Bruno Pinchard

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Bruno Pinchard

Bruno Pinchard, né au Havre en 1955, est un écrivain et un philosophe français.

Parcours[modifier | modifier le code]

Il est le fils du compositeur Max Pinchard.

Agrégé de philosophie et docteur d’État, il est un ancien élève de l’École normale supérieure et de la Scuola Normale Superiore de Pise. Il a été l’élève de Levinas, Derrida, Eugenio Garin et Louis Marin.

Il a enseigné dans le secondaire, a été chercheur au CNRS dans l’équipe d’André Robinet et chargé de cours en philosophie médiévale à l’Université de Paris X, puis professeur des universités au Centre d'études supérieures de la Renaissance de 1991 à 2003. Il est actuellement professeur de philosophie de la Renaissance et de l’Âge classique à l’Université Lyon-III et directeur de l’École doctorale de philosophie de la Région Rhône-Alpes.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Dans Métaphysique et sémantique (1987), il montre que la philosophie scolastique a légué à la pensée occidentale l’idée d’une unité du monde fondée sur les relations stables établies entre les noms les plus universels. Mieux encore que toute fixation ontologique, cette analogie des noms demeure le moyen de lier le monde et de le protéger de la dissolution dans la pure et simple multiplicité. Pinchard a trouvé dans les mythologies du monde une manifestation récurrente de ce fond stable de l'univers. Il a emprunté à Malebranche l'idée que la connaissance ne pouvait s'effectuer qu'à partir d'une telle Etendue intelligible.

Les travaux en collaboration avec le mathématicien René Thom[1] autour de l'actualité d'Aristote dans la topologie contemporaine sont axés sur la critique de l'aspect anti-substantialiste de la phénoménologie. Dans la ligne de Leibniz, il a alors poursuivi la réhabilitation des « formes substantielles » qui conduisent à une approche dynamique des formes qualitatives de la nature.

La pensée de l’absolu pour Pinchard est indissociable de la pensée du Livre, au sens mallarméen d’un système total de signes exigeant un rituel (Méditations mythologiques, 2002). Les mythes ne proposent pas un accès direct à l’être, mais sont replacés dans une dimension spatiale qui les rapproche des mouvements de la « matière subtile » chez Descartes. Il en découle ainsi à la fois un contrôle spatial des déploiements mythologiques et une géométrie centrée qui permet d’avancer de nouveaux parallélismes entre l’âme et le corps au sein d'un spatialité intégrale qu'il appelle Étendue mythologique. Au nom du primat de la mythologie et dans la suite des analyses fondamentales de Giambattista Vico, il a critiqué les thèses de Heidegger sur l’humanisme (2005) en ce qu'elles privilégient la question de l'être aux dépens de l'échange symbolique qui constitue les sociétés. À la question de l’être, Pinchard substitue toujours une dialectique des formes symboliques.

Un tel recentrement symbolique, pensé à partir de Dante et de Rabelais[2], s’effectue autour d’un principe féminin organisateur des récits du monde (Bûcher de Béatrice, 1996). En débat avec les œuvres de Freud et de Lacan, ces travaux décrivent le passage d’une mythologie courtoise de l’amour à une pensée cosmologique de la différence sexuelle.

L'ensemble de ces avancées conduit à un dessein métaphysique qui cherche, après Aristote, à définir les catégories minimales d'une stabilité du monde. Mais c'est la philosophie de Hegel, relue à partir de la dynamique du dépassement Aufhebung, qui offre un accès renouvelé au défi de la destruction qui affecte cette stabilité. Héritière de la déconstruction selon Derrida, la philosophie contemporaine doit penser métaphysiquement l'échec de la métaphysique en une métaphysique de la destruction (2012).

Pinchard développe également une réflexion sur les conséquences de la globalisation du capitalisme à partir des enjeux métaphysiques à l'oeuvre dans la pensée de Karl Marx[3].(Marx à rebours, 2014).

Principales publications

  • Métaphysique et sémantique. Autour de Cajétan, Paris, Librairie philosophique, Vrin, 1987.
  • Savonarole. La Fonction de la poésie, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1989[4].
  • Pierre Magnard, Olivier Boulnois, Bruno Pinchard and Jean-Luc Solère, La demeure de l'être. Autour d'un anonyme. Étude et traduction du Liber de Causis, Paris, Vrin, 1990
  • La raison dédoublée. La fabbrica della mente, Paris, Aubier, 1992.
  • (dir.), Rationalisme analogique et humanisme théologique, la culture de Thomas de Vio, Il Gaetano, Actes du Colloque de Naples réunis par Bruno Pinchard et Saverio Ricci, Naples, Vivarium, 1993.
  • Vico. De l’antique sagesse de l’Italie, Paris, Flammarion, « GF », 1993.
  • (dir.), « Fine follie » ou la catastrophe humaniste, Paris, Champion, 1995.
  • Le Bûcher de Béatrice, essai sur Dante, Paris, Aubier, 1996.
  • Une juste plainte, une juste prière: Ariane et Orphée aux origines du chant orphique de Claudio Monteverdi ; Introduction à la connaissance du "Parlar cantando" et du chant humaniste à Annibale Gianuario, Fondazione Centro Studi Rinascimento Musicale, Fiesole, 1997.
  • (dir.), La légèreté de l’être, études sur Malebranche, Paris, Vrin, 1998.
  • (dir.), Pour Dante : I. Dante et l’Apocalypse. II. Lectures humanistes de Dante, Paris, Honoré Champion-CESR, 2001.
  • Méditations mythologiques, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond, 2002[note 1].
  • Un Dieu pour la ville, une âme dans la ville, cours d’Agrégation de philosophie sur saint Augustin, CNED, 2004[5].
  • (dir.), Heidegger et la question de l’humanisme : faits, concepts, débats, Paris, PUF, 2005.
  • (dir.), en collaboration avec Yves-Charles Zarka, Y a-t-il une histoire de la métaphysique? Paris, PUF, 2005.
  • Éducation, transmission, rénovation à la Renaissance, textes sur la Renaissance réunis par Bruno Pinchard et Pierre Servet, ouverture de Jacqueline de Romilly, Cahiers du Gadges, n° 4, Diffusion Libraire Droz, Genève, 2006.
  • Recherches métaphysiques. Philosophie française contemporaine (Leçons données dans les universités japonaises, octobre 2008), édition bilingue, Tokyo, Nihon University press, 2009[6].
  • Philosophie à outrance, cinq essais de métaphysique contemporaine, Bruxelles, EME, 2010.
  • Rovesciamenti e rotazioni, Due saggi di metafisica contemporanea, a cura di Luigi Francesco Clemente, Nuovi Orizzonti, San Benedetto del Tronto, 2011[7].
  • Métaphysique de la destruction, Bibliothèque philosophique de Louvain n° 86, Peeters, 2012
  • Marx à rebours, Paris, Kimé, 2014

A paraître[modifier | modifier le code]

  • Ecrits sur la Raison classique, Kimé, 2014
  • Dante Alighieri, La question de la terre et de la mer, introduction, traduction et notes.
  • Giambattista Vico, Politique des héros, introduction, traduction et notes.

Articles[modifier | modifier le code]

La liste de tous ses articles est dans son curriculum vitae[note 2].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cet ouvrage est disponible en roumain : Meditatii mito-logice, traduction de Dorin Ciontescu-Samfireag, préface et traduction trad. Ionel Buse, Édition Dacia, Cluj Napoca, 2010. En effet, le roumain : Meditatii mito-logice signifie "Méditations mytho-logiques". Voir la page de ce livre à la bibliothèque Fundația Noua Europă.
  2. Voir aussi sur son site, une liste, moins complète, de ses articles.

Références[modifier | modifier le code]

  1. René Thom, La Transcendance démembrée, postface de la Raison dédoublée Paris, Aubier, 1992
  2. http://maget.maget.free.fr/Filmo/rabelais.Pinchard.htm
  3. http://www.societelouisemichel.org/mardi-11-mars-apocalypse-marx-une-relecture-du-capital-avec-bruno-pinchard
  4. Référencé sur Sudoc
  5. Référencé sur la page "Ouvrages" du site de B. Pinchard
  6. Présentation du but de l'ouvrage, sur le site de l'université Lyon III
  7. Référencé sur Sudoc

Liens externes[modifier | modifier le code]