Physique (Aristote)

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Manuscrit médiéval en latin de la physique d'Aristote.

La Physique est une sorte d'introduction épistémologique à l'ensemble des ouvrages d'Aristote de science naturelle (un des trois domaines des sciences théorétiques, avec les mathématiques et la philosophie première). Elle est ainsi une réflexion sur la connaissance des réalités naturelles et sur la nature en général.

La nature se caractérise pour Aristote principalement par le changement, par exemple le lourd tombe pour rejoindre son lieu naturel. Ainsi, l'ouvrage suit ce fil directeur et Aristote y aborde de nombreux concepts.

L'influence de ce que Heidegger disait être « le livre fondamental de la philosophie occidentale »[réf. nécessaire] est considérable, et s'y jouent les enjeux principaux de la philosophie d'Aristote (notamment le rapport entre la forme et la matière qui conduit Aristote à critiquer le mécanisme).

Physique : Livre II[modifier | modifier le code]

Nécessité de traiter des causes[modifier | modifier le code]

Pour Aristote, nous ne croyons connaître rien avant d’en avoir saisi le pourquoi (c’est-à-dire saisi la première cause). C’est le cas pour la génération et la corruption et tout le changement physique. Les réponses à cette question « pourquoi ? » sont appelées « causes ». La spécificité d’Aristote réside dans sa conception d’une multiplicité de causes. De plus, s’il admet le hasard, il ne lui attribue pas un rôle causal dans l’absolu.

Les quatre causes[modifier | modifier le code]

Causes matérielle, motrice, formelle et finale[modifier | modifier le code]

Il y a quatre sens du mot « causes », (qui peuvent répondre à la question « pourquoi ? »).

  • Ce dont une chose est faite et y demeure immanent (cause matérielle, qui deviendra la substance dans la scholastique). La matière première aristotélicienne est une pure puissance, non connaissable car elle n’a pas de forme. Un équivalent moderne serait par exemple le continuum espace-temps. Un équivalent logique de la matière première serait l’inconnue universelle x sans prédicat pour le spécifier P(x)
  • La forme ou le modèle (quiddité ou essence formelle ou cause formelle). Tout ce que nous connaissons est pour Aristote un mélange de matière et de forme. La forme est pour Aristote un concept ambigu, qui désigne à la fois la forme géométrique et l’idée, le concept d’une chose.
  • Le premier commencement du mouvement et du repos (cause motrice ou efficiente). La cause efficiente de la physique moderne est en discontinuité avec son effet, ce qui n’est pas le cas chez Aristote.
  • La fin ou principe téléologique (cause finale, qui pour nous est plutôt la conséquence)

Trois corollaires[modifier | modifier le code]

Une même chose peut avoir une pluralité de causes mais non au même sens. Il peut y voir « rétroaction » de la cause finale sur l’événement. La même chose peut être cause des contraires, selon qu’elle est présente ou absente

Modalités des causes[modifier | modifier le code]

Parmi les causes d’une même espèce, il existe différentes modalités :

  • Par soi ou par accident,
  • Simple ou combinée,
  • Particulier ou genre (Individuel ou universel).

Et chacune d’entre elles est aussi divisée en causes « en puissance » ou « en acte », selon l’ontologie aristotélicienne. Ces causes sont pour Aristote des principes explicatifs, d’où l’appel explicite à sa métaphysique. S’il n’y avait pas de changement, mais que de l’être, il n’y aurait pas besoin de métaphysique.

Ces divisions permettent de donner les règles suivantes :

  • Les causes en actes et particulières sont simultanées avec leur effet,
  • Il faut chaque fois chercher la cause la plus élevée : antériorité, généralité, par soi,
  • Les genres sont causes des genres, les choses particulières des choses particulières.

La fortune et le hasard[modifier | modifier le code]

Réfutation de la théorie de l’inexistence du hasard[modifier | modifier le code]

Aristote part de la sagesse populaire qui dit que la fortune et le hasard sont des causes, mais le fait que les anciens sages n’en parlent pas met en question leur existence même. Il souligne que pour certains événements qu’on attribue à la fortune, on peut saisir quelque part leur cause, qui n’est pas la fortune. Mais c’est un fait que beaucoup de choses existent et sont engendrées par la fortune et le hasard. Pour lui, l’exceptionnel dans la nature justifie l’existence de la fortune et du hasard. Il faut donc examiner hasard et fortune et voir comment ils tombent dans notre classification.

De quelles natures sont le hasard et la fortune comme causes ?[modifier | modifier le code]

Les effets de la fortune ne sont ni constants ni fréquents, mais il existe des faits rares et des faits par accident (qui s’ajoutent à l’essence sans lui être nécessaire). La fortune n’est donc pas cause par soi (elle n’est pas nécessaire) et n’est donc pas une cause. Le hasard a plus d’extension que la fortune : il y a fortune dans l’activité pratique. Quant au hasard, il appartient aux animaux et aux êtres inanimés, quand des choses ont lieu en vue d’une fin sans avoir en vue le résultat.

La conception aristotélicienne du hasard est compatible avec une conception causale de la nature, le hasard tient donc une place relativement anecdotique, ce qui remet en question une vision commune d’Aristote comme philosophe de la contingence. C’est la cause finale qui toujours chez lui commande les autres causes.

La fortune : cause par accident relative au choix, à effet inattendu[modifier | modifier le code]

Elle résulte de la rencontre de chaînes causales indépendantes, une finalité extérieure intervenant dans la chaîne, alors qu’elle n’est pas la finalité (le choix) initiale. La fortune ne peut pas être de ce fait une cause première, c’est une cause par accident qui n’est cause de rien par soi.

Le hasard : cause par accident à effet vain et inattendu[modifier | modifier le code]

Alors que la fortune concerne les êtres rationnels capables de choix, le hasard ne demande pas de choix préalable.

Réfutation de Démocrite : le hasard n’est pas pour Aristote une cause première[modifier | modifier le code]

Contrairement à ce qu’en pensent les atomistes (Démocrite, Leucippe, Épicure…) Pour eux, les atomes tombant verticalement, il faut l’intervention du hasard (le clinamen) pour qu’ils dévient de leurs trajectoires et se composent pour former des corps. Mais pour Aristote, hasard et fortune sont des causes par accident, ils ne peuvent produire la nature et l’intelligence. Pour d’autres, notre ciel et tous les mondes auraient pour cause le hasard. Ceci est particulièrement surprenant car pour eux la nature terrestre (animaux, plantes) n’est pas produite au hasard tandis que les êtres les plus divins du ciel le sont. Ceci est contraire à la raison, d’autant plus que le ciel a une grande régularité. Rien d’accidentel n’est antérieur au par soi, les causes hasardeuses pourraient être remplacées par l’intelligence et la nature, auxquelles elles sont postérieures. Le ciel ne peut donc être par hasard car il en serait alors de même pour l’intelligence et la nature qui y sont contenues.

Finalisme contre mécanisme[modifier | modifier le code]

La réduction à la finalité[modifier | modifier le code]

Il y a dans la nature trois ordres de recherche : l’immobile (le premier moteur qui doit être immobile sinon il serait mu), le mu incorruptible (le ciel) et le mu corruptible (le monde sublunaire).

Le physicien doit y chercher les quatre sortes de causes, il ne doit pas négliger la cause finale, en effet la nature est en vue de quelque fin. De plus, la cause formelle peut souvent être ramenée à la cause finale, dans la mesure où la finalité est toujours pour un être d’atteindre son essence véritable. Quant à la cause efficiente, ou motrice, comme elle ne change pas le genre des choses, elle n’est que le mouvement d’aller vers cette essence véritable. Seule la cause matérielle se révèle irréductible à la finalité.

Le conflit avec le mécanisme[modifier | modifier le code]

Il y a une régularité dans la nature et très peu de hasard. La nature se comporte comme si elle était en vue d’une fin : dans les êtres vivants, la finalité est omniprésente. De plus, l’art imite souvent la nature.

Enfin, la nature est doublement matière et forme (hylémorphisme) et cette dernière porte toujours une fin, les choses qui semblent ne pas avoir de finalité (monstres) ne sont que les erreurs de la finalité. En refusant la finalité, les mécanistes suppriment donc la nature elle-même.

Nécessité absolue et nécessité hypothétique[modifier | modifier le code]

Les causes efficientes ne sont que des conditions nécessaires en vue d’une fin : il s’agit de causalité hypothétique. La seule nécessité absolue (par soi) est d’atteindre son essence comme finalité.

Aristote : un philosophe de la contingence ?[modifier | modifier le code]

C’est la cause finale qui toujours chez lui commande les autres causes. La conception aristotélicienne du hasard est compatible avec une conception causale de la nature, le hasard tient donc une place relativement anecdotique, ce qui remet en question une vision commune d’Aristote comme philosophe de la contingence.

Il est en effet très attentif à la diversité dans la nature, et ne réduit pas comme Platon la réalité à l’essence intellectuelle. Pourtant, comme on l’a vu dans sa conception du hasard, la contingence n’est que locale. La réduction au premier moteur le montre suffisamment, l’infini et la contingence ne sont pas explicatifs pour lui.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Lambros Couloubaritsis, La Physique d'Aristote (Bruxelles, Ousia, 1998, ISBN 2870600623)
  • Augustin Mansion, Introduction à la physique aristotélicienne, Éd. de l'Institut supérieur de philosophie, Louvain, 1987 (2e éd. revue et augmentée, 2e réimpr. anastatique)
  • Thomas d'Aquin, Commentaire des huit livres des Physiques d'Aristote Traduction française Ed. de L'Harmattan Paris, 2008 2vol

Voir aussi[modifier | modifier le code]