par la philosophie, ses différents systèmes de pensées, pour s'en dégager et aborder les questions à ses yeux essentielles, notamment religieuses et spirituelles. C'est par cette démarche qu'il manifeste sa liberté et sa créativité. Il dialogue avec Dostoïevski, Tertullien, Plotin, Platon, Luther, Tolstoï, Mozart, Spinoza, Blaise Pascal, Kierkegaard, Kant avec qui il « discute » comme s'ils étaient dans le paradis ou l'enfer des philosophes et des artistes.

De grands thèmes traversent ses réflexions qui reviennent constamment sous diverses formes de livre en livre. Ainsi s'oppose à son réalisme sceptique impitoyable qu'il considérait comme sa « mauvaise part »[5], une religiosité passionnée qui s'exprime dans l'élan lyrique ou l'aphorisme ; ajoutant citations latines, grecques ou allemande dans le texte...

Léon Chestov

Œuvres publiées [modifier]

Les archives Léon Chestov sont conservées à la Bibliothèque de la Sorbonne et contiennent grande partie d'inédits.

  • « Shakespeare et son critique Brandès » [Šekspir i ego kritik Brandès] (Pub. Saint-Pétersbourg, 1898, 1911)
  • « L'Idée de bien chez Tolstoï et Nietzsche (Philosophie et Prédication) » [Dobro v ucenii gr. Tolstogo i F. Nitše (filosofiâ i propoved')] (Pub. Saint-Pétersbourg, Revue Русское богатство, n° février-mars 1900 ; Éditions du siècle, Paris 1925, introduction de Jules de Gaultier, Traduction T. Beresovski-Chestov et Georges Bataille ; rééd. Éd. Vrin, 1949 et 2000) (ISBN 2711601390).
  • « Les Révélations de la mort. Dostoïevski et Tolstoï » [Dostoevskij i Nitše] (Pub. Saint-Pétersbourg, L'Univers de l'art [Мир искусства / Mir iskusstva], six numéros de 1902 - Éd. Plon, 1923 traduction et préface de Boris de Schloezer, rééd. 1957).
  • « Sur les confins de la vie. (Apothéose du déracinement) » [Apoféoz bespočvennosti (Opyt adogmatičeskogo myšleniâ)] (Pub. Saint-Pétersbourg, 1905, Paris, 1927).
  • « Le Pouvoir des clefs » (« Potestas clavium ») (écrit en 1915 - Ed. Skify, Berlin 1923, traduction Boris de Schloezer 1928, Flammarion 1967, précédée de Rencontres avec Léon Chestov par Benjamin Fondane ; Éd. Le Bruit du temps, 2010, (ISBN 2358730203)).
  • « Qu'est-ce que le bolchevisme ? » (Éd. Otto Elsner Verlagsgesellschaft, 1920).
  • « La Nuit de Gethsémani. Essai sur la philosophie de Pascal » (Éd. Bernard Grasset, Coll. « Les Cahiers Verts », 1923 traduction M. Exempliarsky). Réédition Éditions de l'éclat, Paris, 2012.
  • « La Philosophie de la tragédie, Dostoïevski et Nietzsche » (Éd. J. Schiffrin, Éditions de la Pléiade, 1926, traduction et préface Lecture de Chestov par Boris de Schloezer, Flammarion, 1966, 359 p.).
  • « Sur la balance de Job. Pérégrinations à travers les âmes » [Na vesah Iova (Stranstvovaniâ po dusam)] (Paris, 1929; Introduction : lettre de l’auteur à ses filles, traduction Boris de Schloezer, Plon, 1958, 361 p. ; puis Éd. Flammarion, 1971, 1992) (ISBN 2080605097).
  • « Pages choisies » (Anthologie), Éd. Gallimard, 1931, traduction Boris de Schloezer.
  • « Témoin à charge », Denoël et Steele, Paris 1936.
Publications posthumes
  • « Kierkegaard et la philosophie existentielle » (« Vox clamantis in deserto ») [Kirkegard i èkzistencial'naâ filosofiâ (Glas vopiûĉego v pustyne)] Traduction T. Rageot et Boris de Schloezer (Paris, Éd. Vrin, 1939 et 1948 ; rééd. 1998) (ISBN 2711601404).
  • « Athènes et Jérusalem. Un essai de philosophie religieuse » [Afiny i Ierusalim] (Paris, Éd. Vrin, 1938 ; Éd. Flammarion 1967, précédé de L'obstination de Chestov, texte d'Yves Bonnefoy ; puis Aubier, 1992 ; rééd. Collection « Philosophie » 2011 (ISBN 2700704134).
  • « Sola Fide ». Luther et l'Église [Tol'ko veroû. Greceskaâ i srednvekovaâ filosofia. Lûter i cerkov'] (en ligne) (1911-1914, traduction Sophie Seve, Presses universitaires de France, 153 p. Paris 1957).
  • « Spéculation et Révélation  » [Oumozrenie i Otkrovenie (Religioznaâ filosofiâ Vladimira Solov'ëva i drugie stat'i)], Recueil d'articles, Préface de Nicolas Berdiaev, Traduction Sylvie Luneau (Éd. L'Âge d'Homme, Collection « Slavica », Genève 1964 ; puis 1982, 1990) (ISBN 2825122335).
  • « L'Homme pris au piège » Pouchkine, Tolstoï, Tchekhov Traduction Sylvie Luneau et Boris de Schloezer (Éd. Union générale d'éditions, coll. 10/18 1966 ; Éditions l'Age d'Homme, Collection « Archipel slave », ISBN 2825140562 2011).
  • « Les Grandes Veilles » Traduction Sylvie Luneau et Nathalie Stretovitch. (Pub. en 1911 - Éd. L'Âge d'Homme, Collection « Slavica », Lausanne 1986 ; puis 1990) (ISBN 2825122327).
  • « Les Commencements et les Fins » Traduction Boris de Schloezer et Sylvie Luneau (Pub. en 1908 - Éd. L'Âge d'Homme, Lausanne 1987 ; puis 1990) (ISBN 2825122319).
Articles parus en France
  • « Les favoris et les déshérités de l'histoire. Descartes et Spinoza », Mercure de France, n° 600, 15 juin 1923, pp. 640-674.
  • « Dernier salut. À la mémoire de Jacques Rivière », La Nouvelle Revue Française n° 139, avril 1925, pp. 674-678.
  • « Qu'est-ce que la vérité ? », Revue philosophique, n° 1 & 2, janvier-février 1927, pp. 36-74.
  • « Spéculation et prophétie », Palestine, n° 4, avril 1929, pp. 150-159 ; n° 5, mai 1929, pp. 206-213 ; n° 6, juin 1929, pp. 257-266 ; n° 7 & 8 juillet-août 1929, pp. 19-29 ; 3 septembre 1929, pp. 130-145.
  • « Richard Kroner », Revue philosophique n° 3 & 4, mars-avril 1931, pp. 288-304.
  • « Dans le taureau de Phalaris », Revue philosophique, Librairie Félix Alcan, Paris, 58e année, n° 1 & 2, Janvier-février 1933, pp. 18-60.
  • « Martin Buber », Revue philosophique n° 11 & 12, novembre-décembre 1933, pp. 430-442.
  • « Job ou Hegel ? À propos de la philosophie existentielle de Kierkegaard », La Nouvelle Revue Française n° 240, mai 1935, pp. 755-762.
  • « Kierkegaard et Dostoïevsky. Les voix qui clament dans le désert », Les Cahiers du Sud n° 181, mars 1936, pp. 170-200.
  • « Le mythe et la vérité. À propos du livre de L. Lévy-Bruhl - La mythologie primitive », Philosophia, III, n° 1, 1938, pp. 60-71.
Radiophonie
  • « L'œuvre de Dostoïevski », Les Cahiers de Radio-Paris, n° 5, 15 mai 1937, pp. 449-475.
  • « Søren Kierkegaard, philosophe religieux », Les Cahiers de Radio-Paris, n° 12, 15 décembre 1937, pp. 1214-1242.

Citations [modifier]

  • Une lettre à ses filles (texte épuisé):

Genève le 13.04.1921

« (...) Et maintenant au sujet de mon article, il s’agit ici de la révélation de la mort. Tolstoï a écrit d’abord « Guerre et paix », ensuite « Maître et serviteur », « La Mort d'Ivan Ilitch » et d’autres récits. Il ne faut pas l’oublier. C’est-à-dire qu’il ne faut pas penser que la révélation procède uniquement de la mort. La mort est le plus grand mystère et la plus grande énigme : ce n’est pas sans motif qu’elle a inspiré tant de philosophes, d’artistes et de saints. Mais non moindres sont le mystère et l’énigme de la vie. Et, au fond, seul celui qui est passé par la vie peut comprendre ou plus exactement approcher le mystère de la mort. Si Tolstoï n’avait pas écrit Guerre et Paix, il n’aurait pas écrit non plus ses dernières œuvres. Notre raison est dirigée par la nature vers « l’action », et il n’est nullement nécessaire de mépriser l’action. Seul peut se livrer à une inaction non oisive, celui qui auparavant a su agir. Aussi serait-ce une grande erreur de déduire des « révélations de la mort » des règles de vie. L’essentiel, précisément, consiste à ne pas déduire. C’est-à-dire à savoir prendre la vie dans sa totalité avec toutes ses inconciliables contradictions. Ivan Ilitch à l’heure de la mort juge sévèrement sa vie antérieure, mais cela ne signifie pas que cette vie ne valait absolument rien. Lorsque l’enfant grandit, il n’est plus attiré par le sein de sa mère, mais il ne serait pas naturel, si, dès le premier jour, il le repoussait. Lorsque nous montons un escalier nous tournons le dos à la marche inférieure en passant à la marche supérieure, mais auparavant la marche inférieure était devant nous.

Il ne faut pas oublier cela – autrement on obtiendra exactement le contraire de ce que l’on aurait voulu obtenir : c’est-à-dire au lieu d’un savoir complet, vivant, un savoir tronqué, abstrait. Ceci arrivait parfois à Tolstoï, lorsque dans ses ouvrages soi-disant « philosophiques », il s’efforçait de montrer la vie comme procédant d’un seul principe qu’il appelait « le bien ». Ceci n’est pas juste. C’est-à-dire que les hommes ne savent pas dans leur langage humain unifier tout ce qu’ils vivent et ressentent de façon à ce que cela puisse s’exprimer par un seul mot ou une seule conception. C’est un grand art, un art difficile, que de savoir se garder de l’exclusivisme vers lequel nous sommes inconsciemment entraînés par notre langage et même par notre pensée éduquée par le langage. C’est pourquoi on ne peut se limiter à un seul écrivain. Il faut toujours se garder les yeux ouverts. Il y a la mort et ses horreurs. Il y a la vie et ses beautés. Souvenez-vous de ce que nous avons vus à Athènes, souvenez-vous de la Méditerranée, de ce que vous avez vu lors de nos excursions en montagne, ou encore au musée du Louvre. La beauté est aussi source de révélation. Et même la révélation de la mort n’est finalement que la recherche, au-delà des horreurs apparentes de la décomposition et de la fin, des principes d’une nouvelle beauté. Il est vrai que souvent l’écrivain est si profondément plongé dans l’inquiétude de l’être qu’il ne réussit pas, même dans ses meilleures œuvres, à épuiser tout ce qu’il y a à dire ou à voir. Mais chez Tolstoï, tout comme chez Platon et Plotin, la pensée de la mort s’accompagnait d’un sentiment particulier, d’une espèce de conscience de ce que, tandis que devant eux surgissait l’horreur, des ailes leur poussaient dans le dos. Probablement quelque chose de semblable se passe-t-il avec la chrysalide lorsqu’elle se met à ronger son cocon. Elle le ronge parce qu’il lui pousse des ailes. Aussi ni les œuvres de Tolstoï, ni celle de Platon ou de Plotin ne doivent être interprétées comme un appel à oublier la vie. Bien sûr quelqu’un se trouvant dans l’état d’Ivan Ilitch juge beaucoup de choses différemment des autres. Mais il ne se détourne pas de la vie. Je dirais plutôt qu’il apprend à apprécier bien des choses qui auparavant lui étaient indifférentes.

Auparavant les cartes et le confort lui semblaient être le summum de ce que l’on pouvait atteindre, l’avancement dans ses fonctions et la possession d’un appartement, semblable à ceux de « tous », l’idéal de sa situation dans le « monde ». Il n’apercevait ni le soleil, ni le ciel, il ne voyait rien dans la vie, bien qu’il eût tout devant les yeux. Et lorsque arriva la mort, il comprit subitement qu’il n’avait rien vu, comme si dans la vie rien n’existait en dehors des cartes, de l’avancement et du confort. Tout ce qu’il avait pu voir de vrai, il l’avait vu durant son enfance, sa jeunesse, puis l’avait oublié, employant toutes ses forces uniquement à ne pas être lui-même, mais à être comme « tout le monde ». Aussi la révélation de la mort n’est pas une négation de la vie, mais, au contraire, plutôt une affirmation – mais une affirmation d’autre chose que de cet habituel remue-ménage de souris par lequel se laissent prendre les hommes. »

  • « Au commencement était le verbe » :

« Si Platon dit vrai, si la philosophie n'est autre chose que la préparation à la mort et à l'acte de mourir, nous ne sommes pas en droit d'attendre de la philosophie l'apaisement, la joie. Quoi que nous disions en effet et quelle que soit l'idée que nous nous faisons de la mort, toutes nos paroles, toutes nos idées concernant la mort dissimulent une grande angoisse et une immense tension. Et à mesure que nous creusons plus profondément la pensée de la mort, notre angoisse s'accentue. La tâche dernière de la philosophie ne consiste donc pas à édifier un système, à fonder notre connaissance, à réconcilier les contradictions apparentes de l'existence; tout cela c'est la fonction des sciences qui, à l'inverse de la philosophie, sont au service de la vie - c’est-à-dire des besoins transitoires - et ne songent pas à la mort, c’est-à-dire à l'éternité. La tâche de la philosophie consiste à arracher l'homme de son vivant à la vie. Et de même que l'homme vient au monde en pleurant ou s'échappe en criant d'un sommeil peuplé de cauchemars, le passage de la vie à la mort doit s'accompagner lui aussi, semble-t-il, d'un effort désespéré, absurde dont les cris, les larmes ne sont que la manifestation non moins désespérée, non moins absurde. Je pense que maints philosophes connaissent de tels "réveils" et essayent même de nous en parler. Les poètes en ont parlé eux aussi: rappelez-vous Eschyle, Sophocle, Dante, Shakespeare, et plus près de nous Dostoïevski et Tolstoï. Mais ils avaient recours au "verbe", bien entendu; or le verbe a une propriété étrange: il ne laisse passer que ce qui est utile à la vie. Le verbe a été inventé pour la vie, pour cacher aux hommes le mystère de l'éternel et clouer leur attention à ce qui se déroule ici, sur terre.(...) Immédiatement après la création du monde, Dieu commanda à l'homme de nommer toutes les créatures. Mais les noms ayant été donnés, l'homme de ce fait se trouva coupé des sources de la vie. Les premiers noms étaient des noms communs; l'homme appelait, nommait les objets; il déterminait ainsi ceux qu'il utiliserait et la façon dont il en tirerait parti tant qu'il serait sur terre. Par la suite, c'est uniquement ce qui se trouvait inclus dans le nom que l'homme fut en état de concevoir. Et sans doute, ne voulait-il concevoir que cela: il lui semblait, il lui semble encore que le principal, l'essentiel dans les choses est ce qu'elles ont de commun entre elles et ce qu'il a nommé. S'agit-il des autres hommes, s'agit-il de lui-même, il ne cherche toujours que "l'essence", autrement dit le "général". (...) Que serait donc notre vie si ceux qui comme Hamlet sentent que le temps est sorti de ses gonds, parvenaient à arracher tous les hommes de l'ornière! mais encore une fois, la bonne nature qui "au commencement" nous a donné le "verbe" s'est arrangée de telle sorte que quoi que dise l'homme, ses proches ne peuvent entendre que ce qui leur est utile ou agréable. Et pour ce qui est des gémissements, des cris, des pleurs, on ne les considère pas comme l'expression de la vérité, on les étouffe par tous les moyens : "non ridere, non lugere, neque destari, sed intelligere". Les hommes n'ont en effet besoin que du compréhensible. »

« (...) Mais le témoignage de Spinoza est tout autre. Il répète souvent, avec insistance et conviction, comme s'il voulait nous l'enfoncer à coups de marteau, qu'il se sent non libre (voyez surtout la lettre LVIII, où il écrit, entre autres choses: ego sane ne meae conscientiae, hoc est ne Rationi et experientiae contradicam...nego me ulla asolute cogitandipotentia cogitare posse, quod vellem et quod non vellem scribere : Pour moi certes, si je ne veux pas me trouver en contradiction avec ma conscience, c’est-à-dire avec la raison et l'expérience... je nie que je puisse arrêter en moi-même avec puissance cette pensée, je veux écrire et je ne veux pas écrire), que le sentiment de liberté est une illusion, qu'une pierre, si elle était douée de conscience, serait convaincue qu'elle tombe librement par terre, bien qu'il soit tout à fait évident, pour nous, qu'elle ne peut pas ne pas tomber. Et toutes ces affirmations de Spinoza ne sont pas une théorie, un "naturalisme" ou bien des conséquences tirées de considérations générales, c'est le témoignage de l'expresse, la voix des choses vécues les plus profondes et les plus sérieuses. La même chose nous a été affirmée, avec la même force et la même insistance, par d'autres hommes, que nous ne saurions en aucune façon mettre au nombre des "naturalistes" et dont nous n'avons pas le droit de mettre en doute la véracité. Rappelez-vous par exemple l'ouvrage de Luther, De servo arbitrio, qu'il a écrit en réponse à Diatriae de libero arbitrio d'Érasme de Rotterdam.

Et il n'est pas étonnant que Spinoza, dans les périodes différentes de sa vie, "sentît" d'une manière différente ? Quand il écrivait ses Cogitata metaphysica, il affirmait d'une façon péremptoire que la volonté est libre. Dans "L'Éthique" et dans ses lettres, il met la même énergie à affirmer le contraire. En tenant compte de la loi de contradiction, on est obligé d'admettre que dans les deux cas, il a proféré un mensonge. Mais si l'on ne tient pas compte de cette "loi", si on admet, ainsi que nous l'apprend judicieusement M. Bergson, que notre moi est infaillible dans ses constatations immédiates, on arrive à un résultat tout à fait inattendu, ou, plus exactement, à une grande énigme: non seulement la volonté de certains hommes est libre pendant certaines périodes de leur vie et ne l'est pas pendant d'autres périodes. Quand Spinoza écrivait ses Cogitata metaphysica, sa volonté était déjà asservie: il était dominé par une force à laquelle il obéissait aussi docilement qu'une pierre obéit aux lois de la pesanteur. ce n'était plus lui qui parlait, mais quelque chose parlait à travers lui, probablement ce même Esprit du temps, en qui Hegel voyait et saluait la force motrice de l'histoire. ou bien, si vous ne craignez pas les métaphores bibliques, Spinoza disait non ce qu'il voulait, mais disait ce qui lui était ordonné par Dieu. Dès cet instant, il devenait indifférent qu'il acceptât ou n'acceptât pas lui même ce qu'il proclamait aux hommes: il ne pouvait plus ne pas le proclamer. Va et dit à ton peuple, ou, même, non pas à ton peuple, mais à tous les peuples - Spinoza, tout comme Philon, était un apôtre des gentils, c’est-à-dire, s'adressait à l'humanité tout entière - parle leur de manière à ce qu'ils regardent et ne voient pas; à ce qu'ils écoutent et ne comprennent pas, pour que leurs cœurs soient endurcis et que leurs yeux deviennent aveugles. (...)

C'est ainsi que Spinoza fut obligé d'agir. Si vous voulez trouver la vérité, disait-il, oubliez tout, et avant tout oubliez la révélation biblique, ne vous souvenez que des mathématiques. La beauté, la laideur, le bien, le mal, le bon, le mauvais, la joie, la tristesse, la crainte et l'espoir, l'ordre et le désordre, tout cela est "humain", tout cela est passager, et n'a aucun rapport avec la vérité. Vous croyez que Dieu veille aux besoins des hommes, qu'il a créé le monde pour l'homme, que Dieu poursuit des buts élevés ? Mais là où il y a des buts, où il y a le souci, la joie et la tristesse, là il n'y a pas de Dieu. Pour comprendre Dieu, il faut tâcher de se libérer des soucis, et des joies, et des craintes, et des espoirs, Res nullo alio modo... a Deo produci potuerunt quam productae sunt (Les choses ne pouvaient être créées par Dieu autrement qu'elles n'ont été créées (Éthique I)). Comme dans les mathématiques, tous les théorèmes, toutes les vérités découlent, avec une nécessité qui ne connaît au-dessus d'elle aucune loi, de leurs concepts fondamentaux, ainsi tout dans le monde se passe avec la même nécessité irréversible, et il n'y a pas de force qui puisse lutter contre l'ordre de l'existence établi depuis l'éternité, Deus ex soli suae naturae legibus et a nemine coactus agit (Dieu agit par les seules lois de sa nature et sans subir aucune contrainte (Éthique I)). dit Spinoza et il explique ensuite ce que signifient ces mots: Ex sola divinae naturae necessitate, vel (quod idem est) ex solis ejusdem naturae legibus (Selon la seule nécessité de sa nature ou (ce qui est la même chose) selon les seules lois de sa nature (Éthique I)). C'est la suprême vérité qu'il nous est donné de concevoir et, l'ayant conçue, nous accédons au bien suprême, le contentement de l'âme et la tranquillité, acquiescentia animi. Ne croyez pas que par vos vertus vous pouvez mériter la faveur de Dieu. L'expérience quotidienne nous apprend que les succès et les insuccès arrivent également aux hommes pieux et aux impies, aux vertueux et aux vicieux. Il en est ainsi actuellement, il en a toujours été ainsi, ainsi en sera toujours. Donc, il doit en être ainsi, car cela découle de la nécessité divine, et il n'est ni utile, ni même possible de changer l'ordre établi des choses. (Hegel dira plus tard: was wirklich ist, ist vernünftig (Ce qui est réel, est raisonnable). En effet, la vertu a-t-elle besoin d'une récompense ? Le vice cherche la récompense, et il la reçoit, car, puisque la vertu n'a pas besoin de récompense et que la récompense existe malgré tout dans le monde, elle échoit nécessairement au vice qui en a besoin et qui l'accepte volontiers. (...)

(...) Spinoza ne s'arrête pas là. Il dit: si homines libere nascerentur, nullum boni et mali formarent conceptum quamdiu liberi essent (Si les hommes naissaient libres, ils ne créeraient nullement le concept de bien et du mal tant qu'ils resteraient libres (Éthique IV)). pour éclaircir cette vérité, il se réfère au récit biblique concernant la chute; la faculté de distinguer le bien du mal n'était pas propre au premier homme, c’est-à-dire "de sa nature" le vice ne se distingue en rien de la vertu. Et cela n'a pas empêché Spinoza de consacrer son Traité théologico-politique, traité qui a eu une importance historique immense (il détermina, entre autres choses, la théologie protestante moderne et non seulement protestante), à prouver l'idée que la Bible n'aspire nullement à apprendre à l'homme la vérité, mais que sa tâche est uniquement morale: celle d'apprendre à l'homme à vivre dans le bien...

Mais alors, par quel hasard le récit concernant la chute a-t-il pu s'insinuer dans la Bible ? Et pourquoi la Bible commence-t-elle par révéler aux hommes cette Vérité entièrement incompréhensible pour leur raison, à savoir que les concepts du bien et du mal sont, en fait, tout à fait illusoires, que, selon les paroles de saint Paul, "la loi" est venue plus tard, c’est-à-dire lorsque l'histoire était déjà commencée et qu'elle "est venue pour que le crime soit augmenté"; que le premier homme ne distinguait pas le bien du mal, qu'il ignorait la loi, et que lorsqu'il cueillit et goûta le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, c’est-à-dire lorsqu'il se mit à distinguer le bien du mal, il reçut "la loi", et avec la loi, il reçut aussi la mort ? La contradiction est manifeste et nullement accidentelle, comme ne sont pas accidentelles toutes les contradictions dont sont pénétrées les œuvres de Spinoza. il est grand temps d'oublier la légende concernant le caractère extraordinairement conséquent de la philosophie de Spinoza. Cette légende est due uniquement à la forme extérieure de l'exposition, forme soi-disant mathématique: des définitions, des axiomes, des postulats, des lemmes, des preuves, etc. le système Spinoza est tissé de deux idées entièrement inconciliables entre elles. D'un côté, la conception "mathématique du monde (c'est elle qui a eu une importance "historique" et a rendu Spinoza si influent): tout dans le monde se produit selon la même nécessité intérieure selon laquelle se développent les vérités mathématiques. Lorsqu'un de ses correspondants lui reprocha de considérer sa philosophie comme la meilleure, il lui répondit d'une façon tranchante: je ne la considère pas comme la meilleure, mais comme la vraie. Et si tu me demandes pourquoi, je te dirai: pour la même raison pour laquelle tu considères la somme des angles d'un triangle comme égale à deux angles droits. À chaque pas Spinoza parle des mathématiques. Il déclare que les hommes n'auraient jamais connu la vérité si les mathématiques n'avaient existé. Seules les mathématiques possèdent la vraie méthode d'investigation, elles seules présentent le modèle éternel et parfait de la pensée, et ceci justement parce qu'elles ne parlent pas des buts ou des besoins de l'homme, mais de figures, de lignes, de plans, en d'autres termes, elles cherchent la vérité "objective" qui existe par elle-même, indépendamment des hommes ou d'autres êtres conscients. »

Notes et références [modifier]

  1. http://www.metmuseum.org/Collections/search-the-collections/210009032?rpp=20&pg=1&rndkey=20130425&ft=*&where=Asia&what=Chalk&pos=4
  2. Article Léon Chestov in Dictionnaire de la philosophie russe, par V.L. Kourabstev, p. 125.
  3. Ces enregistrements ont donné lieu à des publications ; voyez la bibliographie.
  4. Article Léon Chestov in Dictionnaire de la philosophie russe, par V.L. Kourabstev, p. 126.
  5. Article Léon Chestov in Dictionnaire de la philosophie russe, par V.L. Kourabstev, p. 126.

Voir aussi [modifier]

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Bibliographie [modifier]

Sur sa vie
  • Nathalie Baranoff-Chestov, Vie de Léon Chestov, t. 1 – L'Homme du souterrain 1866-1929, trad. du russe par Blanche Bronstein-Vinaver, Préface de B. Chouraqui, Éd. La Différence, Coll. « Vers la Seconde Alliance », 1991 (ISBN 2-7291-0724-X).
  • Nathalie Baranoff Chestov, Vie de Léon Chestov, t. 2, Éd. La Différence, 1993 (ISBN 2729108777).
Études
  • Benjamin Fondane, Rencontres avec Chestov, texte annoté par Nathalie Baranoff et Michel Carassou, Éd. Plasma, 1982 ; Éd. Arcane 17, 1996 (ISBN 2866960033).
  • Aron Steinberg, Mes amis des années de jeunesse [Друзия моих ранник лет], conversations avec Léon Chestov.
  • Nathalie Baranoff, Bibliographie des œuvres de Léon Chestov, 1975.
  • Nathalie Baranoff, Bibliographie des études sur Léon Chestov, Institut d'études slaves, 1978. - VIII-62-5 p. ; 25 cm. - (Bibliothèque russe de l'IES : série Écrivains russes en France ; 36/2.) (ISBN 2-7204-0132-3)
  • André Désilets, Léon Chestov, Québec, Éditions du Beffroi, 1984 (ISBN 2920449044).
  • Léon Chestov, revue Europe, n° 960, avril 2009.
  • Geneviève Piron, Léon Chestov, philosophe du déracinement, Éditions L'Âge d'Homme, 2010 (ISBN 978-2-8251-3976-9).
  • Andrius Valevicius, « Celui qui édifie et détruit des mondes. Léon Chestov et le postmodernisme après une lecture de Tolstoï », Cahiers de l'immigration russe, n° 3, Paris, Institut d'études slaves, 1996.
  • (en) Ramona Fotiade, Conceptions of the Absurd. From Surrealism to Chestov's and Fondane's Existential Thought, Oxford, European Humanities Research Centre, Legenda, 2001.
Articles
  • Léon Chestov, art. in Universalis par Marie-Madeleine Davy.
  • Léon Chestov, art. in Dictionnaire de la philosophie russe, par V.L. Kourabstev (trad. F. Lessourd), Ed. L'Age d'Homme, 2010 (ISBN 978-2-8251-4024-6)
  • L'improbable rencontre : raison et science en question chez Lev Chestov et Simone Weil, in Le Feu sur la terre. Mélanges Boris Bobrinskoy, Presses Saint-Serge, 2005 (ISBN 2-910535-11-8).

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]

Généralités
  • (en) Biographie par Bernard Martin, 1966 Bernard Martin est le traducteur anglais d'"Athènes et Jérusalem" (Ohio University Press, 1966). Ce texte en constitue l'introduction.
Traductions en ligne sur la Bibliothèque russe et slave